


{"id":1168,"date":"2016-07-16T16:09:42","date_gmt":"2016-07-16T14:09:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1168"},"modified":"2016-07-16T16:09:42","modified_gmt":"2016-07-16T14:09:42","slug":"20-november-sebastien-le-cabosse","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/20-november-sebastien-le-cabosse\/","title":{"rendered":"20 november\u2026 S\u00e9bastien le caboss\u00e9\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>Dans un monologue sans relief, sur le plateau de la salle Benoit XII, Sofia Jupither met en sc\u00e8ne <em>20 November<\/em> de Lars Noren. Un texte qui d\u00e9veloppe les coulisses de l\u2019ultime moment o\u00f9 un type de 19 ans va se suicider juste apr\u00e8s avoir \u00ab arros\u00e9 \u00bb son lyc\u00e9e. Jeu uniforme et plat que le com\u00e9dien en service command\u00e9 pour ce <em>20 November<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1166\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton428.png\" width=\"150\" height=\"151\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1167\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/20november__c_dr_1840x1227-2.jpg\" alt=\"20november__c_dr_1840x1227-2.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\nPresque immuablement revient au 325\u00e8me jour de l\u2019ann\u00e9e, \u00e0 la 46\u00e8me semaine\u2026 le 20 novembre. Date aussi anonyme que les autres, sauf \u00e0 la distinguer par la f\u00eate d\u2019un Saint (Edmond) ou une loi. \u00ab Rien n\u2019est plus important que de b\u00e2tir un monde dans lequel tous nos enfants auront la possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser pleinement leur potentiel et de grandir en bonne sant\u00e9, dans la paix et dans la dignit\u00e9 \u00bb disait Kofi A. Annan, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Organisation des Nations Unies, lors de la ratification de la Convention Internationale des Droits de l&rsquo;Enfant (un texte de 54 articles), adopt\u00e9e par les Nations Unies le 20 novembre 1989. Texte rejet\u00e9 par deux Etats (la Somalie et les Etats-Unis) sur 193. Texte et loi, vot\u00e9s le 9 avril 1996 par le Parlement fran\u00e7ais qui a d\u00e9cid\u00e9 de faire du 20 novembre \u00ab la journ\u00e9e Mondiale de d\u00e9fense et de promotion des droits de l&rsquo;enfant \u00bb.<br \/>\nSi Lars Noren a peut-\u00eatre cette histoire du droit international en t\u00eate lorsqu\u2019il \u00e9crit <em>20 November<\/em> ; il la m\u00eale \u00e0 celle de Sebastian Bosse, 18 ans \u2013 lequel n\u2019a peut-\u00eatre pas choisi ce jour par hasard \u2013 alors que le jeune gar\u00e7on, \u00e0 Emsdetten, petite ville d\u2019Allemagne, d\u00e9cide de se suicider apr\u00e8s avoir mitraill\u00e9 les membres de la communaut\u00e9 de son lyc\u00e9e sans faire de victime.<br \/>\n<strong>Du Fait Divers<\/strong><br \/>\nToute une tradition th\u00e9\u00e2trale, du th\u00e9\u00e2tre historique en passant par le th\u00e9\u00e2tre documentaire, jusqu\u2019aux \u00e9critures du r\u00e9el\u2026 n\u2019a de cesse de se saisir du \u00ab fait divers \u00bb comme \u00e9l\u00e9ment et dynamisant dramaturgique. Mani\u00e8re d\u2019augmenter l\u2019effet de r\u00e9el ou de diminuer l\u2019\u00e9cart qui s\u00e9pare le th\u00e9\u00e2tre de la vie, de ses r\u00e9alit\u00e9s complexes. Chez Lars Noren, entre autres, il en rappelle les raisons :<br \/>\n<quote>\u00ab Je m\u2019ennuie tellement au th\u00e9\u00e2tre, en le regardant. J\u2019essaie de prendre le langage dans la rue, ces choses que l\u2019on ne voit pas normalement au th\u00e9\u00e2tre. Je veux casser le mur entre le th\u00e9\u00e2tre et le monde parce qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre vous pouvez trouver des solutions aux probl\u00e8mes sociaux [\u2026] La r\u00e9alit\u00e9 de la sc\u00e8ne peut \u00eatre aussi intense qu\u2019une s\u00e9ance de psychanalyse. Sur sc\u00e8ne, vous pouvez cr\u00e9er une catharsis, une intense v\u00e9rit\u00e9. Mais cela ne veut rien dire si cela ne donne pas au public le sentiment que l\u2019on peut changer sa mani\u00e8re de vivre. Si vous parvenez \u00e0 \u00ab un vrai th\u00e9\u00e2tre intense \u00bb, vous pouvez donner au public des outils pour changer, parce qu\u2019on voit de vraies personnes jouer et exprimer ses propres traumatismes ou ses propres d\u00e9sirs. Vous devez prendre le public par la main et le faire monter sur sc\u00e8ne, le faire participer \u00e0 la pi\u00e8ce. Je dis toujours \u00e0 mes acteurs de sortir et de regarder les gens dans la rue, dans les bus, dans le train. \u00bb.