


{"id":1343,"date":"2017-03-01T12:11:12","date_gmt":"2017-03-01T11:11:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1343"},"modified":"2017-03-01T12:11:12","modified_gmt":"2017-03-01T11:11:12","slug":"tentatives-de-fougues-2","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/tentatives-de-fougues-2\/","title":{"rendered":"Tentatives de Fougues"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>Tentatives de fugue (et la joie ?&#8230; Que Faire ?)<\/em> est \u00e0 regarder, \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 entendre pour l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 que promet le titre. Une tentative d\u2019\u00e9vasion vers un monde meilleur ou un monde agenc\u00e9 autrement. Mais aussi, et simultan\u00e9ment, la tentation de mettre en musique l\u2019Histoire des p\u00e8res faite d\u2019abandons, de trahisons, d\u2019h\u00e9sitations\u2026 Avec cette premi\u00e8re cr\u00e9ation, au Th\u00e9\u00e2tre Antoine Vitez, la compagnie en Devenir du metteur en sc\u00e8ne Malte Schwind reprenait le travail en son territoire La D\u00e9viation \u00e0 l\u2019Estaque. Un premier essai esth\u00e9tique, po\u00e9tique, lyrique et politique\u2026 loin des modes de production rouill\u00e9s de la grande diffusion et de l\u2019industrie culturelle. Et si ce travail est perfectible, il rel\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 d\u2019une \u0153uvre de la maturit\u00e9\u2026 <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-1340\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/arton477.jpg\" width=\"150\" height=\"149\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1341\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/618150313.jpg\" alt=\"618150313.jpg\" align=\"center\" width=\"1920\" height=\"1080\" \/><br \/>\n<strong>Le ma\u00e7on Schwind\u2026<\/strong><br \/>\nFaire du th\u00e9\u00e2tre chez Malte Schwind rel\u00e8ve de l\u2019amour et du d\u00e9sarroi devant tant de \u00ab business produce \u00bb qui laissent si peu de place \u00e0 un geste authentique et ancestral. De quoi lui donner parfois l\u2019envie de changer de voie et de prendre une truelle pour faire des murs et des redoutes. A moins que ce d\u00e9sir de devenir un ma\u00e7on \u2013 un jour peut-\u00eatre \u2013 ne soit juste li\u00e9 \u00e0 l\u2019ancienne cimenterie qu\u2019occupe aujourd\u2019hui \u00ab La D\u00e9viation \u00bb. Un nom, un programme, un il\u00f4t d\u2019utopie coinc\u00e9 dans les flancs rugueux et escarp\u00e9s de l\u2019Estaque qui fait de La D\u00e9viation la carri\u00e8re Boulbon des pauvres et des d\u00e9laiss\u00e9s. C\u2019est l\u00e0 que Schwind et plusieurs autres artistes ont \u00e9lu domicile dans des caravanes afin de fabriquer une histoire artistique diff\u00e9rente.<br \/>\nPlasticiens, circassiens, gens de th\u00e9\u00e2tre\u2026 s\u2019y retrouvent \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre d\u2019abord pour am\u00e9nager un lieu, puis le faire vivre de la cr\u00e9ation. Pour le public qui se sentira concern\u00e9, La D\u00e9viation, c\u2019est un peu un p\u00f4le emploi bis invers\u00e9. On y fabrique le travail, on ne l\u2019attend pas. Comme le dit un ami en parlant de Fran\u00e7ois Tanguy et du Radeau : \u00ab Fran\u00e7ois ne peut pas imaginer faire du th\u00e9\u00e2tre, sans planter un clou \u00bb. Et d\u2019imaginer que Schwind serait un peu pareil\u2026 ou comme Yann Boudaud, encore, qui quitta Claude R\u00e9gy pour devenir ma\u00e7on, avant de revenir aupr\u00e8s de lui.<br \/>\nEtudiant en psycho au Canada, rentr\u00e9 en France o\u00f9 il suivra un cursus d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales, allemand de naissance, europ\u00e9en par conviction, altermondialiste par id\u00e9alisme, Schwind ne compte ni les heures, ni les \u00e9nergies qu\u2019il met \u00e0 faire exister ce territoire atypique plant\u00e9 au fond de l\u2019Estaque et devenu le voisin des habitants du quartier. Pas simple parfois de faire exister tout cela quand un bougon dans la population se sent priv\u00e9 du bruit m\u00e9lodieux des moteurs d\u2019avion en approche vers l\u2019a\u00e9roport de Marseille Provence. Pas simple, non, de faire exister une diff\u00e9rence o\u00f9 le bruit de la mobylette et le moteur essoufl\u00e9 de la 4 L sont les derni\u00e8res acquisitions motoris\u00e9es de La D\u00e9viation. Sans doute qu\u2019ils g\u00eanent ces \u00ab jeunes \u00bb \u00e0 vivre leur art qui s\u2019accorde mal avec le bougon et son \u00ab art de vivre \u00bb qui r\u00e9clame de la police qu\u2019elle