


{"id":1129,"date":"2016-07-12T17:56:36","date_gmt":"2016-07-12T15:56:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1129"},"modified":"2016-07-12T17:56:36","modified_gmt":"2016-07-12T15:56:36","slug":"ludwig-le-simple-et-ses-freres-et-soeurs","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/ludwig-le-simple-et-ses-freres-et-soeurs\/","title":{"rendered":"Ludwig le simple et ses fr\u00e8res et soeurs\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Loin de reprendre le d\u00e9corum des Sissi de la jeune Schneider et autres bricolettes du cin\u00e9ma des ann\u00e9es 50-60, sauf \u00e0 avoir en m\u00e9moire le regard triste, illumin\u00e9, vorace, inquiet d\u2019Helmut Berger dans le <em>Ludwig ou le cr\u00e9pusucle des dieux<\/em>, <em>Le Ludwig, un roi sur la lune<\/em> de Madeleine Louarn, jou\u00e9 par les acteurs de Catalyse (groupe de com\u00e9diens handicap\u00e9s), rel\u00e8ve d\u2019une r\u00eaverie aux mouvements oniriques o\u00f9 l\u2019adaptation du journal de Louis II de Bavi\u00e8re fait l\u2019objet d\u2019un travail sonore \u00e0 l\u2019\u00e9gal de celui de la po\u00e9sie du m\u00eame nom\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1128\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160707_rdl_0538-2.jpg\" alt=\"160707_rdl_0538-2.jpg\" width=\"920\" height=\"613\" align=\"middle\" \/><br \/>\n<strong>Dans la tourmente et la recherche du sublime\u2026<\/strong><br \/>\nAu dernier chapitre de <em>La Facult\u00e9 de Juger<\/em>, Kant introduisait la notion de \u00ab Sublime \u00bb. Fa\u00e7on de marquer le territoire inexplorable d\u2019un monde dont l\u2019agencement demeurerait secret. Fa\u00e7on encore de donner \u00e0 l\u2019homme une perspective qui l\u2019\u00e9carterait des horizons trop ferm\u00e9s. Je me souviens partiellement de l\u2019une des belles phrases du philosophe allemand o\u00f9 il essaie de d\u00e9finir l\u2019instant o\u00f9 l\u2019esprit vacille devant ce qui est plus grand que lui. De m\u00e9moire, c\u2019\u00e9tait quelque chose comme \u00ab devant le sublime, on a le sentiment que le c\u0153ur s\u2019arr\u00eate brusquement, puis reprend son battement \u00bb. Et, dois-je l\u2019avouer, j\u2019ai souri \u00e0 l\u2019id\u00e9e de voir l\u2019auteur de la <em>Critique de la Raison <\/em> conclure sur un constat qui soulignait une alt\u00e9ration du corps, une mise en danger de la vie qui finissait par m\u00ealer le souffle et l\u2019esprit\u2026 ce que l\u2019on nomme encore en allemand le <em>Geist<\/em>&#8230;<br \/>\nQuelque chose que Derrida, joueur amus\u00e9 des mots, commentait en rappelant que le <em>Geist<\/em> n\u2019\u00e9tait pas sans parent\u00e9 sonore avec le <em>Ghost<\/em> (\u00ab fant\u00f4me \u00bb en anglais), et qu\u2019en d\u00e9finitive, parfois chez les \u00eatres atteint d\u2019une acuit\u00e9 et d\u2019une sensibilit\u00e9 hors norme, <em>Geist<\/em> et <em>Ghost<\/em> formaient un couple infernal o\u00f9 la pens\u00e9e ne peut plus \u00eatre que meurtrie, prise au pi\u00e8ge des r\u00e9alit\u00e9s oppressantes et simultan\u00e9ment happ\u00e9e par les formes illimit\u00e9es de la fantasia benjaminienne.<br \/>\nEndossant le r\u00f4le politique, l\u2019h\u00e9ritier Louis II de Bavi\u00e8re fut sans doute l\u2019un de ceux-l\u00e0, pris entre devoir politique et libert\u00e9 d\u2019\u00eatre. Greff\u00e9 d\u2019une part \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir auquel il \u00e9tait \u00e9tranger, et \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame dans la contemplation des formes du monde. <em>Ergo<\/em>, Louis II (le II renverrait ici \u00e0 cette dualit\u00e9) fut en dialogue avec lui-m\u00eame, parall\u00e8lement en dialogue avec ses ministres, simultan\u00e9ment en dialogue avec les \u00eatres transparents qui peuplent d\u2019autres univers. D\u00e9couvrant le monde budg\u00e9taire et celui des affaires d\u2019\u00c9tat, pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019Art militaire, l\u2019art et notamment celui de Wagner ; se devant de copuler pour la couronne, n\u2019aspirant