


{"id":1476,"date":"2017-04-08T10:50:32","date_gmt":"2017-04-08T08:50:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1476"},"modified":"2017-04-08T10:50:32","modified_gmt":"2017-04-08T08:50:32","slug":"reve-et-folie-de-regy-une-fois-de-plus","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/reve-et-folie-de-regy-une-fois-de-plus\/","title":{"rendered":"R\u00eave et folie\u2026 de R\u00e9gy, une fois de plus"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><i>R\u00eave et Folie<\/i> de G. Trakl, mis en sc\u00e8ne par C. R\u00e9gy, avec Y. Boudaud ; Nanterre-Amandiers, 15 septembre \u2013 21 octobre 2016 (Festival d\u2019Automne)<\/p>\n<p class=\"post_excerpt\">\n<p class=\"post_excerpt\">Ne pas avoir \u00e9crit\u2026 imm\u00e9diatement. Retarder le geste et l\u2019\u00e9criture qui s\u2019apparentent toujours moins au d\u00e9limitant qu\u2019au d\u00e9finitif. Savoir que passer \u00e0 l\u2019acte s\u2019inscrit simultan\u00e9ment dans la trahison et l\u2019\u00e9rotisation. Trahison de l\u2019\u0153uvre, trahison de la pens\u00e9e de celui qui \u00e9crit. Erotisation du regard, du regard dans l\u2019\u00e9criture\u00a0: tentative d\u2019intimit\u00e9. Tentative vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Avoir repouss\u00e9 l\u2019\u00e9criture\u2026 pour que \u00e7a pousse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, jusqu\u2019\u00e0 ce que \u00e7a vienne affleurer dans le dehors\u00a0: les mots, la phrase, la musicalit\u00e9 peut-\u00eatre. Mesurer encore une fois l\u2019inanit\u00e9 du geste.<br \/>\nR\u00eave et Folie de Trakl, de Claude R\u00e9gy, pr\u00e9sent comme toujours devant Yann Boudaud, dans la petite salle de Nanterre\u2026 Parler de l\u2019effet de R\u00eave et Folie, tenter\u2026<br \/>\nPeut-\u00eatre que l\u2019\u00e9crit s\u2019\u00e9l\u00e8vera \u00e0 cet endroit-l\u00e0 de la parole qui danse plus qu\u2019elle ne porte. On ne sait pas\u2026 ce que l\u2019\u00e9crit saisira de l\u2019insaisissable. Et revendiquer, pour cette fois, de ne pas \u00e9crire jusqu\u2019au bout\u2026 de refuser la critique achev\u00e9e\u2026 Revenir \u00e0 cette id\u00e9e premi\u00e8re que l\u2019\u00e9criture est en travail, qu\u2019elle travaillera encore longtemps alors que Claude R\u00e9gy donne l\u00e0 sa derni\u00e8re cr\u00e9ation\u2026 Derni\u00e8re.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-1351\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/dr-claude-regy.jpg\" alt=\"dr-claude-regy.jpg\" width=\"670\" height=\"448\" align=\"middle\" \/><br \/>\n<strong>H\u00e9sid\u00e9\u2026<\/strong><br \/>\nAu devant de l\u2019\u00e9criture, il y a toujours un seuil que l\u2019\u00e9crivant \u00e9prouve juste \u00e0 frotter sa pens\u00e9e \u00e0 un inconnu. C\u2019est l\u00e0 la constante de l\u2019\u00e9criture, cette sinuosit\u00e9 impr\u00e9visible o\u00f9 l\u2019id\u00e9e n\u2019est rien tout le temps que le geste ne la forme pas dans le trac\u00e9. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9criture que se heurte toujours celui qui parle aux limbes, aux cieux, \u00e0 l\u2019horizon o\u00f9 il n\u2019y a jamais rien et qui le renvoie \u00e0 un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate sans fin avec ce qu\u2019il qu\u00eate sans voir ce qui vient au plus loin. L\u2019\u00e9criture va ainsi de mots pens\u00e9s en sons aboy\u00e9s ou murmur\u00e9s\u2026 Somme des inqui\u00e9tudes et des enthousiasmes, des questionnements, et des sans r\u00e9ponses, l\u2019\u00e9criture ressemble au travail de l\u2019arpenteur qui marche sans savoir ce que sera sa mesure. Et rien de la grammaire maitris\u00e9e ou du lexique ant\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e9criture ne peut servir celle-ci. Elle a son propre rythme insoup\u00e7onn\u00e9, sa syntaxe provisoire, son lexique crayonn\u00e9. L\u2019\u00e9criture n\u2019a d\u2019autres fid\u00e9lit\u00e9s que celle qu\u2019elle entretient avec un besoin de nommer qui se retire \u00e0 mesure\u2026 Ecrire n\u2019a pas plus \u00e0 voir avec l\u2019inspiration\u00a0: cette respiration exog\u00e8ne que l\u2019on pr\u00eate aux muses-oxyg\u00e8ne. Ecrire n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019inqui\u00e9tante communication. \u00c7a ne parle pas \u00e0 ceux qui attendent. Pas plus \u00e0 ceux qui mendient ou esp\u00e8rent. Il n\u2019y a aucun destin, ni issue\u2026 au mieux un qui serait un destin-\u00e0-terre.