


{"id":1115,"date":"2016-07-08T15:55:06","date_gmt":"2016-07-08T13:55:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1115"},"modified":"2022-09-25T21:49:12","modified_gmt":"2022-09-25T19:49:12","slug":"la-lucidite-manque-de-discernement-de-maelle-poesy","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-lucidite-manque-de-discernement-de-maelle-poesy\/","title":{"rendered":"La lucidit\u00e9\u2026 Manque de discernement de Ma\u00eblle Po\u00e9sy"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>Avec <i>Ceux qui errent ne se trompent pas<\/i>, Ma\u00eblle Po\u00e9sy proposait, salle Benoit XII, un travail s\u2019inqui\u00e9tant de la fragilit\u00e9 des d\u00e9mocraties. Une lecture de <i>La Lucidit\u00e9<\/i> de Jos\u00e9 Saramago qui loin de laisser le spectateur sur sa faim, le prive surtout d\u2019une r\u00e9flexion efficace sur l\u2019enjeu du \u00ab vote blanc \u00bb comme d\u2019une proposition esth\u00e9tique travaill\u00e9e. <\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1113\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton414.png\" width=\"150\" height=\"149\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1114\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160704_rdl_0233.jpg\" alt=\"160704_rdl_0233.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\"><br \/>\n<strong>One more time again<\/strong><br \/>\nDans les rues d\u2019Avignon, \u00e0 nouveau pour cette 70\u00e8me \u00e9dition, se pressent les clients du spectacle vivant appel\u00e9s aussi : festivaliers ou, comme l\u2019\u00e9crivait Duvignaud, les \u00ab estivaliers \u00bb. Et sur les murs de la cit\u00e9 des Papes s\u2019organisent, comme d\u2019habitude, les montages d\u2019affiches en tous genres mettant en avant des fa\u00e7ades la \u00ab Cr\u00e9ation \u00bb. Affiches du Off rampantes sur les cr\u00e9pis, les pierres et le moindre support ascendant assurant une visibilit\u00e9 topographique sont ainsi \u00ab acroch\u00e9es \u00bb et d\u00e9j\u00e0 pendantes, d\u00e9j\u00e0 malmen\u00e9es par le mistral. Elles voisinent ainsi avec les \u00e9tendards rouges, marqu\u00e9s du sceau du Festival, sur les b\u00e2timents officiels qui abritent \u00ab La \u00bb cr\u00e9ation. Aussi, le Zadig qui d\u00e9couvrirait la ville pour la premi\u00e8re fois s\u2019\u00e9tonnerait peut-\u00eatre de cet espace dialectis\u00e9, o\u00f9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une multitude de visuels h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes envahissent les rues de la ville, pendant que de l\u2019autre Le festival s\u2019affaire pour mat\u00e9rialiser ou revendiquer un signe distinctif, Un et reconnaissable. Et \u00ab peu importe \u00bb les temps qui sont \u00e0 vivre : les attentats \u00e0 travers le monde, les crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, un brexit ou l\u2019avant garde des \u00ab exit \u00bb, le sort des r\u00e9fugi\u00e9s en perdition, la trag\u00e9die nationale que serait l\u2019\u00e9limination de la France de l\u2019euro (exit le pays de Galles d\u00e9j\u00e0), et les divers sondages d\u2019impopularit\u00e9\u2026 Avignon devient immuablement Avignon IN (Vilar), Avignon Off (Benedetto) en juillet. L\u2019ajout du suffixe valant pour les lettres de noblesse du Th\u00e9\u00e2tre qui, tous en font la r\u00e9clame \u00e0 des \u00e9chelles diverses, incarnent ici la sc\u00e8ne du monde, le miroir de celui-ci\u2026 le Totus mundus agit histrionem ancestral.<br \/>\nEt chacun en conscience, et finalement entre soi, pensera avoir contribu\u00e9 une nouvelle fois \u00e0 l\u2019\u00e9lucidation des m\u00e9canismes qui gouvernent le dit Monde. Chacun, en toute bonne foi, aura le temps d\u2019une repr\u00e9sentation soulign\u00e9 l\u00e0 un disfonctionnement, l\u00e0 une critique, l\u00e0 un \u00e9tat incertain\u2026 Et de regarder tout cela en se disant que le th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 cet endroit, figure un effet placebo. Et de donner raison \u00e0 Georges Balandier quand il \u00e9crit dans Le D\u00e9sordre, \u00e9loge du mouvement, \u00ab D\u00e9sarmorcer le d\u00e9sordre, c\u2019est d\u2019abord le traiter par le jeu, le soumettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la d\u00e9rision et du