


{"id":1596,"date":"2017-07-09T19:51:56","date_gmt":"2017-07-09T17:51:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1596"},"modified":"2017-07-09T19:51:56","modified_gmt":"2017-07-09T17:51:56","slug":"dimensions-cosmiques-et-pourtant","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/dimensions-cosmiques-et-pourtant\/","title":{"rendered":"Dimensions cosmiques et pourtant"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\n<em><strong>Standing in time, dans le cadre du 71e festival d\u2019Avignon au Cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, est une sorte de c\u00e9r\u00e9monie symboliste, un ralenti, une sorte d\u2019apn\u00e9e de 1h30 con\u00e7u par Lemi Ponifasio. Neuf femmes y traversent quelque chose qui s\u2019apparente \u00e0 un sacrifice, une violence, une injustice, une r\u00e9conciliation\u2026 pour \u00ab\u00a0r\u00e9tablir\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0la dignit\u00e9 et l\u2019harmonie humaine\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElles bougent lentement, les genoux l\u00e9g\u00e8rement pli\u00e9s, le regard au lointain ou \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, habill\u00e9es en noir. Elles dressent des lignes lentes. Elles chantent. D\u2019abord sept jeunes femmes sur une c\u00f4t\u00e9, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 une femme plus \u00e2g\u00e9e. Elles chantent et se r\u00e9pondent pour \u00e9voquer quelque chose. Une jeune femme en gris et avec une sorte de b\u00e2ton appara\u00eet du fond noir. Au d\u00e9but, on peut douter de la r\u00e9alit\u00e9 de ce corps. N\u2019est-ce pas qu\u2019un fant\u00f4me\u00a0? Nous reconnaissons Justicia (\u00e0 moins que ce ne serait Hine-Nui-Te-Po), avec dans les yeux une col\u00e8re face \u00e0 l\u2019injustice du monde. Pour la premi\u00e8re fois, le regard se pose directement sur les spectateurs. Des gestes aussi. Une sorte de cri chant\u00e9 qui annonce un malheur. Une annonciation avec le regard comme si nous en \u00e9tions responsable, ou du moins, coupable par notre passivit\u00e9, par notre conscience de la chose \u00e0 venir et notre passivit\u00e9 malgr\u00e9 tout. Des gestes rapides, secs, une incessante oscillation de la main gauche que nous reconnaissons chez d\u2019autres plus tard, comme les vibrations des ailes d\u2019un insecte nocturne. Une puissance rare \u00e9mane de ces neuf femmes aux longues chevelures noires, \u00e0 d\u00e9faut de ne pas penser au film The Ring.<br \/>\nLes hasards, peut-\u00eatre, font sortir une du lot, comme la sacrifi\u00e9e du printemps. Mais la cause, dirait-on, est presque triviale. C\u2019est la seule qui n\u2019a pas laiss\u00e9 tomb\u00e9 la pierre. Serait-ce parce qu\u2019elle seule n\u2019avait pas de chaussures \u00e0 ses pieds\u00a0? Probablement pas. Quelques raisons \u00ab\u00a0cosmiques\u00a0\u00bb auront l\u2019ordonn\u00e9, \u00e0 part si on ne serait port\u00e9 \u00e0 penser que le malheur est purement accidentel et que c\u2019est justement dans le fortuit de la chose que r\u00e9side tout l\u2019injustice.<br \/>\nUne sorte de sarcophage noir arrive, ou un autel, qui devient rapidement un podium pour exposer le corps nu de cette femme qui fait penser \u00e0 une statue grecque. Le sang lui coule dessus.<br \/>\nAuparavant des fronti\u00e8res se sont dessin\u00e9es. Un tas de gravats comme le reste d\u2019un m\u00e9t\u00e9orite chut\u00e9 &#8211; ou plus tard ruines, d\u00e9combres &#8211; sont mis en ligne qui s\u00e9pare le plateau en deux. Comme s\u2019il fallait structurer quelque chose avec les gravats de la destruction, d\u2019un bombardement. Comme s\u2019il fallait que ce soit une fronti\u00e8re pour instaurer une dualit\u00e9 dans cet espace qui, d\u00e8s lors, permet un rapport avec un au-del\u00e0, un espace sacr\u00e9. Traverser cette ligne ne semble pas \u00e9vident et, sans incantation, impossible. L\u2019usage commun, s\u2019il a exist\u00e9 un jour, en a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9.