


{"id":1165,"date":"2016-07-15T16:55:10","date_gmt":"2016-07-15T14:55:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1165"},"modified":"2016-07-15T16:55:10","modified_gmt":"2016-07-15T14:55:10","slug":"fc-bergman-en-pays-nod-ou-lillusoire-abri-du-monde","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/fc-bergman-en-pays-nod-ou-lillusoire-abri-du-monde\/","title":{"rendered":"FC Bergman en pays Nod, ou l\u2019illusoire abri du monde"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><center><i>Het Land Nod<\/i> (<i>Le pays Nod<\/i>),<br \/>\n<br \/>de FC Bergman,<br \/>\n<br \/>Parc des Expositions \u2013 Avignon 2016<br \/>\n<\/center><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1158\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160712_rdl_1714.jpg\" alt=\"160712_rdl_1714.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<small><strong>Collectif du monumental, le FC Bergman con\u00e7oit des spectacles o\u00f9 les rapports d\u2019\u00e9chelle sont l\u2019all\u00e9gorie du monde et des individus souvent \u00e9cras\u00e9s sous lui. S\u2019il a, par le pass\u00e9, recr\u00e9\u00e9 un village entier (<i>300 el w 50\u00a0el x 30 el<\/i>), c\u2019est ici l\u2019immense salle du <a href=\"http:\/\/www.kmska.<em>be\/fr\/\u00a0\u00bb>mus\u00e9e d\u2019Anvers<\/a><\/em> exposant les \u0153uvres de Rubens que le collectif a reconstitu\u00e9 sous la voute gigantesque du Palais des expositions d\u2019Avignon. Dans ce th\u00e9\u00e2tre visuel, sans parole ni fable, vont se succ\u00e9der images et corps qui traversent ce lieu pour lever autant de fables, autant de micro-all\u00e9gories qui convergent toutes pour faire de l\u2019espace du mus\u00e9e et de l\u2019art un refuge aux menaces du monde. Mais l&rsquo;art n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;abri de rien, ni du monde, ni du temps : en faire un refuge, c&rsquo;est risquer de l&rsquo;enfermer entre quatre murs et c\u00e9l\u00e9brer ses ruines. Et quand ces menaces sont mises \u00e0 ex\u00e9cution, ex\u00e9cutant l\u2019espace autant que le spectacle, on serait pourtant tent\u00e9 de penser que c\u2019est tant pis pour eux, et non tant pis pour le monde\u2026<br \/>\n<\/strong><\/small><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1159\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160712_rdl_1647.jpg\" alt=\"160712_rdl_1647.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong><sc><em>Du rapport d&rsquo;\u00e9chelle au regard de Dieu<\/em><\/sc><br \/>\n<\/strong><br \/>\nLes mus\u00e9es ont cela d\u2019aimable qu\u2019ils sont comme les corps ou les machines\u00a0: soumis au temps et \u00e0 la destruction. Quand le Mus\u00e9e des Beaux Arts annonce en 2015 qu\u2019il fermera pour <a href=\"http:\/\/www.hetnieuwemuseum.be\/en\/de-verbouwing\/\">r\u00e9novation<\/a> pendant dix ans, c\u2019est tout un espace intime et collectif qui se soustrait \u00e0 la vue. Pour beaucoup d\u2019habitants d\u2019Anvers, et pour le collectif FC Bergman qui vit dans cette ville et entretient une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec ce mus\u00e9e, l\u2019\u00e9motion est profonde. Lors d\u2019une visite dans les salles d\u00e9vast\u00e9es par le chantier, le collectif forme le projet autant que le d\u00e9sir de travailler sur ce lieu, dans ce lieu. Pour des raisons \u00e9videntes de s\u00e9curit\u00e9, ils ne pourront r\u00e9aliser le spectacle ici, alors c\u2019est en reconstituant \u00e0 l\u2019identique la salle des \u0153uvres de Rubens qu\u2019ils voudront interroger leur \u00e9motion. C\u2019est dans ce d\u00e9placement que l\u2019all\u00e9gorie prend toute sa <i> dimension<\/i>.