


{"id":1037,"date":"2015-07-25T08:33:17","date_gmt":"2015-07-25T06:33:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1037"},"modified":"2015-07-25T08:33:17","modified_gmt":"2015-07-25T06:33:17","slug":"frozen-joliment-philosophique","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/frozen-joliment-philosophique\/","title":{"rendered":"Frozen, joliment philosophique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><i><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot94\">Frozen<\/a><\/i>, de la compagnie3637 (<a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot95\">Sophie Linsmaux<\/a> et <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot96\">Aur\u00e9lio Mergola<\/a>)<br \/>\n<br \/>Avignon, dans le cadre du programme XS, jardin du Vierge du Lyc\u00e9e Saint-Joseph<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1035\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton387.jpg\" width=\"800\" height=\"533\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1036\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_frozen.jpg\" alt=\"2015_frozen.jpg\" align=\"center\" width=\"1500\" height=\"1001\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>XS. Grande taille, petite taille ou medium\u2026 le programme XS, \u00ab nom \u00bb n\u00e9 du festival organis\u00e9 par le Th\u00e9\u00e2tre National\/Bruxelles, proposait trois formes courtes dans le Jardin de la vierge du Lyc\u00e9e Saint Joseph, notamment <em>Frozen<\/em> de la compagnie3637, avec Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola. O\u00f9 comment un rien peut figurer un TOUT.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><sc><strong>3637<\/strong><\/sc><br \/>\nDipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019I.A.D. (institut des arts de diffusion) en interpr\u00e9tation dramatique, r\u00e9dactrice d\u2019un m\u00e9moire sur le r\u00f4le de l\u2019artiste-animateur face \u00e0 des com\u00e9diens handicap\u00e9s mentaux, en 2004, en immersion l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente \u00e0 l\u2019 Escola Superior de Teatro e Cinema de Lisbonne dirig\u00e9 par N.Nunes, Sophie Linsmaux a sans doute depuis toujours le go\u00fbt d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 complexe que le geste artistique pourrait saisir. Apr\u00e8s diff\u00e9rentes \u00e9tapes de formation, c\u2019est en 2008 qu\u2019elle fonde avec B\u00e9n\u00e9dicte Mottart et Coralie Vanderlinden la compagnie3637. Les trois jeunes femmes issues de la danse, du th\u00e9\u00e2tre et des formes que permet l\u2019intervention en milieu urbain (Sophie Linsmaux, B\u00e9n\u00e9dicte Mottart et Coralie Vanderlinden), s\u2019aventurent dans les diff\u00e9rents modes de repr\u00e9sentation du geste th\u00e9\u00e2tral (th\u00e9\u00e2tre d\u2019objets, marionnettes, danse, du th\u00e9\u00e2tre d\u2019images, \u00e9criture de plateau, etc. pour enfants comme pour adultes, voire des adultes n\u2019ayant pas rompu leur lien \u00e0 l\u2019enfance), est identifi\u00e9 comme un groupe de recherche et questionne esth\u00e9tiquement et po\u00e9tiquement les recoins de la vie \u00e0 travers leurs cr\u00e9ations. Chaque cr\u00e9ation, d\u2019ailleurs, est l\u2019objet d\u2019un travail qui tend \u00e0 pr\u00e9ciser un langage propre \u00e0 l\u2019univers qui sera investi. Fa\u00e7on pour ce trio de rendre actuel l\u2019affinit\u00e9 qu\u2019elles entretiennent avec Jo\u00ebl Pommerat qu\u2019elle cite : \u00ab Je crois que le th\u00e9\u00e2tre est un lieu possible d\u2019interrogations et d\u2019exp\u00e9riences de l\u2019humain, un lieu o\u00f9 l\u2019on peut dire quelque chose d\u2019actuel et de br\u00fblant de nous et notre monde \u00bb.