


{"id":1268,"date":"2016-07-23T14:35:11","date_gmt":"2016-07-23T12:35:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1268"},"modified":"2016-07-23T14:35:11","modified_gmt":"2016-07-23T12:35:11","slug":"rumeurs-de-grands-soirs-recit-des-petits-jours","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/rumeurs-de-grands-soirs-recit-des-petits-jours\/","title":{"rendered":"Rumeurs de grands soirs, r\u00e9cit des petits jours"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dans <em>La condition postmoderne<\/em>, Jean-Fran\u00e7ois Lyotard d\u00e9finissait notre \u00e9poque comme celle de la \u00ab\u00a0crise des r\u00e9cits\u00a0\u00bb et tenait pour \u00ab\u00a0postmoderne, l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9ta-r\u00e9cits\u00a0\u00bb. Ces m\u00e9ta-r\u00e9cits ou grands r\u00e9cits, comme les nomme Lyotard, h\u00e9ritage des Lumi\u00e8res, promettaient aux individus l\u2019\u00e9mancipation par le savoir, la marche in\u00e9luctable vers le progr\u00e8s et permettaient au pouvoir (intellectuel ou politique) de l\u00e9gitimer son autorit\u00e9 en assurant la coh\u00e9rence du groupe autour de valeurs partag\u00e9es. Mais l\u2019espoir des grands soirs a v\u00e9cu, et nous vivons aujourd\u2019hui sans r\u00e9cits f\u00e9d\u00e9rateurs, pris dans une crise constante des r\u00e9cits. Leur disparition laisse l\u2019individu face \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 ses croyances\u00a0: \u00ab\u00a0Chacun est renvoy\u00e9 \u00e0 soi. Et chacun sait que soi est peu \u00bb.\n<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1262\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton452.jpg\" width=\"150\" height=\"149\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1263\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_3354.jpg\" alt=\"160717_rdl_3354.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>Trait\u00e9 de savoir-vivre \u00e0 l\u2019usage des jeunes g\u00e9n\u00e9rations<\/strong><br \/>\nEnfants des ann\u00e9es 70, sinon des ann\u00e9es 80, que nous reste-il alors\u00a0? Comment faire groupe, lier commerce, dans une \u00e9poque o\u00f9 tout s\u2019atomise, s\u2019\u00e9miette, o\u00f9 semble triompher l\u2019individualisme le plus effr\u00e9n\u00e9\u00a0? L\u2019\u00e9cho de Pod\u00e9mos, de la Gr\u00e8ce, de Nuit debout, ces recherches d\u2019une nouvelle forme de d\u00e9mocratie, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une nouvelle mani\u00e8re d\u2019\u00eatre ensemble, ont travers\u00e9 l\u2019\u00e9dition de ce Festival, irrigu\u00e9 de nombreuses cr\u00e9ations, en donnant lieu parfois \u00e0 des r\u00e9ponses et \u00e0 des esth\u00e9tiques que l\u2019on n\u2019a pu s\u2019emp\u00eacher de trouver un peu simplistes, comme si l\u2019ironie et la d\u00e9rision face \u00e0 toute tentative de cr\u00e9er de nouveaux r\u00e9cits, faisait aujourd\u2019hui partie int\u00e9grante de notre h\u00e9ritage post-moderne.<br \/>\nA ces questions, les cinq jeunes belges du Raoul Collectif r\u00e9pondent au contraire par une attitude post-moderne assum\u00e9e, dans laquelle les savoirs les plus savants sont travaill\u00e9s par une distance critique et ironique. Le nom m\u00eame de ce groupe porte en germe toutes les questions autour desquelles se structure leur travail. Raoul collectif, voil\u00e0 qui sonne comme une bonne blague belge, un peu potache. Et pourtant. \u00ab\u00a0Raoul\u00a0\u00bb, pour l\u2019hommage \u00e0 Raoul Vaneigem, situationniste belge, compagnon de route de Debord dans les ann\u00e9es 60, qui a