rire, l\u2019introduire dans une fiction narr\u00e9e ou dramatis\u00e9e qui produise cet effet. Les mots et l\u2019imaginaire permettent d\u2019\u00e9voquer les conduites g\u00e9n\u00e9ratrices de crise que l\u2019ordre social refoule ordinairement, de substituer la transgression fictive \u00e0 la transgression r\u00e9elle, porteuse du plus haut risque dans un monde r\u00e9gi par la tradition, de mettre la ruse au service d\u2019une libert\u00e9 impossible en fait, mais dont l\u2019invocation a une fonction cathartique \u00bb<br \/>\nTout commencera alors, ce 6 juillet, par la pr\u00e9sentation de \u00ab Ceux qui errent ne se trompent pas \u00bb de Ma\u00eblle Po\u00e9sy, salle Benoit XII. Une pi\u00e9cette rassurante en soi qui brasse des id\u00e9es convenues sur la fragilisation de la d\u00e9mocratie\u2026 interpr\u00e9t\u00e9e avec simplicit\u00e9, voire parfois un certain simplisme.<br \/>\n<strong>L\u2019\u00e9cho ou la r\u00e9sonance\u2026<\/strong><br \/>\nLu, dans la presse et les d\u00e9clarations d\u2019avant festival, que cette nouvelle \u00e9dition marquerait sa distance avec ce qui fut. Lu, que la litt\u00e9rature reviendrait afin de nous \u00e9carter de la Performance\u2026 Et de comprendre d\u00e8s lors que le retour du texte voulu, esp\u00e9r\u00e9, revendiqu\u00e9, serait une forme de r\u00e9ponse \u00e0 des pratiques trop plastiques qui, nagu\u00e8re, hant\u00e8rent la programmation de la direction pr\u00e9c\u00e9dente. Ergo, la litt\u00e9rature est donc le nouveau mur qui prot\u00e9gerait de pratiques artistiques qui nous \u00e9garaient, voire nous privaient des avantages de la langue, laquelle (c\u2019est connu ( ?)) nous inscrit dans un sch\u00e9ma de la communication dont ne r\u00eavait m\u00eame pas Jakobson. Langue et litt\u00e9rature garantissant, n\u2019en doutons pas, la fabrique du commun ou ce que l\u2019on appellera la \u00ab communaut\u00e9 \u00bb. Ainsi une certaine conception exige du th\u00e9\u00e2tre qu\u2019il parle (communique), assemble (rassemble), s\u2019offre en partage (Ranci\u00e8re peut d\u00e9sormais s\u2019endormir tranquillement) afin que le peuple des Estivaliers vivent son petit mois de juillet loin des limbes et de la solitude. D\u2019un autre nom, plut\u00f4t jud\u00e9o-chr\u00e9tien, cela s\u2019appelle aussi la \u00ab communion \u00bb. \u00ab Th\u00e9\u00e2tre, litt\u00e9rature, communaut\u00e9, communion\u2026 \u00bb m\u00eame combat, serait-on tent\u00e9 de croire parce que dans la pens\u00e9e de ceux qui avancent cet argument, la litt\u00e9rature rassure. Et d\u2019\u00e9vidence elle rassurerait le th\u00e9\u00e2tre (itou) sur sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre ce lieu de l\u2019\u00e9change (cf. Claudel). Soit, passons sur l\u2019id\u00e9e, mais alors quelques questions viennent intempestivement\u2026 Et si Biet et Triau nous ont gratifi\u00e9 d\u2019un <em>Qu\u2019est-ce que le th\u00e9\u00e2tre ?<\/em>, il faut sans doute r\u00e9actualiser la question du litt\u00e9raire \u00ab Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature ? \u00bb.<br \/>\nQuestionnement d\u2019arri\u00e8re garde (exit Sartre) depuis que Foucault aura r\u00e9pondu que \u00ab c\u2019\u00e9tait cette chose qui n\u2019en finit pas de parler pour ne rien nommer \u00bb, cette chose \u00e9trange qui \u00ab \u00e9paissit la transparence des signes et des mots\u2026\u00e9nigmatique \u00bb. A moins, plus deleuzien, de se rappeler que c\u2019est toujours une affaire de \u00ab litt\u00e9rature mineure \u00bb (relire ses tablettes l\u00e0-dessus). Ou, et pour suspendre sur la chose, donner \u00e0 Barthes le dernier mot, lequel \u00e9crivait que l\u2019au-del\u00e0 de cette question conduisait illico \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur \u00ab l\u2019\u00e9criture \u00bb. Hypoth\u00e8se plus qu\u2019int\u00e9ressante o\u00f9 le mode d\u2019\u00e9criture prend le pas sur l\u2019histoire racont\u00e9e. Petit conflit en perspective pour ceux qui imaginent que la litt\u00e9rature rel\u00e8verait seulement des histoires, des mythos, des \u00ab anecdotes \u00bb\u2026 Merci Roland ( !) pour cette ouverture qui induit que la litt\u00e9rature participe en premier lieu du souffle et de la respiration de la ligne\u2026 une \u00ab ligne de sorci\u00e8re \u00bb dirait Deleuze quand il d\u00e9finit la pens\u00e9e en devenir.