


{"id":1039,"date":"2015-07-28T16:19:57","date_gmt":"2015-07-28T14:19:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1039"},"modified":"2015-07-28T16:19:57","modified_gmt":"2015-07-28T14:19:57","slug":"81-le-theatre-et-apres","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/81-le-theatre-et-apres\/","title":{"rendered":"81, le th\u00e9\u00e2tre et apr\u00e8s !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">&#8212;&#8211;<br \/>\n<center><i><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot97\">81, avenue Victor Hugo<\/a><\/i>, mise en sc\u00e8ne d&rsquo;<a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot98\">Olivier Coulon Jablonka<\/a><br \/>\n<br \/>\u00e9crit avec <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot100\">Camille Plagnet<\/a>, et <a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?mot99\">Barbara M\u00e9tais-Chastanier<\/a><br \/>\n<br \/><a href=\"http:\/\/www.festival-avignon.com\/fr\/spectacles\/2015\/81-avenue-victor-hugo-piece-d-actualite\">Avignon 2015<\/a>, Gymnase du lyc\u00e9e Saint-Joseph<\/center><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1038\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton388.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1032\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/2015_81_avenue_victor_hugo.jpg\" alt=\"2015_81_avenue_victor_hugo.jpg\" align=\"center\" width=\"1400\" height=\"975\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Programm\u00e9e au dernier moment par le Festival d\u2019Avignon au gymnase du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, non r\u00e9pertori\u00e9e dans les spectacles offerts par le In, la \u00ab pi\u00e8ce d\u2019actualit\u00e9 \u00bb <em>81 avenue Victor Hugo<\/em> mise en sc\u00e8ne par Olivier Coulon-Jablonka o\u00f9 des sans-papiers, sur sc\u00e8ne, r\u00e9gularis\u00e9s de fraiche date, racontent leur vie, aura peut-\u00eatre rappel\u00e9 au regard du festivalier qu\u2019il est parfois un \u00ab non-spectateur \u00bb, au sens o\u00f9 il est encore un citoyen.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><sc><strong>Dans les rues d\u2019Aubervilliers comme ailleurs\u2026<\/strong><\/sc><br \/>\nAvenue prestigieuse parisienne ou rue passante et commer\u00e7ante ? D\u2019un topos \u00e0 l\u2019autre des territoires urbains, le nom d\u2019un homme illustre (le Montagnard Victor Hugo l\u2019est pour sa po\u00e9sie comme ses luttes et barricades romanesques) peut se retrouver ici panth\u00e9onis\u00e9 sur une plaque en \u00e9maille qui ouvre l\u2019un des plus belles avenues de Paris, ou au contraire ne figurer qu\u2019un rep\u00e8re g\u00e9ographique quelconque qui n\u00e9cessite une recherche GPS. En l\u2019occurrence, \u00e0 Aubervilliers, le 81 Avenue Victor Hugo rel\u00e8ve davantage d\u2019une saign\u00e9e urbaine sans prestige et marque l\u2019adresse d\u2019un ancien p\u00f4le emploi reconverti, depuis ao\u00fbt 2014, en \u00ab refuge \u00bb par un collectif de sans-papiers qui a pris la libert\u00e9 de se trouver un g\u00eete, alors que ses membres \u00e9taient \u00e0 la rue depuis 4 mois.<br \/>\n<em>Last but not least<\/em>, <em>81 Avenue Victor Hugo<\/em> est \u00e9galement, depuis quelques mois, une aventure sc\u00e9nique et politique, objet d\u2019un travail d\u2019\u00e9criture (texte et sc\u00e8ne) par Olivier Coulon-Jablonka, Barbara M\u00e9tais-Chastanier et Camille Plagenet, soutenue par le th\u00e9\u00e2tre de la Commune d\u2019Aubervilliers et sa directrice Marie-Jos\u00e9 Malis. Soit un titre de \u00ab spectacle \u00bb comme dirait Artaud qui, le hasard nourrit parfois quelques pertinences, est aussi le nombre de sans-papiers dont le pr\u00e9sent \u2013 une r\u00e9gularisation \u2013 est en jeu. Un pr\u00e9fet de la R\u00e9publique s\u2019est ainsi saisi du dossier de ces anonymes et s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 donner une identit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 Adama Bamba, Moustapha Ciss\u00e9, Ibrahim Diallo, Mamadou Diomand\u00e9, Inza Kon\u00e9, Souleumane S, M\u00e9it\u00e9 Soualiho, Mohammed Zia\u2026 Soit un peu moins de 10% (r\u00e9gularis\u00e9s) qui sont le porte-voix d\u2019un groupe en demande de papier d\u2019identit\u00e9.