fourni, avec son Trait\u00e9 du savoir-vivre \u00e0 l\u2019usage des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, un br\u00e9viaire de la pens\u00e9e contestataire. Et \u00ab\u00a0collectif\u00a0\u00bb, parce que derri\u00e8re ce nom, se cachent cinq jeunes gens, qui se sont rencontr\u00e9s au conservatoire de Li\u00e8ge, et qui cherchent ensemble une nouvelle mani\u00e8re de cr\u00e9er, de faire groupe, dans un paysage th\u00e9\u00e2tral contemporain qui laisse si peu de place \u00e0 la jeune cr\u00e9ation. A la recherche d\u2019une forme neuve, caract\u00e9ristique des \u00e9poques modernes, ils pr\u00e9f\u00e8rent l\u2019esth\u00e9tique du recyclage, de la citation, de la parodie. De fait, leur nouvelle cr\u00e9ation, <em>Rumeurs et petits jours<\/em> se construit comme une reconstitution, une archive, qui exhumerait un morceau de pass\u00e9, celui pr\u00e9cis\u00e9ment, qui a vu mourir, croit-on, (ou peut-\u00eatre nous raconte-t-on) les derniers grands r\u00e9cits. Plus de grands soirs, mais des petits jours, plus de r\u00e9cits, mais des rumeurs. Et voil\u00e0 \u00e9tabli, semble-t-il, le certificat de d\u00e9c\u00e8s des grandes utopies\u00a0!<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1264\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_3160.jpg\" alt=\"160717_rdl_3160.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>Effet de direct et diff\u00e9r\u00e9\u00a0: sympt\u00f4mes postmodernes. <\/strong><br \/>\n<em>Rumeurs et petits jours<\/em> propose \u00e0 ses spectateurs une plong\u00e9e dans un pass\u00e9 proche. Sans pr\u00e9tendre \u00e0 la m\u00e9ticulosit\u00e9 et \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre qui tiendrait de l\u2019archive, (comme celui que d\u00e9veloppe par exemple Milo Rau, et que les spectateurs du Festival d\u2019Avignon avaient pu voir en 2013 dans Hate Radio), la pi\u00e8ce se construit n\u00e9anmoins dans un mouvement de convocation du pass\u00e9. A l\u2019image de ces vid\u00e9os que propose l\u2019INA et que l\u2019on regarde autant pour l\u2019effet de d\u00e9paysement qu\u2019elle provoquent que par leur capacit\u00e9 \u00e0 faire naitre la nostalgie d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue, les cinq jeunes acteurs r\u00e9cr\u00e9ent sur sc\u00e8ne le studio d\u2019une \u00e9mission de radio des ann\u00e9es 70, pour nous faire assister \u00e0 l\u2019enregistrement de la derni\u00e8re \u00e9mission, en direct, d\u2019Epigraphe, une \u00e9mission culturelle qui r\u00e9unit, autour d\u2019une table, cinq chroniqueurs, et que la direction de la radio a brutalement d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9programmer. L\u2019effet de reconstitution est complet,  toute l\u2019imagerie des ann\u00e9es 70\u00a0est l\u00e0 : la scie musicale un peu sautillante du g\u00e9n\u00e9rique, le vinyle, le t\u00e9lex qui permet les interventions en direct des auditeurs, la clope \u00e0 la main \u00e0 longueur de temps, la s\u00e9ance de diapositives un peu floues et bien s\u00fbr, le col roul\u00e9 rentr\u00e9 dans le pantalon taille haute.