


{"id":1594,"date":"2017-07-09T19:50:54","date_gmt":"2017-07-09T17:50:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1594"},"modified":"2017-07-09T19:50:54","modified_gmt":"2017-07-09T17:50:54","slug":"jai-bien-fait","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/jai-bien-fait\/","title":{"rendered":"J\u2019ai bien fait ?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\n<em><strong>Au th\u00e9\u00e2tre 11 qui r\u00e9unit le th\u00e9\u00e2tre Gilgamesh et le th\u00e9\u00e2tre de Belleville, Le Th\u00e9\u00e2tre du Pr\u00e9au &#8211; CDN de Normandie pr\u00e9sente deux cr\u00e9ations \u00ab\u00a0Toute enti\u00e8re\u00a0\u00bb de Guillaume Poix avec Aur\u00e9lie Edeline \u00e0 15h10 et \u00ab\u00a0J\u2019ai bien fait\u00a0?\u00a0\u00bb \u00e0 17h30, texte et mise en sc\u00e8ne de Pauline Sales codirectrice du Pr\u00e9au. Ce spectacle met en sc\u00e8ne un quatuor qui \u00e0 partir d\u2019un \u00e9v\u00e8nement d\u00e9clencheur s\u2019interrogent sur l\u2019\u00eatre. Qui ils sont\u00a0? Qui ils ont r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00eatre\u00a0? Comment ils agissent avec leurs vies, leurs peurs\u00a0? Les quatre personnages sont interpr\u00e9t\u00e9s par H\u00e9l\u00e8ne Vivi\u00e8s, Anthony Poupard, Gauthier Baillot et Olivia Chatain.\u2028Ce texte est disponible aux Solitaires Intempestifs.\f<\/strong><\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ\u2019ai bien fait\u00a0? met en sc\u00e8ne quatre personnages qui \u00e0 partir d\u2019un \u00e9v\u00e8nement d\u00e9clencheur s\u2019interrogent sur l\u2019\u00eatre, le leur. Qui ils sont\u00a0? Qui ils ont r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00eatre\u00a0? Comment ils agissent avec leurs vies, leurs peurs\u00a0?<br \/>\nValentine (H\u00e9l\u00e8ne Vivi\u00e8s), 40 ans d\u00e9barque un soir dans l\u2019atelier de son fr\u00e8re Paul (Anthony Poupard). Ils ne se voyaient plus ou presque, n\u2019ont rien \u00e0 partager croient-ils. Elle est prof de fran\u00e7ais dans une ville normande, il est artiste peintre et plasticien en banlieue parisienne. Elle a un mari, Sven (Gauthier Baillot), biologiste, sp\u00e9cialiste de l\u2019ADN, deux enfants presque grands. Il vit seul dans son atelier, n\u2019a pas la reconnaissance qu\u2019il attendait. Ils ont leurs parents, vivants, vieillissants, encombrants. Elle d\u00e9barque. Un d\u00e9barquement dans l\u2019atelier plein de traversins blanc. Sans doute une installation plastique de son fr\u00e8re \u00e0 laquelle personne ne comprendra grand chose, \u00e0 laquelle personne ne voudra comprendre quelque chose. Mais pour le spectateur, les traversins sont les objets qui accueillent le sommeil, le repos, le temps suspendu, les r\u00eaves, les d\u00e9sirs. Ces m\u00eames d\u00e9sirs que Valentine interroge en faisant irruption chez Paul. Cette explosion dans sa famille, dans cette familiarit\u00e9, dans cette fraternit\u00e9 pour se retourner sur ses d\u00e9sirs et sur ce qu\u2019elle en a fait. Mais cette question produit comme une bombe, un impact. L\u00e0 o\u00f9 elle tombe et ceux qu\u2019elle touche\u00a0: Paul, son fr\u00e8re, Sven son mari, Manhattan (Olivia Chatain) une ancienne \u00e9l\u00e8ve brillante mais en rupture qui est la femme de m\u00e9nage de l\u2019atelier. Tous re\u00e7oivent la d\u00e9tresse de Valentine et tous r\u00e9pandent leurs doutes et leurs inqui\u00e9tudes.