<br \/>\nBref, si la litt\u00e9rature a toujours eu un int\u00e9r\u00eat pour le th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est parce qu\u2019elle est li\u00e9e, intrins\u00e9quement, \u00e0 une mise en sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9criture. Ce que l\u2019on nommera \u00ab une plasticit\u00e9 de la langue et du langage \u00bb. C\u2019est ainsi moins l\u2019histoire qui est racont\u00e9e que la mani\u00e8re de la rapporter (de la modeler) qui peut \u00eatre int\u00e9ressant pour le th\u00e9\u00e2tre (cf. <em>Le Ma\u00eetre et Marguerite<\/em> de Boulgakov mis en sc\u00e8ne par Mcburney en 2012, <em>Les Anneaux de Saturne<\/em> de Sebald par Mitchell en 2012, <em>Les Arbres \u00e0 abattre<\/em> de Bernhard par Lupa\u2026).<br \/>\nEn cela, si la litt\u00e9rature int\u00e9resse le th\u00e9\u00e2tre (qui participe lui de la \u00ab litt\u00e9rature dramatique \u00bb, si le fait litt\u00e9raire est ind\u00e9passablement li\u00e9 \u00e0 la pratique th\u00e9\u00e2trale, ce n\u2019est pas parce que la litt\u00e9rature et ses manifestations que sont le comte, le roman, le po\u00e8me, la nouvelle\u2026 comme les r\u00e9cits et les personnages, les effets de narration (description en sus depuis le roman balzacien) offriraient davantage une fluidit\u00e9 du discours plus \u00e0 m\u00eame de communiquer quelque chose\u2026 mais seulement parce que recourir \u00e0 la litt\u00e9rature (autre que dramatique) fait exister, et pour le dire plus explicitement, fait appara\u00eetre sur sc\u00e8ne l\u2019\u00e9nigme qu\u2019est le langage. Ce que Todorov appelait encore le \u00ab langage opaque \u00bb et qui nous rappelle que se saisir du langage po\u00e9tique c\u2019est de toutes les mani\u00e8res faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un usage diff\u00e9rent du langage et de la langue.<br \/>\nEn d\u00e9finitive, \u00ab lire la litt\u00e9rature \u00bb (peu importe le livre qui sera ouvert), c\u2019est aussi et d\u2019embl\u00e9e s\u2019inscrire dans une aventure des sons, des rythmes, des syncopes, des limites du lecteur qui, devant l\u2019\u0153uvre, est \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre (L\u00e0-dessus, lire la critique d\u2019Evelise Mendes qui rappelle que dans <em>La Lucidit\u00e9<\/em>, il n\u2019y a pas de point final aux phrases et que la lecture s\u2019emballe).  Lire \u00ab la litt\u00e9rature \u00bb, c\u2019est sans doute faire l\u2019\u00e9preuve d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 mais surtout d\u2019une appropriation o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent \u00e9troitement la trace de ce qui est \u00e9crit et l\u2019empreinte que celle-ci produit sur le lecteur. Au th\u00e9\u00e2tre, dans les mains de Ma\u00eblle Po\u00e9sy et Kevin Keiss (dramaturge), le livre ouvert de Saramago <em>La Lucidit\u00e9<\/em> avait ainsi le choix de devenir un \u00e9cho (reproduction, imitation, \u00ab adaptation \u00bb comme l\u2019\u00e9crit Ma\u00eblle Po\u00e9sy\u2026) ou de privil\u00e9gier la r\u00e9sonance (oscillation, ondulation, d\u00e9formation, d\u00e9construction)\u2026 Soit, pour le dire autrement et dans les termes de Saramago dans <em>Manuel de peinture et de calligraphie<\/em> (r\u00e9flexion de l\u2019auteur sur les fondements de l\u2019art), inviter le lecteur ou la lectrice (MP en fait partie), \u00e0 se lib\u00e9rer de l\u2019\u0153uvre pour non plus parler de ce qu\u2019il a lu, mais raconter ce qu\u2019il a senti. \u00ab Je trouve que dans les \u00e9ditions des \u0153uvres compl\u00e8tes d\u2019\u00e9crivains, il serait bon de glisser quelques lettres de lecteurs. Ce qui est int\u00e9ressant, ce n\u2019est pas lorsque le lecteur raconte qu\u2019il a ador\u00e9 votre livre, mais quand il parle de lui \u00bb dit Saramago.