


{"id":1261,"date":"2016-07-23T11:54:35","date_gmt":"2016-07-23T09:54:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1261"},"modified":"2016-07-23T11:54:35","modified_gmt":"2016-07-23T09:54:35","slug":"gogol-et-glaire-quelque-chose-comme-ca","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/gogol-et-glaire-quelque-chose-comme-ca\/","title":{"rendered":"Gogol et glaire, quelque chose comme \u00e7a"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>Les \u00e2mes mortes<\/em>, d\u2019apr\u00e8s le texte de Nikolai Gogol, mis en sc\u00e8ne par Kirill Serebrennikov se joue \u00e0 la FabricA du 20 au 23 juillet. \u00c9criture chorale et corporelle d\u2019un cynisme, cons\u00e9quence du ravage de la logique marchande. Difficile \u00e0 supporter, quelque part nouveau. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1258\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton451.jpg\" width=\"150\" height=\"149\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1259\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160719_rdl_0611.jpg\" alt=\"160719_rdl_0611.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\nCeci sera un papier p\u00e9nible. Ne le lisez pas.<br \/>\n<em>Les \u00e2mes mortes<\/em>\u00a0: Tchitchikov, esprit d\u2019un homme d\u2019affaire logique capitaliste pragmatique, ach\u00e8te des titres de propri\u00e9t\u00e9 de serfs morts Kirill Serebrennikov nous montre alors trois ou quatre sc\u00e8nes o\u00f9 le marchandage a eu lieu ; on glisse d\u2019une situation \u00e0 une autre, sans signifier le changement de lieu\u2026 blablabla\u2026 tout le monde pourra relire l\u2019action\u2026<br \/>\nOn est alors devant une corporalit\u00e9 nouvelle. Une corporalit\u00e9 qui peut nous faire penser \u00e0 quelque chose qui a lieu dans <em>Il est difficile d\u2019\u00eatre un Dieu<\/em>, film de A. Guerman, ou encore le <em>Faust<\/em> de A. Sokurov. Une corporalit\u00e9 qui fait du corps humain un objet comme un autre. Le corps humain, l\u2019objet corps, est pos\u00e9 sur un autre, objet pneu. Ou objet corps sur objet corps. Ou objet corps \u00e0 travers objet pneu. Bouscul\u00e9, jet\u00e9 dans un coin. Imbriqu\u00e9 l\u2019un dans l\u2019autre, comme un tas d\u2019objets. Des puces, des crachats, une sexualit\u00e9 bestiale. Le brut du corps. L\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 corporelle. Et ce brut du corps d\u00e9borde alors. Il produit un exc\u00e8s du corps. Des baisers grotesques. De la viande. Une corporalit\u00e9 qui engloutie le pragmatisme du capitaliste, mais qui demeure malgr\u00e9 sa force engloutissante impuissante. La banalit\u00e9 du cadavre. \u00c7a pue.<br \/>\nEt de cette corporalit\u00e9 est produit alors un jeu th\u00e9\u00e2tral qui a d\u00e9finitivement vaincu toute psychologisme, des corps sans \u00e2mes. Non pas des \u00e2mes mortes, mais des corps sans \u00e2mes. Sans sentiments. Sans ressenties. Un corps et des affects. Pas de continuit\u00e9 psychologique. Basculement d\u2019un affect \u00e0 un autre. C\u2019est comme cela qu\u2019ils peuvent jouer, arnaquer, \u00eatre des crapules. D\u2019o\u00f9 les grimaces, d\u2019o\u00f9 ce qui peut se rapprocher d\u2019un <em>Klamauk<\/em>, d\u2019un humour potache (mais le mot n\u2019est pas bon), de quelque chose qui est entre potache, grotesque, burlesque, nourri d\u2019un cynisme sans fond. D\u2019o\u00f9 des pr\u00e9sences, des actes, une agitation violente, difficile \u00e0 supporter. Des corps non pas ressentis, non pas habit\u00e9s, mais des corps dans leur brutalit\u00e9 d\u2019\u00eatre. Un humour de fin de quelque chose. Faudra tout de m\u00eame qu\u2019on en rit\u00a0! Mais un rire vulgaire. Un rire de crachats, de morve, de merde. Personne est \u00e0 sauver. Pas d\u2019\u00e9l\u00e9vation, pas de morale, pas de principe, pas de sophistication. Un rire du corps emp\u00eatr\u00e9 dans ses liquides. Quelque chose comme \u00e7a. Les flics sauvent la crapule capitaliste d\u2019autres crapules. L\u2019ordre du monde a toujours \u00e9t\u00e9 au service des riches. Quelque chose comme \u00e7a.