


{"id":1196,"date":"2016-07-19T13:53:10","date_gmt":"2016-07-19T11:53:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1196"},"modified":"2016-07-19T13:53:10","modified_gmt":"2016-07-19T11:53:10","slug":"liddell-a-avignon-a-la-recherche-de-la-vraie-beaute","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/liddell-a-avignon-a-la-recherche-de-la-vraie-beaute\/","title":{"rendered":"Liddell \u00e0 Avignon : \u00e0 la recherche de la vraie beaut\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">J\u2019ai acc\u00e9d\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre et, \u00e0 ma grande surprise, j\u2019ai remarqu\u00e9 que le premier rang \u00e9tait presque vide. Les spectateurs avaient peur de la grande proximit\u00e9 physique, avaient le <em>taf<\/em> (mot qui d\u00e9signe un tremblement des fesses pour signifier que l\u2019on a peur) de ce qui pourrait se passer devant eux&#8230; Oui, depuis sa premi\u00e8re au Festival d\u2019Avignon 2016, il y a une rumeur (g\u00e9n\u00e9ralement, un ami d\u2019un ami d\u2019un ami avait dit que\u2026 \u00e0 propos du spectacle de Lidell) : comme quoi ce spectacle \u00e9tait \u00ab fort \u00bb, qu\u2019il y avait la c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne du poulpe, que la metteure en sc\u00e8ne avait d\u00e9pass\u00e9 toutes les limites, et bla-bla-bla&#8230;<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9galement lu certaines critiques \u00e0 propos de ce travail. La plupart du temps, les critiques d\u00e9crivaient l\u2019artiste comme folle, malade, n\u00e9vrotique ; que son travail \u00e9tait mauvais, et bla-bla-bla encore&#8230;<br \/>\nJe vous conc\u00e8de que j\u2019avais l&rsquo;appr\u00e9hension de ce qui m\u2019attendait. Au terme de 5 heures (entracte compris), je suis sortie du th\u00e9\u00e2tre avec la certitude d\u2019avoir vu une artiste \u00e0 son apog\u00e9e. Une artiste \u00e0 la maturit\u00e9 esth\u00e9tique et id\u00e9ologique. Oui, Ang\u00e9lica Liddell est une femme-artiste-espagnole, et elle sait assumer son r\u00f4le de figure bouffonesque \/ de foule \/ d\u2019\u00e9trang\u00e8re dans un espace comme le Festival d\u2019Avignon, un des piliers culturels de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Ceux qui ont un regard ext\u00e9rieur apportent la libert\u00e9, et selon moi disent des v\u00e9rit\u00e9s plus cinglantes&#8230; Cinglantes, oui, comme un coup \u00e9p\u00e9e&#8230; Et Liddell montre que la question du \u00ab politique \u00bb en sc\u00e8ne, grande inqui\u00e9tude du festival de cette ann\u00e9e, est plus profonde que les vieilles discussions sur l\u2019\u00e9thique&#8230; <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1191\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton436.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1192\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160706_rdl_2245.jpg\" alt=\"160706_rdl_2245.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<small>[\/DIONYSOS : Sois avis\u00e9e, Ariane !&#8230;<br \/>\nTu as de petites oreilles, tu as mes oreilles :<br \/>\nmets-y un mot avis\u00e9 ! &#8211;<br \/>\nNe faut-il pas d&rsquo;abord se ha\u00efr, si l&rsquo;on doit s&rsquo;aimer ?&#8230;<br \/>\nJe suis ton labyrinthe.<br \/>\n(Nietzsche)\/]<\/small><br \/>\n<strong>Une piste de cirque \u00e0 la Jodorowsky<\/strong><br \/>\nDivis\u00e9 en 3 parties, <em>Que ferai-je, moi, de cette \u00e9p\u00e9e ?