<br \/>\n<strong> <em>Ceux qui errent<\/em>\u2026 et la critique litt\u00e9raire<\/strong><br \/>\nA sa sortie \u2013 juste apr\u00e8s <em>L\u2019Aveuglement<\/em> \u2013 <em>La Lucidit\u00e9<\/em> de Jos\u00e9 Saramago fut ainsi comment\u00e9 par la critique litt\u00e9raire, notamment chez Jack Dion, en 2007, comme ce qui : \u00ab conte l&rsquo;histoire d&rsquo;une capitale du sud de l&rsquo;Europe plong\u00e9e dans une forme d&rsquo;insurrection, \u00e0 la suite d&rsquo;une \u00e9lection municipale o\u00f9 les partis traditionnels sont \u00e9crabouill\u00e9s par une coalition in\u00e9dite, constitu\u00e9e d&rsquo;\u00e9lecteurs ayant vot\u00e9 blanc. A quelques semaines de l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance pr\u00e9sidentielle, cette fable du prix Nobel de litt\u00e9rature rappelle qu&rsquo;il existe une cat\u00e9gorie de citoyens qui ne se reconnaissent aucunement dans l&rsquo;offre politique, et qui demeurent n\u00e9anmoins attach\u00e9s au suffrage universel, au point de se rendre au bureau de vote pour y glisser un bulletin dont la couleur est un cri de col\u00e8re \u00bb. Plus loin, en forme de variation qui m\u00ealait biographie de l\u2019auteur, actualit\u00e9 et analyse litt\u00e9raire, on pouvait encore lire : \u00ab Voici venu le temps des paniques \u00e9lectorales. Dans la capitale d\u2019un pays imaginaire qui pourrait \u00eatre le Portugal, une \u00e9lection tourne mal. La droite et le centre sont \u00e0 \u00e9galit\u00e9 \u00e0 8 %, la gauche n\u2019enregistre que 1 % des voix, et le pire est ailleurs : 83 % des votants ont mis dans l\u2019urne un bulletin blanc. Que faire ? Les pouvoirs publics h\u00e9sitent sur la conduite \u00e0 tenir face \u00e0 ce vote blanc qui d\u00e9roge aux lois de la normalit\u00e9 d\u00e9mocratique, et, finalement, se r\u00e9solvent \u00e0 l\u2019Etat d\u2019exception. Le gouvernement quitte la ville, l\u2019entoure d\u2019un cordon sanitaire, fustige une tentative de d\u00e9stabilisation et organise un attentat dont il veut faire endosser la responsabilit\u00e9 \u00e0 une organisation fictive. Les \u00ab Blanchards \u00bb, comme on les appelle alors, auraient donc \u00e0 leur t\u00eate une femme, la seule \u00e0 avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie qui a rendu la ville aveugle, quatre ans auparavant. Peu importe que cette femme n\u2019y soit pour rien : \u00ab Il n\u2019y a pas de personne innocente, dit un ministre, quand on n\u2019est pas coupable d\u2019un crime, on est immanquablement coupable d\u2019une faute. \u00bb Un maire et un commissaire seront les seuls \u00e0 sauver l\u2019honneur des politiques dans cette farce cruelle.\u2028 Reprenant le personnage de <em>L\u2019Aveuglement<\/em> (1995), qui mettait en sc\u00e8ne l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de c\u00e9cit\u00e9 et les d\u00e9bordements qu\u2019elle engendrait, l\u2019\u00e9crivain Jos\u00e9 Saramago est encore anim\u00e9 d\u2019une sainte col\u00e8re. Ce roman, une fois de plus men\u00e9 tambour battant par des dialogues qui s\u2019encha\u00eenent sans guillemets et un r\u00e9cit qui bascule sans pr\u00e9venir dans le fantastique, est un formidable coup de semonce contre une pr\u00e9tendue d\u00e9mocratie qui n\u2019a de nom que le protocole \u00e9lectoral cens\u00e9 la justifier et la l\u00e9gitimer. Un roman politique ? Bien s\u00fbr. Quand la d\u00e9mocratie ne s\u2019illustre que par ses rites \u00e9lectoraux et que ses ferveurs s\u2019enlisent dans la r\u00e9signation, alors s\u2019effiloche aussi tout ce qui la retient, et l\u2019explosion menace.\u2028La philosophie politique exige un ton respectable, Saramago utilise celui du romancier qui peut brasser les passions et rendre vraisemblables les cataclysmes. Quand on lui demande si son roman est pr\u00e9monitoire, il r\u00e9pond sobrement qu\u2019il est d\u2019abord, sous ses dehors imaginaires, un \u00e9tat des lieux : \u00ab J\u2019exprime mon m\u00e9contentement contre le fonctionnement d\u2019un syst\u00e8me qui ne tient que par les c\u00e9r\u00e9monies qu\u2019il organise, explique-t-il. Nous sommes \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on peut discuter de tout sauf de d\u00e9mocratie. Nous vivons dans un syst\u00e8me d\u00e9mocratique, r\u00e9gent\u00e9 par les seigneurs de l\u2019argent, o\u00f9 le pouvoir du citoyen est extr\u00eamement limit\u00e9. J\u2019attends qu\u2019un jour une femme ou un homme, candidat \u00e0 une \u00e9lection politique, ait le courage de dire \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : chers concitoyens, il faut que je vous avoue que je n\u2019ai aucun pouvoir. \u00bb De m\u00eame qu\u2019un seul mot avait fait basculer l\u2019histoire d\u2019un pays et celle d\u2019un homme dans <em>L\u2019Histoire du si\u00e8ge de Lisbonne<\/em> (1989), le simple mot \u00ab blanc \u00bb pulv\u00e9rise ici toutes les valeurs et r\u00e9veille les passions les plus sanguinaires du pouvoir. En exergue, Jos\u00e9 Saramago cite <em>Le Livre des Voix<\/em> : \u00ab Hurlons \u00bb, dit le chien \u00bb.