


{"id":1240,"date":"2016-07-21T16:07:25","date_gmt":"2016-07-21T14:07:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1240"},"modified":"2016-07-21T16:07:25","modified_gmt":"2016-07-21T14:07:25","slug":"place-des-herostableau-dune-extinction","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/place-des-herostableau-dune-extinction\/","title":{"rendered":"Place des h\u00e9ros\u2026Tableau d\u2019une extinction"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Il y a ce monde qui n\u2019est pas le monde. Et nous en sommes les h\u00e9ritiers, mais aussi ceux qui le fa\u00e7onnent, avec la m\u00e9moire, avec l\u2019oubli, avec la volont\u00e9&#8230; Les h\u00e9ritiers de Lupa r\u00e9pondent au mort, r\u00e9pondent du mort. Et les 4\u00a0h\u00a015 de <i>Place des h\u00e9ros<\/i> de Thomas Bernhard, donn\u00e9es en lituanien surtitr\u00e9, ponctu\u00e9es de charges musicales, harmonieuses et d\u00e9construites de Bogumit Misala sont cruelles parce qu\u2019elles rappellent la condition de l\u2019h\u00e9ritage\u2026 une conscience.\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1237\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton446.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1238\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160718_rdl_0106.jpg\" alt=\"160718_rdl_0106.jpg\" align=\"center\" width=\"921\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>Du <em>The Times is out of joint<\/em>\u2026 \u00e0 <em>No Future<\/em> <\/strong>.<br \/>\n\u00ab\u00a0Et comment que c\u2019est vrai\u00a0\u00bb \u00e9crit Thomas Bernhard dans <em>Heldenplatz<\/em>, publi\u00e9 en 1988 (il meurt quelques mois plus tard). Et de tous les \u00e9nonc\u00e9s qui s\u2019entendent comme un \u00e9ni\u00e8me r\u00e9quisitoire contre l\u2019Autriche \u00ab\u00a0catholique et nazi\u00a0\u00bb, une \u00e9ni\u00e8me condamnation d\u2019un peuple de vassaux invert\u00e9br\u00e9s qui sont le mod\u00e8le europ\u00e9en de la collaboration muette fascin\u00e9e par cette m\u00e8re qu\u2019est Germania, un \u00e9ni\u00e8me pamphlet contre la R\u00e9publik Osterreich qui est \u00e0 l\u2019engagement ce que la Suisse est \u00e0 l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s, une \u00e9ni\u00e8me charge contre ce monde qui n\u2019est pas le monde\u2026 il y a cet \u00e9nonc\u00e9, dit par Madame Zittel, gouvernante de son \u00e9tat, dame de compagnie \u00e0 ses heures \u2013 \u00e9lev\u00e9e au rang de confidente, de singe-savant et de disciple du professeur Josef Schuster \u2013 porteuse de petite croix, \u00e0 vue, sur sa gorge.<br \/>\n\u00ab\u00a0Et comment que c\u2019est vrai\u00a0\u00bb dit-elle, ou un \u00e9nonc\u00e9 presque agrammatical, infirme en quelque sorte, qui rapporte le vrai sous sa forme mutil\u00e9e et populaire. De ces v\u00e9rit\u00e9s qui ont le go\u00fbt du bon sens \u00e9lev\u00e9 au rang de v\u00e9rit\u00e9 dans le monde domestique lequel ne s\u2019embarrasse pas de philosophie.<br \/>\n\u00ab\u00a0Et comment que c\u2019est vrai\u00a0\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 qui marque l\u2019\u00e9tonnement de celui qui ne comprend pas que l\u2019on puisse douter et qui s\u2019inqui\u00e8te que cette v\u00e9rit\u00e9 \u00e9vidente ne soumette pas l\u2019entourage. Phrase finalement superficielle, presque anecdotique au regard des multiples \u00e9nonc\u00e9s qui forment la pi\u00e8ce <em>Place des h\u00e9ros<\/em>. Phrase simple, presque trop simple eu \u00e9gard aux diff\u00e9rents moments o\u00f9 Bernhard fait mouche avec des formes r\u00e9flexives plus enlev\u00e9es et relev\u00e9es\u2026 