


{"id":1298,"date":"2016-07-25T12:02:59","date_gmt":"2016-07-25T10:02:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1298"},"modified":"2016-07-25T12:02:59","modified_gmt":"2016-07-25T10:02:59","slug":"la-dictadura-de-lo-cool-la-dictature-du-son","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-dictadura-de-lo-cool-la-dictature-du-son\/","title":{"rendered":"La Dictadura de lo cool : La dictature du son"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le go\u00fbt du proc\u00e8s\u2026 le go\u00fbt du jugement moral, celui aussi de l\u2019emphase, de la d\u00e9mesure\u2026 Avec <em>La Dictadura de lo cool<\/em>, le \u00ab metteur en sc\u00e8ne \u00bb chilien Marco Layera continue de s\u2019initier \u00e0 la pratique th\u00e9\u00e2trale. Apr\u00e8s le r\u00e9visionnisme de <em><a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article10\">L\u2019imaginacion del futuro<\/a><\/em> (point de vue st\u00e9rile sur les derni\u00e8res heures de Salvador Allende), la nouvelle messe de Layera s\u2019en prend aux Bobos\u2026 un peu moins de deux heures path\u00e9tiques, tant du point de vue th\u00e9\u00e2tral que du point de vue s\u00e9mantique. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1294\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/arton459.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1295\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_4978.jpg\" alt=\"160717_rdl_4978.jpg\" align=\"center\" width=\"921\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>Discours de Beauf aux bobos\u2026<\/strong><br \/>\nAu pr\u00e9texte de faire dans l\u2019actualit\u00e9 des formes immersives, prenez en otage un groupe de spectateurs et placez-le sur la sc\u00e8ne\u2026 affublez-le d\u2019un \u00ab couvre-chef \u00bb idiot, et au top d\u00e9part d\u2019un spectacle aux relents potaches mi\u00e8vres, faites-le mimer une f\u00eate \u00ab bobo \u00bb, un verre \u00e0 la main, parmi les ballons, sous les parasols, les chaises de salon de jardin et la piscine (plastique gonflable), en compagnie des interpr\u00e8tes de <em>La Dictadura<\/em>. D\u00e9gagez ces \u00ab accessoires \u00bb que sont les spectateurs au bout de cinq minutes et faites-les commenter par les acteurs pros qui restent sur le plateau et les cataloguent soit en \u00ab connards \u00bb, soit en \u00ab gros \u00bb.<br \/>\nImitez ensuite une soir\u00e9e, entre artistes superficiels (repr\u00e9sentation du bobo chez Layera) et genre humain d\u00e9cervel\u00e9 n\u2019ayant, pour seul rapport \u00e0 l\u2019existence, que : le cul, le sexe violent, le narcissisme, l\u2019alcool, le rail d\u2019h\u00e9ro\u00efne, le go\u00fbt du confort \u00ab retour aux valeurs naturelles \u00bb, et la sape \u00e0 la mode\u2026 Faites en sorte que les dialogues qu\u2019ils auront reposent exclusivement sur les lieux communs, et que leurs pens\u00e9es intimes (effet de monologue int\u00e9rieur) ne renvoient jamais qu\u2019\u00e0 leur nombril\u2026<br \/>\nPlacez au c\u0153ur de ce tableau caricatural, un \u00ab nouveau ministre de la culture \u00bb qui d\u00e9velopperait le \u00ab syndrome de Hal \u00bb (relire le <em>Henri V<\/em> de Shakespeare o\u00f9 un prince est touch\u00e9 par la gr\u00e2ce et fuit comme la peste sa vie pass\u00e9e pour devenir un mod\u00e8le intransigeant de lutte contre la corruption, au point de bannir ses amis, notamment Falstaff)\u2026<br \/>\nJouez de cette opposition et de ce clivage entre la communaut\u00e9 artistique en perdition et le ministre de la r\u00e9demption. N\u2019oubliez pas d\u2019ajouter \u2013 cerise sur le gateau \u2013 une figure prol\u00e9taire en la personne d\u2019une servante d\u00e9guis\u00e9e en ours (\u00ab \u00eatre un ours \u00bb signifiant, rappelons-le, n\u2019avoir aucune \u00e9ducation).<br \/>\nFaites de la sc\u00e8ne un capharna\u00fcm bling-bling avec paillette, ponctuez ce qui se d\u00e9roulera des musiques et autres chansons du Top 10. Bloquez le r\u00e9gulateur de d\u00e9cibels sur le maximum. Ajoutez un \u00e9cran vid\u00e9o qui relaiera ce qui se passe en catimini et ne joue ici que pour augmenter le clivage manich\u00e9en des situations. Faites en sorte de construire un espace dialectique o\u00f9 ce qui est expos\u00e9 sur sc\u00e8ne se trouve relay\u00e9 autrement derri\u00e8re le rideau en agitant la cam\u00e9ra qui filme des acteurs form\u00e9s \u00e0 l\u2019inertie. Jouez de ces deux dimensions afin d\u2019esp\u00e9rer obtenir un effet dramatique (path\u00e9tique, tragique, comique).