


{"id":1003,"date":"2015-07-19T21:33:59","date_gmt":"2015-07-19T19:33:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1003"},"modified":"2015-07-19T21:33:59","modified_gmt":"2015-07-19T19:33:59","slug":"le-roi-lear-de-py-la-parole-incomprise","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/le-roi-lear-de-py-la-parole-incomprise\/","title":{"rendered":"Le Roi Lear, de Py\u00a0: la parole incomprise"},"content":{"rendered":"<p><center><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot52\"><i>King Lear<\/i><\/a> (<i>Le Roi Lear<\/i>), de William Shakespeare,<br \/>\ntraduction et mise en sc\u00e8ne <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot17\">Olivier Py<\/a>,<br \/>\nAvignon 2015<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1002\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton377.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-941\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_roi_lear.jpg\" alt=\"2015_roi_lear.jpg\" width=\"1392\" height=\"613\" align=\"center\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><i><small>(Critique \u00e9crite par Cyril Olawinski dans le cadre des ateliers d&rsquo;\u00e9criture ouverts au public \u2013 partenariat Insens\u00e9 \/ BNF &#8211; Maison Jean-Vilar)<\/small><\/i><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Apr\u00e8s avoir pris la direction du Festival l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, Py s\u2019offre l\u2019un des plus beaux lieux (la Cour d\u2019honneur) et l\u2019un des plus beaux textes (<em>Le roi Lear <\/em> de W. Shakespeare), pour nous proposer un th\u00e9\u00e2tre de la Fin qui manque parfois de finesse.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Une vision radicale&#8230;<br \/>\n<\/strong><br \/>\nObjet d\u2019une troisi\u00e8me proposition artistique au Festival d\u2019Avignon en moins de dix ans, <em>Le Roi Lear<\/em> retrouve la Cour d\u2019honneur du Palais des Papes en ouverture de la 69\u00e8me \u00e9dition. Pour le metteur en sc\u00e8ne Olivier Py, cette pi\u00e8ce de Shakespeare est la plus forte de toutes. Et parce qu\u2019elle lui semble impossible \u00e0 repr\u00e9senter dans toute sa richesse, il op\u00e8re des choix radicaux\u00a0: alors que ce texte est traditionnellement interpr\u00e9t\u00e9 dans son rapport au \u00ab\u00a0manque de discernement\u00a0\u00bb de l\u2019homme politique, Py fait \u00e9merger un tout autre axe de lecture\u00a0: l\u2019effondrement de la parole.<br \/>\nCette mise en sc\u00e8ne du <em>Roi Lear<\/em> nous permet de retrouver enfin une forme de \u00ab radicalit\u00e9\u00a0\u00bb qui avait manqu\u00e9 \u00e0 la proposition th\u00e9\u00e2trale donn\u00e9e dans la Cour d\u2019honneur l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re (<em>Le Prince de Hombourg<\/em> de Kleist par Corsetti). Aussi, il incite, par les pistes qu\u2019il livre \u00ab\u00a0hors plateau\u00a0\u00bb, \u00e0 faire r\u00e9fl\u00e9chir les spectateurs sur le caract\u00e8re \u00ab\u00a0visionnaire\u00a0\u00bb du propos de cette pi\u00e8ce\u00a0: n\u2019y a-t-il pas, effectivement, de quoi s\u2019effrayer sur l\u2019effondrement de la croyance en la parole dans notre Histoire proche ? Bien malheureux sera cependant celui qui cherchera les r\u00e9f\u00e9rences directes \u00e0 Auschwitz dans ce spectacle\u2026 Car, si les \u00e9chos sont int\u00e9ressants et \u00e9vidents dans les questionnements eux-m\u00eames, Py semble ne pas s\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 cela dans sa mise en sc\u00e8ne, dont l\u2019intrigue est plus universelle et fait plus directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 notre contemporan\u00e9it\u00e9 \u2013 une indication temporelle claire, \u00ab\u00a02015\u00a0\u00bb, est m\u00eame discr\u00e8tement gliss\u00e9e dans le spectacle afin qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 l\u00e0-dessus\u00a0: il ne s\u2019agit aucunement de replacer <em>Lear<\/em> au XX\u00e8me si\u00e8cle.