


{"id":1178,"date":"2016-07-17T23:14:52","date_gmt":"2016-07-17T21:14:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1178"},"modified":"2016-07-17T23:14:52","modified_gmt":"2016-07-17T21:14:52","slug":"un-mur-se-meut-hallucinations-balivernes-et-puis","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/un-mur-se-meut-hallucinations-balivernes-et-puis\/","title":{"rendered":"Un mur se meut \u2013 hallucinations, balivernes et puis\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Aur\u00e9lien Bory pr\u00e9sente du 15 au 23 juillet \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Grand Avignon, <em>Espaece<\/em>, pi\u00e8ce de chor\u00e9graphie sc\u00e9nographique inspir\u00e9e du livre de Georges Perec <em>Esp\u00e8ces d\u2019espaces<\/em>. Une heure de variations et de transformations d\u2019espaces avec cinq com\u00e9diens-chanteurs-acrobates-danseurs muets devant ce spectacle qui les d\u00e9passent. Comment l\u2019habiter\u00a0? <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1174\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton431.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1175\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160715_rdl_0866.jpg\" alt=\"160715_rdl_0866.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\nPlateau nu. \u00c0 premi\u00e8re vue. Aussi \u00e0 la deuxi\u00e8me.<br \/>\nApr\u00e8s avoir re\u00e7u quelques ordres des phrases qui \u00e9taient projet\u00e9es au dessus de leurs t\u00eates, les cinq figures au fond \u00e9crivent une phrase en d\u00e9formant chaque livre, qu\u2019ils tiennent en main, en une lettre. Proc\u00e9dure quelque part un peu trop laborieuse pour celui (ou celle, le masculin sera ici utilis\u00e9 uniquement pour la facilit\u00e9 de la lecture) qui a lu la pr\u00e9sentation et conna\u00eet donc d\u00e9j\u00e0 la phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Vivre, c\u2019est passer d\u2019un espace \u00e0 un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner.\u00a0\u00bb Mais elle a la malice de faire du livre m\u00eame le moyen d\u2019\u00e9criture. Qu\u2019est-ce que cela veut dire\u00a0?<br \/>\nTrois perches descendent et servent de balan\u00e7oires sur lesquels trois danseurs avancent tels des figurines avec des positions fixes et identiques. Un mouvement s\u00e9quentiel &#8211; apparemment cher \u00e0 Aur\u00e9lien Bory (v. <em>Azimut<\/em>) &#8211; qui dans la r\u00e9p\u00e9tition des gestes et son rythme identique produit dans la dur\u00e9e un effet visuel d\u00e9rangeant, tel un trompe-l\u2019\u0153il, un escalier de Penrose ou autres sophistications du visuel, qui ne nous permettent plus d\u2019identifier clairement l\u2019avant et l\u2019arri\u00e8re, le haut, le bas. Tout s\u2019emm\u00ealant quelque peu. \u00c7a tourne.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1176\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160715_rdl_1071-2.jpg\" alt=\"160715_rdl_1071-2.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\nLes trois perches remontent.<br \/>\nUne femme vient chanter une quelconque aria dans cette espace immense, cherchant dans l\u2019espace <em>son<\/em> espace, son coin, l\u00e0 o\u00f9 il se laisserait chanter le mieux. Comment l\u2019habiter\u00a0? Quelle serait cette espace sans fonction dont r\u00eave Perec\u00a0? Des camarades entrent \u00e0 travers les deux portes de s\u00e9curit\u00e9 et se positionnent devant ce mur \u00e9norme. Muets. Silhouettes. L\u2019espace \u00e9tait donc nu et tout \u00e0 coup, le mur du fond du th\u00e9\u00e2tre commence \u00e0 bouger. Ai-je vu comme il faut ou est-ce encore la suite de l\u2019effet pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0? S\u2019ensuit alors une danse de ce mur du fond de th\u00e9\u00e2tre qui se plie et s\u2019\u00e9tire, cr\u00e9e des diagonales, des espaces en zig-zag, \u00e0 l\u2019envers une biblioth\u00e8que gigantesque, tourne etc. etc. Peut-\u00eatre fallait-il d\u2019abord cesser d\u2019identifier avec notre certitude quotidienne l\u2019avant du derri\u00e8re pour que l\u2019espace lui-m\u00eame peut se mettre \u00e0 jouer. Il devient m\u00eame mena\u00e7ant quand il faillit d\u2019\u00e9craser un de ces muets entre deux pans noirs. Quelque chose entre Karl de l\u2019<em>Odyss\u00e9e dans l\u2019Espace<\/em>, le ch\u00e2teau de Kafka et des villes chez Borg\u00e8s (auquel d\u2019ailleurs Perec lui-m\u00eame fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 plusieurs reprises dans son livre). Nos figures muettes y sont principalement spectateurs ou victimes tel un Charlie Chaplin dans <em>Les Temps moderne<\/em>, bougeant comme ils peuvent dans ces murs en mouvements. C\u2019est quelques gags un peu potaches qui nous laissent respirer un autre air que ce mysterious lynchy space shuttle. Vrombissement. Bourdonnement. Mouvements de forces \u00e9nigmatiques.  