<br \/>\nPartant de tout cela, improvisez un sc\u00e9nario o\u00f9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les mauvais ne sont pas si inhumains et le sauveur pas si blanc\u2026 Bref, tentez de r\u00e9ecrire la pr\u00e9face de <em>Cromwell<\/em>. Entretenez le fil conducteur du discours sur la culture branch\u00e9e, la culture populaire, l\u2019abandon de valeurs morales, les artistes d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, le politique qui a failli\u2026<br \/>\nHeu, j\u2019en oublie\u2026<br \/>\nEt de la salle o\u00f9 s\u2019empilent les sons satur\u00e9s et les images vid\u00e9os ineptes, les voix aboyantes, les situations de jeux pseudo trash matin\u00e9es de grotesque caricatural, les propos st\u00e9riles pseudo critiques, le spectateur subit deux heures durant la b\u00eatise d\u2019un \u00ab metteur en sc\u00e8ne \u00bb (qui endosse le r\u00f4le titre du ministre). Au pire de ce qui n\u2019est que d\u00e9jection, tissu de vomis, crachats d\u2019imb\u00e9cilit\u00e9s, le spectateur prendra dans la gueule (il n\u2019y a pas d\u2019autres noms \u00e0 ces formes larvaires de terrorisme) quelques moments sup\u00e9rieurs \u00e0 gerber. Instants de l\u2019humiliation du gay \u00e0 qui l\u2019on fourre une cigarette dans l\u2019anus, instant populiste sur la fonction de l\u2019art et paroles infamantes sur la performance (on croit reconna\u00eetre une critique explicite du travail d\u2019Angelica Lidell), instant vague d\u2019allusion au film de Pasolini pour leur encouragement \u00e0 \u00ab baiser un chat \u00bb, instant de la performeuse violant\u00e9e (st\u00e9r\u00e9otype de la femme viol\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre reconduit), etc. Soit, en d\u00e9finitive, un ensemble de s\u00e9quences r\u00e9actionnaires qui, sous couvert de d\u00e9noncer ou d\u2019adopter un point de vue critique sur un fonctionnement social (la disparition d\u2019un art articul\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation), se contemple comme une succession de rapports fachos d\u2019un \u00ab beauf \u00bb aux bobos\u2026<br \/>\nD\u2019un mot \u00e0 propos de <em>La Dictadura<\/em> ? comme l\u2019aurait dit Ubu, c\u2019est de la \u00ab MERDE \u00bb.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1296\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_5203.jpg\" alt=\"160717_rdl_5203.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><br \/>\n<strong>On ne se fera pas que des amis\u2026<\/strong><br \/>\ndans l\u2019exercice de ce m\u00e9tier qui s\u2019appelle la critique. Variation un peu plus prudente que <a href=\"http:\/\/culturebox.francetvinfo.fr\/avignon\/le-festival-d-avignon\/la-critique-au-festival-d-avignon-1419-243469\">les vignettes du net o\u00f9 J.T.<\/a>, commen\u00e7ant ses allocutions par un \u00ab c\u2019est simple \u00bb fait un sort \u00e0 tout ce qui bouge (au th\u00e9\u00e2tre) en deux minutes, et entre autres, \u00e0 la <a href=\"http:\/\/next.liberation.fr\/theatre\/2016\/07\/20\/avignon-les-critiques-de-theatre-selon-la-piccola-familia-et-des-enfants-sur-le-radeau-de-la-meduse_1467355\">\u00ab critique qui n\u2019a pas d\u2019amis \u00bb<\/a>. Se faire des amis\u2026 quelle dr\u00f4le d\u2019id\u00e9e que celle qui r\u00e9glerait la finalit\u00e9 du geste critique sur l\u2019amiti\u00e9 \u00e0 gagner, \u00e0 acheter ( ?). Il faudrait prendre le temps d\u2019un bref rappel de cours de licence pour expliquer que la critique a \u00e0 voir avec la <em>parrhesia<\/em> (cf. Foucault). C\u2019est-\u00e0-dire un \u00ab parler vrai \u00bb que l\u2019on peut traduire par \u00ab parler en toute sinc\u00e9rit\u00e9 \u00bb qui n\u2019induit d\u2019aucune mani\u00e8re une v\u00e9rit\u00e9, mais une mani\u00e8re de s\u2019adresser \u00e0 l\u2019autre qui s\u2019\u00e9carte de la s\u00e9duction dont Aristote disait qu\u2019il fallait se m\u00e9fier.<br \/>\nEntre J.T., quelques autres et finalement Marco Layera, les points de convergence sont multiples : le raccourci, le sch\u00e9matisme, la gouaille plus que le d\u00e9veloppement\u2026 sans compter cette mani\u00e8re de figurer toujours au centre, au c\u0153ur et d\u2019endosser le \u00ab r\u00f4le principal \u00bb puisque M. comme T. aime la posture de visibilit\u00e9\u2026 Narcissisme ou opinion de soi qui tend \u00e0 pr\u00e9tendre qu\u2019il n\u2019y en aura qu\u2019un pour donner le LA.