


{"id":1138,"date":"2016-07-14T13:33:26","date_gmt":"2016-07-14T11:33:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1138"},"modified":"2016-07-14T13:33:26","modified_gmt":"2016-07-14T11:33:26","slug":"ceux-qui-errent-epidemie-blanche-mise-en-scene-sans-couleur","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/ceux-qui-errent-epidemie-blanche-mise-en-scene-sans-couleur\/","title":{"rendered":"Ceux qui errent\u2026 : \u00c9pidemie blanche, mise en sc\u00e8ne sans couleur"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">[\/<em>Hurlons, dit le chien<\/em> [[Traduction Evelise Mendes. L&rsquo;original est :<em>Uivemos, disse o c\u00e3o<\/em>. ]]<br \/>\n<br \/>(Jos\u00e9 Saramago, d\u2019apr\u00e8s <em>La Lucidit\u00e9<\/em>)\/]<br \/>\nLe seul prix Nobel de litt\u00e9rature de langue portugaise, Jos\u00e9 Saramago, au cours d&rsquo;une interview a dit : \u00ab moi, j\u2019ai 81 ans et je vais quitter ce monde de merde sans espoir \u00bb.[[Traduction E.M. L\u2019original est : <em>tenho 81 anos e vou sair da merda deste mundo sem esperan\u00e7a<\/em>.]] Il voulait que <em>La Lucidit\u00e9<\/em> soit un hurlement, car \u00ab tous nous devons \u00e9lever la voix \u00bb dans \u00ab ce monde merdique \u00bb.[[Traduction E.M. L\u2019original est : <em>todos n\u00f3s devemos levantar a voz<\/em>, ensuite <em>mundo que \u00e9 p\u00e9ssimo<\/em>.]]<br \/>\nDonc hurlons. Nous tous. Sans cesse.<br \/>\nPS : Puisque la Politique est l\u2019Art Souverain qui r\u00e8gle toutes relations humaines, puisque tous nos choix r\u00e9sultent d\u2019une vision de monde (A. Boal), et puisque aussi l\u2019individu est un \u00eatre historique-social dans un monde mobile (B. Brecht), dont l\u2019art peut et doit intervenir dans l\u2019Histoire (R. Barthes), je dois faire mention de la situation politique de mon pays&#8230; Je ne peux que hurler : Dehors, Temer ! [[Michel Temer, vice-pr\u00e9sident de Dilma Rousseft (pr\u00e9sidente br\u00e9silienne r\u00e9elue d\u00e9mocratiquement en 2014). Apr\u00e8s une grande articulation de conspirations dans les coulisses de la capitale du Br\u00e9sil, Dilma est \u00e9loign\u00e9e du pouvoir, et Temer devient le pr\u00e9sident par int\u00e9rim du pays d\u00e8s le 12 mai 2016.]] <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1136\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton423.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1137\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160704_rdl_0094.jpg\" alt=\"160704_rdl_0094.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n`<strong>Les diff\u00e9rentes faces de la couleur blanche<\/strong><br \/>\nPubli\u00e9e en 2004 pour la premi\u00e8re fois, <em>La Lucidit\u00e9<\/em> se passe dans le m\u00eame pays que <em>L\u2019Aveuglement<\/em>[[Il s\u2019agit une \u00e9pid\u00e9mie blanche qui d\u00e9vaste un pays, m\u00e9thaphore \u00e9vidente au syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral qu\u2019on vit depuis les ann\u00e9es 90. Toute la population est aveugle (une c\u00e9cit\u00e9 de couleur transparente lact\u00e9e), sauf une seule femme. A cause de cette situation, le pays vit des temps de barbarie, de d\u00e9sespoir, de chaos social.]], de 1995. Un jour d\u2019\u00e9lections parlementaires dans tout ce pays imaginaire. Les \u00e9lecteurs se d\u00e9couragent \u00e0 exercer leur droit de vote, et puisqu\u2019il y a une forte temp\u00eate sur la capitale, le vote est facultatif. Mais surtout, tous