Phrase anonyme et accessoire, en d\u00e9finitive, qui ne fait pas le poids des id\u00e9es devant le philosophe Robert (bien portant), fr\u00e8re de Josef le math\u00e9maticien-philosophe-suicid\u00e9 qui lui disserte sur la finalit\u00e9 et le but de la vie. Le philosophe caustique, critique, cynique, path\u00e9tique aussi\u2026 dont le discours est maintes fois plus m\u00e2tin\u00e9 de vernis que la petite phrase de Madame Zittel. Entre ces deux mondes qui cohabitent, ce monde d\u2019en haut et celui d\u2019en bas, celui des ma\u00eetres et des gens de peu, celui des h\u00e9ritiers\/rentiers et celui des \u00ab\u00a0gens de maison\u00a0\u00bb\/des petits personnels de service\u2026 entre le philosophe et la domestique, le discours argument\u00e9 et cisel\u00e9 de l\u2019un et la pens\u00e9e brute de l\u2019autre\u2026 c\u2019est moins la question de la lutte des classes, qu\u2019une diff\u00e9rence entre ceux qui fr\u00e9quent\u00e8rent les meilleures classes et n\u2019ont rien appris et les autres, les d\u00e9class\u00e9s qui, pour autant, qu\u2019ils copient les premiers, ont aussi leur mot \u00e0 dire, leur mot \u00e0 eux\u2026 Entre les deux, entre le discours d\u00e9velopp\u00e9 de l\u2019un et la pens\u00e9e en voie de d\u00e9veloppement de l\u2019autre, il y aura ainsi le commun de la <em>Place des h\u00e9ros<\/em> qui, en 1938, les unira autour de l\u2019Anschluss qui ne fera plus entendre qu\u2019une seule voix.<br \/>\n<center><iframe loading=\"lazy\" width=\"480\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/MG0HpQit3Gw\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br \/>\n<\/center><br \/>\n\u00ab\u00a0Et comment que c\u2019est vrai\u00a0\u00bb, dit tout juste deux fois d\u00e8s le premier \u00e9pisode d\u2019une pi\u00e8ce qui en compte trois, marque ainsi de son sceau <em>Place des h\u00e9ros<\/em> qui s\u2019\u00e9coute comme une longue suite de pens\u00e9es arbitrales, de remarques l\u00e9gif\u00e9rantes et de consid\u00e9rations subjectives sur l\u2019\u00e9tat d\u00e9vast\u00e9 et d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 du monde\u00a0: celui de l\u2019art (vivier de narcisses st\u00e9riles), celui de la politique (r\u00e9serve de pourris illettr\u00e9s), celui des journaux (fosse de gratte-papiers imb\u00e9ciles), celui du religieux (stock d\u2019id\u00e9es viles), celui de l\u2019\u00c9tat (espace vide)\u2026, et \u00e0 une \u00e9chelle moindre, mais finalement d\u00e9terminante pour les appareils structurants nomm\u00e9s ci-dessus, celui de l\u2019humain dont Bernhard, lors de sentences accablantes, souligne le peu de go\u00fbt pour le travail de l\u2019esprit. L\u2019humain dont on comprend \u2013 \u00e0 \u00e9couter Bernhard \u2013 que le droit de penser qu\u2019il revendique individuellement n\u2019est finalement que l\u2019antichambre fun\u00e8bre de la pens\u00e9e abandonn\u00e9e. Pens\u00e9e parqu\u00e9e, toujours prise au pi\u00e8ge de la d\u00e9l\u00e9gation, qui loin de d\u00e9livrer, se trouve livrer l\u2019humain \u00e0 ses terres maudites que sont les territoires du cynisme, de l\u2019abandon, du repliement&#8230; L\u00e0, en d\u00e9finitive, o\u00f9 le droit de penser finit par ne plus figurer, par facilit\u00e9, par l\u00e2chet\u00e9, par trahison, par indiff\u00e9rence\u2026 qu\u2019une forme de droit, pour n\u2019\u00eatre plus incarn\u00e9 que dans le Droit.