<br \/>\n Pass\u00e9 proche qui n\u2019en finit pas de revenir, vinyles qui envahissent aujourd\u2019hui les appartements des jeunes trentenaires, sites internet qui c\u00e9l\u00e8brent, en collectionnant les clich\u00e9s de Chirac et Pompidou, le style des politiques d\u2019antan\u00a0: regrets et nostalgies d\u2019une \u00e9poque que le grain un peu vieilli des photos et des images rend bien plus libre, plus vivante, plus transgressive que la n\u00f4tre. Nostalgie des cols roul\u00e9s, des gitanes que l\u2019on grillait sans se soucier des lois Evin. Nostalgie d\u2019une technologie rudimentaire, qui permettait les premiers effets de direct \u00e0 coups de t\u00e9lex. Nostalgie d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les intellectuels avaient droit de cit\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, dans la presse, et \u00e0 la radio justement. Et pourtant, semble dire le Raoul Collectif, \u00e9poque qui vit aussi la disparition des grandes utopies, et pire peut-\u00eatre, qui accepta de les laisser mourir. Car, si l\u2019\u00e9mission de radio est en direct (et cela donnera lieu \u00e0 toute une s\u00e9rie de ratages, r\u00e9jouissant et dr\u00f4les), nous la recevons avec un diff\u00e9r\u00e9 de 40 ans, temps qui autorise autant la nostalgie que l\u2019ironie de la parodie.<br \/>\nC\u2019est que, dans la reconstitution m\u00eame des ann\u00e9es 70, op\u00e8re un premier r\u00e9cit. Les Raoul collectif convoquent, non pas les ann\u00e9es 70, mais l\u2019image que l\u2019on se fait d\u2019elles, l\u2019histoire que l\u2019on se raconte \u00e0 leur propos. Et si l\u2019\u00e9coute de la bande-audio de l\u2019\u00e9mission que l\u2019on enregistre devant nous aurait pu conforter cette image, le pr\u00e9sent du plateau, offert \u00e0 la contemplation du specatteur, ne cesse au contraire d\u2019op\u00e9rer des d\u00e9centrements. Confront\u00e9s \u00e0 l\u2019arr\u00eat de leur \u00e9mission, le groupe des chroniqueurs de l\u2019\u00e9mission se l\u00e9zarde. Il y a ceux qui luttent et d\u00e9noncent, livrant \u00e0 l\u2019antenne le nom du directeur, qui, alors m\u00eame qu\u2019il est un intellectuel de gauche, n\u2019a pas soutenu leur projet. Et puis, il y a ceux qui ont justement d\u00e9jeun\u00e9, le midi avec ce m\u00eame directeur, dans l\u2019espoir, suppose-t-on, de se recaser rapidement \u00e0 l\u2019antenne.<br \/>\n Et puis, il y a celui qui se tait. Enfin, il y a celui qui n\u2019est pas l\u00e0, souffrant, et qui s\u2019est content\u00e9 d\u2019envoyer, en geste de soutien, un cactus. Ces cinq chroniqueurs n\u2019en finissent pas de parler, de se perdre dans des circonvolutions m\u00e9andreuses, verbeuses et bien vaines, corrigeant sans cesse les mots de l\u2019autre, refusant par exemple que l\u2019on stigmatise encore le Seine, en la traitant de fleuve pollu\u00e9, alors que tant d\u2019autres fleuves pollu\u00e9s en France pourraient servir d\u2019exemples. Portait savoureux, et souvent jubilatoire, f\u00e9roce et tr\u00e8s dr\u00f4le, qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer parfois (recyclage, quand tu nous tiens) les parodies que les Nuls ou les Inconnus, livraient dans les ann\u00e9es 90, des \u00e9missions culturelles. Mais les Raoul vont plus loin que la seule parodie\u00a0: ils mettent en sc\u00e8ne, et d\u00e9construisent un certain mode de fonctionnement des discours. Atomisation des points de vue, d\u00e9construction syst\u00e9matique des discours des autres, faillite d\u2019une id\u00e9ologie de gauche face \u00e0 l\u2019arriv\u00e9 in\u00e9luctable du lib\u00e9ralisme, mesquineries personnelles, impossibilit\u00e9 de s\u2019accorder sur le sens des mots que l\u2019on ne cesse de discuter sans fin, bref, \u00ab\u00a0crise des r\u00e9cits\u00a0\u00bb dirait Lyotard. Et l\u2019on ajouterait m\u00eame\u00a0: enfermement dans les r\u00e9cits individuels de ces cinq hommes que plus personne n\u2019\u00e9coute, m\u00eame pas eux-m\u00eames, sauf peut-\u00eatre cette Benoite Grioult (\u00a0!) qui