


{"id":1030,"date":"2015-07-22T17:50:01","date_gmt":"2015-07-22T15:50:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1030"},"modified":"2015-07-22T17:50:01","modified_gmt":"2015-07-22T15:50:01","slug":"fugue-le-contentement-ou-le-souvenir-dune-comedienne","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/fugue-le-contentement-ou-le-souvenir-dune-comedienne\/","title":{"rendered":"Fugue, le contentement ou le souvenir d&rsquo;une com\u00e9dienne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><i><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot92\">Fugue<\/a><\/i>, de <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot93\">Samuel Achache<\/a><br \/>\n<br \/>Avignon, Clo\u00eetre des C\u00e9lestins<br \/>\n<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1028\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton385.jpg\" width=\"800\" height=\"490\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1029\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_fugue.jpg\" alt=\"2015_fugue.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Samuel Achache montre <em>Fugue<\/em> dans le cadre du 69e Festival d&rsquo;Avignon. Sur l&rsquo;un des plus beaux plateaux d&rsquo;Avignon, le Clo\u00eetre des C\u00e9lestins, ce travail musical s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;intervalle du Klamauk et de la po\u00e9sie, entre d\u00e9saccord et collaboration, entre la possibilit\u00e9 d&rsquo;une vie autre et la possibilit\u00e9 d&rsquo;une vie de petit bourgeois. Mais le contentement en sortant de cet une heure vingt de spectacle enl\u00e8ve toute possibilit\u00e9 d&rsquo;une exp\u00e9rience radicale, nouvelle et vraie, peut-\u00eatre seule raison d&rsquo;aller au th\u00e9\u00e2tre\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p>Comment est-ce que les com\u00e9diens de <em>Fugue<\/em> ne cr\u00e8vent pas de chaud alors que nous d\u00e9goulinons en \u00e9tant assis devant le bureau\u00a0? Certes, ils suent en dessous de leur manteau d&rsquo;hiver de p\u00f4le Sud. Certes, ils faillent de perdre la voix \u00e0 des moments, mais ils chantent des fugues de Bach aussit\u00f4t  ou tiennent des monologues ravageurs comme cette Anne-Lise Heimburger qui d\u00e9veloppe une force et une <em>singularit\u00e9<\/em> qui \u00e9tonne, qui sort de la masse avignonnaise et qui \u00e9clate joyeusement au milieu de ses cinq compagnons masculins\u2026<br \/>\nLa situation\u00a0: Un groupe de trentenaires, abus\u00e9s de mani\u00e8re quelconque de cette vie bourgeoise impos\u00e9e, se retrouve au p\u00f4le Sud. Il y a cette chercheuse pour rechercher sur un lac enfoui de neige et de glace, consciente de son acte de d\u00e9truire son objet de recherche en l&rsquo;accomplissant.<br \/>\nIl nous faut la premi\u00e8re partie du spectacle pour d\u00e9passer les gags qui s&rsquo;enfilent. Gags qui font rire autant que les plus pauvres one-man-show ou le th\u00e9\u00e2tre de boulevard. La langue coll\u00e9e au walkie-talkie glaciale, la bite \u00e0 l&rsquo;air et on le cache avec du gaf noir de tapis de danse. Un jeu quelconque cabotin. On rigole bien avec le public\u2026 Un rapport au public, comment\u00a0?, g\u00e9n\u00e9reux\u00a0! Un rapport qu&rsquo;on semble reconna\u00eetre des Chiens de Navarre et d&rsquo;autres aventures du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais contemporain qui cherchent un peu autre chose que le l\u00e9ch\u00e9. Il faut passer cette premi\u00e8re partie du spectacle, dont on a presque l&rsquo;impression qu&rsquo;elle servait \u00e0 mettre le public\u2026  idiot (pardon&#8230;) dans la poche pour qu&rsquo;autre chose advienne. Et autre chose advient avec cette Anne-Lise Heimburger. Tout d&rsquo;un coup, une \u00e9treinte. Une \u00e9treinte qui arr\u00eate ces b\u00eatises des trentenaires d\u00e9sabus\u00e9s. \u00c9quilibre fragile entre moment po\u00e9tique et rechute vers le <em>Klamauk<\/em> (qui, soit dit au passant, n&rsquo;est pas un grotesque, mais une grossi\u00e8ret\u00e9. Traduction internet\u00a0: <em>grosse com\u00e9die<\/em>), ou la sc\u00e8ne boulevard qui risque de s\u2019entre-glisser toujours. L&rsquo;amant dans le placard. Des histoires d&rsquo;amours ou de cul. \u00c7a flirte avec. Mais apr\u00e8s ces mitraillettes de gags o\u00f9 l&rsquo;on dirait que la musique baroque qui y est d\u00e9j\u00e0, n&rsquo;aura que cette fonction st\u00e9rile de contentement de putains qu&rsquo;on voudrait lui pr\u00eater dans ces temps de d\u00e9sespoir, \u00ab\u00a0Sei nun wieder zufrieden\u00a0\u00bb (Soit \u00e0 nouveau content) (BWV 21) adress\u00e9 plus ou moins directement au public, vient alors comme une provocation d&rsquo;imb\u00e9cile qui dirait\u00a0: \u00ab\u00a0Arr\u00eate, ce n&rsquo;est pas si grave que \u00e7a. Souris.