<\/em> montre la saga d\u2019une artiste dont la recherche est juste : comment arriver \u00e0 un vrai \u00e9tat de beaut\u00e9 dans ce monde merdique actuel ? Pour Liddell, le concept de beaut\u00e9 a un rapport \u00e0 l\u2019essence, au primitif, et n\u2019est pas compatible avec le style de vie contemporain (o\u00f9 nous sommes, la plupart du temps, absorb\u00e9s par la machine bureaucratique et par des r\u00e8gles castratrices des d\u00e9sirs, et des impulsions). Et qu\u2019est-ce que choisit l\u2019artiste comme symbole de ce monde normatif \u00e0 l\u2019extr\u00eame ? Pr\u00e9cis\u00e9ment la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : celle qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 grands artistes et penseurs, mais celle aussi qui a produit une structure bureaucratique difficile pour \u00ab n\u2019importe-quel-\u00eatre-humaine-de-sang-dans-ses-veines \u00bb&#8230; Donc, au d\u00e9but du spectacle, il y a une projection d\u2019un texte tr\u00e8s ironique qui dit, par exemple, que le destin de la France est d\u2019avoir une mort d\u00e9cente\u2026<br \/>\nLe plateau, lui, est d\u2019une couleur bleue, marqu\u00e9 par des \u00e9toiles blanches, et la performer a pass\u00e9 une robe brillante dor\u00e9e extravagante, d\u2019esth\u00e9tique \u00ab casino de Miami \u00bb. Son allusion \u00e9vidente \u00e0 la piste de cirque est une critique du grand cirque d\u2019\u00e9gos du Festival (actuellement une pi\u00e8ce importante du grand engrenage de l\u2019\u00ab industrie du divertissement \u00bb). Le temps industriel est rapide, constant, bruyant, et il y a toujours une relation d\u2019achat et de vente, d\u2019accumulation de capital&#8230;<br \/>\nChez Liddell, d\u00e9sormais, le temps artisanal est artistique, contemplatif. C\u2019est un temps (et c\u2019est son intention)  d\u2019accumulation des exp\u00e9riences (W. Benjamin). Par la suite, Liddell convertit le plateau en une piste de cirque avec des \u00ab acrobates du d\u00e9sir \u00bb, \u00e0 travers une esth\u00e9tique tr\u00e8s similaire aux films du multi-artiste chilien Alejandro Jodorowsky. C\u2019est-\u00e0-dire, que la performer travaille tout le temps \u00e0 partir de la jonction des contraires et du \u00ab grotesque \u00bb (V. Meyerhold). Les sc\u00e8nes belles et trashes, po\u00e9tiques et monstrueuses, \u00e9rotiques et d\u00e9sagr\u00e9ables sont intercal\u00e9es continuellement.<br \/>\n<strong> <em>Machines d\u00e9sirantes<\/em> <\/strong><br \/>\n<small>[\/Ce qui d\u00e9finit pr\u00e9cis\u00e9ment les machines d\u00e9sirantes, c&rsquo;est leur pouvoir de connexion \u00e0 l&rsquo;infini, en tous sens et dans toutes les directions. (Deleuze et Guattari)\/]<\/small><br \/>\nAu premier instant, Liddell se met en sc\u00e8ne. Elle l\u00e8ve sa robe, montre ses fesses, ensuite son vagin, et le baigne avec de l\u2019eau (une r\u00e9f\u00e9rence au bain de si\u00e8ge, proc\u00e9dure tr\u00e8s f\u00e9minine). Puis, il y a l\u2019accompagnement d\u2019une musique classique instrumentale qui sublime une forme d\u2019intimit\u00e9 f\u00e9minine. Liddell raconte un texte sur le d\u00e9sir qui n\u2019est pas romantique ni id\u00e9alis\u00e9. C\u2019est le d\u00e9sir de d\u00e9vorer l\u2019autre de telle mani\u00e8re qu\u2019il devient un acte de cannibalisme. La performer veut \u00eatre d\u00e9sir\u00e9e m\u00eame morte (machine d\u00e9sirante, autre contrepoint \u00e0 l\u2019abstention de production des d\u00e9sirs du syst\u00e8me capitaliste).