<br \/>\nEt Bernhard de faire le proc\u00e8s de ce glissement ou de cette d\u00e9chirure-s\u00e9paration entre \u00ab\u00a0Droit\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Penser\u00a0\u00bb o\u00f9 si le second des deux termes induit un mouvement continu, une incertitude et une instabilit\u00e9, une aventure et, <em>in fine<\/em>, une peur\u2026 le premier, en revanche, n\u2019est que borne, limite, fronti\u00e8re, arr\u00eat&#8230; rassurant. Mani\u00e8re chez Bernhard de faire la critique du d\u00e9lib\u00e9ratif, du l\u00e9gislatif, du notari\u00e9, du l\u00e9gal, du l\u00e9gitime\u2026 qui sont les mortiers de tous les conservatismes. Mani\u00e8re d\u2019organiser, de planifier ou d\u2019aplanir et de lisser\u2026 les diff\u00e9rences en appliquant une \u00e9galit\u00e9 juridique fond\u00e9e sur la reconnaissance de toute chose\u2026 au point de faire de l\u2019art de repasser (\u00ab\u00a0l\u2019art du repassage est l\u2019un des arts le plus haut\u00a0\u00bb, paroles de Josef le suicid\u00e9 reprises par Madame Zittel) l\u2019\u00e9gal d\u2019un po\u00e8me de Goethe, de Descartes, de Kleist, l\u2019\u00e9gal de <em>Faust<\/em>, de <em>Mademoiselle Julie<\/em>, de <em>La Mort de Danton<\/em> (exemples pris au texte)\u2026 Ou quand l\u2019indistinct devient la r\u00e8gle, \u00ab\u00a0l\u2019indistinct\u00a0\u00bb qui est l\u2019autre mot de \u00ab\u00a0l\u2019uniforme\u00a0\u00bb\u2026<br \/>\n\u00c9crivant <em>Place des H\u00e9ros<\/em>, Bernhard n\u2019a pas \u00e9crit sur l\u2019Autriche, il a \u00e9crit sur le nid, le poumon, le ventre f\u00e9cond o\u00f9 g\u00eete la b\u00eate\u00a0; la matrice ovulaire couveuse et pondeuse qu\u2019est l\u2019Autriche qui n\u2019est que l\u2019un des organes reproducteurs d\u2019un corps plus complexe en attente d\u2019\u00eatre f\u00e9cond\u00e9.<br \/>\nAlors qui\u00a0?<br \/>\nAu compte des g\u00e9niteurs Bernhard r\u00e9pond\u00a0: Dieu, l\u2019am\u00e9ricanisme, le socialisme ou le National Socialisme, le d\u00e9sengagement, l\u2019entre-soi\u2026 Zittel, Schuster le suicid\u00e9, Robert le philosophe, Liebig, la veuve, Olga, Anna, Lukas,\u2026 Peut-\u00eatre la jeune Herta \u00e0 la crini\u00e8re de Rosa la rouge\u2026 les uns et les autres, les familles unies et leurs contraires, les familles oppos\u00e9es aussi\u2026 et de distinguer dans ce monde le peuple uni contre le peuple \u00e9lu\u2026 puisque, et Bernhard n\u2019a de cesse de le rappeler, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le bouc-\u00e9missaire <em>ad vitam aeternam<\/em>.<br \/>\n\u00ab\u00a0Times is out of joint\u00a0\u00bb faisait dire Shakespeare \u00e0 Hamlet\u2026 et l\u2019\u00e9lisab\u00e9thain de croire qu\u2019il y aurait un horizon, un monde \u00e0 redresser\u2026 Et Bernhard de lui r\u00e9pondre, l\u2019histoire de l\u2019infamie v\u00e9cue, d\u2019Oxford, de Cambridge, Neuhaus et d\u2019ailleurs (basta toutes les Utopia), en plantant en front de sc\u00e8ne un magnifique bouquet de fleurs, fa\u00e7on Sex Pistol \u00ab\u00a0nous sommes les fleurs de la benne \u00e0 ordure\u00a0\u00bb\u2026 oh, Will, there is No Future.<br \/>\n\u00ab\u00a0Et comment que c\u2019est vrai\u2026\u00a0\u00bb, deux fois dit, \u00e0 peine entendu peut-\u00eatre. Ou un \u00e9nonc\u00e9 qui ne fait pas mentir Foucault sur la raret\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, la raret\u00e9 qui est sa condition de v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\n<strong>La maison des petits cochons\u2026<\/strong><br \/>\nQu\u2019est-ce qu\u2019un d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Pourquoi un ornement\u00a0? Comment choisir la forme et la mati\u00e8re d\u2019une pens\u00e9e immat\u00e9rielle\u00a0? Comment \u00e9paissir une id\u00e9e, et lui trouver une visibilit\u00e9 dans un objet\u00a0?