


{"id":1345,"date":"2017-03-13T18:04:08","date_gmt":"2017-03-13T17:04:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1345"},"modified":"2017-03-13T18:04:08","modified_gmt":"2017-03-13T17:04:08","slug":"libres-peregrinations-du-regard","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/libres-peregrinations-du-regard\/","title":{"rendered":"Libres p\u00e9r\u00e9grinations du regard"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La plasticienne propose au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;\u00c9changeur \u00e0 Bagnolet sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, <em>Lignes de fuite.<\/em> Entre proposition plastique et performance visuelle, l&rsquo;artiste contredit le rythme d&rsquo;hyperproduction contemporaine des images et nous invite \u00e0 de libres p\u00e9r\u00e9grinations du regard o\u00f9 chaque image surprend par sa beaut\u00e9 volatile et mouvante.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1344\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/illustration-lignes-de-fuites-marie-marfaing_1-1471874588.jpg\" alt=\"illustration-lignes-de-fuites-marie-marfaing_1-1471874588.jpg\" align=\"center\" width=\"1600\" height=\"900\" \/><br \/>\nVous connaissez ces instants o\u00f9, autour de soi, l&rsquo;espace semble anim\u00e9 soudain par une mat\u00e9rialit\u00e9 diff\u00e9rente, comme accentu\u00e9e ? Lorsque son regard s\u2019oublie sur des horizons que ne bloquent plus les fa\u00e7ades d\u2019immeubles, sur le sourire d\u2019une personne qui marche, perdue dans ses pens\u00e9es et qu\u2019on se prend \u00e0 sourire aussi, ou encore sur une maison us\u00e9e qu\u2019on aurait oubli\u00e9 de d\u00e9truire et qui tr\u00f4ne au milieu d\u2019immeubles modernes et clinquants. Autant de lignes de fuite qui s\u2019ouvrent \u00e0 partir d\u2019un d\u00e9tail, d\u2019une l\u00e9g\u00e8re incoh\u00e9rence dans le d\u00e9roulement de l\u2019existence. Des arr\u00eats sur image qui, loin de figer le paysage, le mettent en mouvement autrement. Moments suspendus d\u2019une po\u00e9sie au quotidien dirait l\u2019autre, une po\u00e9sie ne cherchant pas \u00e0 rendre le monde meilleur ou \u00e0 le transcender mais qui s\u2019impose au regard silencieux du t\u00e9moin anonyme.<br \/>\nCe sont de telles exp\u00e9riences po\u00e9tiques de regard que nous propose l\u2019artiste Marie Marfaing dans sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, <em>Lignes de fuite<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00c9changeur \u00e0 Bagnolet en mars 2017. Arpentant le plateau de sa silhouette fine et noire sur de hauts talons elle place, d\u00e9place et fait tourner des projecteurs vid\u00e9o parfois capricieux et compose moins des images que des espaces de regard. Espaces entrav\u00e9s par ces \u00e9normes ballons suspendus qui refl\u00e8tent, d\u00e9calent ou obstruent la lumi\u00e8re, comme ces billes avec lesquelles on jouait enfant, entre ses doigts, pour en d\u00e9couvrir toutes les couleurs. Elle m\u00e9lange images fixes et images mouvantes, ajoute ou retire avec un soin minutieux des caches de couleur, branche un ventilateur dont la dur\u00e9e de vie sera aussi courte que celle d\u2019une fleur.<br \/>\n<smalL><quote>\u00ab\u00a0Un homme qui lit au ralenti dans la gare de Nancy \u2013 une loupe \u00e0 la main \u2013 tournant les pages par paquets \u2013 marchant dans une tout autre temporalit\u00e9 de ses contemporains.<br \/>\nUne rue \u00e0 Istanbul o\u00f9 suivant sur trois \u00e9tages un c\u00e2ble \u00e9lectrique et r\u00e9v\u00e9lant une triplette se balan\u00e7ant dans le vide au milieu de la rue en suspend une triplette m\u00e9nag\u00e8re abandonn\u00e9e.<br \/>\nDes vitrines de No\u00ebl \u00e0 Paris \u2013 des marionnettes monstrueuses en guise de P\u00e8re-No\u00ebl \u2013 vitrines qui se succ\u00e8dent et donnent la naus\u00e9e.<br \/>\nUn merle joyeux picorant sur une tombe. Et bondissant hors champ.\u00bb<br \/>\n[\/Marie Marfaing,<br \/>\nextrait du texte de pr\u00e9sentation du spectacle\/]<br \/>\n<\/quote><\/small><br \/>\nLes images construites par Marie Marfaing s\u2019entrem\u00ealent en \u00e9chappant \u00e0 toute narration possible. Nul besoin de chercher \u00e0 produire du sens, ou de la pens\u00e9e. L\u00e0 n\u2019est pas la question. Ce que la plasticienne nous offre, ce n\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pas une question, mais un espace pluriel pour prendre le temps de regarder. Pour laisser son regard d\u00e9ambuler avec elle entre ces murs qu\u2019elle habille d\u2019images en mouvement, pour se placer avec elle \u00e0 l\u2019avant d\u2019un bateau et observer les nuages bas qui semblent sur le point de se confondre avec l\u2019eau.  On se surprend \u00e0 sourire lorsqu\u2019au milieu des images projet\u00e9es du man\u00e8ge monstrueux des marionnettes color\u00e9es aux yeux globuleux, tout ce que l\u2019on parvient \u00e0 voir c\u2019est ce panneau de sens interdit qui reste \u00e9trangement fixe. Ou encore lorsque, le spectacle \u00e9tant achev\u00e9 depuis une heure d\u00e9j\u00e0, trotte encore dans la t\u00eate cette m\u00e9lodie ent\u00eatante que Marie Marfaing avait enferm\u00e9 dans une balle en mousse noire et qu\u2019elle faisait rouler sur le plateau. Une heure pour s\u2019autoriser \u00e0 r\u00eaver \u00e0 d\u2019autres lignes de fuite, sans qu\u2019il soit question d\u2019aller quelque part, pour le seul plaisir d\u2019une p\u00e9r\u00e9grination du regard.<br \/>\n\tHenri Cartier-Bresson parlait de l\u2019instant d\u00e9cisif pour d\u00e9signer la fraction de seconde au cours de laquelle le photographe capture l\u2019image sur le point de na\u00eetre et de mourir. Marie Marfaing, avec<em> Lignes de fuite<\/em>, pr\u00e9f\u00e8re suspendre cet instant et nous laisser le temps de voir appara\u00eetre et dispara\u00eetre des images qui ne se figent jamais. Des images volatiles qu\u2019elle met en sc\u00e8ne par des assemblages plastiques faits de bric et de broc souvent, et dont la beaut\u00e9 vient nous toucher entre deux sourires amus\u00e9s et surpris. Comme ce visage apparaissant et disparaissant derri\u00e8re un rideau de pluie ou cet escargot qui d\u00e9cide, au milieu de son trajet, de sortir du champ par une ligne de fuite d\u00e9tourn\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La plasticienne propose au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;\u00c9changeur \u00e0 Bagnolet sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, Lignes de fuite. 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