<br \/>\nIci, dans un entretien pour l\u2019Humanit\u00e9, \u00ab Le dimanche noir du vote blanc \u00bb, conduit par Alain Nicolas, le 19 octobre 2006, Saramago r\u00e9pondait sur les intentions qui nourrissaient son roman :<br \/>\n<quote><\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Jos\u00e9 Saramago. Mon intention, c\u2019est de dire \u00ab qu\u2019est-ce que cette statue intouchable qu\u2019on appelle la d\u00e9mocratie ? Comment fonctionne-t-elle ? Pour quel profit ? Comment les gens peuvent-ils accepter de jouer avec des r\u00e8gles truqu\u00e9es ? Que se passerait-ils s\u2019ils en prenaient soudain conscience ? \u00bb<br \/>\n<em>&#8212; L\u2019Humanit\u00e9. Ce qui est \u00e9tonnant c\u2019est que les gens pourraient se r\u00e9volter, ou refuser de voter. L\u00e0, ils disent : nous refusons de nous prononcer.<\/em><\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Jos\u00e9 Saramago. Le vote blanc n\u2019est pas un refus de se prononcer, comme l\u2019abstention, mais un constat du fait que le choix propos\u00e9 n\u2019est apparent, et qu\u2019en fait, entre les options A, B, ou C, il n\u2019y a aucune r\u00e9elle diff\u00e9rence. Entre conservateurs et socialistes, par exemple. Je sais, ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. Mais pour un communiste comme moi, qui constate que le vrai pouvoir est \u00e9conomique, la diff\u00e9rence, de ce point de vue, o\u00f9 se trouve-t-elle ? Nous avons subi une anesth\u00e9sie sociale qui a fait passer des objectifs justes et n\u00e9cessaires, comme le plein-emploi, au rang d\u2019absurdit\u00e9s. La r\u00e9action des citoyens est donc, en fin de compte, absolument logique. Je reconnais que cette ville est un peu idyllique. Mais, une fois le point de d\u00e9part imaginaire admis, tout s\u2019encha\u00eene avec rigueur, selon une logique de cause \u00e0 effet, comme un mouvement d\u2019horlogerie.<br \/>\n<em>&#8212; L\u2019Humanit\u00e9. La conclusion de tout cela n\u2019est pas tr\u00e8s optimiste.<\/em><\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Jos\u00e9 Saramago. Elle est complexe. L\u2019ordre triomphe, mais il a montr\u00e9 qu\u2019il est fragile, puisque jusqu\u2019au plus haut niveau, ses repr\u00e9sentants sont vuln\u00e9rables, peuvent \u00eatre contamin\u00e9s par cette lucidit\u00e9. Je pense que rien n\u2019est d\u00e9finitif. D\u2019ailleurs je vous rappelle l\u2019\u00e9pigraphe du livre : \u00ab Hurlons, dit le chien. \u00bb Je pense qu\u2019il est temps que nous commencions \u00e0 hurler. C\u2019est pessimiste mais pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Et surtout pas d\u00e9finitif. Le probl\u00e8me reste pos\u00e9. Que va-t-il se passer avec cette ville ?<br \/>\n<em>&#8212; L\u2019Humanit\u00e9. Comment ce livre a-t-il \u00e9t\u00e9 re\u00e7u au Portugal ?<\/em><\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Jos\u00e9 Saramago. De mani\u00e8re exemplaire, par une incompr\u00e9hension quasi-totale. \u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s, la critique et le personnel politique l\u2019a pris comme le pamphlet d\u2019un communiste \u00ab qui montre son vrai visage en mettant en cause la d\u00e9mocratie \u00bb. Du c\u00f4t\u00e9 des lecteurs, c\u2019est beaucoup plus nuanc\u00e9 : la plupart ont compris que ce que je veux, c\u2019est qu\u2019on discute sur ce que nous devons appeler d\u00e9mocratie.<br \/>\n<\/quote><br \/>\nDidier Jacob, pour <em>Le Nouvel observateur<\/em>, poursuivait l\u2019interview de l\u2019auteur le 26 octobre:<br \/>\n<quote><br \/>\n<em>&#8212; N. O.- Vous appelez les gens \u00e0 voter blanc ?\u2028<\/em><\/p>\n<p>\u2014&nbsp;J. Saramago.