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Ceci est l’article de test – L'!NSENSÉ
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Depuis le théâtre de la Criée

Ceci est l’article de test

La nouvelle pièce de la Cie Man Haast, Médée de Sénèque, dans la traduction de Florence Dupont se joue du 23 septembre au 3 octobre à la Criée

Maguy Marin a créé Y aller voir de plus près au Festival d’Avignon 2021. Le spectacle est repris par le Festival d’Automne et se jouera encore le 14 et 15 décembre aux Points Communs. Voir de plus près pour tenter de se frayer un chemin. Nous nous retrouvons devant une bric-à-brac d’objets.

Présenté à la Criée, Pupo di zucchero, la fiesta dei morti d’Emma Dante fut un peu malmené à la reprise du festival d’Avignon en juillet 2021, au gymnase du lycée Mistral. Quelques trépanés du sensible, et autres bureaucrates et pisse-froid du bon sens, décidaient d’y voir entre autres un geste trop caricatural ; là où Tiebeu Marc-Henry Brissy Ghadout (Pasqualino), Sandro Maria Campagna (Pedro), Martina Caracappa (zia Rita), Federica Greco (Primula), Giuseppe Lino (Papà), Carmine Maringola (il Vecchio), Valter Sarzi Sartori (zio Antonio), Maria Sgro (Viola), Stephanie Taillandier (Mammina), Nancy Trabona (Rosa) figurent les clowns, joyeux et tristes d’un conte, une divine comédie à la manière d’Emma Dante… Laquelle revient régulièrement au conte, à son « pouvoir germinatif » comme l’écrit Benjamin, avant d’ajouter que c’est la forme « où la mort est la sanction de tout ce que relate le conteur ».

Extrait d’Emma Dante

Sous titre

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  • l’on va pouvoir le formater.

Devant une pâte à pain destinée à devenir le Pupo di zucchero [1] (une poupée[2] en sucre que l’on confectionne le jour de la fête des morts et qui permet d’entrelacer les mondes : celui des vivants et celui des trépassés que l’on appelle aussi « Monde à l’envers »), un pauvre diable, âgé, se désole de ne pas arriver à la faire lever, comme si son avenir, ou les lendemains qui chantent, en dépendait.

Sous-titre ici

Dans son dos, tout à côté de lui, à son oreille sans qu’il les voie, ni qu’il en soupçonne la présence, trois femmes moins sœurs tchekhoviennes [2] que Parques romaines espiègles et dévouées à l’ange de vie comme à celui de mort lui murmurent et lui chantent, comme à tout mourant, qu’il est temps de se préparer… Alors par une sorte d’alchimie comme seuls les contes en maîtrisent les principes insoumis, le vieil homme se met à dialoguer avec lui-même et ses souvenirs qu’il rassemble et met en ordre, comme on se met en règle avec soi-même au moment du voyage sans retour. Pupo di zucchero commence ainsi par un tour de magie qui délivrera le paysage d’une vie peuplée d’épisodes sombres et heureux, enjoués et ténébreux, fait de naissances et de morts où, dirait Pontalis, « nos amis disparus nous murmurent : viens vite nous rejoindre ».

Le pauvre diable entretient ainsi, en cette veille du 2 novembre où l’on célèbre les défunts, quelque chose du « Parrain » qui au terme de l’existence, perdu dans ses pensées ou happé par quelques somnolences, voit revenir à lui sa famille composée désormais de revenants. Et c’est cette épopée intérieure mentale qu’Emma Dante convoque et expose dans une série de tableaux familiers, étranges, drôles, surréalistes, déformés… où, par sauts brusques, défiant toute chronologie, usant de séquences métaphoriques et de motifs analogiques qui se juxtaposent sans liens avec la logique, elle fait surgir sur le plateau les épisodes clandestins et intimes d’un album de famille décousu.

Ceci est le texte de la citation que j’ai choisi pour illustrer mes propos.

Source inconnue

Images, Sons, Couleurs, Mouvements… il n’est de signes assignables à une seule fonction et Emma Dante qui s’en empare les fait jouer entre eux dans l’espace théâtralisé. Elle les déforme, les transforme, les prive de leur rapport au conforme, parce que la mémoire, territoire de toutes les métamorphoses, est le lieu plastique et élastique qui peut donner vie à l’illimité, à l’inimitable et s’écarter des limites de la raison. Car la mémoire est le lieu du souffle et de la démesure. C’est le lieu de la réécriture, le lieu aussi de l’invention et de la fiction que fut le désir de vie… ou quand la mémoire, si elle est travail et lutte contre l’oubli, est aussi l’espace de transfiguration des petits événements du quotidien. Lieu de transformations donc et des menus arrangements avec l’authentique et l’original, la mémoire fabule fabuleusement, affabule fiévreusement et trouve des couleurs insoupçonnées à ce qui manquait de sel. C’est un piment et un pigment que la mémoire qui, loin d’être seulement le lieu du mémorial et du mémoriel, est également un atelier de construction, une forge scripturaire, un Wunderblock [2] dirait Freud, un foyer de dépassement, d’embellissement, d’épaississement et de travestissement : le miroir déformant de « l’avant ».

Et aucune trace mnésique n’échappe à ce déploiement/redéploiement, à une autre échelle, des faits et des réalités d’hier vouées à de surprenants amalgames dès lors que la mémoire (l’aurait-on oublié ?) ne se livre qu’à travers le langage. Et donc le jeu qui, à l’exercice dans le langage, n’obéît à aucune règle, aucune loi, aucune foi.

Emma Dante n’ignore rien de tout cela.

Dernière scène

Alors une nappe chamarrée qui recouvre une table absente peut bien devenir une robe de soirée ou le linceul dans lequel se drapent des « enfants » en mal de peurs hystériques et de rires déments. Alors une étreinte amoureuse sincère et passionnée peut aussi se scinder, le temps d’une seconde qui bascule, en un geste de crainte qui ne protège pas de la jalousie haineuse aux pieds bottés qui frapperont le ventre utérin jusqu’à la mort. Alors un atelier d’initiation à la cuisine peut bien dégénérer en une cour de récréation où une boule de pâte à pain devient balle de jongleur. Et de regarder la farine qui vole en tous sens comme des paillettes décolorées, et la voir redescendre lentement, comme suspendue aux branches que forment les courants d’air, comme une cendre fanée ou les restes d’un feu d’artifice des pauvres. Alors une bande de danseurs aux déguisements de soirées festives d’aujourd’hui se regarderont comme la descendance des interprètes de la Commedia dell’arte.

Et toutes ces scènes furtives se regardent non pas comme une suite cohérente, mais à chaque fois comme des instantanés ou des « instants damnés » par l’issue fatale. Rire, peut-être, à ce que d’aucuns perçoivent comme un matamore. Le voir tel un animal qui fait le beau ou tel un paon qui ferait la roue et se rappeler que la « roue tourne » ou que l’amour meurt aussi. Le regarder comme celui qui danse sa solitude ou l’expression d’un désir mal entendu lui qui frappe rageusement du talon le sol.

Notes bas de page
[1] Ceci est une note de bas de page
[2] Encore une note de bas de page