<br \/>\nEnsuite, Liddell quitte le plateau, et il vient sur sc\u00e8ne 8 jeunes blondes (de presque m\u00eame taille et d\u2019un type physique, de 20 ans environ, habill\u00e9es de robe noire), puis 3 mecs asiatiques maigres (en chemise blanche et pantalon noir), ainsi qu\u2019une femme asiatique toute nue, au visage de geisha, avec son corps marqu\u00e9 par les cercles blancs. Les 8 blondes, les 3 mecs et la geisha se d\u00e9placent sur le plateau dans une relation de parfaite sym\u00e9trie (le concept de beaut\u00e9 grecque a un rapport au sym\u00e9trique). La chor\u00e9graphie entre ces 2 groupes sugg\u00e8re une relation de d\u00e9sir et de culpabilit\u00e9. Tous d\u00e9sirent, de l\u2019occident \u00e0 l\u2019orient, mais tous, aussi, ont peur de leurs impulsions. A un moment, un des jeunes asiatiques danse lyriquement, et timidement il admet son fantasme d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par de jeunes blondes&#8230; Ensuite, encore dans une relation de sym\u00e9trie, les jeunes se d\u00e9shabillent totalement. Elles lisent un livre (la pens\u00e9e est aussi \u00e9rotique), et dansent les diff\u00e9rents aspects de la libido. C\u2019est-\u00e0-dire que chacune fait des mouvements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qui ressemblent \u00e0 des positions sexuelles.<br \/>\n Cette sc\u00e8ne continue dans un rythme croissant (avec l\u2019aide de la bande sonore), et \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 leurs mouvements sugg\u00e8rent une relation de domination et de soumissions. L\u2019acte sexuel devient enfin une mati\u00e8re amorale, dirig\u00e9e uniquement par des impulsions (\u00e9vidente \u00e9vocation \u00e0 Pasolini).<br \/>\nLa premi\u00e8re partie de <em>Que ferai-je&#8230;<\/em> est inspir\u00e9e par la compr\u00e9hension de Nietzsche \u00e0 propos de la nature des hommes \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la trag\u00e9die grecque, form\u00e9e par les p\u00f4les apollonique (raison, pens\u00e9e mod\u00e9r\u00e9e) et dionysiaque (extase, \u00e9motion, ivresse d\u2019esprit). Le spectacle se d\u00e9veloppe lui vers le p\u00f4le dionysiaque afin de trouver le divin&#8230; Le divin qui existe dans nos corps&#8230;<br \/>\n<strong>Au moment o\u00f9 la parole devient musicalit\u00e9, et o\u00f9 le politique s\u2019\u00e9loigne du <em>politique, politique, politique<\/em>&#8230;<\/strong><br \/>\nLa deuxi\u00e8me partie de <em>Que ferai-je, moi, de cette \u00e9p\u00e9e ?<\/em> est la plus courte et la plus m\u00e9lancolique. Liddell parle au public presque sans arr\u00eat. Elle se met comme Medea : <em>un \u00e9tranger sera toujours regard\u00e9 comme un barbare<\/em>&#8230; Elle parle parle parle jusqu\u2019\u00e0 fatiguer et saturer nos oreilles, et cet acte r\u00e9p\u00e9titif de nous raconter en langue espagnole lui permet de jouer avec la musicalit\u00e9 des mots. La sonorit\u00e9 de ses phrases est plus importante que leur sens&#8230; Au travers un dialogue parano\u00efde avec elle-m\u00eame, l\u2019artiste se pr\u00e9sente comme coresponsable des attentats \u00e0 Paris (novembre 2015). Le spectacle gagne un nouveau souffle \u00e0 partir de l&rsquo;entr\u00e9e des <em>machines d\u00e9sirantes<\/em>.