sont fatigu\u00e9s de voir sans cesse les m\u00eames types de candidats. Le personnel des bureaux de vote est totalement effray\u00e9 devant la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9norme abstention. Mais surprise, \u00e0 16h environ, les citoyens vont y voter en masse. Et c\u2019est l\u2019inattendu : 83% du peuple de la capitale vote blanc. Et c\u2019est pareil dans tout le pays  (70% environ). Ici, les votes blancs repr\u00e9sentent un \u00e9clair de vision provoqu\u00e9 par la c\u00e9cit\u00e9 du dernier livre. Les autorit\u00e9s sont alarm\u00e9es, et ne savent pas comment agir devant une telle d\u00e9monstration de d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis du syst\u00e8me politique. En justifiant que la population ne sait pas profiter de ses droits, et que cette d\u00e9monstration est une menace pour le syst\u00e8me d\u00e9mocratique, ils d\u00e9cident de rechercher qui sont les leaders de cette protestation. Dehors, personne n\u2019assume son vote blanc, m\u00eame sous la pression des forces de police, jusqu\u2019au jour o\u00f9, \u00e9tonnamment, la masse des \u00e9lecteurs descend dans les rues de mani\u00e8re pacifique. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, les autorit\u00e9s d\u00e9cr\u00e8tent un \u00e9tat de si\u00e8ge de la capitale, usent de tous les artifices afin de promouvoir le chaos social (par exemple, ils font exploser une bombe dans la station de m\u00e9tro, ensuite accusent \u00ab les blancs \u00bb du crime), et ils d\u00e9placent la capitale du pays vers une autre ville. \u00c0 la recherche d\u2019un coupable du vote blanc massif, les dirigeants du gouvernement trouvent la seule femme pas aveugle de <em>L\u2019Aveuglement<\/em>, son chien, et un commissaire de lucidit\u00e9 blanche. En ce temps-l\u00e0, le roman se d\u00e9veloppe dans un dialogue intratextuel avec son pr\u00e9c\u00e9dent.<br \/>\nSelon Saramago, la c\u00e9cit\u00e9 et la lucidit\u00e9 sont blanches. Les fronti\u00e8res sont tr\u00e8s subtiles&#8230;<br \/>\n[&#8230;] <em>le vote blanc est une manifestation de la c\u00e9cit\u00e9 tr\u00e8s destructive comme l\u2019autre. Ou de lucidit\u00e9, dit le ministre de la justice, Quoi, le ministre de l\u2019int\u00e9rieur a demand\u00e9, qui a jug\u00e9 entendre mal, Dit que le vote blanc pourrait \u00eatre compris comme une manifestation de lucidit\u00e9 par qui l\u2019a fait, Comment vous vous permettez de dire \u00e9norme absurde antid\u00e9mocratique aupr\u00e8s du conseil du gouvernemment, vous devez \u00eatre embarrass\u00e9, vous ne paraissez pas le ministre de la justice, avez explos\u00e9 de la d\u00e9fense.<\/em>[[Traduction E.M. L\u2019original est : <em>o voto em branco \u00e9 uma manifesta\u00e7\u00e3o de cegueira t\u00e3o destrutiva como a outra.Ou de lucidez, disse o ministro da justi\u00e7a, Qu\u00ea, perguntou o ministro do interior, que julgou ter ouvido mal, Disse que o voto em branco poderia ser apreciado como uma manifesta\u00e7\u00e3o de lucidez por parte de quem o usou, Como se atreve, em pleno conselho do governo, a pronunciar tamanha barbaridade antidemocr\u00e1tica, deveria ter vergonha, nem parece ministro da justi\u00e7a, explodiu o da defesa<\/em>.]] (p.172)<br \/>\nSaramago a r\u00e9invent\u00e9 les r\u00e8gles d\u2019une \u00ab r\u00e9daction correcte \u00bb et, par suite, a recr\u00e9\u00e9 la langue portugaise au travers de ponctuations r\u00e9duites, o\u00f9 les phrases sont marqu\u00e9es surtout