&#8230; Et qu\u2019est-ce qu\u2019une sc\u00e9nographie\u00a0? Comprenons un parcours sur le plateau, hors du plateau, un mouvement, un \u00e9tat\u00a0?<br \/>\nDans quel relief tombe l\u2019\u0153il et comment mettre en mouvement le regard\u00a0?<br \/>\nCe qui ressemble \u00e0 un appartement bourgeois au plafond d\u00e9mesur\u00e9ment haut, ce qui se donne comme un appartement aux fen\u00eatres incroyablement grandes, ce qui fait croire \u00e0 un int\u00e9rieur \u00e9tonnamment \u00e9vid\u00e9\u2026 finit par imposer qu\u2019il y a l\u00e0 un autre espace. Qu\u2019il n\u2019y a, \u00e0 l\u2019endroit qu\u2019offre Kristian Lupa, non plus un appartement, mais plut\u00f4t un bien immobilier. Expression juste que celle de \u00ab\u00a0bien immobilier\u00a0\u00bb qui dit explicitement autre chose. Expression qui induit le commerce, la vente, le d\u00e9part ou l\u2019arriv\u00e9e, une histoire pass\u00e9e (m\u00e9moire, souvenir, vie), et peut-\u00eatre un avenir encore incertain, o\u00f9 ceux qui ont v\u00e9cu l\u00e0, propri\u00e9taires ou locataires, sont d\u00e9sormais ailleurs.<br \/>\nCe qui ressemble \u00e0 un bien immobilier quand s\u2019impriment sur les murs quelques arbres \u00e9pars, quand s\u2019imprime par effet vid\u00e9o la silhouette floue d&rsquo;un ch\u00e2teau, quand, entre les quatre murs, se trouve un banc public, est plus qu\u2019un bien immobilier. C\u2019est peut-\u00eatre un jardin public ou peut-\u00eatre le parc d&rsquo;une maison de ma\u00eetre . Expression qui d\u00e9signe plus qu\u2019une architecture et induit une g\u00e9n\u00e9alogie, avec pignon sur rue, car la maison de ma\u00eetre connote toujours ceux qui regardent d\u2019en haut, puisqu\u2019ils sont de la \u00ab\u00a0haute\u00a0\u00bb. Et Kristian Lupa, \u00e0 ce nouvel endroit, donne \u00e0 voir le monde d\u2019en haut, celui des hauteurs et des hautains.<br \/>\nAu troisi\u00e8me \u00e9pisode, ce qui ressemble \u00e0 une maison de ma\u00eetre et son parc quand monte un brouillard \u00e9pais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des fen\u00eatres qui donnent sur la <em>Place des h\u00e9ros<\/em>, n\u2019est qu\u2019une maison de paille sur laquelle le loup va souffler. Et Lupa donne \u00e0 voir une porcherie bien pensante (table dress\u00e9e et soupe servie), d\u00e9licate et attabl\u00e9e \u00e0 s\u2019engraisser, g\u00e9rant les dessous de table et autres transactions financi\u00e8res, petits sp\u00e9culateurs et percepteurs de loyers\u2026 C\u2019est la maison des petites cochonneries, propres sur eux, sales au-dedans, sous l\u2019\u0153il des domestiques en retrait, \u00e0 leur service\u2026<br \/>\nCe qui est une porcherie, \u00e0 l\u2019image finale, est rattrap\u00e9e par la nuit et la vocif\u00e9ration qui couvre la digestion des porcs qui habitaient la maison de ma\u00eetre\u2026 Le loup fera d\u00e9sormais la loi dans \u00ab\u00a0la bergerie\u00a0\u00bb. Nacht und Nebel\u2026 embrasse les campeurs du \u00ab\u00a0camp de Neuhaus\u00a0\u00bb\u2026 qui gardaient la fen\u00eatre ferm\u00e9e afin de se prot\u00e9ger du bruit furieux qui grandissait et a balay\u00e9 tous les clapots environnants\u2026 Plus de gazouillis, plus de petites musiques, m\u00eame plus un corbeau de Villon \u00e0 \u00e9couter. \u00c7a hurle \u00e0 faire voler la vitre de la fen\u00eatre, ce verre de protection\u2026 qui abritait le ver\u2026<br \/>\nDes cartons de d\u00e9m\u00e9nagement estampill\u00e9s Oxford, des chaussures cir\u00e9es qui font des domestiques des cireurs de pompes, de l\u2019\u00e9vocation de Glenn Gould sans jamais l\u2019entendre, des quelques meubles