<br \/>\nUne histoire authentique \u2013 d\u2019aucuns diraient \u00ab vraie \u00bb \u2013 o\u00f9, \u00e0 la recherche d\u2019un th\u00e9\u00e2tre d\u2019actualit\u00e9, c\u2019est en lisant un article de M\u00e9diapart qu\u2019Olivier Coulon-Jablonka et ses camarades finissent par se retrouver au 81, devant un collectif. La rencontre, le coup de foudre ou de tonnerre entre les artistes et ceux qui diront qu\u2019ils veulent \u00ab changer leur histoire en faisant du th\u00e9\u00e2tre \u00bb, \u00e0 moins que ce ne soit un sentiment d\u2019injustice et de r\u00e9volte, fera le reste et trouvera aupr\u00e8s de la Directrice de la Commune le soutien n\u00e9cessaire. Ou quand le th\u00e9\u00e2tre pourrait devenir et rappelle ce que disait Hugo \u00e0 la tribune de l\u2019Assembl\u00e9e le 9 juillet 1849 :<br \/>\n<quote>\u00ab Je suis pas de ceux qui croient qu\u2019on peut supprimer la souffrance en ce monde [\u2026] ; mais je suis de ceux qui pensent et affirment qu\u2019on peut d\u00e9truire la mis\u00e8re. Remarquez bien, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis d\u00e9truire. Les l\u00e9gislateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille mati\u00e8re, tant que le possible n\u2019est pas fait, le devoir n\u2019est pas accompli \u00bb.<\/quote><br \/>\n<sc><strong>La bande des 8\u2026<\/strong><\/sc><br \/>\nSe formera en front de sc\u00e8ne avant qu\u2019il ne reste que l\u2019un d\u2019entre eux qui, sur le mode d\u2019un conteur ou d\u2019un grillot, rappelle la parabole de la loi de Kafka :<br \/>\n<quote>\u00ab Une sentinelle se tient post\u00e9e devant la Loi ; un homme vient un jour la trouver et lui demande la permission de p\u00e9n\u00e9trer. Mais la sentinelle lui dit qu\u2019elle ne peut pas le laisser entrer en ce moment. L\u2019homme r\u00e9fl\u00e9chit et demande alors s\u2019il pourra entrer plus tard. \u201c C\u2019est possible, dit la sentinelle, mais pas maintenant. \u201d La sentinelle s\u2019efface devant la porte, ouverte comme toujours, et l\u2019homme se penche pour regarder \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La sentinelle, le voyant faire, rit et dit : \u201c Si tu en as tant envie essaie donc d\u2019entrer malgr\u00e9 ma d\u00e9fense. Mais dis-toi bien que je suis puissant. Et je ne suis que la derni\u00e8re des sentinelles. Tu trouveras \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de chaque salle des sentinelles, de plus en plus puissantes ; d\u00e8s la troisi\u00e8me, m\u00eame moi, je ne peux plus supporter leur vue. \u201d L\u2019homme ne s\u2019\u00e9tait pas attendu \u00e0 de telles difficult\u00e9s, il avait pens\u00e9 que la Loi devait \u00eatre accessible \u00e0 tout le monde et en tout temps, mais maintenant, en observant mieux la sentinelle, son manteau de fourrure, son grand nez pointu et sa longue barbe rare et noire \u00e0 la tartare, il se d\u00e9cide \u00e0 attendre quand m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on lui permette d\u2019entrer. La sentinelle lui donne un escabeau et le fait asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte. Il reste l\u00e0 de longues ann\u00e9es. Il multiplie les tentatives pour qu\u2019on lui permette d\u2019entrer et fatigue la sentinelle de ses pri\u00e8res. La sentinelle lui fait subir parfois de petits interrogatoires, l\u2019interroge sur son village et sur beaucoup d\u2019autres sujets, mais