par des virgules (mani\u00e8re qui montre les interventions des personnages et les pauses) ; de la presque absence des points finals ; de paragraphes grands ; d\u2019emploi de lettre majuscule \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la phrase ; de l\u2019usage pr\u00e9dominant du temps pr\u00e9sent ; de dialogues en direct sans le trait d\u2019union (en produisant ainsi un m\u00e9lange des discours, c\u2019est-\u00e0-dire, de discours direct, indirect, monologue et indirect libre, et en permettant le dialogue entre le narrateur et les personnages)\u2026 cet effet produit une simultan\u00e9it\u00e9 tragique et comique. D\u2019une mani\u00e8re apparemment d\u00e9sordonn\u00e9e, ses phrases ont le rythme prosodique, d\u2019une oralit\u00e9 plus dynamique en g\u00e9n\u00e9ral. \u00c0 cause de son style particulier de l\u2019\u00e9criture, il y a une zone int\u00e9ressante d\u2019ambig\u00fcit\u00e9 et d\u2019\u00e9tranget\u00e9.<br \/>\nAyant dit tout cela, comment est-il possible de d\u00e9placer toute cette \u00ab mer de subversion stylistique litt\u00e9raire \u00bb de la langue portugaise \u00e0 la sc\u00e8ne fran\u00e7aise ?<br \/>\n<strong>Lecture incertaine<\/strong><br \/>\nCe th\u00e9\u00e2tre est un mixte d\u2019exp\u00e9riences territorial-\u00e9ph\u00e9m\u00e8re-m\u00e9morial-individuel-collective-exp\u00e9rience-exp\u00e9rience-exp\u00e9rience. Je connais l\u2019\u0153uvre de Saramago. Je l\u2019ai lu dans sa langue originale. Il y avait un style singulier (et g\u00e9nial) de l\u2019\u00e9criture qui, s\u00fbrement, est perdu au moment de sa traduction pour le fran\u00e7ais. J\u2019\u00e9cris ici juste un point de vue&#8230; Quand on fait une adaptation d\u2019une oeuvre litt\u00e9raire pour le th\u00e9\u00e2tre, maintenir l\u2019essence de sa forme (c\u2019est-\u00e0-dire comment c\u2019est racont\u00e9 aux gens) est plus important que d\u2019\u00eatre fid\u00e8le au sch\u00e9ma narratif ou aux d\u00e9tails de son action&#8230;<br \/>\n<em>Vingt-trois morts d\u00e9j\u00e0 compt\u00e9s, et on ne sait pas combien on ira d\u00e9couvrir dessous les d\u00e9molitions, vingt-trois morts au moins, monsieur le ministre de l\u2019int\u00e9rieur, r\u00e9it\u00e9rait le premier-ministre en frappant avec sa main droite ouverte aux journaux ouverts sur la table, Les moyens de communication sont presque unanimes \u00e0 cr\u00e9diter l\u2019attentat \u00e0 certain groupe terroriste de relation avec la r\u00e9bellion des blancs, monsieur premier ministre, Tout d\u2019abord je vous demande, s\u2019il vous pla\u00eet, que vous ne prononciez plus en face de ma pr\u00e9sence le mot blanc, c&rsquo;est juste une question de bon go\u00fbt, rien de plus, en outre explique-moi la signification, de votre bouche, l\u2019expression presque unanime, Il signifie qu\u2019il y a deux exceptions, ces deux petits journaux qui n&rsquo;acceptent pas l\u2019explication qui a commenc\u00e9 \u00e0 circuler et qui exigent une profonde investigation, Int\u00e9ressant, Regarde, monsieur le premier ministre, \u00e0 propos de cela.