


{"id":1598,"date":"2017-07-10T19:52:53","date_gmt":"2017-07-10T17:52:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1598"},"modified":"2017-07-10T19:52:53","modified_gmt":"2017-07-10T17:52:53","slug":"des-nuages-et-autre-chose","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/des-nuages-et-autre-chose\/","title":{"rendered":"Des nuages et autre chose"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\nC\u2019est un \u00e9t\u00e9 o\u00f9 il y a des \u00e9v\u00e8nements culturelles \u00e0 en avoir ras le bol. La Dokumenta 14 \u00e0 Kassel, la SkulpturenProjekte \u00e0 M\u00fcnster, en ne pas oubliant la Biennale de Venise et bien \u00e9videmment notre annuel Festival d\u2019Avignon. On peut y trouver, comme \u00e0 chaque ann\u00e9e, une (au moins) mise en sc\u00e8ne du directeur. Cela ne change pas. Des Parisiens\u2014 et autres notes.<br \/>\nDe l\u2019apprentissage d\u2019Athen \u00e0 l\u2019engagement politique des nuages<br \/>\nIl y a au moins une raison pour visiter la Dokumenta 14 \u00e0 Kassel avec le titre de travail \u00ab\u00a0Von Athen lernen\u00a0\u00bb (Apprendre d\u2019Athen) cette ann\u00e9e\u00a0: c\u2019est se rendre compte que les arts plastiques ne vont pas mieux que le th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nAlors que les deux \u00e9v\u00e9nements se veulent explicitement politique (au moins dans leur \u00e9dito), il faut cependant se faire \u00e0 l\u2019id\u00e9e que chez l\u2019un comme l\u2019autre r\u00e8gne la perdition actuelle de ce que \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb pourrait nommer.<br \/>\nAlors qu\u2019\u00e0 Kassel, l\u2019art est soumis \u00e0 une sorte de r\u00e9alisme documentariste qui voudrait du moins informer le spectateur de la barbarie de ce monde (dont on peut d\u00e9duire au moins que les instances classiques comme les m\u00e9dias ne le font plus comme ils devraient, mais on le savait), il y est explicitement fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un apprentissage, \u00e0 Avignon le \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb se r\u00e9duit \u00e0 la beaut\u00e9 des nuages.<br \/>\n\u00c0 Kassel, si les \u0153uvres en elles-m\u00eames n\u2019arrivent pas \u00e0 faire ce qu\u2019on attend d\u2019eux, une m\u00e9diation culturelle nous aide promptement \u00e0 clarifier nos incompr\u00e9hensions. \u00c0 la SkulpturenProjekte \u00e0 M\u00fcnster (autre exposition importante de cette ann\u00e9e), nombreuses sculptures n\u2019arrivent pas non plus de se passer d\u2019un texte explicatif d\u2019une abstraction \u00e9tonnante qui se sert volontiers de grands mots philosophiques afin de ne rien dire de sp\u00e9cifique. Certaines r\u00e9actions (v. S. Heidenreich) appellent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 en finir avec les curateurs, int\u00e9ress\u00e9s par leurs carri\u00e8res personnelles, servant le consensus politique et rendant l\u2019art d\u00e9pendant de leur m\u00e9diation culturelle qui sert le plus souvent \u00e0 faire avaler aux spectatrices et spectateurs ce qui leur est servi sans exp\u00e9rience ou r\u00e9flexion propre. Pour pousser l\u2019hypocrisie \u00e0 son maximum, le programme de m\u00e9diation \u00e0 la Dokumenta s\u2019appelle \u00ab\u00a0Une exp\u00e9rience\u00a0\u00bb.<br \/>\nQuand la Dokumenta attaque encore volontairement et de mani\u00e8re volontariste les conditions actuelles du monde, Olivier Py voudrait voir dans le fait unique de se rassembler dans une salle devant une sc\u00e8ne un acte politique. Il est alors difficile de n\u2019y voir qu\u2019un discours qui voudrait nous vendre, par supercherie, ce qui n\u2019y est pas, afin d\u2019emp\u00eacher ce qui n\u2019y est pas d\u2019arriver. Autrement dit\u00a0: contenter les spectatrices et spectateurs en leur faire croire qu\u2019ils commettent un acte politique tout en rendant impossible de faire un r\u00e9el acte politique ou ne serait-ce que de le penser. Le pouvoir semble nous dire\u00a0: \u00ab\u00a0Asseyez-vous dans le palais des papes, c\u2019est politique. Vous avez ainsi participer au monde. Vous pouvez aller vous coucher tranquillement.\u00a0\u00bb<br \/>\nQu\u2019est-ce que cela veut dire \u00ab\u00a0l\u2019engagement politique des nuages\u00a0\u00bb\u00a0? Est-ce que M.