


{"id":1127,"date":"2016-07-10T12:53:00","date_gmt":"2016-07-10T10:53:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1127"},"modified":"2016-07-10T12:53:00","modified_gmt":"2016-07-10T10:53:00","slug":"trajals-trajectoire-caen-amour","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/trajals-trajectoire-caen-amour\/","title":{"rendered":"Trajal\u2019s trajectoire\u2026 Caen Amour\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>Avant le Clo\u00eetre des C\u00e9lestins et Caen Amour\u2026. C\u2019\u00e9tait la 5\u00e8me \u00e9dition du projet SKITE et \u00e7a se tenait \u00e0 Caen du 16 ao\u00fbt au 12 septembre 2010, \u00e0 l\u2019initiative conjointe de l\u2019association SKITE (Jean-Marc Adolphe) et l\u2019association Danse Perspective (Michelle Latini), en partenariat avec l\u2019Ecole sup\u00e9rieure d\u2019arts et m\u00e9dias de Caen (ESAM), le Centre Chor\u00e9graphique National de Caen \/ Basse-Normandie, le CARGO, Les Ateliers interm\u00e9diaires\u2026. et le soutien de la r\u00e9gion Basse-Normandie, de CulturesFrance, de la Ville de Caen. Laboratoire pluridisciplinaire de formation et de recherche artistiques, le SKITE (\u00ab un chantier d\u2019utopies \u00bb cr\u00e9e en 1992, au Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 Internationale \u00e0 Paris comme le rappelait JMA, et une implantation europ\u00e9enne et mondiale) r\u00e9unissait une cinquantaine d\u2019artistes \u00e9mergents internationaux (danse, th\u00e9\u00e2tre, arts visuels, musique&#8230;) ayant la volont\u00e9 d\u2019un projet performatif : work in progress, fragments d\u2019exp\u00e9riences, dispositifs hybrides, projets participatifs\u2026 C\u2019est l\u00e0, \u00e0 Caen \u2013 que Trajel Harrell regarde comme une \u00ab ville exotique \u00bb \u2013 que pour la premi\u00e8re fois je vis le travail de Trajal Harrell.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1126\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160708_rdl_0700-2.jpg\" alt=\"160708_rdl_0700-2.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>Trajectoire de Trajal\u2026 De (M)imosa \u00e0 <em>Caen Amour<\/em>\u2026<\/strong><br \/>\n<em>(M)IMOSA Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church (M)<\/em>, cr\u00e9\u00e9 en f\u00e9vrier 2011 \u00e0 The Kitchen New York, \u00e9tait le titre cod\u00e9 et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 de la cr\u00e9ation \u00e0 quatre mains des chor\u00e9graphes, danseurs et performeurs C\u00e9cilia Bengolea, Francois Chaignaud, Marlene Monteiro Freitas et Trajal Harrell. Les uns et les autres questionnaient alors les tabous chor\u00e9graphiques, les zones corporelles et les topographies du corps. Un rien provocateur, ou disons-le \u00ab nouveau \u00bb, comme ant\u00e9rieurement <em>P\u00e2querette<\/em> en 2008 qui reposait sur l\u2019utilisation dans la danse de l\u2019anus et de sa p\u00e9n\u00e9tration. Trajal Harrell \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de la partie, en \u00e9tait \u00e0 l\u2019initiative et <em>(M)imosa<\/em> \u00e9tait la version M de la s\u00e9rie \u00ab Twenty Looks or Paris is Burning at the Judson Church \u00bb. Un cycle de pi\u00e8ces de Trajal Harrell, les autres versions se d\u00e9clinant de XS \u00e0 XL, comme les tailles vestimentaires. Un \u00ab jeu de titre \u00bb en \u00e9cho au travail sur le Voguing et au go\u00fbt de l\u2019\u00e9quipe pour le v\u00eatement, la mode, le travestissement. N\u00e9 dans les ann\u00e9es 60 dans les quartiers marginaux de Harlem, le Voguing invent\u00e9 par la communaut\u00e9 gay et transgenres d\u2019origine afro-latino-am\u00e9ricaine, reposait sur l\u2019\u00e9tude et l\u2019emprunt des attitudes du monde de la mode, du luxe et du glamour. Contre-culture ayant connue son heure de gloire dans les ann\u00e9es 90, notamment grace \u00e0 la chanson Vogue de Madonna et surtout Paris is burning, le film documentaire largement prim\u00e9 de Jennis Livigston. Au commement de cette s\u00e9rie initi\u00e9e par Trajal Harrel, il y avait une question s\u2019interrogeant sur l\u2019histoire de la danse : \u00ab Que se serait-il pass\u00e9 en 1963 \u00e0 New York si une figure de la sc\u00e8ne voguing de Harlem \u00e9tait descendue jusqu\u2019\u00e0 Greenwich Village pour danser aux c\u00f4t\u00e9s des pionniers de la Post Modern Dance du Judson Church Theater ? \u00bb. Autrement dit, comment se serait pass\u00e9e la rencontre entre un courant imitant les artifices et codes de la mode, nourri par les cat\u00e9gories de genre, de race et de hi\u00e9rarchie sociale, et un autre \u00e0 la recherche d\u2019une authenticit\u00e9 du mouvement, lib\u00e9r\u00e9 des carcans traditionnels de la repr\u00e9sentation du corps dansant ?