- Non. Je ne fais pas cette propagande-l\u00e0. Ce que je dis, c\u2019est que, dans une \u00e9lection, on peut choisir de voter pour un parti, on peut rester chez soi, on peut rayer son vote ou on peut voter blanc. L\u2019abstention, c\u2019est la solution la plus facile, mais ce n\u2019est gu\u00e8re significatif. Tandis que les gens qui font l\u2019effort d\u2019aller voter peuvent, par le vote blanc, exprimer d\u2019une mani\u00e8re claire un m\u00e9contentement. Et dire, comme dans le livre, qu\u2019ils en ont marre de voter depuis si longtemps sans voir, dans les faits, aucun, ou tr\u00e8s peu, de changements. M\u00eame 20% de votes blancs pousseraient les gens \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Vous savez, je ne fais pas myst\u00e8re de mes convictions, je suis communiste. On me l\u2019a souvent reproch\u00e9, comme si j\u2019\u00e9tais un ennemi de la d\u00e9mocratie. C\u2019est absurde. Je suis, au contraire, un communiste qui dit : sauvons la d\u00e9mocratie. Car ce que nous avons l\u00e0, que nous appelons d\u00e9mocratie, n\u2019est qu\u2019un simulacre. On se rit des pauvres dans les cabinets du pouvoir. On rigole du pauvre troupeau que nous sommes. Il est temps de faire quelque chose.<br \/>\n<em>&#8212; N. O.- Le vote blanc, dit-on en France, sert l\u2019extr\u00eame droite. C\u2019est du moins ce qu\u2019affirment les hommes politiques qui appellent les \u00e9lecteurs \u00e0 voter pour les partis d\u00e9mocratiques\u2026\u2028<\/em><\/p>\n<p>\u2014&nbsp;J. Saramago.- De la mauvaise foi pure et simple. Au fond, ils disent : non, ne votez pas blanc, parce que nous voulons rester l\u00e0 o\u00f9 nous sommes, au pouvoir. M. Le Pen n\u2019a d\u2019ailleurs pas eu besoin de votes blancs pour faire le score qu\u2019il a fait devant M. Jospin. Le droit de voter blanc est, de toute mani\u00e8re, un droit d\u00e9mocratique.<br \/>\n<\/quote><br \/>\nEtc. etc\u2026 jusqu\u2019\u00e0 ce que Marc Villemain dans <em>Les Petits blancs<\/em> r\u00e9sume tout cela en une question emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire du Portugal lors de la R\u00e9volution des \u0152illets : \u00ab La vie peut-elle s\u2019organiser sans la politique ? \u00bb\u2026<br \/>\n<strong>Moi qui lis<\/strong><br \/>\nEt de comprendre \u00e0 travers la critique litt\u00e9raire que l\u2019essentiel des commentaires fut de souligner, eu \u00e9gard aux situations \u00e9lectorales et aux d\u00e9soeuvrements sociaux (historiques et actuels), que la lecture de La Lucidit\u00e9 motivait des remarques sur un \u00ab d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es fl\u00e9ch\u00e9 \u00bb li\u00e9 \u00e0 une situation de crise europ\u00e9enne (Relire l\u00e0-dessus l\u2019essai intelligent d\u2019Etienne Balibar <em>Europe, crise et fin ?<\/em> qui renouvelle les perspectives d\u2019avenir et revient sur les \u00ab lieux communs \u00bb).<br \/>\nD\u00e9bat et crise, donc, non pas des \u00ab valeurs \u00bb ou des fadaises \u00ab identitaires \u00bb soutenues par un questionnement sur l\u2019interculturalit\u00e9 (\u00e0 les entendre on croirait \u00e0 la \u00ab cohabitation des impossibles \u00bb) comme le colporte l\u2019espace m\u00e9diatique ali\u00e9n\u00e9 aux petits bras de la communication politique qui donnent les \u00e9l\u00e9ments de langage aux tribuns de partis, mais bien plut\u00f4t un questionnement sur l\u2019engagement citoyen (variation de la d\u00e9mission, de l\u2019abandon, du \u00ab retrait du politique \u00bb comme l\u2019\u00e9crivait Labarthe). C\u2019est-\u00e0-dire, et pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019absence de d\u00e9liaison entre la repr\u00e9sentation politique li\u00e9e aux urnes (ici g\u00eet la d\u00e9mocratie) et la pr\u00e9sence\/la volont\u00e9 des peuples \u00e0 conserver un \u00ab droit de regard \u00bb sur les d\u00e9cisions qui se prennent en son nom (ici apparaissent les coordinations, les mouvements alternatifs, les Nuits Debout, etc.).