<br \/>\nQuand on p\u00e9n\u00e8tre dans la salle du Palais des expositions d\u2019Avignon, la vo\u00fbte cath\u00e9drale para\u00eet d\u2019autant plus gigantesque que tout est vide \u2013 et rend la reconstitution du Mus\u00e9e au centre du Palais presque minuscule\u00a0: elle est pourtant immense. C\u2019est tout ce rapport d\u2019\u00e9chelle que travaille le FC Bergman, o\u00f9 le petit et le grand se toisent pour raconter la m\u00e9lancolie m\u00e9taphysique d\u2019une situation\u00a0: la place des hommes dans ce qui les entourent les remet \u00e0 leur place, litt\u00e9ralement, infime et d\u00e9risoire. Mais c\u2019est sans cynisme aucun que le collectif \u0153uvre \u00e0 cette mise en situation\u00a0: au contraire.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1160\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160712_rdl_1667.jpg\" alt=\"160712_rdl_1667.jpg\" align=\"center\" width=\"409\" height=\"613\" \/><br \/>\nLe contraire tient pr\u00e9cis\u00e9ment dans les jeux de mise en regard dispos\u00e9s \u00e0 travers la sc\u00e9nographie qui tient lieu de spectacle. Et ce contraire du cynisme rel\u00e8ve du sacr\u00e9 \u2013 voire du religieux \u2013 qui soutient cet \u00e9difice plastique et intellectuel. Car lorsque nous p\u00e9n\u00e9trons dans cette salle aux murs nus, \u00e0 l\u2019os, fragiles, corps de mourant, une toile reste encore \u00e0 \u00f4ter\u00a0: cette toile, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/5\/59\/Peter_Paul_Rubens_069.jpg\">le coup de lance<\/a>\u00a0\u00bb (un christ en croix qu\u2019on ach\u00e8ve \u2014 \u00e0 tout le moins provisoirement) est trop grande pour passer les murs du mus\u00e9e. C\u2019est la premi\u00e8re all\u00e9gorie. Son sens est transparent. L\u2019art est ce qui dure et r\u00e9siste au temps ; le corps du Mus\u00e9e est celui d&rsquo;un Christ appel\u00e9 \u00e0 ressusciter ; la lance qu&rsquo;on plonge dans son ventre ne l&rsquo;atteint qu&rsquo;en apparence. Et l&rsquo;impossibilit\u00e9 de faire sortir la toile du mus\u00e9e fait signe vers une autre all\u00e9gorie : c\u2019est le monde qui est b\u00e2ti autour de l\u2019\u0153uvre, et non l&rsquo;\u0153uvre qui est lev\u00e9e dans le monde\u00a0: les ruines qui l\u2019entourent ne la concernent pas.<br \/>\nDurant tout le spectacle, le conservateur du Mus\u00e9e en fera une affaire personnelle\u00a0: il s\u2019\u00e9chinera comme un diable pour faire sortir cette toile, jusqu\u2019\u00e0 la folie. Sous les yeux du Christ qui sans doute m\u00e2chonnera sa phrase impeccable (\u00e0 laquelle semble r\u00e9pondre le spectacle : pardonne-nous, on ne sait pas ce qu\u2019on fait), des types passeront tous plus ahuris les uns que les autres dessinant en chair et en os une galerie de portraits r\u00e9jouissante. Il y a l\u2019homme qui se d\u00e9shabillera et contemplera nu le chef d\u2019\u0153uvre\u00a0; la jeune fille qui pissera d\u2019\u00e9motions devant la toile\u00a0; celui qui est charg\u00e9 d\u2019en mesurer les dimensions et restera suspendu par la manche au cadre\u00a0; deux touristes asiatiques qui se prendront en photo devant l\u2019\u0153uvre sans un regard pour elle\u00a0; trois visiteurs droit sortis de la sc\u00e8ne magistrale de <em>Bande \u00e0 part<\/em> qui visiteront le mus\u00e9e en courant\u00a0;<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"480\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/FM6igESrqMk\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br \/>\net les gardiens de mus\u00e9e, d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s devant leur t\u00e2che \u2013 qu\u2019est-ce que garder des \u0153uvres qui ne sont plus l\u00e0\u00a0? \u2013, mais qui, comme tous dignes fonctionnaires, fonctionneront.