<br \/>\nEcrire n\u2019est jamais qu\u2019un soubresaut de celui qui sait qu\u2019il peut y laisser sa peau, quand \u00e9crire-vraiment tient celui qui s\u2019y risque dans l\u2019ombre de tous les tourments. Vouloir \u00e9crire n\u2019est rien et nous tient en lisi\u00e8re de la sauvagerie de l\u2019instant de la rencontre entre l\u2019alphabet et la pens\u00e9e. Vouloir \u00e9crire n\u2019est pas suffisant pour \u00e9crire quelque chose. Vouloir n\u2019est pas le verbe qui convient. Celui qui \u00e9crit le sait bien qui ne veut rien que trouver une issue \u00e0 un geste suspendu. Ecrire de son vivant, dans la proximit\u00e9 de la mort en embuscade, est le seul territoire de l\u2019\u00e9criture. L\u2019\u00e9criture est ainsi un territoire \u00e9tranger aux r\u00e8gnes des conqu\u00eates. C\u2019est un territoire de d\u00e9faites. Nul ne peut contraindre l\u2019\u00e9criture qui, brusqu\u00e9e, s\u2019arr\u00eate. Ecrire revient \u00e0 entrer humblement au creux d\u2019une auberge o\u00f9 parlent les langues \u00e9tranges. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019\u00e9criture se forge, dans l\u2019entre-langue, ce territoire interm\u00e9diaire.<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 que vit l\u2019incompl\u00e9tude qu\u2019accompagne l\u2019obsolescence\u2026 L\u00e0 que l\u2019\u00e9criture berce celui qui \u00e9coute les langues des attabl\u00e9s, qui trinquent, donnant au contenant du vin le son du glas\u2026 C\u2019est l\u00e0 que les rejoignent les po\u00e8tes quand ils suspendent leur ouvrage qui les ternit \u00e0 l\u2019\u00e9ternel des visages sans fard ni autre vie que le tourment. Trakl, ce nom qui craque en le disant, livre sa d\u00e9chirure po\u00e9tique. Lui a fini de regarder l\u2019alentour, le regard crev\u00e9, l\u2019\u0153il sur le flanc\u2026 son \u00e9criture donne en miroitement le vide qui a gagn\u00e9 sur la lumi\u00e8re. Chaque pens\u00e9e est ici une histoire des larmes absent\u00e9es qu\u2019absorbe le papier. Trakl, nom qui dit le froissement, le pli et l\u2019\u00e9paisseur de ce que le regard ne contient plus\u00a0: espoir, joie, finitude, na\u00efvet\u00e9\u2026 c\u2019est le vide qui emplit d\u00e9finitivement le repu de l\u2019alentour en putr\u00e9faction, en danse fun\u00e8bre. Ici, dans R\u00eave et folie, la vie est ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019\u00e9criture et ce qui se condense n\u2019est autre que la dure m\u00e9lancolie. Figure d\u2019Acedia que celle de Trakl, celui qui porte un nom bris\u00e9. Po\u00e8te de l\u2019au-del\u00e0 de l\u2019attente, de l\u2019au-del\u00e0 des horizons clairs, de l\u2019au-del\u00e0 des lisi\u00e8res et des clart\u00e9s\u2026 Trakl conna\u00eet le tourment des mots, le silence qui pr\u00e9c\u00e8de leur apparition, et la solitude sonore de la parole et de la langue qui ne s\u2019\u00e9changent avec personne. Trakl parle de mendiants, des l\u00e9preux, des anges, des visages de pierre, des neiges, des cendres, des sentiers rocheux, de pri\u00e8re muette, d\u2019oiseau noir\u2026 Tout est l\u00e0, dans le d\u00e9sordre du po\u00e8me qui est fait de glissements, d\u2019al\u00e9atoires, d\u2019ombres, de trous g\u00e2ch\u00e9s \u00e0 coup de mots-sons\u2026 Trakl \u00e9crit, a \u00e9crit, tel un encyclop\u00e9diste mutil\u00e9 sur l\u2019histoire du d\u00e9sastre des-astr\u00e9. Priv\u00e9e d\u2019astres en quelque sorte ou plus simplement d\u2019une g\u00e9om\u00e9trie qui renverrait l\u2019espace po\u00e9tique \u00e0 un ordre sonore. Trakl est muet, en d\u00e9finitive. Le silence ou l\u2019\u00e9criture sont\u2026 l\u2019exclusif entretien, le chant couch\u00e9 de la \u00ab\u00a0noire pourriture\u00a0\u00bb abandonn\u00e9e \u00e0 la lecture.