<br \/>\nD\u00e9sormais, la troisi\u00e8me partie montre une Liddell habill\u00e9e d\u2019une combinaison de cr\u00e2ne et un blazer color\u00e9 brillant. Ici, elle manifeste son r\u00f4le d\u2019animatrice du grand cirque&#8230; \u00c0 partir d\u2019une parole cinglante \u2013 son arme la plus vigoureuse \u2013 elle \u00ab arrose \u00bb et mitraille tout le monde : la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb (<em>vous \u00eates responsables des attentats \u00e0 Paris<\/em>), et le festival (<em>le politique, le politique, le politique, bla-bla-bla<\/em>). Apr\u00e8s son discours f\u00e9roce, la performer travaille encore avec l\u2019id\u00e9e de \u00ab grotesque \u00bb. Par exemple, lorsque les mecs asiatiques f\u00eatent sur le plateau, on entend la chanson <em>Malague\u00f1a Salerosa<\/em> (dont la parole d\u00e9crit une jolie femme). Simultan\u00e9ment sur l\u2019\u00e9cran, les images d\u2019un corps en d\u00e9composition sont montr\u00e9es&#8230; Autre exemple, lorsque les jeunes blondes semi-nues, ainsi que la performer, sautent de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive sur le plateau. L\u00e0, on entend la chanson du groupe de rock Eagles of Death Metal (lequel a jou\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre Bataclan le soir de l\u2019attentat de 13 novembre 2015 \u00e0 Paris). Nouveau moment d\u2019incommodit\u00e9 du public&#8230;<br \/>\n<strong>Le grand miroir d\u00e9formant <\/strong><br \/>\n<small>[\/Le grotesque provoque le contraste, en cr\u00e9ant des contradictions et en jouant simultan\u00e9ment avec sa particularit\u00e9. (&#8230;) Le grotesque approfondit le quotidien, car il cesse d\u2019\u00eatre naturel. Au-del\u00e0 de ce que l\u2019on voit, il y a encore une \u00e9norme sph\u00e8re de l\u2019\u00e9nigmatique. Le grotesque lie des contradictions, cr\u00e9e un cadre ph\u00e9nom\u00e9nal et invite le spectateur \u00e0 deviner l\u2019indevinable. (Meyerhold) \/]<\/small><br \/>\nLa th\u00e9orie de Meyerhold veut encourager une nouvelle perception chez le spectateur. Et Angelica Liddell le fait : au travers de sa bouffonnerie \u00e9rotique-philosophique, elle oblige le spectateur \u00e0 bouger&#8230;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1193\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160706_rdl_2223.jpg\" alt=\"160706_rdl_2223.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<h2>Liddell em Avignon: em busca da verdadeira beleza<\/h2>\n<p><strong>Adentrei ao teatro a poucos minutos do in\u00edcio do espet\u00e1culo e, para minha surpresa, a primeira fileira estava quase vazia. Os espectadores tinham medo da grande proximidade f\u00edsica, tinham receio do que lhes pode ocorrer&#8230; Sim, desde sua estreia no Festival d\u2019Avignon 2016, havia um murm\u00fario nos bastidores sobre o trabalho (geralmente quem o tinha visto era o amigo do amigo): de que era forte, de que havia a famosa cena do polvo, de que a encenadora havia ultrapassado os limites, e bl\u00e1bl\u00e1bl\u00e1&#8230; J\u00e1 havia igualmente lido algumas cr\u00edticas na internet a respeito. A maioria tratava a artista como louca, doente, neur\u00f3tica, que seu trabalho era de mau-gosto, e bl\u00e1bl\u00e1bl\u00e1 de novo&#8230; Confesso que tive receio do que me esperava. Ao final de 5 horas (com intervalos), sa\u00ed do teatro com a certeza de ter visto uma artista no auge da sua maturidade est\u00e9tica e ideol\u00f3gica. Sim, Ang\u00e9lica Liddell \u00e9 mulher-artista-espanhola, e ela assume com muito orgulho esse papel de figura bufonesca\/ de louca\/ de estrangeira num espa\u00e7o como o Festival d\u2019Avignon (um dos pilares culturais da sociedade francesa). S\u00f3 aquele com olhar exterior aos fatos det\u00e9m a liberdade de dizer as verdades mais cortantes&#8230; Cortante como uma espada&#8230; E Liddell mostra que a quest\u00e3o do pol\u00edtico em cena, grande pauta do festival desse ano, \u00e9 muito mais profunda que velhas discuss\u00f5es sobre \u00e9tica&#8230;<br \/>\n<\/strong><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1194\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160706_rdl_2236.jpg\" alt=\"160706_rdl_2236.