ce ne sont que des questions indiff\u00e9rentes comme les posent les grands seigneurs et pour finir elle dit toujours qu\u2019elle ne peut pas le laisser entrer. L\u2019homme, qui s\u2019est abondamment pourvu pour son voyage de toutes sortes de provisions, emploie tout, si pr\u00e9cieux que ce soit, pour soudoyer la sentinelle. Et la sentinelle prend bien tout, mais en disant : \u201c Je n\u2019accepte que pour que tu ne puisses pas penser que tu as n\u00e9glig\u00e9 quelque chose. \u201d Pendant ses longues ann\u00e9es d\u2019attente, l\u2019homme ne cesse presque jamais d\u2019observer la sentinelle. Il en oublie les autres gardiens, il lui semble que le premier est le seul qui l\u2019emp\u00eache d\u2019entrer dans la Loi. Et il maudit bruyamment la cruaut\u00e9 du hasard pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es ; plus tard, en devenant vieux, il ne fait plus que grommeler. Il retombe en enfance, et comme, au cours des longues ann\u00e9es o\u00f9 il a \u00e9tudi\u00e9 la sentinelle, il a fini par conna\u00eetre jusqu\u2019aux puces de son col de fourrure, il prie les puces elles-m\u00eames de l\u2019aider \u00e0 fl\u00e9chir le gardien. Finalement, sa vue s\u2019affaiblit et il ne sait si la nuit se fait vraiment autour de lui ou s\u2019il est tromp\u00e9 par ses yeux. Mais maintenant il discerne dans l\u2019ombre l\u2019\u00e9clat d\u2019une lumi\u00e8re qui brille \u00e0 travers les portes de la Loi. Il n\u2019a plus pour longtemps \u00e0 vivre d\u00e9sormais. Avant sa mort, tous ses souvenirs viennent se presser dans son cerveau pour lui imposer une question qu\u2019il n\u2019a pas encore adress\u00e9e. Et, ne pouvant redresser son corps raidi, il fait signe au gardien de venir. Le gardien se voit oblig\u00e9 de se pencher tr\u00e8s bas sur lui, car la diff\u00e9rence de leurs tailles s\u2019est extr\u00eamement modifi\u00e9e. \u201c Que veux-tu donc encore savoir ? demande-t-il, tu es insatiable. \u2013 Si tout le monde cherche \u00e0 conna\u00eetre la Loi, dit l\u2019homme, comment se fait-il que depuis si longtemps personne que moi ne t\u2019ait demand\u00e9 d\u2019entrer ? \u201d Le gardien voit que l\u2019homme est sur sa fin et, pour atteindre son tympan mort, il lui rugit \u00e0 l\u2019oreille : \u201c Personne que toi n\u2019avait le droit d\u2019entrer ici, car cette entr\u00e9e n\u2019\u00e9tait faite que pour toi, maintenant je pars, et je ferme \u00bb.<\/quote><br \/>\nAu point final de ce texte paru le 7 septembre 1915, avant que ne se poursuive l\u2019aventure th\u00e9\u00e2trale, le public applaudira rompant le protocole du silence. Il reste encore 40 minutes. A quoi a-t-il applaudi ? Qu\u2019est-ce qui l\u2019a fait ainsi sortir de ses gonds ?<br \/>\nSans doute la r\u00e9signation absurde de l\u2019homme, son ob\u00e9issance, sa condition d\u2019\u00eatre servile qui le conduit \u00e0 toutes les complicit\u00e9s\u2026 l\u2019ont-ils \u00e9prouv\u00e9 et lui ont rappel\u00e9 qu\u2019il pourrait \u00eatre avis\u00e9, parfois, d\u2019observer une forme de \u00ab d\u00e9sob\u00e9issance civile \u00bb comme l\u2019appelait de ses v\u0153ux Henry David Thoreau. Peut-\u00eatre, alors qu\u2019il \u00e9coute Kafka, se souvient-il \u00e9galement du conte de l\u2019homme \u00e0 la cl\u00e9 de Borg\u00e9s qui, devant une porte aux mille serrures et la peur de se tromper, ne tente rien pour forcer son \u00ab destin \u00bb. Peut-\u00eatre, tout simplement, r\u00e9alise-t-il que le Risque, que la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale pr\u00e9tend aussi r\u00e9guler, est le ferment m\u00eame de la vie et du mouvement de l\u2019Histoire. Le risque ou, d\u2019un autre nom on ignorait qu\u2019il en fut le synonyme, s\u2019apparente \u00e0 la Vie.