<\/quote><br \/>\n Et ailleurs, Noren ajoute :<br \/>\n<quote>\u00ab le public et les acteurs doivent respirer ensemble, \u00e9couter ensemble. Dire les choses en m\u00eame temps. Je pr\u00e9f\u00e8re un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 le public se penche en avant pour \u00e9couter \u00e0 celui qui se penche en arri\u00e8re parce que c\u2019est trop fort \u00bb. <\/quote><br \/>\nPropos chez Noren qui conforte l\u2019id\u00e9e, comme il le mart\u00e8le lui-m\u00eame, qu\u2019il est \u00ab sur le chemin d\u2019un th\u00e9\u00e2tre sociologique \u00bb, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019environnement social n\u2019est pas \u00e9tranger aux probl\u00e9matiques individuelles. L\u00e0 o\u00f9 les d\u00e9tails de la vie socialis\u00e9e et publique forment comme l\u2019arri\u00e8re-salle ou l\u2019antichambre conscient et\/ou inconscient de la vie priv\u00e9e de l\u2019\u00eatre.<br \/>\nNorens, dans la lign\u00e9e d\u2019Ibsen et de Strindberg (on lui pr\u00eate cette parent\u00e9) s\u2019inscrit dans la topique du \u00ab Th\u00e9\u00e2tre Intime \u00bb qu\u2019il ne s\u00e9pare pas de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 du jeu social comme la th\u00e9orisait Jean Duvignaud. D\u2019une certaine mani\u00e8re, les fronti\u00e8res entre les espaces de ritualisation du champ social et les conventions des territoires artistiques s\u2019entrem\u00ealent, s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent. Ainsi, dans l\u2019espace dialectique ouvert entre \u00ab vie sociale \u00bb et \u00ab existence priv\u00e9e \u00bb qui forment la communaut\u00e9, Noren observe, \u00e0 des \u00e9chelles variables, la mani\u00e8re dont la compl\u00e9mentarit\u00e9 ind\u00e9passable de ces deux sph\u00e8res produit des d\u00e9s\u00e9quilibres et des situations de crise qui rel\u00e8vent, soit de l\u2019absorption du sujet par la soci\u00e9t\u00e9, soit de l\u2019exclusion de celui-ci par le fonctionnement social.<br \/>\nC\u2019est \u00e0 cet endroit d\u2019intersection que se forme la tension dramatique et que l\u2019\u00e9criture de Noren, in fine, se regarde comme un travail d\u2019auteur qui rend compte, via les motifs dont il se saisit pour organiser \u00ab ses \u00bb personnages, d\u2019une \u00ab \u00e9criture de soi \u00bb. Marginalisation, fragilisation, disparition, r\u00e9sistance, autod\u00e9fense\u2026 du sujet valent alors pour l\u2019un des motifs r\u00e9currents de son \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale qui autopsie les modes de d\u00e9s\u00e9quilibre inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019inscription du sujet dans la soci\u00e9t\u00e9. Dans des p\u00e9rim\u00e8tres aussi diff\u00e9rents que la famille, la rue, le champ de bataille, etc. c\u2019est cela qui est \u00ab observ\u00e9 \u00bb et \u00ab remodel\u00e9 \u00bb dans l\u2019\u00e9criture dramatique.<br \/>\n<strong>Les bosses de Sebastien<\/strong><br \/>\n<center><iframe loading=\"lazy\" width=\"480\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/83lxrvgkq60\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/center><br \/>\nA partir du journal de S\u00e9bastien Bosse, travaillant sur l\u2019histoire vraie de ce jeune allemand de 18 ans qui organise un raid contre son lyc\u00e9e afin de d\u00e9truire ce qui l\u2019a priv\u00e9 de la repr\u00e9sentation qu\u2019il avait de lui-m\u00eame, Lars Noren donne \u00e0 entendre les m\u00e9andres d\u2019un esprit r\u00e9volt\u00e9 et vengeur. Loin de figurer un coureur de Amok, les mobiles du crime \u00e0 venir sont ainsi fond\u00e9s par une critique radicale de tout ce qui concerne la vie sociale : l\u2019int\u00e9gration, la reconnaissance, l\u2019appartenance\u2026 Au revers de laquelle figurent aussi l\u2019exclusion, le m\u00e9pris, la jalousie,  la reconnaissance, le m\u00e9pris\u2026 Dans cet ensemble, c\u2019est le d\u00e9s\u00e9quilibre du jeune homme qui vient \u00e0 \u00eatre expos\u00e9, lui qui s\u2019estime en droit d\u2019avoir mieux et qui revendique un droit d\u2019arbitrage. La violence du texte de Noren est radicale, met