<br \/>\n<strong>\u2026 et coh\u00e9rente dans le spectacle <\/strong><br \/>\nAinsi, face \u00e0 la parole manipulatrice et r\u00e9ductrice des deux premi\u00e8res filles de Lear, charg\u00e9es par ce dernier de \u00ab\u00a0faire son \u00e9loge\u00a0\u00bb, Cord\u00e9lia, la derni\u00e8re, d\u00e9cide de se taire. Elle aime v\u00e9ritablement son p\u00e8re et ne souhaite pas rentrer dans son jeu hypocrite. Pour Py, cette absence de prise de parole rel\u00e8ve \u00e0 la fois d\u2019un acte h\u00e9ro\u00efque \u2013 ne pas participer \u00e0 cette \u00ab\u00a0d\u00e9valuation\u00a0\u00bb de la parole \u2013 et d\u2019un constat d\u2019\u00e9chec \u2013 la parole a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e. Cela constituera le c\u0153ur du spectacle d\u2019Olivier Py. Cord\u00e9lia, seule \u00e0 pouvoir redonner un sens po\u00e9tique \u00e0 la parole, se tait et s\u2019absente, laissant les personnages sombrer et transformer la terre en chaos. Les apparences prennent alors le dessus \u2013 et Py fait justement appara\u00eetre les deux s\u0153urs, monstrueuses dans le texte de Shakespeare, telles des \u00ab\u00a0bimbos\u00a0\u00bb perverses, tandis qu\u2019Edmond cr\u00e2ne \u00e0 moto et joue avec son image de \u00ab\u00a0petit diable\u00a0\u00bb. Tout sonne de plus en plus creux et cela provoque donc ensuite le basculement in\u00e9vitable\u00a0: le th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame, dernier lieu de repr\u00e9sentation possible de la parole po\u00e9tique, est d\u00e9construit. Et la belle r\u00e9f\u00e9rence au th\u00e9\u00e2tre de Vilar \u2013 le plateau de plancher \u2013 dispara\u00eet progressivement, comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait plus pertinent de croire encore \u00e0 cela. La derni\u00e8re partie laisse toute la place au nihilisme, redonnant paradoxalement une force folle \u00e0 la parole de Shakespeare \u00e0 travers les personnages de Kent et d\u2019Edgar\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce la fin du monde\u00a0?\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Non, c\u2019est une image de la fin du monde\u00a0\u00bb.<br \/>\n<strong>Les obsessions de Py<br \/>\n<\/strong><br \/>\nIl n\u2019en reste pas moins que, dans ce d\u00e9ploiement radical et coh\u00e9rent, Py ne peut s\u2019emp\u00eacher de revenir \u00e0 ses obsessions de mise en sc\u00e8ne\u00a0: nudit\u00e9 peu pertinente et trop exhib\u00e9e, piano omnipr\u00e9sent, gags potaches \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition &#8211; tel que le \u00ab\u00a0coup du placard\u00a0\u00bb -, redondance d\u2019effets pour une m\u00eame id\u00e9e \u2013 tel le scotch sur la bouche de Cord\u00e9lia alors que l\u2019inscription \u00ab\u00a0Ton silence est une machine de guerre\u00a0\u00bb est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente (en trop grosses lettres scintillantes) sur le mur du Palais. Cela entra\u00eene une perte de subtilit\u00e9 qui dessert \u2013 malheureusement \u2013 le propos. L\u2019intelligence et la recherche de l\u2019audace ne font pas le style.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>King Lear (Le Roi Lear), de William Shakespeare, traduction et mise en sc\u00e8ne Olivier Py, Avignon 2015 (Critique \u00e9crite par Cyril Olawinski dans le cadre des ateliers d&rsquo;\u00e9criture ouverts au public \u2013 partenariat Insens\u00e9 \/ BNF &#8211; Maison Jean-Vilar) Apr\u00e8s avoir pris la direction du Festival l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, Py s\u2019offre l\u2019un des plus beaux lieux (la Cour d\u2019honneur) et l\u2019un des plus beaux textes (Le roi Lear de W. Shakespeare), pour nous proposer un th\u00e9\u00e2tre de la Fin qui manque<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1002,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1003","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1003","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1002"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1003"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1003"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}