sous plastiques, des chemises blanches du mort repass\u00e9es de mani\u00e8re pavlovienne, du spectre du professeur projet\u00e9 sur le mur qui fait de l\u2019ombre \u00e0 Zittel mise au fer (\u00e0 repasser), des arbres maigres qui feraient pleurer H\u00f6lderlin, des cannes qui soutiennent ce monde de morts vivants, d\u2019une caisse marqu\u00e9e par la croix gamm\u00e9e au terme d\u2019une phrase \u00ab\u00a0les masses, le peuple est comme toutes les femmes qui veulent \u00eatre viol\u00e9es\u00a0\u00bb\u2026 tout rel\u00e8ve de la naphtaline. Ce conservateur chimique de tissu, ici social, bient\u00f4t bouff\u00e9 par la racine que sont les h\u00e9r\u00e9dit\u00e9s.<br \/>\nC\u2019est dans ce d\u00e9cor que les com\u00e9diens de <em>Place des h\u00e9ros<\/em>, habill\u00e9s de noir tout au long des \u00e9pisodes, se donnent le change, sans jamais un \u00e9cart. Naturels non. R\u00e9alistes non. Hors d\u2019eux-m\u00eames au service d\u2019un phras\u00e9 blas\u00e9, int\u00e9rieurs \u00ab\u00a0jusqu\u2019\u00e0 c\u0153ur\u00a0\u00bb comme on dit \u00ab\u00a0\u00e0 point\u00a0\u00bb, ils ne jouent pas, ils subliment quelque chose qui leur est par nature \u00e9tranger. Ils respirent. C\u2019est juste, \u00e7a, la respiration qui fait que ce qui est dit ne se r\u00e9v\u00e8le pas autrement que sous le naturel. Ils respirent oui, c\u2019est juste \u00e7a qui donne \u00e0 la voix son accent, sa hauteur, son rythme\u2026 sans l\u2019artifice de la distance qui guette toujours le rapport de l\u2019acteur au texte. Et dans cette respiration se forme le souffle spirituel, le Geist, et le pneuma derridien, qui s\u2019introduit dans l\u2019oreille de celui qui, \u00e0 l\u2019\u00e9coute, n\u2019a besoin de faire aucun effort pour \u00eatre hant\u00e9 par le texte. Exercice d\u2019Hantologie que celui de la phonologie.<br \/>\n<strong>L\u2019autour et l\u2019axial\u2026<\/strong><br \/>\nEt de regarder la boite qu\u2019est le plateau \u2013 hant\u00e9 par des dialogues qui tous t\u00e9moignent de la pr\u00e9sence\/absence du mort \u2013 comme un creux dans une mati\u00e8re qu\u2019elle voile et dans laquelle elle baigne. Le creux, tout d\u2019abord, lieu de la parole articul\u00e9e, espace du d\u00e9placement, territoire d\u2019exposition et niche d\u2019ex\u00e9cution\u2026 Topographiquement, le creux est une d\u00e9formation dont on ne peut pr\u00e9voir s\u2019il s\u2019accentuera, s\u2019ouvrira, formera une b\u00e9ance ou pas. C\u2019est un entre-deux, \u00e0 l\u2019image de ceux qui y ont \u00e9lu domicile qui sont eux-m\u00eames, par leurs paroles port\u00e9es \u00e0 s\u2019en sortir, par leur inaction \u00e0 y \u00eatre enterr\u00e9e. Le creux\u2026 le creux de la vague, le creux des propos, l\u2019en creux du discours qui travestit, comme encore le ce qui sonne creux parce que le geste n\u2019est pas en accord avec la pens\u00e9e. La sc\u00e8ne chez Lupa a donc \u00e0 voir avec le creux qui n\u2019est pas sans rapport avec la croix (creuz en allemand\u2026)\u2026 Mais le creux n\u2019est rien sans l\u2019arri\u00e8re-fond qui lui donne corps.