


{"id":1190,"date":"2016-07-19T11:52:12","date_gmt":"2016-07-19T09:52:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1190"},"modified":"2016-07-19T11:52:12","modified_gmt":"2016-07-19T09:52:12","slug":"fatmeh-vie-et-desir","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/fatmeh-vie-et-desir\/","title":{"rendered":"Fatmeh, Vie et D\u00e9sir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Du 16 au 18 juillet, Ali Chahrour nous pr\u00e9sente <em>Fatmeh<\/em> avec Rania Al Rafei et Yumna Marwan, sur peut-\u00eatre le plus beau plateau du festival, le clo\u00eetre des C\u00e9lestins. 55 minutes de corps sans exotisme, sans sensationnalisme, sans effets spectaculaires, sans sacralit\u00e9, mais en mobilisant des forces telluriques qui bouleversent notre certitude c\u00e9r\u00e9brale.\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1189\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton435.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/http:\/\/www.festival-avignon.com\/public_data\/diapo\/spectacle\/2016\/3841\/1468690002\/thumb\/160715_rdl_1571.jpg\" alt=\"160715_rdl_1571.jpg\" align=\"left\" \/><br \/>\nAvant de commencer Ali Chahrour prend la parole\u00a0: La direction du Festival lui aurait demand\u00e9 s\u2019il ne voulait pas dire quelques mots \u00e0 propos de <em>l\u2019attaque<\/em> de Nice. (Pourquoi lui\u00a0? Ou pourquoi Sofia Jupither et Aur\u00e9lien Bory et les autres n\u2019ont rien dit\u00a0? &#8230;esp\u00e9rant qu\u2019on l\u2019ait demand\u00e9 \u00e0 tout le monde et pas seulement \u00e0 lui parce qu\u2019il s\u2019appelle Ali&#8230; ) Ce qu\u2019Ali fait est alors un geste digne. Contre ce nationalisme des morts, il rappelle que pendant les r\u00e9p\u00e9titions il y a eu six attentats chez lui, quelques autres pas beaucoup plus loin, avec quelques centaines de morts et il demande une minute d\u2019applaudissement pour les victimes de Nice.<br \/>\n(\u00c9trange de mani\u00e8re de faire, d\u2019applaudir des morts pour celui qui est habitu\u00e9 au silence pour ces choses. \u00c9trange pour ne pas dire, vulgaire ou blasph\u00e9matoire\u2026 mais apparemment ces choses se font de plus en plus&#8230;)<br \/>\nEntre alors deux femmes. Elles se changent et mettent des longues robes noires. Ce rapport d\u00e9sacralis\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne perdura durant tout le spectacle. On s\u2019arr\u00eate. On se change. On se maquille. La fabrication de l\u2019objet est \u00e0 vue. Et on se doute que ce n\u2019est pas la probl\u00e9matique de Brecht qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici.<br \/>\nCommencent alors des frappes sur la poitrine, des flagellations qui remontent \u00e0 de vieux rites de lamentation. Des rougeurs y apparaissent. Les mouvements s\u2019agrandissent jusqu\u2019\u00e0 une esp\u00e8ce de transe qu\u2019on peut reconna\u00eetre de quelques mouvements orientales ou du headbanging des m\u00e9taleux. Tout ici va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le prologue.<br \/>\nJe rate le premier et le deuxi\u00e8me chapitre dont leurs titres apparaissent sur un \u00e9cran rond qui repose la lune sur sc\u00e8ne alors que la pleine lune se l\u00e8ve au dessus du clo\u00eetre. Je les rate happ\u00e9 par ces deux corps qui vont au bout de leurs forces pour faire venir ou pour rendre visible des forces qui les exc\u00e8dent, qu\u2019elles soient du monde ou au-del\u00e0.<br \/>\nDes mouvements rythmiques, des mouvements derviches, sans virtuosit\u00e9 (les deux danseuses ne sont pas des danseuses professionnelles. Un choix de Chahrour pour travailler avec des corps pas encore cod\u00e9s par la danse occidentale.) se relancent d\u00e9sesp\u00e9ramment, accompagn\u00e9s \u00e0 un moment par les frappes r\u00e9guli\u00e8res des mains des spectateurs, comme la frappe saccad\u00e9e et certaine qui ach\u00e8vera ces corps et les am\u00e8nera dans la mort. Les applaudissements du d\u00e9but pour les morts de Nice sont en \u00e9cho de ce geste. Et elle se jette en avant et se rel\u00e8ve, le v\u00eatement noir vole autour d\u2019elle. Une sorci\u00e8re qui tente de convoquer des puissances que nous ignorons. Et on sent qu\u2019une lib\u00e9ration des cadres trop ferm\u00e9s ait lieu dans ces danses, mais que ce mouvement de vie ne pourra qu\u2019\u00eatre aussi leurs morts. Quand il faudra alors remettre les voiles, leurs linceuls, deux t\u00eates de morts, de La Mort, nous regardent. Mais les mortes en dessous se r\u00e9veillent et m\u00e2chent leurs voiles noirs, peut-\u00eatre jusqu\u2019\u00e0 la fin des jours. Ce ne sont plus les forces de vie, mais des forces mauvaises et tristes qui restent l\u00e0, \u00e0 nous regarder de leurs regards sans yeux, sans nez, sans visage. Et je ne peux m\u2019emp\u00eacher de penser que tous les p\u00e8res ne pouvaient et ne peuvent toujours pas supporter cette puissance qui \u00e9manent de ces corps f\u00e9minins et doivent alors les condamn\u00e9s, ne leurs laisser aucun \u00e9chappatoire.