


{"id":1011,"date":"2015-07-20T13:06:43","date_gmt":"2015-07-20T11:06:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1011"},"modified":"2015-07-20T13:06:43","modified_gmt":"2015-07-20T11:06:43","slug":"memoires-du-grand-nord-un-batard-et-la-survie","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/memoires-du-grand-nord-un-batard-et-la-survie\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires du Grand Nord\u00a0: un b\u00e2tard et la survie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><i><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot87\">M\u00e9moires du Grand Nord<\/a><\/i>, de <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot88\">Mathieu Ma Fille Foundation<\/a><br \/>\n<br \/>Avignon Off 2015<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1009\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton380.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1010\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_off_memoires.jpg\" alt=\"2015_off_memoires.jpg\" align=\"center\" width=\"320\" height=\"381\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Mathieu Ma Fille Foundation (MMFF) pr\u00e9sente dans le cadre du Festival d\u2019Avignon Off, pendant trois jours (19 au 21 juillet) <em>M\u00e9moires du Grand Nord<\/em> \u00e0 l\u2019Entrep\u00f4t. Une histoire b\u00eate pour la b\u00eatise de notre histoire. Une histoire de chien, plut\u00f4t b\u00e2tarde que chien de race moribonde. <\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p>Il faut aller faire un petit d\u00e9tour \u00e0 l\u2019Entrep\u00f4t et quitter les cours d\u2019honneur, les clo\u00eetres des Carmes et tous ces autres lieux de prestiges et de fiert\u00e9 nationale pour voir un travail qui se met \u00e0 la lisi\u00e8re du th\u00e9\u00e2tre pour l\u2019avancer, le bouger, pour casser ce conservatisme ambiant, pour en finir avec l\u2019\u00e9ternel m\u00eame, le certain, la dictature du signifiant, la sainte repr\u00e9sentation, l\u2019incarnation, la virtuosit\u00e9 technique\u2026 Il faut aller faire un petit d\u00e9tour \u00e0 l\u2019Entrep\u00f4t pour voir qu\u2019il existe encore des espaces qui r\u00e9sistent au supermarch\u00e9 Avignon. Les tarifs (des billets comme des boissons) ne sont que les premiers signes du fait qu\u2019on est dans un lieu rare. On a l\u2019impression qu\u2019ici l\u2019hospitalit\u00e9 et la rencontre parviennent encore \u00e0 survivre les rafles du march\u00e9.<br \/>\nIls sont quatre et ils attendent d\u00e9j\u00e0 sur sc\u00e8ne comme s\u2019ils allaient faire une d\u00e9monstration, une conf\u00e9rence, une r\u00e9p\u00e9tition ouverte\u2026 en tout cas, un moment o\u00f9 tout myst\u00e8re est \u00e9vacu\u00e9, myst\u00e8re que le th\u00e9\u00e2tre h\u00e9rite si souvent encore de l\u2019\u00e9glise. Arnaud Saury commence alors \u00e0 parler et il parvient \u00e0 commencer \u00e0 parler sans que cela ait commenc\u00e9. Je veux dire\u00a0: On ne se dit pas\u00a0: \u00ab\u00a0Ahhhh\u00a0!!! \u00c7a commence\u00a0! Silence\u00a0!\u00a0\u00bb L\u2019acte th\u00e9\u00e2tral est ici enti\u00e8rement d\u00e9sacralis\u00e9. Le th\u00e9\u00e2tre fait partie du monde comme un bifteck. Ou c\u2019est le bifteck qui fait partie du th\u00e9\u00e2tre comme il fait partie du monde. Enfin\u2026<br \/>\n\u00c7a a donc commenc\u00e9 et pour continuer \u00e0 d\u00e9truire toute attente spectaculaire, le prologue s\u2019occupe \u00e0 nous lib\u00e9rer de l\u2019intrigue narrative qui est en partie celle de Jack London <em>Construire un feu<\/em>\u00a0: Un mec qui va dans le nord du Canada avec un chien et qui meurt de froid parce qu\u2019il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 allumer un feu \u00e0 temps, apr\u00e8s qu\u2019il ait accidentellement mouill\u00e9 ses pieds. Son chien survit.