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1161\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160712_rdl_1567.jpg\" alt=\"160712_rdl_1567.jpg\" align=\"center\" width=\"409\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong><sc><em>\u00c0 l&rsquo;Est d&rsquo;Eden, le Pays de Ca\u00efn est le n\u00f4tre<\/em><\/sc><br \/>\n<\/strong><br \/>\nOn pourrait bien s\u00fbr regarder cela comme un spectacle qui amuserait la galerie (nous). On rit d\u2019ailleurs beaucoup. L\u2019efficacit\u00e9 est pr\u00e9cise, m\u00e9canique plaqu\u00e9e sur du vivant, savoir-faire d\u2019une intelligence d\u2019ing\u00e9nieur. Et puis, le spectacle, qui pr\u00e9tend ne pas raconter, refusant le dramatique autant que l\u2019\u00e9pique pour un comique cousu main, finit cependant par rejoindre un tragique de moins en moins secret, qui laisse perplexe.<br \/>\nCar ce que raconte la succession d\u2019images d\u00e9ploy\u00e9es avec brio \u2013 par exemple, l\u2019envahissement de serviettes de plages o\u00f9 deux individus mimeront gracieusement, dans une impeccable simultan\u00e9it\u00e9, des mouvements de nage \u2013, c\u2019est la menace toujours plus pr\u00e9cise et agressive du monde. Comme si le monde \u00e9tait de trop. Alors cette salle de Mus\u00e9e, dans sa cl\u00f4ture parfaite, se laisse voir bien autrement que comme un espace ludique, et devient l\u2019all\u00e9gorie des all\u00e9gories, celle d\u2019un certain rapport au monde qui finit par glacer. Ainsi ce dedans qui trouve sens et gr\u00e2ce dans son absolue imperm\u00e9abilit\u00e9 est menac\u00e9 par un dehors peupl\u00e9 d\u2019humains forc\u00e9ment irrespectueux et un peu vulgaires, toujours intrus, irr\u00e9m\u00e9diablement pas <em>\u00e0 la hauteur du lieu<\/em>, de ses dimensions comme de sa puissance. Les hommes, ces salauds \u2013 semble nous dire le spectacle \u2013, finissent par ravager ce qui \u00e9tait cens\u00e9 demeur\u00e9 pur et sacr\u00e9\u00a0: comme si elle n\u2019\u00e9tait pas issue de la main d\u2019hommes aussi, cette beaut\u00e9 de toiles. Devant le respect du collectif face \u00e0 cette culture entre quatre murs qu\u2019il faut \u00e0 tout prix laisser intacte \u2013\u00a0au risque de l&rsquo;enterrer entre quatre planches, bien lov\u00e9 dans son odeur renferm\u00e9e \u2013, on songe \u00e0 Genet et <i>Ce qui est rest\u00e9 d\u2019un Rembrandt d\u00e9chir\u00e9 en petits carr\u00e9s bien r\u00e9guliers, et foutu aux chiottes<\/i> \u2013 et on tremble, un peu.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1162\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160712_rdl_1654.jpg\" alt=\"160712_rdl_1654.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\nAlors, on se penche sur le titre du spectacle, et on comprend davantage nos tremblements\u00a0: <em>Het Land Nod<\/em>, c\u2019est dans la belle langue d\u2019Anvers <em>Le Pays de Nod<\/em>. On ouvre la Bible, Gen\u00e8se\u00a04. 16\u00a0:<br \/>\n<quote> Puis, Ca\u00efn s\u2019\u00e9loigna de la face de l\u2019\u00c9ternel, et habita dans la terre de Nod, \u00e0 l\u2019est d\u2019\u00c9den.<\/quote><br \/>\nL\u2019Est d\u2019Eden [[Titre du film biblique d\u2019Elia Kazan, o\u00f9 James Dean \u2013 Cal \u2013, jouait le r\u00f4le d\u2019un Ca\u00efn du Far West\u2026]], c\u2019est ce pays o\u00f9 est exil\u00e9 Ca\u00efn apr\u00e8s le meurtre de son fr\u00e8re, Abel. Pays de la culpabilit\u00e9 et de la faute, de la condamnation et de la violence \u2013 de l\u2019errance et du d\u00e9s\u0153uvrement \u2013\u00a0: ce pays est le n\u00f4tre, dit le spectacle, et le Mus\u00e9e est son contraire, espace de l\u2019\u0153uvre, pr\u00e9serv\u00e9 des fatras du monde, pur et innocent, mais entour\u00e9 par le Pays de Nod et menac\u00e9 par lui. C\u2019est toute une conception de l\u2019Art\u00a0qui se dresse : un dedans arrach\u00e9 au temps et \u00e0 l\u2019Histoire, un abri, un refuge o\u00f9 se consoler des laideurs du monde, un territoire o\u00f9 l\u2019Esprit se trouve pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles sous les formes de la beaut\u00e9 \u2013 image de Dieu. Dans la d\u00e9chirure du sacr\u00e9 et du profane \u2013 litt\u00e9ralement, ce qui se trouve en <em>dehors<\/em> du temple \u2013, le monde est toujours ce qui risque de faire effraction et de tout d\u00e9truire. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui se produit ici. En voulant faire sortir la toile, le conservateur finit par dynamiter la porte trop petite, mais la charge \u00e9tait trop forte (rapport d\u2019\u00e9chelle, encore, que l\u2019homme mesure si mal\u2026) et c\u2019est tout l\u2019\u00e9difice ou presque qui s\u2019\u00e9croule. Reste la toile sur laquelle vient se poser une douce lumi\u00e8re du dehors, rayon de l\u2019Esprit sans doute\u00a0?<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1163\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160712_rdl_1657.jpg\" alt=\"160712_rdl_1657.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong><sc><em>L&rsquo;Art entre quatre murs ou entre quatre planches ? \u00c9loge du dehors<\/em><\/sc><br \/>\n<\/strong><br \/>\nAu c\u0153ur de cette d\u00e9chirure, cette conception de l\u2019art d\u00e9fendue par le FC Bergman a ses partisans\u00a0: ils la per\u00e7oivent comme refuge loin du monde et ses menaces (on entend \u00e0 intervalles r\u00e9guliers des bruits de bombardements, souvenir des ann\u00e9es de guerre o\u00f9 le Mus\u00e9e d\u2019Anvers fut \u00e9ventr\u00e9 par les bombes alli\u00e9es). La m\u00e9lancolie du spectacle r\u00e9side en ce qu&rsquo;il prend le risque de ce qui le menace. Mais il conserve jusqu\u2019au bout cette foi dans la n\u00e9cessaire <em>pr\u00e9servation<\/em> de l\u2019\u0153uvre contre le monde. C\u2019est un scrupule qui peut avoir sa noblesse, partag\u00e9 par les gardiens de zoos ou les collectionneurs de timbres. Mais il faut bien l&rsquo;admettre : entre nous et l\u2019injonction de la pr\u00e9servation, il y aura toujours la Police.<br \/>\nOn est en droit d\u2019incliner vers d\u2019autres mani\u00e8res, plus f\u00e9condes, d\u2019\u00e9prouver la beaut\u00e9, qui passent aussi par la d\u00e9gradation ou le saccage, les f\u00e9rocit\u00e9s, la dynamite et les chiottes.<br \/>\nMe revient les phrases qui ouvrent <em>Le Th\u00e9\u00e2tre et son double<\/em>, puissant contrepoison \u00e0 cette pens\u00e9e de l&rsquo;art pourrissant dans la tombe qui le pr\u00e9servera intact de nous : pages o\u00f9 Artaud d\u00e9plore un temps o\u00f9 l\u2019on a s\u00e9par\u00e9 l\u2019Art et la Vie, pour fabriquer (de) la Culture qui ne sert qu\u2019\u00e0 contr\u00f4ler et r\u00e9genter la vie [[Ces phrases, je les retrouve en rentrant\u00a0: les voici\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais, quand c\u2019est la vie elle-m\u00eame qui s\u2019en va, on n\u2019a autant parl\u00e9 de civilisation et de culture. Et il y a un \u00e9trange parall\u00e9lisme entre cet effondrement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de la vie qui est \u00e0 la base de la d\u00e9moralisation actuelle et le souci d\u2019une culture qui n\u2019a jamais co\u00efncid\u00e9 avec la vie, et qui est faite pour r\u00e9genter la vie. Avant d\u2019en revenir \u00e0 la culture, je consid\u00e8re que le monde a faim, et qu\u2019il ne se soucie pas de la culture\u00a0; et que c\u2019est artificiellement que l\u2019on veut ramener vers la culture des pens\u00e9es qui ne sont tourn\u00e9es que vers la faim. Le plus urgent ne me para\u00eet pas tant de d\u00e9fendre une culture dont l\u2019existence n\u2019a jamais sauv\u00e9 un homme du souci de mieux vivre et d\u2019avoir faim, que d\u2019extraire de ce que l\u2019on appelle la culture, des id\u00e9es dont la force vivante est identique \u00e0 celle de la faim.