<br \/>\nPuis elles se maquillent. Des s\u0153urs. Elles dansent avec ces lignes rondes que nous connaissons des clich\u00e9s orientales, mais qui demeurent ici pudiques, sans exotisme, v\u00e9ritables, habit\u00e9s, avec la confiance dans la force de ces mouvements et non avec le savoir qu\u2019ils plaisent aux touristes. Les lumi\u00e8res ouvrent le plateau, le bousculent ainsi, le sortent du rite fun\u00e8bre et de la nuit, l\u2019am\u00e8nent dans la f\u00eate, et \u00e0 nouveau les puissances de la vie et du d\u00e9sir regagnent du terrain, nous bouleversent, nous charment, nous font d\u00e9sirer, nous font vivre et pleurer.<br \/>\nLes lumi\u00e8res sont ici comme les danseuses. Sans virtuosit\u00e9. Parfois on a l\u2019impression que c\u2019est mal cal\u00e9, que les lumi\u00e8res s\u2019allument en retard ou pas dans le rythme de la musique. Et cela participe alors \u00e0 la simplicit\u00e9 de ce geste et en quadruple sa force. Et cela fait du bien dans ces temps du f\u00e9tichisme de la technique. Il suffit de deux corps s\u0153urs pour bouleverser un monde.<br \/>\nUn chant, dos \u00e0 nous. Une lamentation. Une plainte port\u00e9e contre la douleur de la vie, avec la douleur et la vie. Une voix, seule dans la nuit, plaine, forte, puissante. Elle accuse le monde en entier, \u00e0 elle, toute seule, \u00e0 nue. Le monde se met \u00e0 \u00e9couter et peut-\u00eatre \u00e0 entendre quelque chose. Je pleure.<br \/>\n\u00c0 la mort d\u2019une de ces s\u0153urs, la ligne de sorci\u00e8re continue et ressort de la lamentation avec toute la puissance terrestre du d\u00e9sir. Les larmes coul\u00e8rent, la plainte port\u00e9e contre l\u2019injustice de ce monde a eu lieu et au-del\u00e0 de la travers\u00e9e de douleur une nouvelle puissance na\u00eet, les forces se retrouvent \u00e0 partir d\u2019une puissance \u00e9rotique, immanente, lib\u00e9r\u00e9e de la peur du p\u00e8re, ancr\u00e9e, bouleversante comme si on vient de se rendre compte d\u2019avoir travers\u00e9 la chose la plus douloureuse et qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0 rien ne pourra nous arr\u00eater dans nos devenirs. Ni morale, ni douleur, ni rien. Elles avancent le dos tourn\u00e9 vers les spectateurs. De plus en plus amplement leurs hanches tournent. On a travers\u00e9 toute une \u00e9rotique. Et \u00e0 la fin elles ne montrent pas leurs visages seulement pour cause strat\u00e9gique, seulement dans le savoir que leur dos suffira pour l\u2019instant d\u2019ensorceler. Leurs visages ne sont pas dissimul\u00e9s, d\u00e9figur\u00e9s par un voile, mais cach\u00e9s, en puissance, tourn\u00e9s dans la m\u00eame direction que les n\u00f4tres, une arme pour une conqu\u00eate terrestre. Montrer ses visages serait jouer toutes les cartes en m\u00eame temps, mais la bataille sera encore longue\u2026 <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 16 au 18 juillet, Ali Chahrour nous pr\u00e9sente Fatmeh avec Rania Al Rafei et Yumna Marwan, sur peut-\u00eatre le plus beau plateau du festival, le clo\u00eetre des C\u00e9lestins. 55 minutes de corps sans exotisme, sans sensationnalisme, sans effets spectaculaires, sans sacralit\u00e9, mais en mobilisant des forces telluriques qui bouleversent notre certitude c\u00e9r\u00e9brale. Avant de commencer Ali Chahrour prend la parole\u00a0: La direction du Festival lui aurait demand\u00e9 s\u2019il ne voulait pas dire quelques mots \u00e0 propos de l\u2019attaque de<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":1189,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1190","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1190","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1189"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}