


{"id":1321,"date":"2016-11-27T21:11:22","date_gmt":"2016-11-27T20:11:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1321"},"modified":"2016-11-27T21:11:22","modified_gmt":"2016-11-27T20:11:22","slug":"haine-du-theatre","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/haine-du-theatre\/","title":{"rendered":"Haine du th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>Le Temps et la Chambre<\/em> de Botho Strauss mis en sc\u00e8ne par Alain Fran\u00e7on au TNP de Villeurbanne les 22-26 novembre 2016.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1320\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/arton467.jpg\" width=\"610\" height=\"612\" \/><\/p>\n<p>Fran\u00e7on r\u00e9duit <em>Le Temps et la Chambre<\/em> (1988) de Botho Strauss \u00e0 un drame bourgeois et \u00e0 un encha\u00eenement quasi boulevardier de sayn\u00e8tes. Le \u00ab d\u00e9cor \u00bb de Jacques Gabel verse dans le naturalisme et le monumental. Il a d\u00fb engloutir une grande partie du budget, se dit-on d&#8217;embl\u00e9e. Il reconstitue le salon d\u2019un grand appartement donnant sur rue : tout le mur c\u00f4t\u00e9 cour est lambriss\u00e9 de boiseries, la colonne pr\u00e9vue dans le texte est imposante et tapiss\u00e9e de pourpre, une armoire blanche au fond renferme vaisselle et liqueurs \u00e0 profusion, les deux fauteuils sont en cuir, le plafond ajour\u00e9 par des verri\u00e8res est tr\u00e8s haut, tout pr\u00e8s des cintres&#8230;<br \/>\nLa distribution clinquante et h\u00e9t\u00e9roclite a d\u00fb absorber l\u2019autre partie du budget, se dit-on au fur et \u00e0 mesure des entr\u00e9es. C\u2019est un <em>casting<\/em> : Antoine Mathieu (L\u2019Homme en manteau d\u2019hiver, Rudolf, Troisi\u00e8me Homme, Un Client), Charlie Nelson (Franck Arnold, Premier Homme), Gilles Privat (Olaf), Aur\u00e9lie Reinhorn (La Femme Sommeil, La Chef de service), Georgia Scalliet <em>de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise<\/em> (Marie Steuber), Renaud Triffault (Le Parfait Inconnu, Deuxi\u00e8me Homme, Le Graphiste), Dominique Valadi\u00e9 (L\u2019Impatiente, La Coll\u00e8gue), Jacques Weber (Julius), Wladimir Yordanoff (L\u2019Homme sans montre, Ansgar) et la voix de Anouk Grinberg (la colonne parlante).<br \/>\nLeur jeu consiste principalement \u00e0 jouir de leurs beaux costumes, autre partie cons\u00e9quente du budget, se dit-on : vestons parfaitement coup\u00e9s, chemises blanches, cravates \u00e9l\u00e9gantes, \u00e9charpes blanches, robe de dentelle noire, trench beiges ou bleus, bijoux&#8230; \u00ab Maladies du costume de th\u00e9\u00e2tre \u00bb, diagnostiquait Roland Barthes (<em>Th\u00e9\u00e2tre populaire<\/em>, 1955, ne pas confondre avec le TNP). Dans le langage des notaires, on parle de jouissance d\u2019un bien ou d\u2019un capital. Jouir, ici, c\u2019est poss\u00e9der un beau costume.<br \/>\nChacun.e cabotine et s\u2019enferme dans le st\u00e9r\u00e9otype de son emploi habituel. Le fringant Jacques Weber, l\u2019\u00e9ternel don juan du th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9, a \u00e9videmment sur ses genoux une jeune et jolie actrice, auparavant endormie et presque nue dans son fauteuil. Sa gestuelle se r\u00e9sume \u00e0 remettre en place la m\u00e8che de son in\u00e9narrable crini\u00e8re blanche. La com\u00e9dienne du Fran\u00e7ais conjoint quant \u00e0 elle hyst\u00e9rie, narcissisme et minauderies. Elle \u00e9tait plus inspir\u00e9e dans <em>Apr\u00e8s la r\u00e9p\u00e9tition<\/em> (cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Garonne \u00e0 Toulouse en 2013, vu au Th\u00e9\u00e2tre Kantor \u00e0 Lyon le 21 novembre 2016). Elle gagnait au change en se confrontant \u00e0 Frank Vercruyssen des tg STAN, aux antipodes du Fran\u00e7ais (une belle \u00ab\u00a0maison\u00a0\u00bb).<br \/>\nDans le programme, Fran\u00e7on se r\u00e9f\u00e8re exclusivement \u00e0 Bondy, qui avait cr\u00e9\u00e9 <em>Le Temps et la Chambre<\/em> \u00e0 la Schaub\u00fchne en 1989. Il n\u2019\u00e9voque pas Ch\u00e9reau, qui l\u2019a mis en sc\u00e8ne en 1991 \u00e0 l\u2019Od\u00e9on, comme une r\u00e9ponse amicale mais ferme \u00e0 Bondy. Plus largement, il ne cite pas R\u00e9gy qui a fait reconna\u00eetre le dramaturge allemand en France via <em>La Trilogie du revoir<\/em>, <em>Grand et Petit<\/em> et <em>Le Parc<\/em> d\u00e8s 1981. Fran\u00e7on se m\u00e9fie du mot  \u201fd\u00e9construction\u201d, qui sonne trop \u00e0 ses oreilles avec \u00ab\u00a0destruction\u00a0\u00bb. Les d\u00e9calages m\u00e9taphysiques, l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 des apparitions et la dramaturgie fragmentaire de Strauss ainsi \u00e9vacu\u00e9s, ne reste plus qu\u2019une pi\u00e8ce, une valeur immobili\u00e8re. La parole des acteurs retentit dans un grand vide. La bourgeoisie (alsacienne, parisienne ou lyonnaise) s\u2019y compla\u00eet avec un enthousiasme poli, bien comme il faut.<br \/>\nDe R\u00e9gy \u00e0 Fran\u00e7on se dessine alors une trajectoire, heureusement pas la seule possible, qui va de l\u2019exception d\u2019une recherche sans compromis \u00e0 une m\u00e9diocrit\u00e9 satisfaite qui am\u00e8ne le boulevard dans le th\u00e9\u00e2tre public. Il est temps d\u2019affirmer notre haine du th\u00e9\u00e2tre dont Fran\u00e7on et d\u2019autres sont le nom. Il s&rsquo;agit de transmuer cette haine en force de refus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Temps et la Chambre de Botho Strauss mis en sc\u00e8ne par Alain Fran\u00e7on au TNP de Villeurbanne les 22-26 novembre 2016. Fran\u00e7on r\u00e9duit Le Temps et la Chambre (1988) de Botho Strauss \u00e0 un drame bourgeois et \u00e0 un encha\u00eenement quasi boulevardier de sayn\u00e8tes. Le \u00ab d\u00e9cor \u00bb de Jacques Gabel verse dans le naturalisme et le monumental. Il a d\u00fb engloutir une grande partie du budget, se dit-on d&#8217;embl\u00e9e. 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