


{"id":1120,"date":"2016-07-09T12:15:02","date_gmt":"2016-07-09T10:15:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1120"},"modified":"2016-07-09T12:15:02","modified_gmt":"2016-07-09T10:15:02","slug":"les-damnes-impasse-noire-en-demi-teinte","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/les-damnes-impasse-noire-en-demi-teinte\/","title":{"rendered":"Les Damn\u00e9s\u2026 Impasse noire en demi teinte"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>Du sc\u00e9nario des <em>Damn\u00e9s<\/em> de Visconti, le metteur en sc\u00e8ne belge bas\u00e9 aux pays bas Ivo van Hove, qui dirige les com\u00e9diens du Fran\u00e7ais pour l\u2019occasion, ouvre l\u2019histoire du XX\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 l\u2019endroit du \u00ab Mal Radical \u00bb que fut la mont\u00e9e du nationalisme, du nazisme et du fascisme europ\u00e9ens. Ce 7 juillet, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des murs du Palais des Papes les supporters de l\u2019\u00e9quipe de France clament leur joie \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne, \u00e0 l\u2019interieur de la cour le spectateur muet assiste \u00e0 la mise en place et \u00e0 la victoire du Reich, dans une mise en sc\u00e8ne qui, bien que multipliant les effets, peine \u00e0 installer la violence et la brutalit\u00e9 auxquels renvoient les interm\u00e8des sonores et stridents. Au mieux un \u00e9pisode cathartique\u2026 voire, peut-\u00eatre, le souci d\u2019un \u00ab\u00a0hollandais\u00a0\u00bb qui aurait peint le plateau en orange (couleur nationale) et ferait part du nationalisme qui grimpe dans son pays de r\u00e9sidence, comme ailleurs\u2026<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1119\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160702_rdl_1414-2.jpg\" alt=\"160702_rdl_1414-2.jpg\" align=\"center\" width=\"921\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>La veille\u2026 en blanc\u2026<\/strong><br \/>\nR\u00e9solument, un peu plus de deux repr\u00e9sentations plus loin, la 70\u00e8me \u00e9dition du festival inscrit le souci de la d\u00e9mocratie au programme. Apr\u00e8s \u00ab le vote Blanc \u00bb de <em>Ceux qui errent ne se trompent pas<\/em> de Ma\u00eblle Po\u00e9sy, <em>Les Damn\u00e9s<\/em> d\u2019Ivo van Hove s\u2019immerge dans le monde obscur, ind\u00e9passablement cruel et m\u00e9thodiquement violent de la mont\u00e9e m\u00e9canique du nazisme dans l\u2019Allemagne des ann\u00e9es 30. Inexorablement dispara\u00eetront le droit, la culture, les arts, la libert\u00e9 (et quelques millions de personnes)\u2026 auxquels SA tout d\u2019abord, puis SS par la suite, substitueront la peur et l\u2019arbitraire.<br \/>\nReste qu\u2019entre <em>Ceux qui errent<\/em> et <em>Les Damn\u00e9s<\/em>, il y a une \u00e9quation politique \u00e0 r\u00e9soudre qui donnera \u00e0 n\u2019importe quel d\u00e9fenseur de la d\u00e9mocratie le tournis puisque c\u2019est par les urnes, par le vote, par la volont\u00e9 populaire que l\u2019Allemagne nazie se sera hiss\u00e9e au sommet de la pyramide politique, avant d\u2019oublier ses \u00e9lecteurs en en faisant les collaborateurs contraints ou enthousiastes d\u2019un Etat totalitaire.