ne cesse d\u2019intervenir dans l\u2019\u00e9mission par des t\u00e9lex haineux, pour d\u00e9fendre, elle aussi, sa chapelle, les femmes, et les non-fumeurs. Mort d\u2019une pens\u00e9e quand elle se prend elle-m\u00eame pour objet. Epigraphe ou \u00e9loge fun\u00e8bre des intellectuels en cols roul\u00e9s\u00a0! Portait d\u2019une esp\u00e8ce en voie de disparition, comme celles que l\u2019un des chroniqueurs nous fait d\u00e9couvrir, dans une m\u00e9morable s\u00e9ance de diapositives. Mort du groupe, quand un autre chroniqueur d\u00e9cide \u00ab\u00a0d\u2019assumer personnellement une responsabilit\u00e9 collective\u00a0\u00bb<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1265\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_3282.jpg\" alt=\"160717_rdl_3282.jpg\" align=\"center\" width=\"921\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>La fabrique du pr\u00e9sent\u00a0: du r\u00e9cit critique \u00e0 l\u2019action. <\/strong><br \/>\nEt pourtant, dans un des t\u00e9lex de Benoite figure un petit r\u00e9cit, comme un apologue\u00a0: l\u2019histoire d\u2019un cheval et d\u2019une vache, enferm\u00e9s dans un pr\u00e9 exigu, et confront\u00e9s \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de se nourrir, sous la coupe d\u2019un maitre dominateur et de son fils. Et dans le commentaire de ce r\u00e9cit, le groupe rejoue son conflit. Lecture marxisante contre lecture utopique, lecture n\u00e9olib\u00e9rale contre lecture empathique\u00a0: chacun instrumentalise la vache, le cheval, le pr\u00e9 pour imposer \u00e0 l\u2019autre sa vision et proposer une lecture de la crise de leur groupe. Mais d\u00e9j\u00e0, dans cet exercice de crise de l\u2019interpr\u00e9tation, le groupe se reconstitue\u00a0: dans le d\u00e9bat, dans la confrontation, quelque chose d\u00e9rape, qui se traduit concr\u00e8tement par la mise \u00e0 mal du studio d\u2019enregistrement. Les tables se brisent, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et les plombs sautent. Efficacit\u00e9 du direct, qui impose \u00e0 chacun de sortir de la routine de l\u2019\u00e9mission, comme ces temps de synth\u00e8se o\u00f9 l\u2019un des chroniqueurs, pr\u00e9levant de mani\u00e8re arbitraire dans la masse des discours certains termes, livre une relecture po\u00e9tique et presque surr\u00e9aliste de ce qui vient de se dire. Et c\u2019est dans ce d\u00e9r\u00e8glement, dans ce jeu, au sens presque physique du terme, que le groupe conquiert peut \u00e0 peu sa libert\u00e9, se r\u00e9unit et se retrouve. Dans une atmosph\u00e8re de fin du monde, les cinq chroniqueurs, perdu pour perdu, d\u00e9cident de faire l\u2019\u00e9mission dont ils r\u00eavent. Et le discours retrouve son efficacit\u00e9 quand il s\u2019agit d\u2019inviter une Id\u00e9e. L\u2019id\u00e9e est blonde, travestie, elle s\u2019appelle T.I.N.A, acronyme de \u00ab\u00a0there is no alternative\u00a0\u00bb selon la formule ch\u00e8re \u00e0 Margaret Thatcher. Et cette id\u00e9e, ils auraient pu l\u2019appeler \u00ab\u00a0r\u00e9cit\u00a0\u00bb. Si l\u2019id\u00e9ologie, c\u2019est la cr\u00e9ation de r\u00e9cits qui permettent \u00e0 un pouvoir de l\u00e9gitimer son autorit\u00e9, alors TINA est peut-\u00eatre le dernier grand-r\u00e9cit de notre \u00e9poque, le dernier m\u00e9ta-r\u00e9cit qui nous gouverne aujourd\u2019hui.