<br \/>\nAu-del\u00e0 des prix qui ont distingu\u00e9 leur pratique artistique et soulignent une reconnaissance pour la singularit\u00e9 du travail men\u00e9 (Prix D\u00e9couverte d\u00e9cern\u00e9 par la critique belge en 2011 pour <em>O\u00f9 les hommes mourraient encore<\/em>, nomin\u00e9 au Prix de la critique \u00ab Meilleure cr\u00e9ation artistique et technique \u00bb 2014 pour <em>Keep Going<\/em>), c\u2019est toujours une situation insolite ou impr\u00e9visible qui guide le travail de la compagnie3637, depuis leur premi\u00e8re cr\u00e9ation, <em>Zazie et Max<\/em> (d\u00e9couverte que le monde ne se divise entre les \u00ab avec zizi \u00bb et les \u00ab sans zizi \u00bb), en passant par<em> Cortex<\/em> (voyage dans la m\u00e9moire), <em>Les d\u00e9sob\u00e9isseurs<\/em> (une \u00e9cole est d\u00e9fendue par ses occupants), <em>Eldorado<\/em> (\u00ab \u00eatre au pied du mur \u00bb et faire montre de courage), <em>Keep Going<\/em> (l\u2019histoire d\u2019Eddie 139 ans qui recueille sa s\u0153ur Beth 140 ans et qui doit choisir entre partir pour <em>Sun City<\/em> \u2013 ville pour vieux \u2013 ou s\u2019occuper de celle qui n\u2019a plus aucune ressource), et <em>Frozen<\/em>. Ainsi, au pr\u00e9texte d\u2019une na\u00efvet\u00e9 ou d\u2019un motif impr\u00e9vu, inexplicable et improbable\u2026 la compagnie3637 invente des formes plastiques aussi peu conformes que les motifs qui les g\u00e9n\u00e8rent.<br \/>\n<sc><strong>Frozen<\/strong><\/sc><br \/>\nNe sera pas diff\u00e9rent, dans sa construction et pourrait se r\u00e9sumer \u00e0 la question qui figure dans le programme : \u00ab dans la cantine, que s\u2019est-il pass\u00e9 entre 12H45 et 13H05 ? \u00bb.<br \/>\nDe fait, dans une cantine asceptis\u00e9e, aux tables et aux chaises plastiques align\u00e9es, devant des pr\u00e9sentoires frigorifiques o\u00f9 s\u2019empile une \u00ab bouffe \u00bb qui d\u00e9clencherait les vocif\u00e9rations hyst\u00e9riques de Jean-Pierre Coffe, deux personnels de bureau entrent pour y prendre leur repas. Sur fond de musique aussi clean et d\u00e9personnalis\u00e9e que les couverts et la vaisselle accueillis sur le plateau repas, ils s\u2019installent chacun \u00e0 une table, \u00e0 une distance respectueuse l\u2019un de l\u2019autre. L\u2019homme et la femme \u2013 mais peut-on encore parler en nommant ces genres ? \u2013, tous les deux blonds ariens, costumes gris batis \u00e0 la cha\u00eene, teints livides pour ne pas dire spectral, s\u2019ignorent. Normal, ils sont dans un tel rapport de similitude et de ressemblance en toute chose, en tout geste, et se regardent comme le reflet l\u2019un de l\u2019autre, qu\u2019ils ne peuvent distinguer de diff\u00e9rences de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Donc, l\u2019ignorance ici vaut pour invisibilit\u00e9. Seuls quelques regards convenus et sourires plastiques \u00e9chang\u00e9s en guise de communication ponctuent rarement la situation. Le repas se prend ainsi, dans le silence couvert par la musique de chambre \u00ab froide \u00bb\u2026 Et le monde des d\u00e9placements, des bruits et des mouvements est ainsi r\u00e9gl\u00e9 au point que le monde a disparu.