<br \/>\nD\u00e8s lors, le propos d\u2019Ivo van Hove diverge de celui trop na\u00eff de Ma\u00eblle Po\u00e9sy puisqu\u2019ici ce qui est donn\u00e9 \u00e0 voir et \u00e0 entendre, c\u2019est la mani\u00e8re dont un corps familial et social se d\u00e9sorganise ou se r\u00e9organise : se recompose. Cette fa\u00e7on qu\u2019a une soci\u00e9t\u00e9, compos\u00e9e de minables invert\u00e9br\u00e9s, d\u2019intellos frileux, de personnes compromises, de gens indiff\u00e9rents, de petites mains et de gens de la bonne soci\u00e9t\u00e9, se renient, s\u2019oublient, se compromettent au point de s\u2019amputer des membres qui ne se soumettent. Ce qui est \u00e0 voir, dans <em>Les Damn\u00e9s<\/em> et \u00e0 travers le destin de la famille Essenbeck rel\u00e8ve ainsi du principe d\u2019hypnose meurtrier qui aura gouvern\u00e9 \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement ou \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation des consciences aveugles et des volont\u00e9s irrationnelles. Principe d\u2019hypnose ou \u00ab principe du baton et de la carotte \u00bb \u00e0 l\u2019\u0153uvre quand l\u2019esth\u00e9tique du verbe et la plastique des corps en uniforme ne suffisent pas \u00e0 briser les r\u00e9sistances.<br \/>\nAlors la d\u00e9mocratie\u2026 ?<br \/>\nDe la d\u00e9mocratie, que le p\u00e9ril soit blanc, soit rouge, soit noir (amalgame des deux derni\u00e8res couleurs chez Susan Sontag), il faudrait en parler \u00e0 la mani\u00e8re de Derrida et penser \u00ab la d\u00e9mocratie \u00e0 venir \u00bb. Ou, pour le dire plus simplement, prendre en compte ce qui \u00e9chappe aux \u00e9tats nationaux impr\u00e9gn\u00e9s de contraintes ext\u00e9rieurs qu\u2019ils ont export\u00e9 puis import\u00e9 (globalisation, mondialisation, format des guerres actuelles, mise en place d\u2019une justice international, d\u00e9localisation des instances du pouvoir ou h\u00e9t\u00e9ronimie\u2026) Il nous faudrait m\u00e9diter ce que la d\u00e9mocratie (construite sur un ordre phallique) serait si cet ordre venait \u00e0 dispara\u00eetre. Il nous faudrait admettre que la d\u00e9mocratie ne va pas de soi et que si \u00ab un spectre hante l\u2019Europe \u00bb, c\u2019est moins celui du nationalisme que celui structurant de l\u2019aveuglement et de la r\u00e9signation qui se satisfont du constat de l\u2019\u00e9ternel retour.<br \/>\nDe d\u00e9mocratie (Aristote soulignait qu\u2019il n\u2019y avait l\u00e0 qu\u2019un mod\u00e8le d\u00e9riv\u00e9 du mod\u00e8le id\u00e9al qu\u2019est la <strong>politie<\/strong>), il faut se r\u00e9soudre \u00e0 admettre qu\u2019elle n\u2019exclut ni la sauvagerie, ni l\u2019indiff\u00e9rence, ni la connerie&#8230;, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9ducation, la m\u00e9moire, l\u2019utopie de l\u2019\u00e9galit\u00e9, de la fraternit\u00e9, de la libert\u00e9\u2026 et que si elle est un syst\u00e8me de contr\u00f4le, elle demeure un dispositif fragile soumis sans cesse aux pulsions humaines et animales de l\u2019Homme. En un mot, une \u00ab jungle \u00bb plus qu\u2019un jardin \u00e0 la fran\u00e7aise, une herbe folle plus qu\u2019un green anglais, o\u00f9, et d\u2019une certaine mani\u00e8re, un territoire en mouvement, une forme tectonique ind\u00e9passable, en attente du peuple qui manque.