<\/em>[[Traduction E.M. L\u2019original est : <em>Vinte e tr\u00eas mortos j\u00e1 contados, e n\u00e3o sabemos quantos ainda se ir\u00e3o descobrir  debaixo dos escombros, vinte e tr\u00eas mortos pelo menos, senhor ministro do  interior, repetia o primeiro-ministro batendo com a m\u00e3o direita espalmada nos  jornais abertos sobre a mesa, Os meios de comunica\u00e7\u00e3o social s\u00e3o praticamente  un\u00e2nimes em atribuir o atentado a algum grupo terrorista relacionado com a  insurrei\u00e7\u00e3o dos brancosos, senhor primeiro-ministro, Em primeiro lugar pe\u00e7o-lhe,  como um grande favor, que n\u00e3o volte a pronunciar na minha presen\u00e7a a palavra  brancoso, \u00e9 s\u00f3 por uma quest\u00e3o de bom gosto, nada mais, e em segundo lugar  explique-me o que significa, na sua boca, a express\u00e3o praticamente un\u00e2nimes,  Significa que h\u00e1 apenas duas excep\u00e7\u00f5es, estes dois pequenos jornais que n\u00e3o  aceitam a vers\u00e3o que come\u00e7ou a correr e exigem uma investiga\u00e7\u00e3o a fundo,  Interessante, Veja, senhor primeiro-ministro, a pergunta deste<\/em>.]] (p. 129)<br \/>\nDans ce cas, le rythme dynamique, l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 des discours, le d\u00e9sordre, l\u2019\u00e9tranget\u00e9, la simultan\u00e9it\u00e9 des \u00e9tats d\u2019\u00e9motion, tout cela constitue la colonne vert\u00e9brale de <em>La Lucidit\u00e9<\/em>. Sa g\u00e9nialit\u00e9 vient pr\u00e9cis\u00e9ment de d\u00e9velopper un sujet encore tr\u00e8s actuel d\u2019une mani\u00e8re critique, corrosive, anarchique. Son contenu et sa forme sont anarchiques. Par contre, dans la mise en sc\u00e8ne de Ma\u00eblle Po\u00e9sy, la forme est devenue conventionnelle, carr\u00e9e, sans fluidit\u00e9&#8230; <em>Ceux qui errent ne se trompent pas<\/em> ne permet pas l\u2019imagination. Tout ce qui est dit est montr\u00e9. Tout est donn\u00e9 m\u00e2ch\u00e9 au spectateur. Les personnages parlent de la pluie&#8230; Il pleut sur sc\u00e8ne. Ils parlent du reportage&#8230; Un reportage est montr\u00e9 sur sc\u00e8ne. Ils parlent de vote&#8230; Un bureau de vote est montr\u00e9. Ainsi que l\u2019ambiance du lieu des discussions du premier ministre, le moment de la d\u00e9claration officielle du gouvernement, les voix des manifestants, le d\u00e9cor, les costumes, etc., tout est litt\u00e9ralement copi\u00e9 sur sc\u00e8ne, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un spectacle r\u00e9aliste. Il y a des petits coups intentionnels d\u2019une exag\u00e9ration caricaturale des dirigeants du gouvernement, mais au lieu d\u2019\u00eatre int\u00e9ressant, cela devient manich\u00e9en. Dans une soci\u00e9t\u00e9 comme la n\u00f4tre, o\u00f9 toujours nous sommes envahis par des discours visuels et sonores, <em>Ceux qui errent&#8230;<\/em> se dilue en discours ras, puisque tous nous connaissons la nullit\u00e9 de notre syst\u00e8me politique-\u00e9conomique. France, Portugal, Br\u00e9sil&#8230; Le monde est li\u00e9 par ce projet n\u00e9olib\u00e9ral merdique.<br \/>\nEt Saramago est venu contre tout cela&#8230; Il est venu pour hurler en face de nos visages. Pour nous secouer. Pour qu\u2019on se souvienne qu\u2019\u00ab ils \u00bb (les politiques) sont minoritaires, et que la collectivit\u00e9 est la force. Il est dommage que le spectacle de Po\u00e9sy, en d\u00e9pit des com\u00e9diens r\u00e9guliers et de l\u2019initiative de discuter un tel sujet, se regardent en fait comme une esth\u00e9tique \u00ab moisie \u00bb qui ne dialogue pas avec l\u2019importance de son contenu.