<br \/>\nDans leur rapport sacr\u00e9 \u00e0 la chose, les femmes font preuve d\u2019une r\u00e9elle virtuosit\u00e9 dans le rituel. Des sortes de balles blanches accroch\u00e9es sur une corde sont balanc\u00e9es de droite \u00e0 gauche, derri\u00e8re le dos et devant, en cr\u00e9ant un rythme d\u2019une synchronicit\u00e9 parfaite et hallucinante. Ces balles blanches bougent devant elles, alors qu\u2019elles restent immobiles et l\u2019expressivit\u00e9 de leurs visages, s\u2019il y en a une, est celle d\u2019une douleur ancestrale.<br \/>\nAvant que le sang coule, pendant que le corps est hiss\u00e9 sur le podium et que la robe noire tombe lentement, les bruits du monde augmente. Une foule dans la rue. Manifestation, r\u00e9volte,\u2026 Et on a pour un instant l\u2019impression que peut-\u00eatre cette femme est morte pour une cause humaine. Mais les cris des foules disparaissent rapidement et laissent la place au bourdonnement du d\u00e9but. L\u00e0 o\u00f9 la mort aurait presque compt\u00e9 pour la vie humaine sur terre, elle est arrach\u00e9e du terrestre et amen\u00e9e au \u00ab\u00a0cosmique\u00a0\u00bb et avec lui, toute r\u00e9volte d\u2019ici bas. La solidarit\u00e9 des femmes se r\u00e9sume \u00e0 affronter cet espace oppos\u00e9 et offrir au corps ses derniers honneurs. Ce corps se rappelle encore une derni\u00e8re fois de la violence subie en nous rappelant \u00ab\u00a0l\u2019origine du monde\u00a0\u00bb, mais c\u2019est une sorte d\u2019appel d\u2019un fant\u00f4me, un post-scriptum qui a d\u00e9j\u00e0 dit adieu au monde.<br \/>\nLes autres femmes chantent alors en cercle une chanson, une sorte de consolation de l\u2019injustice et de la violence. Des chansons qui ont la force des mill\u00e9naires avec eux. Et pourtant\u2026<br \/>\nEt pourtant, on ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de penser que, encore une fois, le \u00ab\u00a0cosmique\u00a0\u00bb, le surnaturel, le mystique et autres spiritualit\u00e9s sont au service de la r\u00e9action en nous consolant de l\u2019injustice du monde parce que relativis\u00e9e dans l\u2019immensit\u00e9 du temps. Et on peut alors comprendre que Standing in Time prend parfaitement place dans la programmation de cette 71e \u00e9dition o\u00f9 ce qui \u00e9loigne l\u2019\u00eatre humain de sa capacit\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation semble \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9 de mani\u00e8re de moins en moins dissimul\u00e9e. La violence, la mis\u00e8re et l\u2019injuste subie par ces femmes dont Lemi Ponifasio semble nous vouloir t\u00e9moigner et qu\u2019il revendique de changer dans le travail en leur \u00ab\u00a0donnant un visage et une pr\u00e9sence face \u00e0 leur entourage, en leur attribuant un r\u00f4le de dirigeantes en mati\u00e8re de langue, de sant\u00e9, de logement et de tous les autres aspects de leur vie quotidienne\u00a0\u00bb tend \u00e0 \u00e9chapper, sur le plateau, \u00e0 toute action humaine. L\u00e0, c\u2019est dans un rapport mystique au cosmos que Lemi Ponifasio semble vouloir \u00ab\u00a0r\u00e9tablir\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0la dignit\u00e9 et l\u2019harmonie humaine\u00a0\u00bb. Nous pouvons imaginer de quel \u00ab\u00a0re\u00a0\u00bb il parle. Nous pouvons imaginer de quelle \u00ab\u00a0beaut\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb il parle. Nous pouvons essayer de croire que cette \u00ab\u00a0harmonie\u00a0\u00bb serait possible, voire souhaitable\u2026 Ou pas, en restant terrien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Standing in time, dans le cadre du 71e festival d\u2019Avignon au Cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, est une sorte de c\u00e9r\u00e9monie symboliste, un ralenti, une sorte d\u2019apn\u00e9e de 1h30 con\u00e7u par Lemi Ponifasio. 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