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<small><br \/>\n[\/DIONISIO: S\u00ea sensata, Ariadne!<br \/>\nTens orelhas pequenas, tens as minhas orelhas:<br \/>\nacolhe nelas uma palavra sagaz!<br \/>\nN\u00e3o h\u00e1 que odiar primeiro, antes de amar? &#8230;<br \/>\nEu sou teu labirinto&#8230;<br \/>\n(Nietzsche)\/]<br \/>\n<\/small><br \/>\n<strong>Um circo \u00e0 la Jodorowsky<\/strong><br \/>\nDividido em 3 partes, <em>Que ferai-je, moi, de cette \u00e9p\u00e9e ?<\/em> \u00e9 a saga de uma artista cuja busca \u00e9 justa: como atingir o verdadeiro estado de beleza num mundo como o nosso? Para Liddell, o conceito de beleza \u00e9 de ordem da ess\u00eancia, do primitivo, n\u00e3o sendo, portanto, compat\u00edvel com o estilo de vida contempor\u00e2neo (onde estamos cada vez mais sugados pela m\u00e1quina burocr\u00e1tica e por regras castradoras de desejos, de impulsos). E quem a artista escolhe como s\u00edmbolo desse mundo normatizado ao extremo? Justamente a sociedade francesa: a que gerou grandes artistas e pensadores, mas a que tamb\u00e9m deu ao mundo uma estrutura burocr\u00e1tica dif\u00edcil de qualquer ser-humano-com-sangue-nas-veias lidar&#8230; Por isso, j\u00e1 no in\u00edcio do espet\u00e1culo, h\u00e1 uma proje\u00e7\u00e3o de um texto bastante ir\u00f4nico dizendo, dentre outras coisas, que o destino da Fran\u00e7a \u00e9 ter uma morte decente&#8230;<br \/>\nO solo do palco \u00e9 de material cor azul repleto de estrelas brancas, e a performer usa um vestido brilhante dourado (daqueles do tipo extravagante, de est\u00e9tica \u201ccassino de Miami\u201d). Sua alus\u00e3o ao picadeiro de circo \u00e9 evidente, e serve como cr\u00edtica ao grande circo de egos que hoje \u00e9 o Festival d\u2019Avignon (pe\u00e7a importante da grande engrenagem que hoje \u00e9 a tal \u201cind\u00fastria do entretenimento\u201d). O tempo industrial \u00e9 r\u00e1pido, cont\u00ednuo, barulhento, de uma rela\u00e7\u00e3o incessante de compra e venda, de acumula\u00e7\u00e3o de capital&#8230; J\u00e1 o tempo artesanal \u00e9 art\u00edstico, contemplativo, a inten\u00e7\u00e3o \u00e9 de \u201cacumular experi\u00eancias\u201d (W. Benjamin). Por isso, Liddell transforma o palco num circo de \u201cacrobatas de desejos\u201d, fazendo uso de uma est\u00e9tica muito semelhante ao dos filmes do multiartista chileno Alejandro Jodorowsky. Ou seja, a performer trabalha o tempo todo com a ideia de jun\u00e7\u00e3o de opostos, de \u201cgrotesco\u201d (segundo V. Meyerhold). Cenas belas\/ po\u00e9ticas\/ er\u00f3ticas s\u00e3o intercaladas a cenas que beiram ao trash, ao monstruoso, ao n\u00e3o t\u00e3o facilmente diger\u00edvel.