<br \/>\n<strong>Peste brune et l\u00e8pre noire<\/strong><br \/>\nSur le plateau de la cour d\u2019honneur, \u00e0 regarder les tableaux sanglants qui se succ\u00e8dent, c\u2019est d\u2019abord une histoire chromatique qui se mat\u00e9rialise, car si au d\u00e9but les couleurs existent \u00e0 travers les costumes, \u00e0 mesure que s\u2019\u00e9tend l\u2019emprise de la peste brune (SA), le noir uniforme (SS) finit par se r\u00e9pandre sur toute la sc\u00e8ne (le plateau orange sera lui aussi couvert d\u2019une bache noire). Entre les deux, Ivo van Hove recourt aux \u00e9pisodes qui soulignent malignit\u00e9, d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, compromis de circonstances, meurtres et ex\u00e9cutions, jalousie et sexualit\u00e9 consanguine, images d\u2019archives rapportant la violence de la nuit des longs couteaux (\u00e9limination de R\u00f6hm et des SA) par la SS, Nuit de cristal encore appel\u00e9e Kristallnacht : nom donn\u00e9 aux violents pogroms anti-juifs, etc. Images de propagande encore o\u00f9 les usines Essenbeck (Krupp dans la r\u00e9alit\u00e9), complices, fabriquent les canons et autres mat\u00e9riels militaires qui loin d\u2019\u00eatre seulement des instruments de guerre visibles et efficaces sur les champs de bataille figurent aussi l\u2019expression ultime du capitalisme ou du d\u00e9sir sans bornes du monde des petits actionnaires.<br \/>\nEt de ces \u00e9pisodes qui fourmillent, conc\u00e9dons qu\u2019Ivo van Hove r\u00e9ussit \u00e0 g\u00e9rer adroitement ce qui rel\u00e8ve d\u2019une part des effets de r\u00e9els li\u00e9s \u00e0 la grande Histoire (projections sur grand \u00e9cran d\u2019archives), et d\u2019autres part les p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019aristocratique famille Essenbeck \u2013 \u00ab fictives \u00bb \u2013 qui sont jou\u00e9es par les com\u00e9diens du Fran\u00e7ais sur le plateau. Ivo van Hove cr\u00e9ant, en certains endroits de son \u00e9pop\u00e9e, une zone interm\u00e9diaire via l\u2019\u00e9cran o\u00f9 la geste de l\u2019acteur, quand elle prend une dimension historique et collective, se trouve dupliqu\u00e9e visuellement, voire r\u00e9guli\u00e8rement aussi sur le plan sonore. Adroit encore quand l\u2019image sc\u00e9nique in situ est augment\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran par le jeu de logiciels qui en modifie la configuration. Adroit oui, quand la cam\u00e9ra s\u2019insinue dans les cercueils (\u00e0 cour) qui se remplissent sur le c\u00f4t\u00e9 de la cour, \u00e0 mesure que la famille Essenbeck est diss\u00e9min\u00e9e, lamin\u00e9e par les tensions internes, d\u00e9membr\u00e9e par l\u2019int\u00e9r\u00eat, l\u2019app\u00e2t du gain, du pouvoir, des fid\u00e9lit\u00e9s provisoires, des voltefaces des uns et des autres soumis \u00e0 la parole lancinante des membres de la SS.<br \/>\nZone interm\u00e9diaire disons-nous, ou translatoire et plastique, qui souligne la proximit\u00e9 entre Histoire et fiction et, n\u2019en doutons pas chez van Hove, permet de mettre en place un effet parabole dont on sait qu\u2019il nous invite \u00e0 penser la corr\u00e9lation entre Arts et Histoire, l\u2019implication de l\u2019un et de l\u2019autre\u2026<br \/>\nC\u2019est adroit, donc, et pour autant que cette adresse sc\u00e9nographique vaut \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019Ivo van Hove de se laisser regarder sans s\u2019y ennuyer totalement, force est de constater que ce travail repose principalement sur une succession d\u2019effets. C\u2019est-\u00e0-dire, et Barthes s\u2019attachait \u00e0 en montrer la limite, que l\u2019effet vaut \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de reposer sur une succession de sc\u00e8nes juxtapos\u00e9es qui finissent par se regarder comme des \u00ab soubresauts sensibles \u00bb \u00e9trangers. Au nombre de ceux-ci, l\u2019envoi du discours vocif\u00e9rant du chancelier, une partouze de SA o\u00f9 la bi\u00e8re