s\u2019occupe de ces \u00ab loustics \u00bb. Reste que la mayonnaise semble prendre. Les demandes de r\u00e9sidence sont de plus en plus nombreuses. Les artistes se pressent petit \u00e0 petit pour venir travailler. Gageons que le mode \u00e9conomique n\u2019y est pas pour rien, puisqu\u2019\u00e0 La D\u00e9viation, les prix sont libres. Chacun donne en son \u00e2me et conscience ce qu\u2019il peut et veut. On l\u2019aura compris, ceux qui viennent \u00e0 La D\u00e9viation, comme ceux qui y vivent et y travaillent, ont choisi un autre mod\u00e8le \u00e9conomique, un autre rapport \u00e0 l\u2019organisation du travail, une autre forme sociale, un rapport diff\u00e9rent \u00e0 la consommation qui, ici, a chang\u00e9 de nom et s\u2019appelle d\u00e9sormais : la participation.<br \/>\nAinsi, c\u2019est bien une alternative que les uns et les autres proposent \u00e0 La D\u00e9viation puisque le projet artistique se double ici d\u2019un rapport critique et politique \u00e0 l\u2019agencement et l\u2019organisation du champ social. Et si l\u2019on ne peut faire de Schwind un brechtien, on se doute que la transformation du monde, \u00e0 une \u00e9chelle r\u00e9duite, ne peut se satisfaire seulement de paroles mais qu\u2019il lui faut aussi des actes. Soit un geste articul\u00e9 \u00e0 une pens\u00e9e : ce qui est de fait \u00e0 la D\u00e9viation\u2026<br \/>\nTentatives de Fugue (etc.) na\u00eetra donc de tout cela, repr\u00e9sente tout cela\u2026 quelque chose comme \u00ab un th\u00e9\u00e2tre \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb pourrions-nous dire en empruntant \u00e0 Jean-Fran\u00e7ois Lyotard. Quelque chose qui cherche une intensit\u00e9 sinc\u00e8re qui viendrait se substituer \u00e0 la dilution qu\u2019induisent juste les produits de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle.<br \/>\n<strong>Et la joie ? Que Faire ?<\/strong><br \/>\nAlors Tentatives de Fugue\u2026 ? C\u2019est d\u2019abord une \u00e9pop\u00e9e ; une fresque historique qui balaie les deux cents ans d\u2019Histoire r\u00e9volutionnaire qui viennent de passer et qui ont d\u00e9livr\u00e9 leurs flots de joies, de peines, d\u2019espoirs et de d\u00e9ceptions. Quelque chose comme la mise en sc\u00e8ne des chim\u00e8res du Grand Soir o\u00f9, ici et l\u00e0, sur tous les continents (essentiellement europ\u00e9ens et latino-am\u00e9ricains), des peuples se sont soulev\u00e9s, se soul\u00e8vent. Ici, une horde de prol\u00e9taires. L\u00e0, une r\u00e9volution des commis agraires. Aujourd\u2019hui des pauvres qui travaillent ou essaient. Et ces masses organiques saisies par les peintres (projections sur le mur de reproductions picturales, entre autres de Carcova \u00ab Pan y Trabajo \u00bb) muettes, aux visages flamboyants et angoiss\u00e9s, aux traits sculpt\u00e9s par le travail asservissant\u2026 trouvent dans la bande de com\u00e9diens et com\u00e9diennes, au plateau, quelques voix pour faire entendre les causes, les origines, les ferments singuliers de ces soul\u00e8vements. Sur un mode le plus souvent burlesque et parfois tenant \u00e0 un grotesque qui tient aux portraits caricaturaux qu\u2019offrent les acteurs, Schwind a ainsi identifi\u00e9, et fait jouer et dire les causes qui sont tout autant religieuses que bourgeoises, narcissiques que grandiloquentes et politiques.<br \/>\nC\u2019est que le monde conna\u00eet un ver qui le ronge de l\u2019int\u00e9rieur o\u00f9 les travers des \u00ab singularit\u00e9s quelconque \u00bb sont le foyer des soubresauts qui agitent l\u2019Histoire. Et Schwind afin de les rendre reconnaissables travaille \u00e0 une \u00e9chelle \u00e9norme o\u00f9 le ventru, le poilu, le bedonnant, la bite pendante exhib\u00e9e, la mamelle difforme, l\u2019avachissement, la pens\u00e9e grasse\u2026 mais aussi la s\u00e9cheresse des silhouettes monastiques, l\u2019aridit\u00e9 du verbe d\u00e9shumanis\u00e9s parce que trop humanis\u00e9s sont les sympt\u00f4mes du royaume des petites soci\u00e9t\u00e9s bestiales, bancales, f\u00e9cales aux tourments anales.<br \/>\nC\u2019est un monde animal d\u2019\u00eatre politiques (parce qu\u2019ils en font, ou n\u2019en font pas) que livre avec f\u00e9rocit\u00e9 Schwind. Un monde avari\u00e9 et rabelaisien fait de ventripotents et d\u2019exsangues, les premiers se nourrissant des seconds ; les seconds d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s n\u2019offrant aucune autre r\u00e9sistance que leurs mines spectrales, fantomatiques et cadav\u00e9riques\u2026 et parfois un soubresaut r\u00e9volutionnaire. Et c\u2019est l\u00e0 que Tentatives de Fugue (Et la joie ?