<br \/>\n<strong>Vint la lueur<\/strong><br \/>\nC\u2019est avant que \u00e7a ne commence et pourtant c\u2019est le d\u00e9but. C\u2019est le commencement. Et il a fallu attendre que le noir ne soit pas atteint par une d\u00e9chirure sonore\u00a0: un mot de trop, un bruit en plus. Il fallait attendre \u00e7a qui installe le vertige que vit l\u2019\u0153il qui se frotte au noir intense et profond dans le silence. Il fallait attendre que chacun prenne conscience qu\u2019il n\u2019avait rien \u00e0 dire et que seule sa pr\u00e9sence muette \u00e9tait de circonstance. Il fallait \u00e0 mesure que le noir ne vienne, que chacun sache qu\u2019il \u00e9tait solidaire de ce noir \u00e0 venir. L\u2019oubli de soi, de son mouvement, de sa voix, voil\u00e0 ce qui \u00e9tait demand\u00e9 afin que le noir vienne comme la somme et le r\u00e9sultat du silence de chacun. Alors, longtemps apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 dans la salle, le silence obtenu, c\u2019est le noir qui est venu. Un noir immense, profond. Un noir massif, \u00e9tranger \u00e0 la moindre lumi\u00e8re. Un d\u00e9sert noir au point, ressenti peut-\u00eatre, que le noir lui-m\u00eame s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 pour laisser la place \u00e0 une c\u00e9cit\u00e9. De celle que l\u2019on vit, quand rien n\u2019atteint plus la r\u00e9tine, pas m\u00eame ce noir. L\u00e0 o\u00f9 la distance n\u2019est plus qu\u2019imaginaire, le volume r\u00eav\u00e9, l\u2019espace invent\u00e9\u2026l\u00e0 o\u00f9 l\u2019esprit amput\u00e9 de ses limites s\u2019\u00e9veille \u00e0 une autre sensibilit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 tout est int\u00e9rieur\u2026<br \/>\nEt puis dans ce noir qui persistait est venue, lentement, presque terriblement, une lueur \u00e0 peine perceptible qui se donna d\u2019abord, au commencement, comme une fragile d\u00e9chirure \u00e0 peine visible. Une fragile lueur, dis-je, qui lentement pris la forme d\u2019une lumi\u00e8re plus affirm\u00e9e. Une lueur si faible qu\u2019elle se donnait presque de mani\u00e8re indistincte avant qu\u2019elle ne devienne lentement un filament incandescent. Une sorte de train\u00e9e lumineuse, fr\u00eale, mais \u00e9clatante. Soit une mani\u00e8re de d\u00e9chirer le noir ou de le raturer jusqu\u2019\u00e0 ce que la rature se pr\u00e9cise et que naisse d\u2019elle Yann Boudaud. De cet an\u00e9vrisme lumineux, c\u2019est Yann Boudaud qui apparait comme pouss\u00e9 vers le front de sc\u00e8ne, se s\u00e9parant, \u00e0 mesure qu\u2019il para\u00eet, de cette membrane evanescente.<br \/>\nPuis viendront les premiers mots comme tenus en suspension par les membres d\u2019un corps soumis \u00e0 d\u2019autres lois que la gravitation. Corps chancelant, presque dansant, tenu \u00e0 la renverse et d\u00e9pris d\u2019un \u00e9quilibre certain\u2026Yann Boudaud porteur d\u2019une voix et danseur d\u2019un mouvement a\u00e9rien et suspensif se tient en front de sc\u00e8ne. Le corps happ\u00e9 vers l\u2019arri\u00e8re par quelques forces inconnues, la langue qu\u2019il parle semble faire contrepoids \u00e0 la chute qui le menace. Elle lui offre un sursis, semble un point d\u2019appui\u2026une jet\u00e9e.<br \/>\n&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00eave et Folie de G. Trakl, mis en sc\u00e8ne par C. R\u00e9gy, avec Y. Boudaud ; Nanterre-Amandiers, 15 septembre \u2013 21 octobre 2016 (Festival d\u2019Automne) Ne pas avoir \u00e9crit\u2026 imm\u00e9diatement. Retarder le geste et l\u2019\u00e9criture qui s\u2019apparentent toujours moins au d\u00e9limitant qu\u2019au d\u00e9finitif. Savoir que passer \u00e0 l\u2019acte s\u2019inscrit simultan\u00e9ment dans la trahison et l\u2019\u00e9rotisation. Trahison de l\u2019\u0153uvre, trahison de la pens\u00e9e de celui qui \u00e9crit. Erotisation du regard, du regard dans l\u2019\u00e9criture\u00a0: tentative d\u2019intimit\u00e9. Tentative vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. 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