<br \/>\nC\u2019est con. Et on a l\u2019impression qu\u2019on se trouve comme ce malheureux dans cette situation conne, du th\u00e9\u00e2tre et de l\u2019histoire. Que faire\u00a0? Au XIXe si\u00e8cle, il survivait encore. Aujourd\u2019hui, ce ne peut \u00eatre que son chien qui survit. Et MMFF nous propose un th\u00e9\u00e2tre de b\u00e2tards qui n\u2019en a rien \u00e0 branler de l\u2019imposition des genres et des disciplines, un m\u00e9lange entre performance, concert metal\/punk et th\u00e9\u00e2tre avec des moyens douteux. Douteux parce que, d\u2019ordinaire, on les qualifierait de nuls, de na\u00effs, de b\u00eates. Ainsi, ils imitent le bruit du vent avec leur corde vocale et sa force avec deux corps qui se retiennent. Ils avancent lentement. Parfois ils courent. Ils courent sur place, mais quelque chose les aspire vers l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne et on a r\u00e9ellement l\u2019impression que la sc\u00e8ne finit par basculer, par tomber en arri\u00e8re et que ces quatre plouks tombent dans l\u2019infini. La pauvret\u00e9 de ces moyens participe alors \u00e0 la mise \u00e0 mort de toute f\u00e9tichisation de la technique et de la virtuosit\u00e9 vers laquelle le th\u00e9\u00e2tre se retire si souvent par ces temps mauvais.<br \/>\nLa fable glisse alors sans cesse entre cet espace fictif, qu\u2019on \u00e9voque en courant sur place, en mettant un masque d\u2019une mochet\u00e9 et d\u2019une pauvret\u00e9 hallucinante pour signifier le chien (le genre doudou d\u2019un des com\u00e9diens), en faisant du bruitage de mani\u00e8re nonchalante (des micros captent des bruits\u00a0: papier bulle pour le cr\u00e9pitement du feu, etc.)\u00a0; elle glisse entre cet espace qui \u00e9voque la fiction et un espace o\u00f9 on a l\u2019impression que des mots de cette fable parlent du th\u00e9\u00e2tre, ou du moins de ce th\u00e9\u00e2tre. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme peut faire dans un endroit comme celui-ci\u00a0?\u00a0\u00bb Et ce m\u00e9ta-discours qui n\u2019en est pas un devient une performance en lui-m\u00eame au point qu\u2019on ne sait plus trop o\u00f9 on est. Les incessants recommencements d\u2019actes plut\u00f4t banals (on nous montre et on pose \u00e0 plusieurs reprises avec un poster <em>genre<\/em> carte postale de montagnes enneig\u00e9es) nous mettent dans un espace-temps qui nous fait douter de la chose. Il y a plus de noirs que dans du th\u00e9\u00e2tre de boulevard pour signifier une fin d\u2019une sc\u00e8ne, d\u2019un acte, de je-ne-sais-quoi. Mais on recommence pareil, on fait la m\u00eame chose. On pourrait presque dire que tout acte, tout geste, sert ici \u00e0 la destruction d\u2019une dramatisation classique. Parfois na\u00eet de ses cendres un moment performatif po\u00e9tique comme celui o\u00f9 l\u2019un des quatre ne cesse d\u2019allumer des allumettes pour les jeter une apr\u00e8s l\u2019autre dans un bol d\u2019eau dont leur p\u00e9tillement est capt\u00e9 et amplifi\u00e9 par micro. B\u00eatise de cet acte, de mourir pour une b\u00eatise. Une sorte de boucle qui bouffe sa propre signification. Reste alors cet acte. Le feu. L\u2019eau. Le cr\u00e9pitement. C\u2019est ainsi qu\u2019on bascule d\u2019installation sonore \u00e0 des performances corporelles et des moments de concert punk\/m\u00e9tal\/hard rock de Mathieu Poulain en <em>genre<\/em> cowboys