qui coule \u00e0 flot vaut pour \u00e9jaculation et plaisirs bestiaux, une s\u00e9quence grotesque de goudron et de plumes, un sch\u00e9matisme dans la repr\u00e9sentation fil\u00e9e des victimes, des compromis et des cyniques, un larsen hyper sonore r\u00e9current, une s\u00e9quence \u00ab touche pipi \u00bb entre Martin \u00e0 la sexualit\u00e9 ind\u00e9cise et une petite fille juive qui fera les frais de l\u2019introverti, un d\u00e9but de viol de serveuse des tavernes de boh\u00e8me munichoise, des pastilles soulignant pudiquement le jeu dialectique entre la psych\u00e9 et l&rsquo;anus, le passage \u00e9clair d\u2019un r\u00e9citant de la liste noire (\u00e9tablie d\u00e8s 1933), les petits repas \u00e0 la table, la vid\u00e9o r\u00e9p\u00e9titive des morts dans leur cercueil, etc. jusqu\u2019\u00e0 l\u2019image finale o\u00f9 Martin (encore lui) se tourne face au public et rafale le public \u00e0 la kalatchnikov (nous y reviendrons)\u2026<br \/>\nBref, sur le plateau de la cour d\u2019honneur, Ivo van Hove semble s\u2019\u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 du divertissement du public \u00e0 grand renfort d\u2019effets et de sc\u00e8nes. Ce qui fait \u00ab r\u00e9cit \u00bb ici rel\u00e8ve ainsi davantage d\u2019un montage de flash ou de sc\u00e9nettes o\u00f9 il devient difficile de savoir ce qui est en jeu. Montage pr\u00e9judiciable \u00e0 une immersion plus profonde du spectateur qui, alors qu\u2019il applaudit, pourrait se demander ce qu\u2019il salue (sauf \u00e0 se satisfaire de l\u2019histoire de surface : la chute de la maison Essenbeck ayant fait entrer \u00ab le loup dans la bergerie \u00bb. Sauf \u00e0 avoir per\u00e7u que le dernier cercueil, vide, serait un vague signal d\u2019alarme qui rappellerait qu\u2019il nous est possiblement destin\u00e9. Sauf \u00e0 imaginer que la rafale finale (Martin le terrorisant en terroriste) serait le signe mena\u00e7ant d\u2019un actualit\u00e9 dont le th\u00e9\u00e2tre, dans un rapport mim\u00e9tique en-de\u00e7a et faible, ne peut d\u00e9finitivement plus rendre compte depuis novembre 2015\u2026)<br \/>\n<strong> <em>Les Damn\u00e9s<\/em> \u2026 ou quand Van Hove \u00e9crirait son\u2026 <em>UI<\/h2>\n<p>Et regardant ces <em>Damn\u00e9s<\/em>, constater encore que Ivo van Hove, alors qu\u2019il met en sc\u00e8ne une violence historique, se trompe de registre sonore quand pour rendre celle-ci, il recourt \u00e0 des extraits de musique punk. Karl Kraus, l\u00e0-dessus, a \u00e9crit sans doute les plus belles pages qui soient. Soulignant que la mont\u00e9e du nazisme avait \u00e9t\u00e9 parall\u00e8lement la mise en berne de la parole, la disparition de la musique, la mort s\u00e9mantique de la variation et de la diversit\u00e9 sonore et gestuelle\u2026 puisque cette p\u00e9riode s\u2019est construite sur l\u2019aboiement rempla\u00e7ant la langue, le zinzin militaire et les flonflons cuivr\u00e9s, l\u2019uniformisation des sons et des gestes\u2026 Soit un appauvrissement, puis la disparition, \u00e0 m\u00eame la langue et la musique, de la multiplicit\u00e9, le nazisme leur pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019unit\u00e9 exclusive. Ce qui est, en soi, la violence extr\u00eame et sensible puisque cette \u00ab unit\u00e9 \u00bb s\u2019exposant ne masque d\u2019aucune mani\u00e8re les cadavres sur lesquels elle s\u2019\u00e9difie. Contresens majeur chez van Hove, donc, que ces extraits de musique punk (\u00ab encore un effet \u00bb dirait Barthes) qui n\u2019\u00e9taient l\u00e0 que pour faire sentir une violence sonore superficielle relevant de l\u2019artifice sc\u00e9nique et de l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale.<br \/>\nEnfin, et pour autant que la mise en sc\u00e8ne d\u2019Ivo van Hove sera l\u00e9gitime en tant qu\u2019acte de cr\u00e9ation, il est \u00e9tonnant d\u2019ignorer que ce travail, dans l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en, est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne de <em>La R\u00e9sistible ascension d\u2019Arturo UI<\/em> d\u2019Heiner M\u00fcller, en 1995, au Berliner Ensemble. Une \u0153uvre majeure du th\u00e9\u00e2tre allemand (Les com\u00e9diens du Berliner sont un \u00e9quivalent de ceux du Fran\u00e7ais), reprise r\u00e9guli\u00e8rement jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, et dont la parent\u00e9 avec <em>Les Damn\u00e9s<\/em>, fait du travail d\u2019Ivo van Hove, un tableau transparent. Transparent, voire inexistant, quand on se souvient de la performance d\u2019acteur de Martin W\u00fctke haletant comme un chien fou, puis \u00e9duqu\u00e9 tel un chien de guerre. Mise en sc\u00e8ne fabuleuse et tellement juste qui, pour autant qu\u2019elle reposait sur le texte de Brecht, avait su sous la patte de Muller et de Wutke mettre en \u00e9vidence que la Mal Radical, pour autant qu\u2019il s\u2019exerce sur la pens\u00e9e, l\u2019esprit, la langue\u2026 se donne \u00e0 voir, d\u2019abord, comme une contrainte qui s\u2019affirme sur les corps. Corps pris dans la raideur des uniformes, corps priv\u00e9s de leur mouvement, corps d\u00e9charn\u00e9s des d\u00e9port\u00e9s\u2026 Ces images-l\u00e0, des corps, c\u2019est cela qui nous est parvenu et s\u2019imposant au regard, c\u2019est cela qui fit que \u00e7a nous regarde\u2026<br \/>\nChez Ivo van Hove, la disparition de cette corpor\u00e9it\u00e9 r\u00e9ellement mise en sc\u00e8ne, l\u2019effacement de cette violence visuelle \u00e9tait en d\u00e9finitive absente ou ramen\u00e9 au seul \u00ab effet \u00bb, \u00e0 une forme de pathos de circonstances\u2026 <em>Les Damn\u00e9s<\/em> pr\u00e9f\u00e9rant le bavardage logorrh\u00e9ique et l\u2019exploration du raffinement des psychologies auquels sont habitu\u00e9s les fran\u00e7ais.<br \/>\nMais alors le mal dont souffre la d\u00e9mocratie\u2026 ?<br \/>\nIl y a longtemps, un jeune ma\u00eetre assistant de Paris VIII du nom de Jean-Michel Palmier faisait une conf\u00e9rence sur \u00ab quelques remarques sur la crise contemporaine du th\u00e9\u00e2tre politique \u00bb. Il rappelait que \u00ab Le th\u00e9\u00e2tre politique se con\u00e7oit sur le mot d\u2019ordre de Friedrich Wolf : \u00ab\u00a0Kunst ist Waffe\u00a0\u00bb (l\u2019art est une arme) \u00bb. Les coups de feu inh\u00e9rents au travail d\u2019Ivo van Hov et la rafale finale sont bien loin de nous inscrire dans cet Art Politique. Au mieux, \u00e9tait-on devant un savoir-faire s\u2019inqui\u00e9tant du spectaculaire. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du sc\u00e9nario des Damn\u00e9s de Visconti, le metteur en sc\u00e8ne belge bas\u00e9 aux pays bas Ivo van Hove, qui dirige les com\u00e9diens du Fran\u00e7ais pour l\u2019occasion, ouvre l\u2019histoire du XX\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 l\u2019endroit du \u00ab Mal Radical \u00bb que fut la mont\u00e9e du nationalisme, du nazisme et du fascisme europ\u00e9ens. 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