<br \/>\nSoit, et c\u2019est un new deal dans l\u2019espace politique, la revendication des peuples \u00e0 penser l\u2019histoire en continu, \u00e0 l\u2019influencer dans la continuit\u00e9, \u00e0 inventer une Histoire en mouvement o\u00f9, pour autant que le citoyen aura \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 ponctuellement par les urnes, il n\u2019en demeure pas moins un interlocuteur constant (Cf. Pod\u00e9mos, for example\u2026). Soit, un nouvel espace dialectique (s\u2019\u00e9cartant du calendaire) auquel il faut d\u00e9sormais s\u2019habituer puisqu\u2019il induit que le moment \u00e9lectoral n\u2019est qu\u2019un moment dans la vie politique non d\u00e9finitif, non d\u00e9lib\u00e9ratif, mais consultatif. Pour le r\u00e9sumer par une m\u00e9taphore crue et populaire qu\u2019il faut filer (le fameux \u00ab on s\u2019est fait baiser \u00bb), en finir avec \u00ab l\u2019\u00e9lectoral anal \u00bb, la \u00ab sodomie des urnes \u00bb o\u00f9, pour avoir vot\u00e9, on devrait concevoir de \u00ab le prendre dans le cul \u00bb le temps d\u2019un mandat l\u00e9gislatif. Sorry pour ce registre sexuel o\u00f9, si depuis 1968 on savait que \u00ab l\u2019\u00e9lection est un pi\u00e8ge \u00e0 con \u00bb (sexualit\u00e9 traditionnelle), la lib\u00e9ration des m\u0153urs nous permet d\u2019envisager qu\u2019il n\u2019est d\u2019orifices interdits ( \u263a).<br \/>\nSi d\u2019aventure, l\u2019appropriation de <em>La Lucidit\u00e9<\/em> devait conduire le lecteur \u00e0 formuler un premier ressenti, il serait alors possible de regarder l\u2019\u0153uvre de Saramago comme celle qui r\u00e9introduit la question du d\u00e9sir (au sens deleuzien de production) qui rappelle qu\u2019\u00e9rotique et politique sont consubstanciels. Erotique (le d\u00e9sir, le mouvement, la production\u2026) et politique (soit un duel entre l\u00e9gislation et l\u00e9gitimit\u00e9). D\u00e8s lors, lire <em>La Lucidit\u00e9<\/em> reviendrait \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience de ce couple trop rarement convoqu\u00e9 (on lui pr\u00e9f\u00e8re celui de l\u2019\u00e9thique et du politique), et pourquoi pas s\u2019inqui\u00e9ter de la pousse qui vient \u00e0 appara\u00eetre \u00e0 l\u2019ombre de ce tandem une fois valid\u00e9. Au pr\u00e9texte du \u00ab vote blanc \u00bb, on comprendra donc qu\u2019il existe un lien t\u00e9nu entre \u00ab abstention \u00bb et \u00ab abstinence \u00bb. Et que le vote blanc qui figure le motif du livre rel\u00e8ve de l\u2019un et de l\u2019autre puisqu\u2019en d\u00e9finitive, \u00ab voter blanc \u00bb c\u2019est d\u2019une certaine mani\u00e8re \u00ab se pr\u00e9server \u00bb de se faire avoir, s\u2019abstenir en quelque sorte ou faire v\u0153u d\u2019abstinence (contr\u00f4ler son d\u00e9sir ce qui ne signifie pas sa disparition).<br \/>\n<em>La Lucidit\u00e9<\/em> ou un roman \u00e9thnologique se construit ainsi sur une \u00e9criture documentaire (discours de communiquants comme si on y \u00e9tait) qui nous \u00e9loigne du d\u00e9sir, quand le livre in extenso s\u2019inscrit dans une topique de la r\u00e9apparition du d\u00e9sir. Ce qui, ne nous en \u00e9tonnons pas, est le propre du plaisir toujours \u00e0 l\u2019horizon de la lecture.<br \/>\n<strong>Ma\u00eblle qui lit<\/strong><br \/>\nBien entendu, Ma\u00eblle Po\u00e9sy aura lu autrement, et son adaptation de <em>La Lucidit\u00e9<\/em> s\u2019inscrit, comme elle le rapporte dans ses notes d\u2019intention, \u00e0 vouloir exposer un travail \u00ab qui (la) touche particuli\u00e8rement (et s\u2019inqui\u00e8te de) qu\u2019est ce qu\u2019un homme libre ? Comment invente-t-on sa libert\u00e9 dans le monde tel qu\u2019il fonctionne ? \u00bb. Associ\u00e9 \u00e0 son dramaturge, elle en vient \u00e0 oublier le v\u0153u de Saramago (voir plus haut dans le texte) et s\u2019est astreinte \u00e0 rapporter \u00ab l&rsquo;enjeu d&rsquo;une telle adaptation \u00bb qui \u00ab n&rsquo;est pas l&rsquo;illustration th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e du roman, mais bel et bien un travail de traduction \u00ab\u00a0pour la sc\u00e8ne\u00a0\u00bb de certains aspects de l&rsquo;\u0153uvre qui nous semblent essentiels \u00bb. S\u2019attachant alors \u00e0 \u00ab choisir, \u00f4ter, r\u00e9ajuster, transformer, fa\u00e7onner aussi parfois, de mani\u00e8re \u00e0 restituer au plus pr\u00e8s la force et l&rsquo;intensit\u00e9 du roman palpables sur la sc\u00e8ne \u00bb et \u00ab s\u00e9lectionner les bons signes \u00bb afin de rendre \u00ab deux points fondamentaux \u00bb. Intention louable puisqu\u2019elle rel\u00e8ve d\u2019un exercice appel\u00e9 \u00ab belles infid\u00e8les \u00bb qui veut que \u00ab l\u2019adaptation s\u2019\u00e9loigne parfois de l\u2019\u0153uvre initiale pour mieux la r\u00e9v\u00e9ler \u00bb. La \u00ab fable politique \u00bb et \u00ab la transformation d\u2019un homme \u00bb auront \u00e9t\u00e9 ainsi l\u2019objet de toutes les attentions, avec pour toile de fond le souvenir du magnifique film <em>La Vie des autres<\/em> de Florian Henckel et l\u2019acteur Ulrich M\u00fche (incroyable de justesse et de retenue, un temps acteur chez Heiner M\u00fcller).