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em> <strong>Ceux qui errent ne se trompent pas<\/strong> <\/em>: <strong>Epidemia branca, Encena\u00e7\u00e3o sem cor<\/strong><br \/>\n<em>Uivemos, disse o c\u00e3o<\/em>. (Jos\u00e9 Saramago, ep\u00edgrafe em <em>Ensaio sobre a Lucidez<\/em>)<br \/>\nO \u00fanico pr\u00eamio Nobel de Literatura em l\u00edngua portuguesa, Jos\u00e9 Saramago, certa vez concedeu uma entrevista dizendo que \u201ctenho 81 anos e vou sair da merda deste mundo sem esperan\u00e7a\u201d. Ele pretendia que A Lucidez fosse como um uivo, porque \u201ctodos n\u00f3s devemos levantar a voz\u201d nesse \u201cmundo que \u00e9 p\u00e9ssimo\u201d.<br \/>\nPortanto uivemos. Todos. Sem cessar.<br \/>\nPS: Como a Pol\u00edtica \u00e9 a Arte Soberana que rege as rela\u00e7\u00f5es de todos os homens j\u00e1 que tudo o que denota escolhas \u00e9 resultado de uma determinada vis\u00e3o de mundo (A. Boal), e em virtude do homem, como ser hist\u00f3rico-social num mundo mut\u00e1vel (B. Brecht), na qual a arte pode e deve intervir na Hist\u00f3ria (R. Barthes)&#8230; Eu n\u00e3o posso deixar de fazer refer\u00eancia \u00e0 situa\u00e7\u00e3o pol\u00edtica de meus pa\u00eds&#8230; Eu s\u00f3 posso uivar: Fora, Temer!<br \/>\n<strong>As diferentes faces da cor branca<\/strong><br \/>\nPublicado pela primeira vez em 2004, <em>Ensaio sobre a Lucidez<\/em> se passa no mesmo pa\u00eds desconhecido de <em>Ensaio sobre a Cegueira<\/em>[[Trata-se sobre uma epidemia branca que assola um pa\u00eds, clara met\u00e1fora ao sistema neoliberal que temos vivido desde os anos 90. Toda a popula\u00e7\u00e3o est\u00e1 cega (uma cegueira de cor transparente leitosa), com exce\u00e7\u00e3o de uma \u00fanica mulher. Isso leva o pa\u00eds a viver tempos de barb\u00e1rie, de desespero, de caos social.]], de 1995. \u00c9 dia de elei\u00e7\u00f5es para o parlamento de todo o pa\u00eds. Os eleitores se sentem desanimados a exercerem seu direito de voto, visto que h\u00e1 uma forte tempestade que assola a capital, o voto \u00e9 facultativo e, principalmente, est\u00e3o todos cansados da mesmice dos candidatos. Os mes\u00e1rios das se\u00e7\u00f5es eleitorais est\u00e3o completamente apavorados ante a possibilidade de uma enorme absten\u00e7\u00e3o. No entanto, aproximadamente \u00e0s 16h, os cidad\u00e3os saem em massa para votar.<br \/>\nO inesperado acontece: 83% da popula\u00e7\u00e3o da capital vota em branco. O mesmo acontece no resto do pa\u00eds (mais de 70%). Aqui, os votos em branco representam um lampejo de vis\u00e3o ocasionada pela cegueira do livro anterior. As autoridades ficam alarmadas, e n\u00e3o sabem o que fazer perante tal demonstra\u00e7\u00e3o de descren\u00e7a no sistema pol\u00edtico.  Alegando que a popula\u00e7\u00e3o n\u00e3o sabe usufruir dos seus direitos (\u201cse os votos est\u00e3o a\u00ed \u00e9 para que fa\u00e7amos um uso prudente deles\u201d), e que essa enorme demonstra\u00e7\u00e3o \u00e9 na realidade uma amea\u00e7a ao sistema democr\u00e1tico, decidem por investigar quem s\u00e3o os \u201cl\u00edderes\u201d desse protesto. Entretanto, ningu\u00e9m assume que votou em branco, mesmo sob press\u00e3o das for\u00e7as policiais, at\u00e9 certo dia que, surpreendentemente, a massa de eleitores vai \u00e0s ruas de maneira pac\u00edfica. A partir desse momento, as autoridades decretam estado de s\u00edtio na capital, usam de todos os artif\u00edcios a fim de promover o caos social (como por exemplo, fazem explodir uma bomba na esta\u00e7\u00e3o de metr\u00f4 e acusam os brancosos, os eleitores que votaram em branco, de terem o feito), e transferem a capital do pa\u00eds para outra cidade. Na busca por um culpado pela massa de votos em branco, o governo esbarra na \u00fanica mulher a enxergar no <em>Ensaio sobre a Cegueira<\/em>, seu c\u00e3o, e um comiss\u00e1rio tomado pela lucidez branca. A partir da\u00ed, o romance se desenvolve num di\u00e1logo intratextual com o da <em>Cegueira<\/em>.