qu\u2019\u00e0 vivre une sexualit\u00e9 qui le guidait vers d\u2019autres hommes\u2026 la servitude fut irr\u00e9ductiblement le mot th\u00e8me du journal de ce Louis. Prince fou de l\u2019esp\u00e8ce des Michkine et autres simples, Prince sans go\u00fbt pour la chose politique, sympt\u00f4me freudien d\u2019une vie cach\u00e9e\u2026 Louis II marque, dans l\u2019histoire politique de l\u2019empire germanique, une parenth\u00e8se po\u00e9tique et existentielle ouverte sur les mondes int\u00e9rieurs, avant que ne se profile le Reich des damn\u00e9s qui, de Wagner, aimera le son des cuivres et la mythologie.<br \/>\n<strong>Fr\u00e8res et soeurs<\/strong><br \/>\nAu plateau, devant une toile peinte repr\u00e9sentant un ch\u00e2teau de Bavi\u00e8re perch\u00e9 sur quelques escarpes rocheuses en surplomb du Rhin, deux musiciens donnent le rythme rock de <em>Ludwig, un roi sur la lune<\/em>. Rien de wagn\u00e9rien dans les sons que produit la guitare \u00e9lectrique, et le synth\u00e9tiseur qui accompagnent la voix rauque du chanteur. Eux sont l\u00e0, \u00e0 la mani\u00e8re de guide ou de cannes blanches pour guider le groupe de com\u00e9diens de Catalyse. Et ceux-l\u00e0, dans un geste humble et d\u00e9nu\u00e9 d\u2019horizon, viennent au plateau dire leurs partitions. Parfois aux prises avec l\u2019articulation, parfois victimes d\u2019un trou, parfois perdus dans un texte \u00e0 la syntaxe d\u00e9construite, ceux que l\u2019on pourrait regarder comme des acteurs handicap\u00e9s sont \u00e0 leur affaire avec ce po\u00e8me sonore. Avec ces mots qui renvoient \u00e0 des espaces sensibles o\u00f9 p\u00eale-m\u00eale quelques consid\u00e9rations sur la sexualit\u00e9 et l\u2019usage du p\u00e9nis voisinent avec le souci des fleurs, le go\u00fbt des arbres, les conjectures am\u00e8res sur la vie politique, la beaut\u00e9 du ciel et de ses nuages\u2026 Moins communaut\u00e9 assembl\u00e9e que bande \u00e0 part, ils se livrent chor\u00e9graphiquement et vocalement \u00e0 l\u2019exercice pour lequel ils ont \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9s.<br \/>\nC\u2019est un rien na\u00eff, entre phrases r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et texte qui vient \u00e0 se d\u00e9rober, geste attendus et situations impr\u00e9visibles, c\u2019est en soi professionnel et simultan\u00e9ment improvis\u00e9 quand le \u00ab trou \u00bb appara\u00eet. Mais, et c\u2019est sans doute l\u2019une des r\u00e9ussites incroyables de ce travail, leur pr\u00e9sence au plateau participe d\u2019une intensit\u00e9 qui tient au travail autant qu\u2019au plaisir d\u2019\u00eatre-l\u00e0. Intensit\u00e9 de la parole prof\u00e9r\u00e9e sur le mode des performances sonores qui fit \u00e9voluer la po\u00e9sie vers le territoire des rythmes, du corps, de l\u2019\u00e9coute affol\u00e9e. Ou quand la parole ne se dissocie plus du lieu de son \u00e9mission : le corps, qui lui donne une l\u00e9gitimit\u00e9.<br \/>\nMani\u00e8re, dans l\u2019 \u00e9quilibre pr\u00e9caire o\u00f9 ces \u00ab fr\u00e8res et s\u0153urs \u00bb se trouvent, de faire na\u00eetre une fragilit\u00e9 vraie, sans doute au plus proche de celle du Ludwig qu\u2019il servait avec l\u2019amour de simples.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Loin de reprendre le d\u00e9corum des Sissi de la jeune Schneider et autres bricolettes du cin\u00e9ma des ann\u00e9es 50-60, sauf \u00e0 avoir en m\u00e9moire le regard triste, illumin\u00e9, vorace, inquiet d\u2019Helmut Berger dans le Ludwig ou le cr\u00e9pusucle des dieux, Le Ludwig, un roi sur la lune de Madeleine Louarn, jou\u00e9 par les acteurs de Catalyse (groupe de com\u00e9diens handicap\u00e9s), rel\u00e8ve d\u2019une r\u00eaverie aux mouvements oniriques o\u00f9 l\u2019adaptation du journal de Louis II de Bavi\u00e8re fait l\u2019objet d\u2019un travail sonore<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1128,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1129","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1128"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}