\u00a0\u00bb]]. Un temps qui se pense supr\u00eamement sup\u00e9rieur parce qu\u2019il produit de la conservation. \u00c0 cet \u00e9gard, il suffit de voir les lettres de cadrage de nos ministres de la <em>culture<\/em> (et de la communication) charg\u00e9s le plus souvent du <em>patrimoine<\/em>. Quand on pense le monde comme \u00ab\u00a0des sanctuaires \u00e0 l\u2019abri des tourments du monde\u00a0\u00bb [[Propos du FC Bergman recueilli dans le livret du spectacle \u2014 \u00e0 quoi il est ajout\u00e9 que cette pens\u00e9e est une fiction, mais une fiction \u00ab\u00a0\u00e0 laquelle nous sommes attach\u00e9s\u00a0\u00bb.]], il est juste et heureux que parfois le monde revienne comme un appel de flamme et fasse son \u0153uvre\u00a0: reprenne son d\u00fb. \u00ab\u00a0On peut br\u00fbler la biblioth\u00e8que d\u2019Alexandrie, r\u00eavait Artaud. Au-dessus et en dehors des papyrus, il y a des forces. On nous enl\u00e8vera pour quelque temps, la facult\u00e9 de retrouver ces forces, on ne supprimera pas leur \u00e9nergie\u00a0\u00bb.<br \/>\nBien s\u00fbr, on pense avec terreur et d\u00e9pit aux d\u00e9sastres de <a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/340539\/culture\/rencontres-darles-don-mccullin-photographiait-palmyre-paix\/\">Palmyre<\/a>, aux pyramides \u00e9gyptiennes englouties sous les barrages, aux statues ancestrales pr\u00e8s du site d\u2019Angkor, dont les t\u00eates en pierre manquent parce qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9es <i>aux sabres<\/i> par les soldats Khmers Rouges [[Je pense souvent \u00e0 cette r\u00e9v\u00e9rence ridicule et digne des soldats qui ont accord\u00e9 aux statues sacr\u00e9es le privil\u00e8ge d\u2019une mise \u00e0 mort royale]], bien s\u00fbr, et on sait combien pr\u00e9cieuses sont ces salles de mus\u00e9e o\u00f9 r\u00e9sident les forces, mais pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elles ne sont pas indiff\u00e9rentes au sort du monde, et qu\u2019elles d\u00e9signent les appels o\u00f9 dehors nous pourrons transformer le monde[[Souvenir du spectral <i>R\u00eaves d&rsquo;Automne<\/i> de Jon Fosse mont\u00e9 par Ch\u00e9reau dans les salles du Mus\u00e9e du Louvre \u2013\u00a0dialectique puissante du dehors et du dedans, du cimeti\u00e8re dans lequel on lit les noms grav\u00e9s sur les tombes : et qui sont les peintres des tableaux.]]. Bataille d\u00e9finissait le silence comme cette \u00ab\u00a0expression voulant qu\u2019\u00e0 la fin la litt\u00e9rature fasse du langage cette fa\u00e7ade \u00e9chevel\u00e9e par le vent et trou\u00e9e, qui a l\u2019autorit\u00e9 des ruines\u00a0\u00bb. Devant les ruines finales et silencieuses du spectacle du FC Bergman, et alors qu\u2019on s\u2019appr\u00eate \u00e0 rejoindre en bus non climatis\u00e9 le pays de Nod et ses Ca\u00efn, nos fr\u00e8res en humanit\u00e9, il faudrait \u00eatre compatissants pour les ruines\u00a0? Que Dieu me pardonne, nous ne voulons ni de son pardon, ni de la beaut\u00e9 de ses \u0153uvres\u00a0: seulement des forces qui rendront ce dehors habitable et possible au pr\u00e9sent.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1164\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160712_rdl_1685.jpg\" alt=\"160712_rdl_1685.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Het Land Nod (Le pays Nod), de FC Bergman, Parc des Expositions \u2013 Avignon 2016 Collectif du monumental, le FC Bergman con\u00e7oit des spectacles o\u00f9 les rapports d\u2019\u00e9chelle sont l\u2019all\u00e9gorie du monde et des individus souvent \u00e9cras\u00e9s sous lui. S\u2019il a, par le pass\u00e9, recr\u00e9\u00e9 un village entier (300 el w 50\u00a0el x 30 el), c\u2019est ici l\u2019immense salle du<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1158,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1165","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1165","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1158"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1165"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1165"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}