<br \/>\nSegundo Saramago, a cegueira e a lucidez s\u00e3o de cor branca. As fronteiras s\u00e3o sutis&#8230;<br \/>\n[&#8230;] <em>o voto em branco \u00e9 uma manifesta\u00e7\u00e3o de cegueira t\u00e3o destrutiva como a outra. Ou de lucidez, disse o ministro da justi\u00e7a, Qu\u00ea, perguntou o ministro do interior, que julgou ter ouvido mal, Disse que o voto em branco poderia ser apreciado como uma manifesta\u00e7\u00e3o de lucidez por parte de quem o usou, Como se atreve, em pleno conselho do governo, a pronunciar tamanha barbaridade antidemocr\u00e1tica, deveria ter vergonha, nem parece ministro da justi\u00e7a, explodiu o da defesa.<\/em> (p. 172)<br \/>\nCom seu estilo peculiar de escrita, Saramago reinventou n\u00e3o s\u00f3 as tais normas de uma boa reda\u00e7\u00e3o como tamb\u00e9m recriou a pr\u00f3pria l\u00edngua portuguesa, onde as frases s\u00e3o marcadas principalmente por v\u00edrgulas (maneira de mostrar as interven\u00e7\u00f5es dos personagens e as pausas); do raro uso de pontos finais; de par\u00e1grafos longos; do emprego de mai\u00fascula no interior das frases; da utiliza\u00e7\u00e3o predominante do tempo presente; de di\u00e1logos diretos sem travess\u00e3o (misturando os discursos, isto \u00e9, discurso direto, indireto, mon\u00f3logo e indireto livre, e permitindo ao narrador de dialogar com um ou mais personagens); da simultaneidade entre tr\u00e1gico e c\u00f4mico. De maneira aparentemente desordenada, as frases possuem o ritmo pros\u00f3dico, de oralidade mais din\u00e2mica em geral. Isso gera uma zona interessante de ambiguidade e de estranheza.<br \/>\nDito isso, como transpor todo esse \u201cmar de subvers\u00e3o estil\u00edstica liter\u00e1ria\u201d da l\u00edngua portuguesa para uma cena francesa?!<br \/>\n<strong>Leitura question\u00e1vel<\/strong><br \/>\nTeatro \u00e9 um misto de experi\u00eancia territorial-ef\u00eamera-memorial-individual-coletiva-experi\u00eancia-experi\u00eancia-experi\u00eancia. Eu conhe\u00e7o a obra de Saramago. Eu a li no idioma original. Ele possui um estilo singular (e genial) de escrita que, evidentemente, se perde na sua tradu\u00e7\u00e3o para o franc\u00eas. O que escrevo aqui \u00e9 simplesmente um ponto de vista&#8230; Ao se fazer uma adapta\u00e7\u00e3o de uma obra liter\u00e1ria para o teatro, mais do que a narrativa em si, mais do que a fidelidade aos detalhes do enredo, o mais interessante \u00e9 manter de alguma maneira a ess\u00eancia da forma de como aquilo foi contado&#8230;<br \/>\n<em>Vinte e tr\u00eas mortos j\u00e1 contados, e n\u00e3o sabemos quantos ainda se ir\u00e3o descobrir  debaixo dos escombros, vinte e tr\u00eas mortos pelo menos, senhor ministro do  interior, repetia o primeiro-ministro batendo com a m\u00e3o direita espalmada nos  jornais abertos sobre a mesa, Os meios de comunica\u00e7\u00e3o social s\u00e3o praticamente  un\u00e2nimes em atribuir o atentado a algum grupo terrorista relacionado com a  insurrei\u00e7\u00e3o dos brancosos, senhor primeiro-ministro, Em primeiro lugar pe\u00e7o-lhe,  como um grande favor, que n\u00e3o volte a pronunciar na minha presen\u00e7a a palavra  brancoso, \u00e9 s\u00f3 por uma quest\u00e3o de bom gosto, nada mais, e em segundo lugar  explique-me o que significa, na sua boca, a express\u00e3o praticamente un\u00e2nimes,  Significa que h\u00e1 apenas duas excep\u00e7\u00f5es, estes dois pequenos jornais que n\u00e3o  aceitam a vers\u00e3o que come\u00e7ou a correr e exigem uma investiga\u00e7\u00e3o a fundo,  Interessante, Veja, senhor primeiro-ministro, a pergunta deste.