en perspective une violence contre soi autant que dirig\u00e9e vers les autres. Et le seul com\u00e9dien sur sc\u00e8ne, David Fukamachi Regnfors en rend partiellement la vitalit\u00e9. C\u2019est par la d\u00e9termination que cette violence parvient, la plupart du temps de mani\u00e8re \u00ab froide \u00bb, et parfois nourrie de quelques \u00e9carts quand il s\u2019adresse \u00e0 la salle qui devient le t\u00e9moin actif de son deuil. Deuil d\u2019une vie, deuil de l\u2019espoir, deuil de l\u2019avenir\u2026 Bosse le caboss\u00e9 a, chevill\u00e9 au corps et \u00e0 l\u2019esprit, l\u2019id\u00e9e que ce monde \u00e0 qu\u2019il doit ses \u00ab mis\u00e8res \u00bb, ses infamies, ses injustices\u2026 doit payer le prix fort de la maltraitance. \u00c7a sera un feu d\u2019artifice au sein de l\u2019\u00e9cole : le lieu de la fabrication des in\u00e9galit\u00e9s, la gare de triage entre le bon et le mauvais, la cour de r\u00e9cr\u00e9ation des petites ignominies, le terrain de jeu des conflits larv\u00e9s\u2026<br \/>\nBosse fera la f\u00eate \u00e0 tous\u2026<br \/>\n<center><iframe loading=\"lazy\" width=\"480\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/I1rTbtqj2j4\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/center><br \/>\n<strong>Sc\u00e8ne et net.<\/strong><br \/>\nSur le plateau, devant sa webcam ramen\u00e9e ici \u00e0 un mat\u00e9riel vid\u00e9o, l\u2019acteur s\u2019enregistre de profile. Son image, capt\u00e9e est renvoy\u00e9e sur un \u00e9cran : un mur en arri\u00e8re-fond. Mur identique \u00e0 celui de <em>Tigern<\/em> qui sugg\u00e8re un lien de cause \u00e0 effet entre les deux spectacles, o\u00f9 si <em>Tigern<\/em> mettait en avant des \u00ab adultes \u00bb d\u00e9glingu\u00e9s pscyhologiquement, dans <em>20 november<\/em> et l\u2019histoire de Sebastien Bosse, ce sont les enfants qui sont victimes de l\u2019\u00e9chec de leurs parents. Enfin, on peut le lire comme \u00e7a.<br \/>\nDans <em>20 november<\/em>, on assiste alors \u00e0 une succession de gros plans sur le regard, le rictus, la bouche qui accable le monde.<br \/>\nC\u2019est l\u2019unique principe de jeu qu\u2019a mis en place Sofia Jupither. Et l\u2019on comprend que si au th\u00e9\u00e2tre la vid\u00e9o est un constituant de ce que l\u2019on nomme l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9, ici c\u2019est aussi la trace arch\u00e9ologique d\u2019un travail documentaire puisque Bosse se \u00ab postait \u00bb sur le net. Genre \u00ab Selfie \u00bb testamentaire et posthume en quelque sorte.<br \/>\nSur la plateau vide, dans une chor\u00e9graphie de \u00ab fauve \u00bb qui tourne en rond comme dans une cage, ce qu\u2019il filme rel\u00e8ve de l\u2019intimit\u00e9 et du proc\u00e8s. C\u2019est un r\u00e9quisitoire o\u00f9 lui se voit comme un ange, quand il est un ange noir (petit image fixe balanc\u00e9e \u00e0 mi parcours de la pi\u00e8ce qui dure 1H15).<br \/>\nReste que Sofia Jupither, dirigeant son acteur, en fait une menace que l\u2019\u00e9poque a t\u00f4t fait de renvoyer \u00e0 une forme de terrorisme. Qu\u2019elle l\u2019inscrit dans une gravit\u00e9 dont l\u2019acteur ne se d\u00e9part pas. Soit, mais comment dire\u2026 que faire alors du v\u0153u de Lars Noren qui souhaite que son th\u00e9\u00e2tre puisse \u00eatre con\u00e7u comme un espace l\u00e9ger. Et comment faire de <em>20 November<\/em> quelque chose qui nous rappellerait qu\u2019une \u00ab trag\u00e9die n\u2019est jamais qu\u2019une com\u00e9die vue de dos \u00bb comme l\u2019\u00e9crivait Muller.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un monologue sans relief, sur le plateau de la salle Benoit XII, Sofia Jupither met en sc\u00e8ne 20 November de Lars Noren. Un texte qui d\u00e9veloppe les coulisses de l\u2019ultime moment o\u00f9 un type de 19 ans va se suicider juste apr\u00e8s avoir \u00ab arros\u00e9 \u00bb son lyc\u00e9e. Jeu uniforme et plat que le com\u00e9dien en service command\u00e9 pour ce 20 November. Presque immuablement revient au 325\u00e8me jour de l\u2019ann\u00e9e, \u00e0 la 46\u00e8me semaine\u2026 le 20 novembre. Date aussi<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1166,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1168","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1166"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}