<br \/>\n<em>(M)imosa<\/em> que l\u2019on retrouvera partiellement \u00e0 l\u2019occasion d\u2019extraits projet\u00e9s dans le cadre de la Nef des images, le 10 juillet \u00e0 11H00, \u00e9glise des C\u00e9lestins.<br \/>\n<strong>Caen Amour\u2026 the Hoochie-Coochie<\/strong><br \/>\nChevill\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e, g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9 pour explorer les territoires impr\u00e9visibles ou impens\u00e9s de la Dan<strong>c<\/strong>e, Trajal Harrell est avant tout, essentiellement et ind\u00e9passablement, un acteur des formes performatives. Comprenons qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de nommer un \u00ab genre en soi \u00bb, mais plut\u00f4t de trouver un nom qui puisse abriter les exp\u00e9riences mentales qui se manifestent et s\u2019exposent physiquement sous des formats indiff\u00e9rents au r\u00e9f\u00e9rencement habituel. Serait performatif tout ou partie d\u2019une cr\u00e9ation qui, d\u00e9laissant partiellement les codes et les attendus, ou les d\u00e9tournant, retrouve un rapport \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique. Serait performatif, en soi, une zone de rupture cr\u00e9ant un intervalle po\u00e9tique, linguistique, plastique&#8230; D\u2019une certaine mani\u00e8re, sans qu\u2019il s\u2019agisse-l\u00e0 d\u2019un axiome, serait performatif, un \u00e9v\u00e9nement d\u2019une dur\u00e9e ind\u00e9finie, mettant en cause le rapport entretenu au temps et \u00e0 l\u2019espace comme bornes et rep\u00e8res, puisque le performatif est une forme inclusive o\u00f9 spatialisation et temporalit\u00e9 n\u2019ob\u00e9issent pas, ou plus, \u00e0 la mesure (pas quantifiable, pas \u00e9quilibr\u00e9, pas jaugeable).<br \/>\nDans l\u2019incapacit\u00e9 de d\u00e9finir davantage les dispositifs performatifs (pas de mod\u00e8les d\u00e9finis), il est peut-\u00eatre possible d\u2019imaginer en d\u00e9sespoir de cause l\u2019effet de ce mode de cr\u00e9ation sur spectateur. Cette mani\u00e8re que le dispositif performatif a de favoriser un rapport \u00e0 l\u2019einfall. C\u2019est-\u00e0-dire un rapport \u00e0 la pens\u00e9e furtive, \u00e0 la pens\u00e9e surgissante ou saisissante sans que l\u2019on sache pourquoi elle est apparue. Ce qui, l\u00e0 est l\u2019int\u00e9r\u00eat, rapproche la forme performative de l\u2019exp\u00e9rience de la  pens\u00e9e, si penser c\u2019est faire l\u2019exp\u00e9rience de ce que l\u2019on avait pas pr\u00e9vu de penser (cf. J.-L. Lyotard).<br \/>\nEn proposant <em>Caen Amour<\/em>, Trajal Harrell raconte que c\u2019est avec son p\u00e8re qu\u2019il d\u00e9couvrit un type de spectacle \u00ab le Hoochie Coochie \u00bb. Quelque chose entre le \u00ab peep show \u00bb et \u00ab le strip tease \u00bb non encore organis\u00e9s sous son format industriel, qui s\u2019offrait comme l\u2019une des attractions des foires et autres f\u00eates foraines. La d\u00e9couverte s\u2019arr\u00eatait pour lui \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, son p\u00e8re le privant de la \u00ab danse orientale \u00bb \u00e9rotis\u00e9e et sexualis\u00e9e qui se tenait, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019abri des regards. Premi\u00e8re exp\u00e9rience d\u2019enfant chez Trajal Harrell dont on comprend qu\u2019elle ait pu produire chez lui le go\u00fbt de \u00ab ce qui n\u2019appara\u00eet pas \u00bb, ne \u00ab se donne pas \u00bb, \u00ab se retire \u00bb ou \u00ab se dissimule \u00bb et qui, par ailleurs, l\u2019aura inscrit dans un rapport aig\u00fc \u00e0 la question du genre et de ses clivages\u2026 Questionnement qui mettrait en doute cette mani\u00e8re de penser un monde organis\u00e9 sous la modalit\u00e9 inamovible du \u00ab Genre \u00bb. Dit autrement, on pourrait dire que le travail de Trajal Harrell s\u2019inqui\u00e9tera, au-del\u00e0 de ce qui fonde le clivage homme-femme, de ce qui peut-\u00eatre interchangeable ou commun, entre l\u2019un et l\u2019autre, \u00e0 l\u2019un et l\u2019autre. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que des espaces comme la mode, la danse, etc. aient d\u00e8s lors constitu\u00e9 son territoire d\u2019exploration. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce qu\u2019un questionnement sur le \u00ab transgenre \u00bb soit, chez le cr\u00e9ateur, \u00e0 l\u2019\u0153uvre. En d\u00e9finitive, ce qui est donc en jeu dans le travail du Performer rel\u00e8ve d\u2019une interrogation sur l\u2019\u00e9vidence (litt\u00e9ralement ce qui se donne \u00e0 voir). \u00ab L\u2019\u00e9vidence \u00bb qui, pour autant qu\u2019il est le lieu de la convocation (syst\u00e8me r\u00e9f\u00e9rentiel), est \u00e9galement le point de d\u00e9part de connexion (dynamique d\u2019imagination). Lui, refuse l&rsquo;assignation et privil\u00e9gie le \u00ab\u00a0neutre\u00a0\u00bb.<br \/>\nUne fa\u00e7ade orientale bleue, une ouverture, quelques \u00e9tag\u00e8res soutenant des produits d\u2019entretiens m\u00e9nagers\u2026 le public croira \u00eatre install\u00e9 pour une petite heure\u2026 non ! Quelques minutes plus tard, il est dit qu\u2019il pourra aller voir derri\u00e8re et d\u00e9couvrir les \u00ab dessous \u00bb du devant. Tout est l\u00e0, construit sur cette dialectique non de \u00ab l\u2019envers \u00bb et de \u00ab l\u2019endroit \u00bb, du \u00ab dessous \u00bb et du \u00ab dessus \u00bb, mais plut\u00f4t sur un glissement inattendu qui interroge le \u00ab devant \u00bb et le \u00ab dessous \u00bb. De l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, du \u00ab devant \u00bb o\u00f9 s\u2019executent des danseurs lassifs qui tournent en boucle, au \u00ab dessous \u00bb o\u00f9 l\u2019illusion est d\u00e9voil\u00e9, <em>Caen Amour<\/em> se regardera comme un temps ininterrompu, un passage continu, un geste r\u00e9p\u00e9titif et n\u00e9anmoins jouant de variations. On songe au po\u00e8me de Gertrud Stein <em>The Rose<\/em>, on pense \u00e0 une peinture s\u00e9rielle, on imagine les diagrammes de Duchamp\u2026 sans certitude. Il ne se passe ainsi presque rien, sinon l\u2019annexion du temps que semble cultiver <em>Caen Amour<\/em>. Sinon un geste chaloup\u00e9, construit sur un flux reflux doux. Sinon la pr\u00e9sentation\/repr\u00e9sentation d\u2019\u00e9toffes aux couleurs chamarr\u00e9es port\u00e9s sur tout ce qui peut constituer une parcelle de corps. Et de regarder le public se promener dans l\u2019espace du Clo\u00eetre C\u00e9lestin, pris dans une d\u00e9ambulation contemplative.<br \/>\n<em>Caen Amour<\/em> n\u2019a rien \u00e0 d\u00e9montrer, mais montre. Quoi ? On ne le devine pas, on l\u2019imagine\u2026 Caen Amour\u2026 un titre comme un trajet (une destination) que pourrait proposer la SNCF. D\u2019un point \u00e0 l\u2019autre, comme toujours \u00e0 la SNCF l\u2019heure est extensible, prompte \u00e0 agacer ou \u00e0 permettre l\u2019\u00e9criture de pages d\u2019un voyage. Mais si c\u2019\u00e9tait un peu \u00e7a, alors l\u2019une des cat\u00e9gories mise en sc\u00e8ne qui ne tient pas compte du \u00ab Genre \u00bb n\u2019\u00e9tait-ce pas l\u2019amour\u2026 toujours inconnu ce truc l\u00e0, toujours dans la d\u00e9clinaison\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant le Clo\u00eetre des C\u00e9lestins et Caen Amour\u2026. C\u2019\u00e9tait la 5\u00e8me \u00e9dition du projet SKITE et \u00e7a se tenait \u00e0 Caen du 16 ao\u00fbt au 12 septembre 2010, \u00e0 l\u2019initiative conjointe de l\u2019association SKITE (Jean-Marc Adolphe) et l\u2019association Danse Perspective (Michelle Latini), en partenariat avec l\u2019Ecole sup\u00e9rieure d\u2019arts et m\u00e9dias de Caen (ESAM), le Centre Chor\u00e9graphique National de Caen \/ Basse-Normandie, le CARGO, Les Ateliers interm\u00e9diaires\u2026. et le soutien de la r\u00e9gion Basse-Normandie, de CulturesFrance, de la Ville de Caen.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1126,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1127","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1126"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}