<br \/>\nSur le plateau meubl\u00e9 de quelques chaises d\u00e9pareill\u00e9es, devant un mur recouvert d\u2019une peinture gris perle sans \u00e2ge qui sied si bien aux couleurs de la machine administrative\u2026 d\u2019une ouverture d\u00e9rob\u00e9e d\u2019o\u00f9 ils vont et viennent, les 8 \u00e9voqueront donc ce Risque, cette machine, ce monde des marges et des labyrinthes\u2026 o\u00f9 vivre c\u2019est mettre en jeu un pr\u00e9sent devenu infecte et un futur incertain ; une vie r\u00e9duite \u00e0 l\u2019\u00e9tat de survie dans un coin du monde et une vie pr\u00e9caire ailleurs. Disons-le simplement, le r\u00e9cit des histoires singuli\u00e8res de la bande des 8 forme l\u2019odyss\u00e9e de tous les d\u00e9racin\u00e9s, de tous les exil\u00e9s, de tous les meurtris, abandonn\u00e9s, chass\u00e9s et de tous les vol\u00e9s de la terre. Il est l\u2019acte d\u2019accusation de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, par le jeu des \u00e9conomies mondialis\u00e9es, de leur dignit\u00e9 et de leurs richesses.<br \/>\nAux dividendes et aux actions que le march\u00e9 d\u00e9core d\u2019un discours humaniste g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (\u00ab g\u00e9n\u00e9ralisant \u00bb serait plus juste), il r\u00e9pond par la parole biographique et parfois testamentaire o\u00f9 l\u2019on s\u2019inqui\u00e8te de la valeur d\u2019une vie. C\u2019est entre ces deux paroles o\u00f9 les uns en manquent quand les autres continuent d\u2019y croire que l\u2019organisation mondiale du grand mensonge et celui de la petite v\u00e9rit\u00e9 se jouait. En jeu, il y avait l\u00e0, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la surdit\u00e9 et la myopie, l\u2019absurdit\u00e9 et la pseudo philanthropie ; de l\u2019autre une parole vraie, une parole du quotidien priv\u00e9e de son adresse \u00e0 ses proches.<br \/>\nCar ce qui marque dans le r\u00e9cit de la bande des 8 concerne non seulement les affres qu\u2019ils vivent au jour le jour, les demandes qu\u2019ils formulent \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une identit\u00e9, d\u2019un logement, de papiers, leur histoire d\u2019otages des passeurs clandestins et autres commer\u00e7ants d\u2019une \u00e9conomie souterraine\u2026 non, ce qui \u00e9tait audible dans ce qu\u2019il raconte, c\u2019est l\u2019absence de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 toutes formes de liens familiaux, la disparition de tous leurs proches, leur \u00e9loignement ou leur r\u00e9clusion\u2026 Et sur le plateau, visible, ce seul univers d\u2019hommes.<br \/>\nEt ce ne sont pas les appels au soutien, ni m\u00eame le couplet revendicatif repris par la salle qui s\u2019entend dans <em>81 avenue Victor Hugo<\/em>, mais bien plut\u00f4t la forme didactique que prend ce travail qui se livre en occupant le front de sc\u00e8ne.<br \/>\nEt les regardant, me vient le texte de Didier-Georges Gabily, <em>Cadavres si on veut<\/em>, paru en 1994 et repris dans <em>O\u00f9 va le Th\u00e9\u00e2tre ?<\/em> (aux \u00e9ditions Sens&#038;Tonka) :<br \/>\n<quote>\u00ab Il ne se passe rien, c\u2019est bien connu. Ou il se passe trop de choses auxquelles, c\u2019est bien connu, nous ne pouvons rien. Nous marchons sur des cadavres et continuons \u00e0 tenter d\u2019agir et de penser comme si nous n\u2019\u00e9tions pas ces marcheurs pi\u00e9tinant les cadavres de plus d\u2019un demi-si\u00e8cle de catastrophes, de d\u00e9faites et d\u2019abdications en tout genre. Aujourd\u2019hui les cadavres peuplent jusqu\u2019\u00e0 nos propres rues. Cadavres de soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale avanc\u00e9e-en-\u00e9tat-de-d\u00e9composition-avanc\u00e9. M\u00eame pas besoin d\u2019aller chercher en Bosnie l\u2019excuse cadav\u00e9reuse de notre l\u00e2chet\u00e9, de notre incompl\u00e9tude europ\u00e9enne. Ou en Alg\u00e9rie, celle de notre refoul\u00e9 colonial au