


{"id":1276,"date":"2016-07-23T17:14:42","date_gmt":"2016-07-23T15:14:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1276"},"modified":"2016-07-23T17:14:42","modified_gmt":"2016-07-23T15:14:42","slug":"hearing-cest-comme-ca","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/hearing-cest-comme-ca\/","title":{"rendered":"Hearing. C\u2019est comme \u00e7a."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Du 21 au 24 juillet, <em>Hearing<\/em> de Amir Reza Koohestani joue au th\u00e9\u00e2tre Benoit XII. Une histoire, un interrogatoire, une cam\u00e9ra, quatre com\u00e9diennes. Le pouvoir arbitraire. C\u2019est comme \u00e7a. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1273\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton454.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1274\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160720_rdl_1960.jpg\" alt=\"160720_rdl_1960.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\nQuand j\u2019entre dans le th\u00e9\u00e2tre Beno\u00eet XII, les sacs sont, comme chaque fois, fouill\u00e9s dans ce temps d\u2019hyst\u00e9rie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Croire que ces gentilles ouvreurs et ouvreuses pourraient arr\u00eater un tueur d\u00e9cid\u00e9 rel\u00e8ve quand m\u00eame de la pens\u00e9e magique. Je ressors parce que \u00e7a ne rentre pas encore, dans la salle. En retraversant le seuil, on me contr\u00f4le encore. \u00ab\u00a0Vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9, non\u00a0?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Oui, mais je suis ressorti parce que \u00e7a n\u2019entrait pas encore.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0La petite poche aussi svp.\u00a0\u00bb Soupire. \u00ab\u00a0Eh oui, c\u2019est comme \u00e7a.\u00a0\u00bb<br \/>\nC\u2019est comme \u00e7a, donc. Et on se dit que les \u00ab\u00a0C\u2019est comme \u00e7a.\u00a0\u00bb ont redoubl\u00e9 en masse en 33 et apr\u00e8s. Et on se dit que ces \u00ab\u00a0C\u2019est comme \u00e7a.\u00a0\u00bb avec toute leur d\u00e9f\u00e9rence pour l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9parent bien le fascisme \u00e0 venir. On se dit bien que c\u2019est le d\u00e9but et la cause de ce dont la pi\u00e8ce <em>Hearing<\/em> parle. \u00c9couter ce qu\u2019on nous dit. Et r\u00e9pondre. Que dans cette logique, il y a toujours un sup\u00e9rieur, que ce n\u2019est jamais nous le responsable, que l\u2019on est toujours victime et bourreau, que les victimes produisent des bourreaux et que lorsque l\u2019autorit\u00e9 lui plaira d\u2019appliquer des proc\u00e9dures arbitraires, on pourra dire bye-bye \u00e0 quelque chose qui se rapprochait \u00e0 la justice. On pourra dire bye-bye aux preuves. Mais, c\u2019est comme \u00e7a. Point.<br \/>\n\u00c7a parle donc de \u00e7a. C\u2019est donc un interrogatoire qui tourne en rond, infiniment. Une camarade d\u2019\u00e9cole a entendu une voix masculine dans la chambre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, en parle. Ou\u00a0:<br \/>\n<quote>\u00ab\u00a0Chaque fois qu&rsquo;elle prend son v\u00e9lo, Samaneh repense \u00e0 Neda qui d\u00e9valait, libre, les rues encore d\u00e9sertes de T\u00e9h\u00e9ran, \u00e0 Neda qui ne reviendra pas de son exil en Su\u00e8de. Elle repense \u00e0 ce soir de Nouvel An o\u00f9, rest\u00e9e \u00e0 l&rsquo;internat pour filles de son universit\u00e9, elle croit entendre le rire d&rsquo;un homme provenant de la chambre de sa camarade. Voix r\u00e9elle aux c\u00f4t\u00e9s de son amie cens\u00e9e rester seule ou voix tapie au creux de ses fantasmes d&rsquo;adolescente\u2009? Trop tard. La rumeur de la transgression absolue a couru. Un rapport est remis \u00e0 la surveillante. Depuis douze ans, Samaneh revit en boucle l&rsquo;interrogatoire subi, ressasse les r\u00e9ponses qu&rsquo;elle ne peut plus changer, revit son \u00ab\u2009cauchemar de femme coinc\u00e9e dans la culpabilit\u00e9\u2009\u00bb. Une sanction inconsciente qu&rsquo;Amir Reza Koohestani, dans cet opus en clair-obscur, souligne d&rsquo;un trait bleu qui ne la quittera plus. Cette voix, c&rsquo;est aussi le ressort dramaturgique de la pi\u00e8ce. C&rsquo;est la cam\u00e9ra subjective du metteur en sc\u00e8ne iranien qui explose les limites spatiales du th\u00e9\u00e2tre et les limites sensorielles de la repr\u00e9sentation ; une navigation d\u00e9licate dans les eaux elliptiques mais universelles de l&rsquo;implicite. L\u00e0 o\u00f9 courants intimes et sociaux se t\u00e9lescopent faisant rejaillir la violence sourde d&rsquo;une vie pass\u00e9e sous les interdits.\u00a0\u00bb  <\/quote><br \/>\nProgramme du Festival.<br \/>\nRien \u00e0 rajouter.<br \/>\nSauf peut-\u00eatre ce vague sentiment qu\u2019une certaine id\u00e9e bien-pensante pousse les spectateurs d\u2019Avignon \u00e0 applaudir n\u2019importe quel th\u00e9\u00e2tre d\u00e8s qu\u2019il vient de pays qu\u2019on bombarde, bombardait ou bombardera. Croire que taper dans leurs mains rach\u00e8terait leur responsabilit\u00e9 rel\u00e8ve peut-\u00eatre autant de la pens\u00e9e magique, mais au moins \u00e7\u2019aura rachet\u00e9 leurs consciences. C\u2019est comme \u00e7a.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1275\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160720_rdl_2018.jpg\" alt=\"160720_rdl_2018.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 21 au 24 juillet, Hearing de Amir Reza Koohestani joue au th\u00e9\u00e2tre Benoit XII. Une histoire, un interrogatoire, une cam\u00e9ra, quatre com\u00e9diennes. Le pouvoir arbitraire. C\u2019est comme \u00e7a. Quand j\u2019entre dans le th\u00e9\u00e2tre Beno\u00eet XII, les sacs sont, comme chaque fois, fouill\u00e9s dans ce temps d\u2019hyst\u00e9rie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Croire que ces gentilles ouvreurs et ouvreuses pourraient arr\u00eater un tueur d\u00e9cid\u00e9 rel\u00e8ve quand m\u00eame de la pens\u00e9e magique. Je ressors parce que \u00e7a ne rentre pas encore, dans la salle. 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