<br \/>\nEt soudain\u2026<br \/>\nUn c\u0153ur, l\u00e0 entre les bouteilles d\u2019eau min\u00e9rale, est \u00e0 vue. Il bat. Un c\u0153ur sorti de sa charpente corporelle bat comme \u00e7a \u00e0 vue. Et ce battement qui retentit d\u00e9r\u00e8gle l\u2019harmonie fun\u00e8bre qui r\u00e9gnait. S\u2019ensuit un d\u00e9saccord muet entre l\u2019homme et la femme sur la place de ce c\u0153ur dans cet espace. Poubelle ? plat de r\u00e9sistance ? f\u00e9tiche d\u2019une humanit\u00e9 perdue g\u00e9n\u00e9reusement consol\u00e9 sur le sein de la dame\u2026 ? Le d\u00e9saccord \u00e9volue en bataille violente qui met sans dessus dessous la cantine mausol\u00e9e. Une vraie lutte pour un c\u0153ur perdu\u2026 Et l\u2019explosion finale\u2026 en front de sc\u00e8ne, o\u00f9 le c\u0153ur est litt\u00e9ralement explos\u00e9 sur le sol. Et puis plus rien, les visages stup\u00e9faits en signe de fin, dans un espace qui est devenu un chaos.<br \/>\nDe loin, \u00e7a ressemblera presque \u00e0 une pi\u00e8ce chor\u00e9graphique de Pina Bausch o\u00f9 les chaises valdinguaient dans <em>Caf\u00e9 M\u00fcller<\/em>. R\u00e9f\u00e9rence qui nous rappelle \u00e9galement celle d\u2019Heiner M\u00fcller qui \u00e9crivait \u00ab votre c\u0153ur c\u2019est une pierre, oui, mais il ne bat que pour vous \u00bb. Mais au vrai, ces r\u00e9f\u00e9rences plaqu\u00e9es ne rendent pas compte de la seule chose qu\u2019il faut nommer et qui r\u00e9pondrait \u00e0 la question \u00ab que s\u2019est-il pass\u00e9 entre 12H45 et 13H05 ? \u00bb. Rien ne s\u2019est pass\u00e9 puisque tout redevient comme c\u2019\u00e9tait.<br \/>\nRien ou presque, car pour autant que l\u2019on pourrait voir dans ce travail une parabole sur \u00ab l\u2019humanit\u00e9 \u00bb recouvr\u00e9e parce qu\u2019un c\u0153ur nous rappelle une condition ; il est encore possible de s\u2019inqui\u00e9ter justement des \u00ab passions humaines \u00bb qui d\u00e9r\u00e8glent l\u2019ordre et l\u2019harmonie. Ainsi, entre 12H45 et 13H05, la compagnie3637 aura pos\u00e9 une seule question qui concernait la place des passions (le c\u0153ur battant en \u00e9tant la m\u00e9taphore) o\u00f9 l\u2019on peut toujours imaginer que si certains souhaitent un monde de passions, d\u2019autres peuvent lui pr\u00e9f\u00e9rer un monde o\u00f9 nous serions enfin indiff\u00e9rentes \u00e0 celles-ci.<br \/>\nDisons qu\u2019entre l\u2019un et l\u2019autre, sans doute la r\u00e9ponse tient-elle au fantasme que l\u2019on entretient sur l\u2019Histoire de l\u2019humanit\u00e9. Joliment philosophique que <em>Frozen<\/em> qui pourrait \u00eatre la seule petite forme (30 minutes) qui viendrait contrarier <em>La R\u00e9publique de Badiou<\/em> et sa vingtaine de le\u00e7ons\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; Frozen, de la compagnie3637 (Sophie Linsmaux et Aur\u00e9lio Mergola) Avignon, dans le cadre du programme XS, jardin du Vierge du Lyc\u00e9e Saint-Joseph XS. Grande taille, petite taille ou medium\u2026 le programme XS, \u00ab nom \u00bb n\u00e9 du festival organis\u00e9 par le Th\u00e9\u00e2tre National\/Bruxelles, proposait trois formes courtes dans le Jardin de la vierge du Lyc\u00e9e Saint Joseph, notamment Frozen de la compagnie3637, avec Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola. 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