\u00a0Olivier Py fait semblant ou n\u2019aurait-il toujours pas compris que nous ne voulons pas de l\u2019espoir\u00a0? Que l\u2019espoir est l\u2019alli\u00e9 du pouvoir et produit par lui\u00a0? Tant qu\u2019il y a de l\u2019espoir\u2026<br \/>\n\u00ab\u00a0C\u2019est quand m\u00eame beau un bel espace\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0l\u2019effondrement du politique\u00a0\u00bb<br \/>\nMais revenons \u00e0 nos moutons. Dans Les parisiens, Olivier Py voudrait nous parler avec une com\u00e9die de \u00ab\u00a0l\u2019effondrement du politique\u00a0\u00bb. On peut se demander ce que cela voudrait dire, comment le politique pourrait s\u2019effondrer, que tout au plus il s\u2019agirait de l\u2019effondrement d\u2019une politique et que l\u00e0 encore, on est en droit de dire qu\u2019elle se porte plut\u00f4t \u00e0 merveille dans ces temps de crises. On pourrait ressasser les lieux communs de la fin des id\u00e9ologies, du cynisme et de la d\u00e9tresse de la jeunesse, du nihilisme. Et on pourrait alors voir dans la pi\u00e8ce d\u2019Olivier Py un miroir de notre soci\u00e9t\u00e9, une sorte de critique d\u00e9non\u00e7ant l\u2019absurdit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, la b\u00eatise, la brutalit\u00e9 et la barbarie du monde capitaliste. On pourrait voir dans ce jeu artificiel, dans ce th\u00e9\u00e2tre qui ne cesse de parler de v\u00e9rit\u00e9 et d\u2019amour mais dans lequel tout est faux, une mise en ab\u00eeme du monde dans lequel nous vivons. On pourrait, en se foutant de l\u2019extr\u00eame droite et des chr\u00e9tiens int\u00e9gristes tout en se moquant des r\u00e9unions d\u2019une gauche qui se voudrait radicale, on pourrait y voir la \u00ab\u00a0mont\u00e9e des extr\u00e9mismes\u00a0\u00bb et la situation historique pour le moins compliqu\u00e9e. On pourrait encore voir dans le masque et l\u2019apologie du masque comme seule possibilit\u00e9 face \u00e0 la mort une critique d\u2019une situation dite post-moderne qui aurait enlev\u00e9 toute profondeur possible. On pourrait voir dans le principale enjeu des personnages, celui du pouvoir, une critique et une parodie du pouvoir.<br \/>\nMais \u00e0 essayer de voir un peu plus clair dans l\u2019op\u00e9ration de M.\u00a0Olivier Py, on est oblig\u00e9 de voir qu\u2019il proc\u00e8de lui-m\u00eame \u00e0, non pas un effondrement du politique, mais un effondrement politique par un \u00e9videment du politique. Les Parisiens conclut les \u00e9checs (pseudo-)r\u00e9volutionnaires par une consolation dans le divin. \u00c0 la fin, Aur\u00e9lien a bien retrouv\u00e9 son p\u00e8re, cette fois-ci en costume de pr\u00eatre et a trouv\u00e9 la joie. C\u2019est la qu\u00eate de la joie qui a compt\u00e9. C\u2019\u00e9tait le chemin de croix o\u00f9 il fallait presque se faire enculer par le chien de son p\u00e8re. Le fait que les th\u00e9ories f\u00e9ministes sont plus ou moins r\u00e9duites \u00e0 des citations bien connues qu\u2019on dit bien proprement au public pour qu\u2019il puisse se dire\u00a0: \u00ab\u00a0On ne na\u00eet pas femme, on le devient. \u00c7a, je connais\u00a0\u00bb\u00a0; que les raisons de r\u00e9volutions ne sont jamais qu\u2019affectives, pour se sentir vivre, etc. qu\u2019ils leur manquent toujours tout fondement d\u2019une analyse politique et \u00e9conomique\u00a0; que le projet r\u00e9volutionnaire comme la souffrance individuelle des personnages ne semble jamais autre chose qu\u2019une petite crise pubertaire, ce fait, dis-je, nous pousse \u00e0 croire (encore\u00a0!?) qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une politique \u00e0 la Macron qui ose d\u2019\u00e9crire un livre s\u2019intitulant \u00ab\u00a0R\u00e9volution\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, pour dire vite et b\u00eatement, une politique de droite qui se donne \u00e0 voir comme une politique d\u2019\u00e9mancipation en vidant le vocabulaire classique de la gauche traditionnelle. C\u2019est ainsi qu\u2019Olivier Py peut sans cesse se braver contre le th\u00e9\u00e2tre bourgeois tout en en faisant. C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019oppose aux rideaux du th\u00e9\u00e2tre bourgeois, mais qu\u2019ils sont r\u00e9tablis imm\u00e9diatement en pens\u00e9e parce que derri\u00e8re il n\u2019y a que la salet\u00e9, la mort.