<br \/>\n<strong>M\u00e1quinas desejantes <\/strong><br \/>\n<small><br \/>\n[\/O que define precisamente as m\u00e1quinas desejantes \u00e9 o seu poder de conex\u00e3o ao infinito, em todos os sentidos e em todas as dire\u00e7\u00f5es. (Deleuze e Guattari)\/]<br \/>\n<\/small><br \/>\nNum primeiro instante, Liddell entra em cena. Levanta seu vestido, mostra sua bunda e sua vagina, e a molha com \u00e1gua (refer\u00eancia ao banho de assento, procedimento bastante feminino). Ao fundo, uma m\u00fasica erudita instrumental (tom de import\u00e2ncia como contraponto a um h\u00e1bito t\u00e3o cotidiano da mulher na sua intimidade). Ela diz um texto sobre desejo. N\u00e3o \u00e9 uma descri\u00e7\u00e3o idealizada, rom\u00e2ntica, nem nada disso. \u00c9 o desejo que devora o outro de tal maneira que ele se transforma em um ato de canibalismo. A performer diz querer ser desejada mesmo quando for um cad\u00e1ver (m\u00e1quina de desejos deleuziana, outro contraponto \u00e0 absten\u00e7\u00e3o da produ\u00e7\u00e3o de desejos do sistema capitalista).<br \/>\nEm seguida, sai Liddell, e entram em cena 8 mo\u00e7as-jovens-loiras, de quase mesma estatura e tipo f\u00edsico, de idade pr\u00f3ximo de 20 anos, usando vestido preto. Entram em cena tamb\u00e9m 3 rapazes asi\u00e1ticos-jovens-magros, portando camisa branca e cal\u00e7a preta, bem como uma mulher asi\u00e1tica nua, de maquiagem e cabelo de gueixa, com c\u00edrculos brancos marcados em todo seu corpo. As 8 mo\u00e7as, os 3 rapazes e a gueixa se movimentam no palco numa rela\u00e7\u00e3o de simetria perfeita (o conceito de beleza grega passa pela quest\u00e3o do sim\u00e9trico). A coreografia entre esses 2 grupos distintos sugere uma rela\u00e7\u00e3o de desejo e culpa. Todos desejam, do ocidente ao oriente, mas todos t\u00eam medo de seguir seus impulsos. Num dado momento, um dos jovens asi\u00e1ticos dan\u00e7a liricamente pelo espa\u00e7o, e confessa timidamente que sua fantasia \u00e9 ser devorado por jovens loiras. Em outro momento, sempre numa rela\u00e7\u00e3o de simetria, as jovens se despem completamente, l\u00eaem um livro (o pensamento pode ser er\u00f3tico), e dan\u00e7am as diferentes facetas da libido. Ou seja, cada uma, num espa\u00e7o diferente do palco, faz movimentos repetidos que remetem a diferentes posi\u00e7\u00f5es sexuais. A cena segue num ritmo crescente, com aux\u00edlio da trilha sonora. A partir da\u00ed, seus movimentos passam a sugerir uma rela\u00e7\u00e3o de domina\u00e7\u00e3o e submiss\u00e3o, e o ato sexual se transforma enfim em mat\u00e9ria de natureza amoral, comandada exclusivamente por impulsos (clara evoca\u00e7\u00e3o \u00e0 Pasolini).<br \/>\nA primeira parte do <em>Que ferai-je&#8230;<\/em> \u00e9 claramente inspirada pelo entendimento de  de Nietzsche sobre a natureza dos homens na trag\u00e9dia grega, a qual seria formada pelos p\u00f3los apol\u00edneo (raz\u00e3o, pensamento moderado) e dionis\u00edaco (\u00eaxtase, emo\u00e7\u00e3o, embriaguez de esp\u00edrito). O espet\u00e1culo se desenvolve em dire\u00e7\u00e3o ao p\u00f3lo dionis\u00edaco a fim de atingir um estado de \u00eaxtase rumo ao divino&#8230; O divino que reside em cada um de n\u00f3s, que reside no corpo&#8230;<br \/>\n<strong>Quando a fala vira musicalidade, e o pol\u00edtico se afasta do <em>pol\u00edtico, pol\u00edtico, pol\u00edtico<\/em>&#8230;<\/strong><br \/>\nA segunda parte de <em>Que ferai-je, moi, de cette \u00e9p\u00e9e ?<\/em> \u00e9 a mais curta e a de tom mais melanc\u00f3lico. Liddell fala quase ininterruptamente. Ela se coloca como Medeia: <em>um estrangeiro ser\u00e1 sempre visto como um b\u00e1rbaro<\/em>&#8230; Ela fala fala fala at\u00e9 cansar nossos ouvidos, e esse ato repetitivo de \u201cnarrar\u201d detalhadamente em l\u00edngua espanhola a permite de brincar com a musicalidade das palavras. A sonoridade das suas frases passa a ser mais importante que seu sentido. Num di\u00e1logo paran\u00f3ico com ela mesma em que ela se coloca como a co-respons\u00e1vel pelos atentados de Paris em novembro de 2015, o espet\u00e1culo s\u00f3 ganha novo f\u00f4lego com a entrada das <em>m\u00e1quinas desejantes<\/em>.