<br \/>\nMais bref\u2026 critique, il faut s\u2019aventurer encore et essayer de revenir sur ce format esth\u00e9tique qui, lorgnant la chose politique, n\u2019en finit pas de l\u2019\u00e9conduire \u00e0 coups d\u2019effets, \u00e0 coups de rebondissements, \u00e0 grand renfort de paillettes et de visuels clinquants. Au vrai, qu\u2019il s\u2019agisse du lien qu\u2019ils entretiennent \u00e0 la pens\u00e9e ou \u00e0 l\u2019image, ces metteurs en sc\u00e8ne que l\u2019on croise sur le festival d\u2019Avignon, et qui sont d\u00e9sormais les locataires de la programmation, rel\u00e8vent d\u2019une certaine esth\u00e9tique. Non pas le trash sur lequel ils ont quelques vues, mais l\u2019esth\u00e9tique du flash. Au mieux, faut-il ainsi consid\u00e9rer que c\u2019est une g\u00e9n\u00e9ration de <em>flashplayer<\/em>. Elev\u00e9s au spot publicitaire, berc\u00e9s par l\u2019illusion que tout se vaut, couv\u00e9s par untel, privil\u00e9giant le coup au d\u00e9veloppement, confondant l\u2019ennui avec le d\u00e9veloppement ou l\u2019approfondissement&#8230; une g\u00e9n\u00e9ration qui pense le th\u00e9\u00e2tre comme ils pratiquement le t\u00e9l\u00e9chargement. \u00c7a me plait, je t\u00e9l\u00e9charge\u2026 \u00c0 d\u00e9faut de cultiver une pens\u00e9e, ils d\u00e9veloppent une forme d\u2019addiction \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre de communication. Communication de quoi ? D\u2019eux-m\u00eames, de leurs isolements, de leurs regards gangren\u00e9s par le petit \u00e9cran qui finit par faire \u00e9cran \u00e0 quelque chose de plus grand qu\u2019eux-m\u00eames.<br \/>\nTh\u00e9\u00e2tre d\u2019aujourd\u2019hui, en quelque sorte, o\u00f9 l\u2019on fera les frais de leur conscience d\u2019\u00eatre les ambassadeurs critiques d\u2019un monde qu\u2019ils entretiennent par un geste d\u00e9funt. Car c\u2019est un geste d\u00e9funt que celui de ces metteurs en sc\u00e8ne. Un th\u00e9\u00e2tre mort, in fine, o\u00f9 il s\u2019agit juste de remuer les cendres : eux-m\u00eames. Un th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00e8re industrielle de la valorisation du grossier.<br \/>\nEt si d\u2019aventure quelques critiques sont adress\u00e9es \u00e0 ce peuple des cimeti\u00e8res, il est rabrou\u00e9 au pr\u00e9texte que la critique n\u2019a pas l\u2019exclusive de \u00ab l\u2019esprit critique \u00bb. C\u2019est faire peu de cas, du spectateur (le critique l\u2019est aussi). L\u2019esprit\u2026 toujours dr\u00f4le, \u00e7a, quand on sait comme Barthes le soulignait que \u00ab le corps n\u2019a pas les m\u00eames pens\u00e9es que moi \u00bb. C\u2019est le corps que vous malmenez, que vous estropiez, que vous oubliez\u2026 Ce corps qui, au th\u00e9\u00e2tre, re\u00e7oit vos mots, vos gestes\u2026 comme autant de mauvais coups, de coups bas\u2026<br \/>\n<em><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/O%C3%B9-va-th%C3%A9%C3%A2tre-Jean-Pierre-Thibaudat\/dp\/2842300742\">O\u00f9 va le th\u00e9\u00e2tre<\/a> ?<\/em> demandait l\u2019un des critiques de ce si\u00e8cle ? Et de lui r\u00e9pondre que la question est fauss\u00e9e\u2026 \u00ab O\u00f9 en est-il ? \u00bb serait plus juste, quand on voit \u00ab o\u00f9 vous l\u2019avez remis\u00e9 \u00bb.<br \/>\nRideau !<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1297\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/160717_rdl_5268.jpg\" alt=\"160717_rdl_5268.jpg\" align=\"center\" width=\"920\" height=\"613\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le go\u00fbt du proc\u00e8s\u2026 le go\u00fbt du jugement moral, celui aussi de l\u2019emphase, de la d\u00e9mesure\u2026 Avec La Dictadura de lo cool, le \u00ab metteur en sc\u00e8ne \u00bb chilien Marco Layera continue de s\u2019initier \u00e0 la pratique th\u00e9\u00e2trale. Apr\u00e8s le r\u00e9visionnisme de L\u2019imaginacion del futuro (point de vue st\u00e9rile sur les derni\u00e8res heures de Salvador Allende), la nouvelle messe de Layera s\u2019en prend aux Bobos\u2026 un peu moins de deux heures path\u00e9tiques, tant du point de vue th\u00e9\u00e2tral que du<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1294,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1298","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1294"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1298"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}