<\/em> (p. 129)<br \/>\nNesse caso, o ritmo din\u00e2mico, a ambiguidade nos discursos, a desordem, a estranheza, a simultaneidade entre estados de emo\u00e7\u00e3o, tudo isso comp\u00f5e a espinha dorsal do <em>Ensaio sobre a Lucidez<\/em>. A sua genialidade reside justamente em abordar um tema ainda t\u00e3o atual, de maneira cr\u00edtica, corrosiva, an\u00e1rquica. O seu conte\u00fado e a sua forma s\u00e3o an\u00e1rquicos. J\u00e1 na encena\u00e7\u00e3o de Ma\u00eblle Po\u00e9sy, a forma tornou-se convencional, fechada, sem fluidez&#8230; <em>Ceux qui errent ne se trompent pas<\/em> n\u00e3o deixa espa\u00e7o para imagina\u00e7\u00e3o. Tudo o que \u00e9 dito \u00e9 mostrado tal como \u00e9. Tudo \u00e9 entregue mastigado para o espectador. Fala-se em chuva&#8230; Chove em cena. Fala-se em reportagem&#8230; Mostra-se uma reportagem sendo feita ao vivo. Fala-se em vota\u00e7\u00e3o&#8230; Mostram-se os mes\u00e1rios na se\u00e7\u00e3o eleitoral. Assim como a ambienta\u00e7\u00e3o do local de confabula\u00e7\u00f5es do primeiro-ministro, o momento do pronunciamento oficial do governo, as vozes dos manifestantes, o cen\u00e1rio, os figurinos, etc, tudo \u00e9 literalmente reproduzido em cena tal como um espet\u00e1culo realista. Em certos momentos, h\u00e1 pinceladas propositais de um exagero caricatural da equipe de pol\u00edticos, mas que em vez de ser interessante s\u00f3 torna o espet\u00e1culo manique\u00edsta.<br \/>\nNuma sociedade como a nossa, em que somos constantemente invadidos por discursos visuais e sonoros, <em>Ceux qui errent&#8230;<\/em> se dilui num discurso raso, afinal todos n\u00f3s estamos carecas de saber que esse nosso sistema pol\u00edtico-econ\u00f4mico est\u00e1 fadado ao fracasso. Fran\u00e7a, Portugal, Brasil&#8230; O mundo todo est\u00e1 interligado por esse projeto fedido de merda&#8230; E contra isso que Saramago veio&#8230; Veio para uivar na cara de todos. Para nos sacudir. Para nos lembrar que \u201celes\u201d s\u00e3o minoria, que a for\u00e7a est\u00e1 na coletividade. Pena que o espet\u00e1culo, apesar de um elenco coeso, apesar da iniciativa de discutir tal tema, possui uma est\u00e9tica embolorada que n\u00e3o dialoga com a import\u00e2ncia do seu conte\u00fado.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[\/Hurlons, dit le chien [[Traduction Evelise Mendes. L&rsquo;original est :Uivemos, disse o c\u00e3o. ]] (Jos\u00e9 Saramago, d\u2019apr\u00e8s La Lucidit\u00e9)\/] Le seul prix Nobel de litt\u00e9rature de langue portugaise, Jos\u00e9 Saramago, au cours d&rsquo;une interview a dit : \u00ab moi, j\u2019ai 81 ans et je vais quitter ce monde de merde sans espoir \u00bb.[[Traduction E.M. L\u2019original est : tenho 81 anos e vou sair da merda deste mundo sem esperan\u00e7a.]] Il voulait que La Lucidit\u00e9 soit un hurlement, car \u00ab tous<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1136,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1138","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1138","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1136"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1138"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}