<br \/>\nAussi, Ma\u00eblle Po\u00e9sy finira son travail sur la prise de conscience du \u00ab haut commissaire \u00bb Emilien Lejeune \u2013 charg\u00e9 d\u2019\u00e9lucider les raisons du vote blanc massif \u2013 qui le conduit \u00e0 la trahison du syst\u00e8me qu\u2019il \u00e9tait lui-m\u00eame en charge de garantir. Une d\u00e9tonation retentit alors : suicide, ex\u00e9cution ?<br \/>\nLe bruit terminal ne nous privera pas du souvenir d\u2019une mise en sc\u00e8ne qui s\u2019est malheureusement et vaguement (d\u00e9sol\u00e9 Ma\u00eblle Po\u00e9sy vous qui y pr\u00e9tendiez) donn\u00e9e comme \u00ab une enqu\u00eate polici\u00e8re haletante, m\u00ealant r\u00e9el et fantastique [\u2026] pour traiter la pi\u00e8ce comme une tragi-com\u00e9die \u00bb. Pas plus qu\u2019il ne fait dispara\u00eetre l\u2019absence de ce que MP voulait trouver une \u00ab langue th\u00e9\u00e2trale \u00bb qui l\u2019\u00e9loignerait des \u00ab sentiers balis\u00e9s pour retrouver les intentions de l\u2019\u0153uvre originale \u00bb. Ayant cherch\u00e9e en vain \u00e0 souligner que \u00ab ce texte parle de la fragilit\u00e9 du syst\u00e8me d\u00e9mocratique et surtout de l\u2019\u00e9tonnante facilit\u00e9 avec laquelle ce syst\u00e8me peut se transformer en totalitarisme\u2026 \u00bb, c\u2019est avant tout un travail caricatural qui est livr\u00e9.<br \/>\nCaricatural d\u2019un point de vue formel quand sur le plateau, la r\u00e9duction de l\u2019aire de jeu (isoloire g\u00e9ant d\u2019abord, puis panneaux ramenant la surface occup\u00e9e \u00e0 un presque rien fragile) conduira la sc\u00e8ne \u00e0 ne plus \u00eatre qu\u2019une estrade sonore ramenant le geste th\u00e9\u00e2tral \u00e0 sa seule expression linguistique. Caricatural encore quand l\u2019utilisation de la vid\u00e9o, loin d\u2019\u00eatre un prolongement, sert exclusivement \u00e0 reprendre ou d\u00e9velopper les diff\u00e9rents motifs de la narration.<br \/>\nCaricatural encore dans le jeu de com\u00e9diens pris aux pi\u00e8ges de l\u2019image d\u2019eux-m\u00eames dans un format portrait. Caricatural dans les accentuations et l\u2019articulation puisque l\u2019hyst\u00e9rie est le mode privil\u00e9gi\u00e9. Caricatural enfin quand la dramaturgie de <em>La Lucidit\u00e9<\/em> se r\u00e9sume \u00e0 une exploration de la seule d\u00e9mocratie d\u00e9finie comme libert\u00e9. Tout \u00e7a, en d\u00e9finitif prenait l\u2019eau (du d\u00e9but \u00e0 la fin) comme la pluie qui ne cessa de tomber (effet sc\u00e9nique majeur) sans jamais rien laver.<br \/>\nBref, <em>Ceux qui errent ne se trompent pas<\/em>, c\u2019est un peu une qualit\u00e9 annonc\u00e9e qui aurait manqu\u00e9 \u00e0 ceux qui l\u2019ont r\u00e9alis\u00e9e. Comprenons par-l\u00e0 que tout \u00e9tait \u00e0 cet endroit trop ordonn\u00e9, trop simplement r\u00e9fl\u00e9chi, juste ennuyeux en d\u00e9finitive. Sans ponctuation paradoxalement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Ceux qui errent ne se trompent pas, Ma\u00eblle Po\u00e9sy proposait, salle Benoit XII, un travail s\u2019inqui\u00e9tant de la fragilit\u00e9 des d\u00e9mocraties. Une lecture de La Lucidit\u00e9 de Jos\u00e9 Saramago qui loin de laisser le spectateur sur sa faim, le prive surtout d\u2019une r\u00e9flexion efficace sur l\u2019enjeu du \u00ab vote blanc \u00bb comme d\u2019une proposition esth\u00e9tique travaill\u00e9e. One more time again Dans les rues d\u2019Avignon, \u00e0 nouveau pour cette 70\u00e8me \u00e9dition, se pressent les clients du spectacle vivant appel\u00e9s aussi<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1113,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1115","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1113"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}