<br \/>\nJ\u00e1 a terceira parte inicia com Liddell com um macac\u00e3o estampado de esqueleto e um casaco colorido brilhante. Aqui ela evidencia seu papel de apresentadora do grande circo&#8230; Com uma fala cortante, sua arma mais poderosa, ela desfere contra tudo e todos: contra a \u201csociedade francesa\u201d (<em>voc\u00eas que s\u00e3o respons\u00e1veis pelos atentados em Paris<\/em>), e at\u00e9 mesmo contra o festival (<em>o pol\u00edtico, o pol\u00edtico, o pol\u00edtico, bl\u00e1bl\u00e1bl\u00e1<\/em>). Ap\u00f3s o discurso feroz, a performer trabalha novamente por ideia de oposi\u00e7\u00e3o. Por exemplo, enquanto os rapazes asi\u00e1ticos festejam com uma garrafa de champagne, toca-se a m\u00fasica <em>Malague\u00f1a Salerosa<\/em> (cuja letra descreve uma mo\u00e7a muito bonita). Nesse momento, \u00e9 mostrada na tela a imagem de um corpo em decomposi\u00e7\u00e3o&#8230; Outro exemplo, enquanto as jovens loiras e Liddell pulam repetidamente sobre o palco, h\u00e1 uma m\u00fasica da banda de rock Eagles of Death Metal (que tocou no teatro Bataclan na noite do massacre do dia 13 de novembro de 2015 em Paris). Novo momento de desconforto do p\u00fablico&#8230;<br \/>\n<strong>Grande espelho deformante<\/strong><br \/>\n<small><br \/>\n[\/O grotesco molesta o contraste, conscientemente criando a agudeza das contradi\u00e7\u00f5es e jogando conjuntamente com sua particularidade. (&#8230;) O grotesco aprofunda o cotidiano de tal maneira que ele deixa de ser em si somente natural. Na vida, al\u00e9m daquilo que vemos, h\u00e1 ainda uma enorme esfera do enigm\u00e1tico. O grotesco, que busca o supernatural, vincula na s\u00edntese extratos das contradi\u00e7\u00f5es, cria o quadro do fenomenal e leva o espectador \u00e0 tentativa de adivinhar o n\u00e3o adivinh\u00e1vel. (Meyerhold)\/]<br \/>\n<\/small><br \/>\nA teoria de Meyerhold a respeito do assunto tem como principal objetivo instigar um novo modo de percep\u00e7\u00e3o no espectador. E Liddell o faz: atrav\u00e9s da sua bufonaria er\u00f3tica-filos\u00f3fica, ela obriga o espectador a se mexer&#8230;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1195\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160706_rdl_2277.jpg\" alt=\"160706_rdl_2277.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai acc\u00e9d\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre et, \u00e0 ma grande surprise, j\u2019ai remarqu\u00e9 que le premier rang \u00e9tait presque vide. Les spectateurs avaient peur de la grande proximit\u00e9 physique, avaient le taf (mot qui d\u00e9signe un tremblement des fesses pour signifier que l\u2019on a peur) de ce qui pourrait se passer devant eux&#8230; Oui, depuis sa premi\u00e8re au Festival d\u2019Avignon 2016, il y a une rumeur (g\u00e9n\u00e9ralement, un ami d\u2019un ami d\u2019un ami avait dit que\u2026 \u00e0 propos du spectacle de Lidell)<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1191,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1196","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1196","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1191"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1196"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1196"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}