\u00a0\u00bb\u2026 apr\u00e8s ces mitraillettes de gags, nous entrons dans une composition dramaturgique de plus en plus contrapuntique o\u00f9 les espaces de fictions se croisent, o\u00f9 l&rsquo;espace de fiction du plateau devient pour un moment un espace de narration pure, o\u00f9 l&rsquo;espace des morts et des vivants se glisse l&rsquo;un dans l&rsquo;autre, o\u00f9 l&rsquo;espace de la r\u00e9alit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale, c&rsquo;est-\u00e0-dire celle de la repr\u00e9sentation co-habite avec l&rsquo;espace de fiction\u00a0; o\u00f9 des sc\u00e8nes diff\u00e9rentes du r\u00e9cit se jouent parall\u00e8lement et existent l&rsquo;un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre ou l&rsquo;un pendant l&rsquo;autre. Je dirais que le contrepoint dramaturgique se base ici principalement sur la superposition d&rsquo;espaces h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Ainsi l&rsquo;une peut parler \u00e0 l&rsquo;autre qui traduit ce qu&rsquo;elle dit directement au public. \u00c9coute-moi\u00a0! Et ces espaces restent s\u00e9par\u00e9s par la force du jeu et l&rsquo;imagination des com\u00e9diens. La musique et ses instruments suivent le m\u00eame principe dramaturgique. M\u00eame si on n&rsquo;est jamais tr\u00e8s loin d&rsquo;un comique de situation (v. sitcom), autre chose pr\u00e9vaut dans cette deuxi\u00e8me partie. La baignoire qui devient tout \u00e0 coup bateau. Un corps allong\u00e9 sous une serviette devient un morse. L&rsquo;intraduisible <em>Sehnsucht<\/em>\u00a0! Le suicide de tout d\u00e9sir et devenir dans un moment de rage\u00a0: aller habiter en Suisse avec un petit chien suisse et faire des carr\u00e9s, un, deux, trois, quatre, chaque matin, avec son petit chien suisse dans la propret\u00e9 suisse. C&rsquo;est \u00e7a. Y&rsquo;en a marre de l&rsquo;antarctique\u00a0! Y&rsquo;en a marre\u2026<br \/>\nAlors que Werner Herzog, dans son travail &#8211; son film <em>Encounters at the end of the world<\/em> a \u00e9t\u00e9 le socle du travail de Samuel Achache et de son \u00e9quipe (v. programme) \u2013 alors que Werner Herzog, dirais-je, \u00e9prouve la nature, la conjure, l&rsquo;affronte\u00a0; l\u00e0 o\u00f9 sa d\u00e9mesure, son cri face \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 son regard capte ce cri \u00e9ternel, sa d\u00e9chirure, l\u00e0 o\u00f9 il cadre le pathos des montagnes, l\u00e0 o\u00f9 la nature refl\u00e8te et d\u00e9chire nos petits devenirs humains, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9, au final, la nature de Herzog devient politique par sa possibilit\u00e9 d&rsquo;une trajectoire passionnelle absolu (il faut regarder \u00e0 nouveau <em>Fitzgeraldo<\/em> et <em>Aguirre<\/em>, relire ses deux journaux\u00a0: <em>Conqu\u00eate de l&rsquo;inutile<\/em> et <em>Sur le chemin des glaces<\/em> ou se souvenir de ce pingouin courant vers sa mort certaine), sa transposition au th\u00e9\u00e2tre risque de devenir le caprice de quelques bobos parisiens \u00e0 la recherche d&rsquo;exotisme ou d&rsquo;aventure (m\u00eame si le renversement de la froideur antarctique en la chaleur avignonnaise r\u00e9ellement insupportable sous leurs manteaux de fourrure n&rsquo;\u00e9tait pas une mauvaise id\u00e9e). Caprice n\u00e9 dans l&rsquo;ennui d&rsquo;une vie r\u00e9gl\u00e9e et non par folie et n\u00e9cessit\u00e9. Au pire\u00a0: r\u00e9cup\u00e9ration d&rsquo;un geste radical, geste \u00e0 la Herzog, pour le contentement de\u2026 M\u00eame en citant Lacan.<br \/>\nEn sortant, l&rsquo;injonction d&rsquo;\u00eatre content a fonctionn\u00e9. On l&rsquo;est. Mais rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9.<br \/>\nRestera le souvenir d&rsquo;une com\u00e9dienne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8212;&#8211; Fugue, de Samuel Achache Avignon, Clo\u00eetre des C\u00e9lestins Samuel Achache montre Fugue dans le cadre du 69e Festival d&rsquo;Avignon. 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