&#8230; Que faire ?) s\u2019ouvre aux formes d\u2019un lyrisme m\u00e9lancolique, recourant \u00e0 Artaud, \u00e0 Holderlin, \u00e0 Proust, \u00e0 Schubert, \u00e0 P\u00e4rt, Mahler\u2026 qui font exister une plainte lointaine \u00e9cho profond de l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde autrement. Geste chez Malte Schwind qui tend \u00e0 d\u00e9passer (fugue donc) ce qu\u2019il met en d\u00e9bat : un \u00e9tat des soci\u00e9t\u00e9s ind\u00e9passablement li\u00e9s \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9tats, encombrants, comme lorsqu\u2019il donne \u00e0 lire \u00e0 Johana Giacardi (rigoureuse et habit\u00e9e) un extrait d\u2019<em>Hyp\u00e9rion<\/em> d\u2019Holderlin.<br \/>\n<strong>Un th\u00e9\u00e2tre po\u00e9tico-sarcastique<\/strong><br \/>\nQue dire de ces \u00e9pisodes qui se suivent, se ressemblent, s\u2019\u00e9cartent les uns des autres\u2026 ? Que penser en d\u00e9finitive de ces sc\u00e8nes qui charient ce monde risible et grave de bouleversements ? Que voit-on au juste \u00e0 travers ces silhouettes du d\u00e9sagr\u00e9gement ? Qu\u2019entendons-nous dans les voix de ces acteurs pris dans le tourbillon des vibrations de la boule \u00e0 cris ? Comment se saisir de ces choses furtives, de ce motif de R\u00e9volution de Chagall qui vient orner bri\u00e8vement la palissade ? De cette phrase au commencement de Tentatives de fugue, en haut, \u00e0 gauche, \u00ab Depuis la langue a pris peur\u2026 \u00bb qui figure comme un \u00ab Il \u00e9tait une fois \u00bb que le travail de Schwind d\u00e9veloppera sous ses formes fragiles et caricaturales, mais aussi simples et humbles \u2026 ? Comment regarder ce mur sur lequel s\u2019appuie les com\u00e9diens avant qu\u2019il ne soit pris d\u2019assaut et tombe, ouvrant sur l\u2019arri\u00e8re fond de la cimenterie de la D\u00e9viation ? A-t-on per\u00e7u, dans ces m\u00e9andres rythmiques, le fil constant de l\u2019\u00e9l\u00e9gie : cette parole de deuil et de mort ? A-t-on aper\u00e7u dans le d\u00e9sastre que r\u00e9fl\u00e9chissent ces sc\u00e8nes, la crise de la capacit\u00e9 de l\u2019homme et de l\u2019\u00eatre \u00e0 se saisir du destin ?<br \/>\nOui, la palissade tombera comme tombent les murs, mais sur quoi ouvrira-t-elle qui dessine enfin un horizon. Oui, les mots qui cherchent en vain la consolation chez Holderlin trouvent un \u00e9cho fougueux, r\u00e9volt\u00e9 et batailleur chez Saint Just\u2026 Oui, les armes brandies, au final, sont peut-\u00eatre une alternative \u00e0 ce d\u00e9ficit chronique et inflammatoire qui si\u00e8ge au sein de la rh\u00e9torique r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nMais en d\u00e9finitive, regardant Tentatives de Fugue, c\u2019est un isolement qui est le fil continu de ce travail. Un isolement qui, comme Maurice Blanchot l\u2019\u00e9crit dans <em>Le Dernier Mot<\/em>, convoque \u00ab l\u2019heure de la solitude \u00bb. Et de regarder ainsi la mise en sc\u00e8ne de Malte Schwind comme un \u00e9cho \u00e0 la m\u00e9lancolie de Pessoa, un vers de Georg Trakl\u2026 L\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9sir mol\u00e9culaire ne trouve aucune r\u00e9alisation dans les formes molaires de l\u2019organisation du social. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019individu devient \u00e9tranger \u00e0 la volont\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 la fraternit\u00e9 (mot que l\u2019on entendra distinctement) est moribonde. Et de voir, alors, dans la palissade prise d\u2019assaut qui bascule, moins la victoire sur un mur, qu\u2019un d\u00e9cor vertical de chausse-trappes pris \u00e0 Feydeau. Mani\u00e8re chez Schwind, peut-\u00eatre, de se r\u00e9clamer tout \u00e0 la fois d\u2019un th\u00e9\u00e2tre de boulevard f\u00e9roce, que d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de boulevard amorphe et endormie \u00e0 laquelle il s\u2019agit d\u2019\u00e9chapper.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1342\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/julie-2.jpg\" alt=\"julie-2.jpg\" align=\"center\" width=\"3264\" height=\"2448\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tentatives de fugue (et la joie ?&#8230; Que Faire ?) est \u00e0 regarder, \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 entendre pour l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 que promet le titre. Une tentative d\u2019\u00e9vasion vers un monde meilleur ou un monde agenc\u00e9 autrement. 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