<br \/>\nL\u2019\u00e9criture de cette choralit\u00e9 corporelle, ou de cette corporalit\u00e9 chorale, est soutenue par des moments de piano, jou\u00e9s en direct \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ou intercal\u00e9s par des vers chant\u00e9s, \u00e9clair\u00e9s par une poursuite, satyre d\u2019un lyrisme, moquerie d\u2019une \u00ab\u00a0distanciation\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019op\u00e9ra de quat\u2019sous, d\u2019une forme d\u00e9pass\u00e9e, archa\u00efque, de divertissement ou de critique. \u00c7a aussi, c\u2019est un crachat. De la glaire.<br \/>\nC\u2019est juste \u00e0 la fin, apr\u00e8s le passage de la haute bourgeoisie, des crapules et des arnaqu\u00e9s, reste un banc de travailleurs, de Shell ou de Total, assis et chantant\u00a0: \u00ab\u00a0Russie, que veux-tu de moi\u00a0?\u00a0\u00bb pendant que notre petit acheteur d\u2019\u00e2mes mortes, court et crie\u00a0: \u00ab\u00a0Fonce\u00a0! Fonce\u00a0!\u00a0\u00bb marquant alors la d\u00e9finitive rupture entre le projet de soci\u00e9t\u00e9 bourgeois et capitaliste et les exploit\u00e9s, laissant des \u00ab\u00a0laiss\u00e9s-pour-compte\u00a0\u00bb, oubli\u00e9s. Mais peut-\u00eatre oubli\u00e9s m\u00eame du cours du monde, de celui qui a perdu son peuple. Demeure quelques parts, projet\u00e9s au fond de la bo\u00eete sc\u00e9nographique en OSB, les ombres dissipant d\u2019un peuple.<br \/>\nQuelques instants avant, celui qui fonce aura oubli\u00e9 quelque chose. Tel un Faust qui est visit\u00e9 \u00e0 la fin par le souci, notre pragmatique capitaliste aura oubli\u00e9 quelque chose. Une ancienne crapule arnaqu\u00e9-arnaqueur lui r\u00e9pond\u00a0: tes amis. Et on aurait pu voir dans la camaraderie de ces mecs \u00e0 casquettes une amiti\u00e9 qu\u2019on ne saura o\u00f9 trouver d\u00e9sormais.<br \/>\nCela cependant est d\u00e9j\u00e0 trop moraliste. Reste le souvenir de ces mecs, cette meute, qu\u2019elle soit riche ou pauvre, arnaqueurs ou exploiteurs. Il n\u2019y a pas une femme. Les femmes sont jou\u00e9s par des mecs. Une chance pour la femme de ne pas y \u00eatre. Une meute. Des chiens.<br \/>\nSans cesse des actes en parall\u00e8le. Des actions derri\u00e8re, \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Surcharg\u00e9. Diss\u00e9mination. Comme la perdition d\u2019un sens (dans le sens de direction) \u00e0 la fin d\u2019un monde. <em>Les \u00c2mes mortes<\/em>, publi\u00e9 en 1842, 1861 abolition du servage, quelques quarantaine d\u2019ann\u00e9e plus tard les r\u00e9volutions que l\u2019on conna\u00eet.<br \/>\nEt peut-\u00eatre peut-on retrouver quelque chose de ces corps dans notre situation post-fordiste o\u00f9 la tentative d\u2019habiter quelque chose, o\u00f9 le ressenti le plus intime et priv\u00e9 m\u00eame est investi et ali\u00e9n\u00e9 par la logique marchande qui ne peut laisser, derri\u00e8re son ravage, que du cynisme.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1260\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160719_rdl_0395.jpg\" alt=\"160719_rdl_0395.jpg\" align=\"center\" width=\"921\" height=\"613\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e2mes mortes, d\u2019apr\u00e8s le texte de Nikolai Gogol, mis en sc\u00e8ne par Kirill Serebrennikov se joue \u00e0 la FabricA du 20 au 23 juillet. \u00c9criture chorale et corporelle d\u2019un cynisme, cons\u00e9quence du ravage de la logique marchande. 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