<br \/>\nDans un premier temps, c\u2019est le temps des retrouvailles. Valentine et Paul, la quarantaine mais ils savent qu\u2019ils sont encore les enfants d\u2019un couple de vieux. Leurs parents sont l\u00e0, vivants, ils n\u2019ont pas laiss\u00e9 la place. Ils doivent faire avec \u00e7a\u00a0: avoir des parents et comme le dit Paul\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est fou comme on conserve ses parents aujourd\u2019hui.\u00a0\u00bb Dans ces retrouvailles, Paul tente de sortir du lieu, de son lieu. Elle au contraire reste, s\u2019accroche \u00e0 un lieu, comme un refuge, un endroit o\u00f9 se poser. Ils parlent mais ne s\u2019entendent pas. Si elle lui demande\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est quoi \u00e7a\u00a0?\u00a0\u00bb en montrant une \u0153uvre. Il pense qu\u2019elle lui demande des comptes sur son travail artistique qu\u2019elle trouve \u00e0 chier. Chaque phrase est sujette \u00e0 interpr\u00e9tation. Les conflits sont partout\u00a0: du mode de vie \u00e0 la pr\u00e9sence aux parents en passant par l\u2019\u00e9go\u00efsme suppos\u00e9 de l\u2019autre. A travers cette sc\u00e8ne, Valentine dit \u00e0 son fr\u00e8re qu\u2019elle est l\u00e0 parce qu\u2019elle veut \u00ab\u00a0l\u2019encombrer\u00a0\u00bb. Un encombrement en forme de remise en cause de tout. Mais Valentine explique \u00e0 Paul qu\u2019elle accompagnait des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 Paris pour un voyage scolaire et qu\u2019elle les a laiss\u00e9 tout seuls quelque part en ville. Paul sentant le vacillement de sa s\u0153ur, la couche et l\u2019abandonne. Cette premi\u00e8re sc\u00e8ne travaille \u00e0 la fois sur la tension et sur la mauvaise foi qui permet de naviguer entre humour et gravit\u00e9.<br \/>\nSven, le mari de Valentine d\u00e9barque en avant sc\u00e8ne, il rompt l\u2019espace qui a \u00e9t\u00e9 mis en place en s\u2019adressant directement aux spectateurs. C\u2019est un conf\u00e9rencier. Sa conf\u00e9rence commence par la capacit\u00e9 de son laboratoire d\u2019analyser et de s\u00e9quencer l\u2019ADN \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des os retrouv\u00e9s de la pr\u00e9histoire. Mais avec simplicit\u00e9 Gauthier Baillot permet \u00e0 Sven de faire cette conf\u00e9rence et dans le m\u00eame temps et avec la m\u00eame \u00e9nergie de faire un expos\u00e9 sur sa vie de couple. Cet expos\u00e9 alterne de l\u2019espace scientifique \u00e0 l\u2019espace intime. Ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il analyse et pr\u00e9sente de mani\u00e8re analogue ses recherches de biologiste et l\u2019observation de sa femme qui dit-il cherche \u00e0 ne pas montrer qu\u2019elle existe. Elle ne laisse rien trainer, ne sent rien, n\u2019a plus de saveur\u2026 Cette parole de Sven est peut-\u00eatre le fantasme que sa femme Valentine fait pendant qu\u2019elle dort sur la sc\u00e8ne.