des for\u00eats canadiens. Il y a des mots. Des mots de London et d\u2019autres. Des mots sur ce que nous sommes en train de regarder et des mots qui glissent vers une r\u00eaverie, des mots qui me rappellent une sc\u00e8ne de fin de Peer Gynt o\u00f9 il rencontre la mort mais qui se transforme en une boucherie humaine qui n\u2019envie rien \u00e0 un Lautr\u00e9amont. Des mots qui sont \u00e9nonc\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re que les allumettes sont jet\u00e9es dans l\u2019eau. Sans froufrou. Sans jeu pourrait-on presque dire. T\u00e9moigner. T\u00e9moignage d\u2019un chien. Et puis, les mots explosent dans un mur de son de guitare \u00e9lectrique, les corps ne tiennent plus sur les bancs et saute b\u00eatement partout. Que faire\u00a0?<br \/>\nTout cela participe \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre qui n\u2019ait pas peur de se moquer de lui-m\u00eame et de sa condition, et de donner, pour finir, un coup de pied dans les couilles de ce monde de l\u2019art et sa logique de march\u00e9 qui organise ses productions en <em>genres<\/em> pour aborder ses consommateurs appropri\u00e9s. Cela ne suffit pas, car leurs produits doivent contenir certains incontournables que d\u2019autres marchants, consid\u00e8rent d\u00e9plac\u00e9s pour leurs clients \u00e0 eux\u2026 Il y a presque 100 ans, Gombrowicz \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0\u00a0:<br \/>\n<quote>\u00ab\u00a0Messieurs, il existe en ce monde des milieux plus ou moins ridicules, plus ou moins honteux, humiliants et d\u00e9gradants, et la quantit\u00e9 de b\u00eatise n\u2019est pas partout la m\u00eame. Par exemple le milieu des coiffeurs para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue plus susceptible de b\u00eatise que celui des cordonniers. Mais ce qui se passe dans le milieu artistique bat tous les records de sottise et d\u2019indignit\u00e9, au point qu\u2019un homme \u00e0 peu pr\u00e8s convenable et \u00e9quilibr\u00e9 ne peut pas ne pas rougir de honte, \u00e9cras\u00e9 par ce festival pu\u00e9ril et pr\u00e9tentieux. Oh ces chants inspir\u00e9s que personne n\u2019\u00e9coute\u00a0! Oh ces beaux discours des connaisseurs, cet enthousiasme aux concerts et aux soir\u00e9es po\u00e9tiques, ces initiations, r\u00e9v\u00e9lations et discussions, et le visage de ces gens qui d\u00e9clament ou \u00e9coutent en c\u00e9l\u00e9brant de concert \u201cle myst\u00e8re de la beaut\u00e9\u201d\u00a0! En vertu de quelle douloureuse antinomie tout ce que vous faites ou dites dans ce domaine devient-il risible\u00a0? Lorsque dans l\u2019histoire un milieu donn\u00e9 en arrive \u00e0 de telles sottises convulsives, on peut conclure avec certitude que ses id\u00e9es ne correspondent pas au r\u00e9el et qu\u2019il est tout simplement farci de fausses conceptions. Vos conceptions artistiques atteignent sans nul doute un summum de la na\u00efvet\u00e9\u00a0; et si vous voulez savoir pourquoi et comment il faudrait les r\u00e9viser, je puis vous le dire sur-le-champ, pourvu que vous pr\u00eatiez l\u2019oreille.\u00a0\u00bb<\/quote><br \/>\nMMFF en propose une premi\u00e8re r\u00e9vision. B\u00e2tardiser le th\u00e9\u00e2tre pour sa survie.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; M\u00e9moires du Grand Nord, de Mathieu Ma Fille Foundation Avignon Off 2015 Mathieu Ma Fille Foundation (MMFF) pr\u00e9sente dans le cadre du Festival d\u2019Avignon Off, pendant trois jours (19 au 21 juillet) M\u00e9moires du Grand Nord \u00e0 l\u2019Entrep\u00f4t. 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