<br \/>\nProduit de l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9o-lib\u00e9rale, produit forg\u00e9 au Mont P\u00e8lerin d\u00e8s 1947, par les membres du groupe du m\u00eame nom, qui d\u00e9cid\u00e8rent, apr\u00e8s la guerre, de diffuser, \u00e0 coup de think tank, de prix Nobels, et de th\u00e9ories \u00e9conomiques, cette id\u00e9ologie, qui leur apparaissait comme le seul rempart contre les autres grands r\u00e9cits, ceux du fascisme et du communisme, dont les ruines recouvraient maintenant l\u2019Europe. Et cette emprise de T.I.N.A nous ram\u00e8ne au pr\u00e9sent, au direct\u00a0: \u00e0 cette impossibilit\u00e9 de trouver, d\u2019imaginer ou de vivre des plans B. A cette main mise de l\u2019id\u00e9ologie et de l\u2019\u00e9conomie sur nos soci\u00e9t\u00e9s.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1266\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_3327.jpg\" alt=\"160717_rdl_3327.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>Petite fabrique de l\u2019utopie.<\/strong><br \/>\nA ce constat, pas de solutions miracles\u00a0! Impossible pour nos chroniqueurs de tuer TINA. Alors, quoi\u00a0? Retour au d\u00e9sert, comme dirait l\u2019autre\u00a0! Le cactus, qui faisait signe depuis le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, sur la table des chroniqueurs, prend son sens. Une histoire de graine, donn\u00e9e par un vieil indien, du sable que l\u2019on d\u00e9verse, au plateau, en nombre. Le saccage. Le foutraque comme forme de lib\u00e9ration. Masque de cheval, masque de vache qui collaborent pour chasser les mouches et inventer une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019autre. Dans le dossier de presse de leur spectacle, les Raoul \u00e9voquent leur rencontre au Mexique avec les huichols, une tribu qui se raconte, elle, d\u2019autres r\u00e9cits pour expliquer et comprendre le monde. Une tribu qui n\u2019a pas oubli\u00e9 le Soleil, une tribu pr\u00e9-moderne, une tribu qui nous rappelle qu\u2019il existe, ailleurs, loin, tr\u00e8s loin, d\u2019autres vies possibles. Mais comme dans une utopie, le voyageur doit \u00eatre expuls\u00e9, rapidement, revenir dans son pays, porteur d\u2019un r\u00e9cit, qu\u2019il livrera \u00e0 sa communaut\u00e9, sans espoir d\u2019\u00eatre entendu. Alors les chroniqueur se rassoient, et livrent une derni\u00e8re parole, emprunt\u00e9e, cela ne nous \u00e9tonnera pas au titre du dernier livre de Raoul Vaneigem\u00a0: \u00ab\u00a0rien n\u2019est fini, tout commence\u00a0\u00bb.<br \/>\nPas s\u00fbr que dans ce \u00ab\u00a0rien n\u2019est fini, tout commence\u00a0\u00bb se dessine une voie radicale et nouvelle. Les Raoul assument une certaine d\u00e9rision, un art du bricolage et du ratage, du foutraque, du mineur donc, qui d\u2019une certaine mani\u00e8re peut apparaitre comme le dernier sympt\u00f4me d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui ne croit plus aux grands soirs et qui convoque, peut-\u00eatre un peu trop facilement, les sables du d\u00e9sert mexicains. Mais laissons alors les derniers mots \u00e0 Michaux, po\u00e8te belge qui fit n\u00e9anmoins le choix de mourir en France\u00a0: \u00ab\u00a0Faute de soleil [mexicain], sache m\u00fbrir dans la glace\u00a0\u00bb\u00a0!<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1267\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_3443.jpg\" alt=\"160717_rdl_3443.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans La condition postmoderne, Jean-Fran\u00e7ois Lyotard d\u00e9finissait notre \u00e9poque comme celle de la \u00ab\u00a0crise des r\u00e9cits\u00a0\u00bb et tenait pour \u00ab\u00a0postmoderne, l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9ta-r\u00e9cits\u00a0\u00bb. 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