<br \/>\nL\u2019arriv\u00e9e de la femme de m\u00e9nage r\u00e9veille Valentine et fait entrer dans l\u2019histoire le quatri\u00e8me personnage\u00a0: Manhattan. C\u2019est une ancienne \u00e9l\u00e8ve, brillante mais en \u00e9chec scolaire. Elles se retrouvent et ont l\u2019une pour l\u2019autre une admiration. Valentine car c\u2019est une \u00e9l\u00e8ve \u00e0 qui elle a donn\u00e9 le go\u00fbt d\u2019\u00e9crire et de lire. C\u2019est sa r\u00e9ussite. Manhattan car c\u2019est une prof qui la regard\u00e9e et qui a eu du d\u00e9sir de succ\u00e8s pour elle. Mais \u00e0 travers cette sc\u00e8ne, Manhattan raconte sa rencontre avec Paul le soir des attentats du 13 novembre 2015. Valentine d\u00e9couvre son fr\u00e8re et d\u00e9voile ce que les ados d\u2019aujourd\u2019hui dont sa fille pense de sa g\u00e9n\u00e9ration\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez eu de la chance. Vous avez eu beaucoup trop de chance, ta g\u00e9n\u00e9ration, j\u2019esp\u00e8re que tu t\u2019en rends compte. Vous n\u2019avez connu aucune guerre. Vous avez v\u00e9cu tranquilles, vous avez pu faire vos vies sans vous pr\u00e9occuper de rien. M\u00eame pas du futur. Vous ne vous \u00eates pas g\u00ean\u00e9s. Vous vous \u00eates servis sans penser \u00e0 rien. Des vandales, des morfales. Et vous nous demandez d\u2019\u00eatre bien \u00e9lev\u00e9s\u00a0? Vous avez tout saccag\u00e9.\u00a0\u00bb.<br \/>\nVoil\u00e0, Valentine regroupe trois dimensions de sa vie, celle de sa famille qu\u2019elle n\u2019a pas choisie, celle de sa vie amoureuse qu\u2019elle interroge et celle de son m\u00e9tier dont Manhattan est pour elle le r\u00e9sultat de son \u00e9chec. Dans cette cr\u00e9ation, le texte, la parole est au centre mais le jeu des interpr\u00e8tes permet au r\u00e9el multiple et dense des personnages d\u2019\u00eatre visible et tangible. Les personnages dans ce texte ont la possibilit\u00e9 de dire et de se contredire, ce qui leur donne un contour et une \u00e9paisseur. C\u2019est \u00e0 travers ses quatre personnages complexes que Pauline Sales et son \u00e9quipe nous plongent dans une introspection du monde dans lequel nous vivons ou nous essayons de vivre. Ce questionnement sur le sens de la vie qu\u2019am\u00e8ne Valentine et qui irradie les autres personnages renvoie au titre\u00a0: J\u2019ai bien fait\u00a0? Ce titre et cette pi\u00e8ce qui avec humour inspecte, interroge avec force et violence la soci\u00e9t\u00e9 et la remise en cause r\u00e9guli\u00e8re des individus qui la compose pour qu\u2019ils d\u00e9finissent eux-m\u00eames s\u2019ils sont productifs et si leur productivit\u00e9 est n\u00e9cessaire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDu 6 au 28 juillet 2017 \u00e0 17h30 au 11-Gilgameh Belleville \u00e0 Avignon, 11 bd Raspail<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Au th\u00e9\u00e2tre 11 qui r\u00e9unit le th\u00e9\u00e2tre Gilgamesh et le th\u00e9\u00e2tre de Belleville, Le Th\u00e9\u00e2tre du Pr\u00e9au &#8211; CDN de Normandie pr\u00e9sente deux cr\u00e9ations \u00ab\u00a0Toute enti\u00e8re\u00a0\u00bb de Guillaume Poix avec Aur\u00e9lie Edeline \u00e0 15h10 et \u00ab\u00a0J\u2019ai bien fait\u00a0?\u00a0\u00bb \u00e0 17h30, texte et mise en sc\u00e8ne de Pauline Sales codirectrice du Pr\u00e9au. 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