<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/q2r4uhzgbnlsyktyy2xmrktwmufic3fzzhhrsdgyoew5owi5mmtycxlsehvqmnqyzdbscdrlagfla1h0uy9lnu9savo4te1rcu1hq09zqnzunwdqtth0zji4sersazbyqvn6eflkuxuwmtdoada4sfjsv25uauxnue93q2zmslvyczi0cuhbctvzcesxqupyoevvb0hty25yy3lftenecyszbvhanxzkzwp2zxv2n0lcv2l.jpg\" alt=\"q2r4uhzgbnlsyktyy2xmrktwmufic3fzzhhrsdgyoew5owi5mmtycxlsehvqmnqyzdbscdrlagfla1h0uy9lnu9savo4te1rcu1hq09zqnzunwdqtth0zji4sersazbyqvn6eflkuxuwmtdoada4sfjsv25uauxnue93q2zmslvyczi0cuhbctvzcesxqupyoevvb0hty25yy3lftenecyszbvhanxzkzwp2zxv2n0lcv2l.jpg\" align=\"center\" \/><br \/>\nC\u2019est l\u00e0 que repose en d\u00e9finitive l\u2019esth\u00e9tique de Lupa. Esth\u00e9tique du frottement, de l\u2019achoppement qui repose sur les presque ouvertures que sont les fen\u00eatres qui sont comme le passage annonc\u00e9 et interdit, l\u2019espace interm\u00e9diaire et l\u2019intervalle obstru\u00e9. Lieu simultan\u00e9ment de la transparence et de l\u2019\u00e9paisseur redoubl\u00e9e. Et les fen\u00eatres laissent passer quelques bruits, quelques clapots sonores, quelques clart\u00e9s, quelques bribes de sons de la rue\u2026 Les fen\u00eatres sont la lucarne sur l\u2019autour. L\u2019autour du creux. Comprenons qu\u2019il ne s\u2019agit plus de relayer sc\u00e9nographiquement une dialectique qui reposerait sur le devant et le derri\u00e8re, sur le montr\u00e9 et sur le cach\u00e9\u2026 Mais bien plut\u00f4t de mettre en perspective que la surface est la partie \u00e9merg\u00e9e de la profondeur et qu\u2019il y a un lien consubstantiel entre les deux. La mise en sc\u00e8ne de Lupa fonctionne ainsi sur des mont\u00e9es, des remont\u00e9es, des relents, des reflux\u2026 esth\u00e9tiques magmatiques que transpirent les murs quand quelques impressions laissent entendre et voir que l\u2019entour vient \u00e0 la surface du creux. Esth\u00e9tique du frottement entre non pas les mondes, mais les \u00e9nergies complexes, et ici exclusivement n\u00e9gatives, du monde.<br \/>\n\u00c9nergies d\u00e9vorantes qui incorporent l\u2019autre \u00ab\u00a0autour\u00a0\u00bb qu\u2019\u00e9tait la salle soudainement projet\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9pisode\u00a02. Disparition, en quelque sorte du quatri\u00e8me mur qui fait du spectateur non plus un t\u00e9moin, mais un complice\u2026 Terrifiant non\u00a0! Et n\u00e9anmoins th\u00e9\u00e2tre de l\u2019esp\u00e9rance, ou esp\u00e9rance dans le th\u00e9\u00e2tre qui jette son corps dans la bataille, encore, et encore, et encore\u2026 avant l\u2019extinction. Quand s&rsquo;ach\u00e8ve <em>Place des h\u00e9ros<\/em>, c&rsquo;est au roman de Fran\u00e7ois Chatelet que je songe, pr\u00e9cis\u00e9ment au titre de son roman, <em>Les Ann\u00e9es de d\u00e9molition<\/em>&#8230; et \u00e0 la premi\u00e8re page, \u00e0 l&rsquo;exergue qui, sous la forme d&rsquo;une notice de dictionnaire, d\u00e9cline le mot \u00ab\u00a0classe\u00a0\u00bb&#8230; et de m&rsquo;inqui\u00e9ter de ce qui, de mani\u00e8re r\u00e9currente, fait \u00ab\u00a0la classe des h\u00e9ros\u00a0\u00bb&#8230;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1239\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/orange4.jpg\" alt=\"orange4.jpg\" align=\"center\" width=\"500\" height=\"309\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a ce monde qui n\u2019est pas le monde. Et nous en sommes les h\u00e9ritiers, mais aussi ceux qui le fa\u00e7onnent, avec la m\u00e9moire, avec l\u2019oubli, avec la volont\u00e9&#8230; Les h\u00e9ritiers de Lupa r\u00e9pondent au mort, r\u00e9pondent du mort. Et les 4\u00a0h\u00a015 de Place des h\u00e9ros de Thomas Bernhard, donn\u00e9es en lituanien surtitr\u00e9, ponctu\u00e9es de charges musicales, harmonieuses et d\u00e9construites de Bogumit Misala sont cruelles parce qu\u2019elles rappellent la condition de l\u2019h\u00e9ritage\u2026 une conscience. Du The Times is out<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1237,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1240","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1237"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}