Rwanda. Non. Suffit de sortir de chez soi. Voici les signes qui permettent de reconna\u00eetre le cadavre de premier type : pue si l\u2019on s\u2019en approche, en g\u00e9n\u00e9ral, la vinasse \/ en g\u00e9n\u00e9ral, est v\u00eatu de fa\u00e7on sommaire et sans go\u00fbt \/tient, en g\u00e9n\u00e9ral, une pancarte sur laquelle est \u00e9crit en lettres capitales quelque chose qui a trait \u00e0 \/ ou ne tient m\u00eame plus de pancarte \/ a encore o\u00f9 se loger et t\u00e2che \u00e0 se rendre invisible ou n\u2019a plus \u00e0 se loger et t\u00e2che \u00e0 se rendre invisible, etc. Nous sommes les cadavres de second type ; nous sommes ceux qui marchons sur ceux-l\u00e0 pour survivre. Nous sommes ceux qui devons nous aveugler pour ne pas voir ceux-l\u00e0 qui, litt\u00e9ralement, nous cr\u00e8vent les yeux ; qui devons nous aveugler pour survivre, sachant (ou ne voulant pas savoir) qu\u2019il suffit d\u2019un rien pour qu\u2019\u00e0 notre tour nous tombions et alors, pas de piti\u00e9. Nous survivons, nous pi\u00e9tinons, nous tournons en rond. Nous sommes la grande masse aveugle-oblig\u00e9e-de-s\u2019aveugler. (\u2026) S\u2019il n\u2019est pas trop tard \u2013 ce dont on aimerait ne pas douter \u2013, on voudrait que ce qui fait de nous des acteurs-citoyens (y compris de nos propres aveuglements), des encore vivants-citoyens (y compris sans vrai lieu d\u2019esp\u00e9rance), serve \u00e0 la r\u00e9sistance, m\u00eame partielle, m\u00eame infime, \u00e0 la domination du \u00ab pr\u00eat \u00e0 d\u00e9lasser pour tous \u00bb. Parce qu\u2019il en est, malgr\u00e9 tout, du th\u00e9\u00e2tre comme de l\u2019art qui l\u2019accompagne : il n\u2019existe jamais mieux que contre la mondanit\u00e9, et tout contre le monde. Cela n\u2019emp\u00eachera s\u00fbrement pas les presque cadavres de continuer \u00e0 prolif\u00e9rer dans nos rues. Cela permettra peut-\u00eatre juste de les envisager comme \u00eatres, de leur rendre \u00e0 chacun un visage, un nom, une voix qui parle aussi au th\u00e9\u00e2tre \u2013 et non au reality show \u2013 sans commis\u00e9ration, sans pathos, ainsi qu\u2019ils d\u00e9signent le monde (et nous dans le monde), exemplaires, insens\u00e9s et vaincus, mourant \u00e0 force de nos yeux morts, annon\u00e7ant ce qui nous guette si nous renon\u00e7ons \u00e0 eux-m\u00eames, si nous renon\u00e7ons \u00e0 nous battre, disant : il ne se passe rien \u00bb<\/quote><br \/>\n<em>81 Avenue Victor Hugo<\/em>, c\u2019est tout autant une variation sur le th\u00e9\u00e2tre documentaire, qu\u2019une sc\u00e8ne qui jouerait les sir\u00e8nes\u2026 celle d\u2019une alerte qui nous renvoie au Th\u00e9\u00e2tre et apr\u00e8s !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8212;&#8211; 81, avenue Victor Hugo, mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Olivier Coulon Jablonka \u00e9crit avec Camille Plagnet, et Barbara M\u00e9tais-Chastanier Avignon 2015, Gymnase du lyc\u00e9e Saint-Joseph Programm\u00e9e au dernier moment par le Festival d\u2019Avignon au gymnase du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, non r\u00e9pertori\u00e9e dans les spectacles offerts par le In, la \u00ab pi\u00e8ce d\u2019actualit\u00e9 \u00bb 81 avenue Victor Hugo mise en sc\u00e8ne par Olivier Coulon-Jablonka o\u00f9 des sans-papiers, sur sc\u00e8ne, r\u00e9gularis\u00e9s de fraiche date, racontent leur vie, aura peut-\u00eatre rappel\u00e9 au regard du festivalier<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1038,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1039","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1039","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1038"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1039"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1039"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}