Ainsi quand le mur avance, quatre des cinq se couchent et passent en dessous, alors que le cinqui\u00e8me, un peu plus opulent ne passe pas et arr\u00eate le mur d\u2019avancer qui cogne contre son corps. Ou encore\u00a0: Quelqu\u2019un s\u2019est \u00e9chapp\u00e9 en haut du mur pour ne pas \u00eatre \u00e9cras\u00e9. Il tombe derri\u00e8re, \u00e0 au moins 9 m\u00e8tres. On entend un coup terrifiant d\u2019un poids qui s\u2019\u00e9crase par terre et il ressort l\u2019instant apr\u00e8s par la porte comme si rien ne s\u2019est pass\u00e9. Quelques soli comiques qui font rire quelques uns dans la salle, chant\u00e9s, mim\u00e9s\u2026 comme pour dire peut-\u00eatre que lecture, \u00e9criture et espace imposaient le silence \u00e0 la parole. Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire\u00a0? Ou serait-ce l\u2019horreur du XXe si\u00e8cle\u00a0?<br \/>\nSi nos silhouettes, habill\u00e9s principalement en noir et blanc cass\u00e9, gris, parfois bleu, costumes quelques peu th\u00e9\u00e2traux, pas trop <em>contemporains<\/em>, quelque peu circassiens\u2026 enfin\u2026 si nos silhouettes, dis-je, ne sont pas en prise avec l\u2019espace, ne sont pas \u00e9tonn\u00e9s <em>par<\/em> l\u2019espace, ils leurs arrivent de lire le livre qu\u2019on devine d\u2019\u00eatre <em>Esp\u00e8ces d\u2019espaces<\/em> de Georges Perec. Et en suivant l\u2019appel de Georges Perec de changer sa mani\u00e8re de regarder le quotidien, sa rue, son immeuble, de s\u2019imaginer des choses qu\u2019on ne s\u2019imagine pas (penser \u00e0 un ami, \u00e0 son mouvement dans l\u2019espace, \u00e0 son mouvement par rapport \u00e0 ma position dans l\u2019espace, \u00e0 la hauteur de sa position, dans quel \u00e9tage vit-il\u00a0? etc. etc. [[normalement interdiction d\u2019\u00e9crire etc.. au moins\u00a0: et c\u00e6tera car il faut tout \u00e9crire, mais je ne joue pas, rabat-joie]], en suivant donc cet appel de faire \u00ab\u00a0des exp\u00e9riences\u00a0\u00bb, les com\u00e9diens-danseurs-contorsionnistes lisent leurs livres dans les positions les plus tordus, changent ses positions, lisent sur la t\u00eate, tournent la page avec leurs doigts de pieds qui s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leurs \u00e9paules (ou presque), au point de se douter qu\u2019ils puissent r\u00e9ellement continuer \u00e0 lire avec ces acrobaties. C\u2019est alors qu\u2019on ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de penser que \u00ab\u00a0faire ces exp\u00e9riences-l\u00e0\u00a0\u00bb semblent tout de m\u00eame un tant soit peu st\u00e9riles. On ne peut pas s\u2019en emp\u00eacher jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on voit que ces livres \u00e9taient, de toute fa\u00e7on, vides, pages blanches, des centaines de pages blanches, \u00e0 remplir\u00a0? Effac\u00e9s\u00a0? Et c\u2019est en lisant le r\u00e9sum\u00e9 de la biographie de Perec qu\u2019on se dit soit, en effet, tout cela reste un peu vain, des balivernes, soit tous ces contorsions et \u00ab\u00a0exp\u00e9riences\u00a0\u00bb sont l\u00e0 pour masquer ce vide affreux, ces an\u00e9antissements du XXe si\u00e8cle. Dans ce cas-l\u00e0, Aur\u00e9lien Bory serait une sorte de bio(chor\u00e9)graphe, l\u2019adaptation, fid\u00e8le.<br \/>\nLe dernier espace est construit avec une tuile phosphorescente et des lignes, des silhouettes, une femme qui semble tomber, y sont imprim\u00e9s pour se dissiper dans le n\u00e9ant. Un robot \u00e9trange bombarde des lettres\u00a0: E R R E C R I E R E E C R I R E. Traces qui ne resteront pas. Traces peut-\u00eatre de tout ce qu\u2019on entreprend, traces comme le passage d\u2019un corps dans un th\u00e9\u00e2tre. Comment l\u2019habiter\u00a0? En \u00e9crivant\u00a0?<br \/>\nIci, de cette trace, nous ne faisons pas l\u2019exp\u00e9rience tragique. Aur\u00e9lien Bory nous propose avec Georges Perec un dr\u00f4le de m\u00e9lange entre exp\u00e9rience ludique, divertissement et un sensationnel visuel. Au final, cela reste une exp\u00e9rience pour le cerveau et l\u2019\u0153il. Nous sommes loin du corps et de la viande. Ici nous n\u2019\u00e9crivons pas avec notre sang. Nous ne gravons pas les lettres dans notre chair comme dans <em>La colonie p\u00e9nitentiaire<\/em>. Nous exp\u00e9rimentons quelques hallucinations visuelles, mais nous ne sommes pas morcel\u00e9s. Heureux pour celui qui le veut.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1177\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160715_rdl_1139-2.jpg\" alt=\"160715_rdl_1139-2.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aur\u00e9lien Bory pr\u00e9sente du 15 au 23 juillet \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Grand Avignon, Espaece, pi\u00e8ce de chor\u00e9graphie sc\u00e9nographique inspir\u00e9e du livre de Georges Perec Esp\u00e8ces d\u2019espaces. 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