<br \/>\nRegardant Les Parisiens, on peut avoir l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mec qui a peur de regarder cette salet\u00e9 et d\u2019en tirer les cons\u00e9quences, mais ne peut pas non plus se convaincre de se satisfaire des masques et des rideaux et des salons bourgeois. Un mec qui ne supporte pas l\u2019odeur du mur de salet\u00e9 et de la mort ou ne sait pas quoi en faire, mais qui sent que la mondanit\u00e9 devant le rideau et du pouvoir puent autant m\u00eame ou surtout parce qu\u2019il y participe pleinement. Dans ce dilemme qu\u2019il n\u2019arrive pas \u00e0 r\u00e9soudre, Olivier Py nous simplifie l\u2019affaire dans un dualisme, tertium non datur. Un dualisme qui n\u2019arrive pas \u00e0 \u00e9chapper aux injonctions capitalistes. C\u2019est la concurrence entre metteurs en sc\u00e8ne et le jeu de pouvoir avec l\u2019\u00e9mergence artistique nationale, comme c\u2019est la marchandisation du corps absolue. \u00ab\u00a0Il faut accepter\u00a0: nous vivons dans un monde de commerce, que veux-tu faire d\u2019autre\u00a0?\u00a0\u00bb dit l\u2019une des deux \u00ab\u00a0f\u00e9ministes\u00a0\u00bb. On peut oublier que le queer auquel Olivier Py se r\u00e9f\u00e8re est aussi une pratique qui tente de retirer dans une sorte de politique pr\u00e9-figurative le contr\u00f4le de l\u2019\u00e9tat et du patriarcat de nos modes de vie, qui tend de construire, dans une vision anarchiste, une r\u00e9volution sociale plut\u00f4t qu\u2019une r\u00e9volution symbolique. Pour finir, Olivier Py r\u00e9sout le probl\u00e8me en et avec Dieu. Le p\u00e8re demeure, le p\u00e8re nous sauve de l\u2019intenable contradiction\u00a0; malgr\u00e9 les godemich\u00e9s bleu, blanc, rouge qui d\u00e9chirent les culs du paternalisme ce qui se veut une \u00ab\u00a0r\u00e9volution symbolique\u00a0\u00bb, des r\u00e9volution \u00e0 faire \u00ab\u00a0par ma bite\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit de toute fa\u00e7on d\u2019abord de jouir et toute opposition se fait contre l\u2019ennui et rien de plus. Quand cela devient \u00e9vident que cela n\u2019attrape rien, on est vite \u00e0 appeler la guerre comme notre ultime \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 d\u00e9faut d\u2019avoir eu le courage de regarder soi et le monde sans masque, sans grandiloquence path\u00e9tique. On pr\u00f4ne d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0superficiel par profondeur\u00a0\u00bb. Une intellectualit\u00e9 est d\u00e9fait avec la moquerie\u00a0: \u00ab\u00a0Je voulais faire ennuyeux pour faire intelligent.\u00a0\u00bb Du coup, cela fait b\u00eate et est d\u2019un ennui qui voudrait se cacher par une logorrh\u00e9e cri\u00e9e pendant quatre heure et demi.<br \/>\nC\u2019est s\u00fbrement l\u2019histoire d\u2019une obsession qui n\u2019arrive pas \u00e0 trouver sa solution. Ce n\u2019est pas seulement les th\u00e8mes, ses contradictions et les histoires qui sont les m\u00eames, c\u2019est aussi la sc\u00e9nographie avec son sol en damier et les n\u00e9ons du fond en sorte de perspective que nous reconnaissons d\u2019Orlando. La volont\u00e9 de \u00ab\u00a0changer son style\u00a0\u00bb par un \u00e9crit qui d\u00e9passe son th\u00e9\u00e2tre (\u00e9crit venant de sa propre main, la tautologie y est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0) n\u2019a pas eu lieu, sans parler d\u2019une mise en question des fondements de son th\u00e9\u00e2tre. Et le th\u00e9\u00e2tre bourgeois contre lequel Olivier Py voudrait s\u2019opposer, est peut-\u00eatre d\u2019abord cela m\u00eame\u00a0: la reproduction du m\u00eame o\u00f9 le diff\u00e9rent, \u00e0 d\u00e9faut de devenir un diff\u00e9rend, est mesur\u00e9 par le go\u00fbt et int\u00e9gr\u00e9 par l\u00e0 \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie bourgeoise. C\u2019est un certain go\u00fbt qu\u2019Olivier Py voudrait attaquer. Il n\u2019a pas encore compris que tout le monde s\u2019en fout, que personne n\u2019est choqu\u00e9 et que son entreprise tourne dans le vide depuis des ann\u00e9es. Nous pouvons lui accorder, puisqu\u2019il est ainsi, que regarder \u00ab\u00a0les nuages, les merveilleux nuages\u00a0\u00bb soient pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 quatre heure et demi de criaillement. Encore faudrait-il qu\u2019il y en ait sous ce soleil proven\u00e7al. Mais \u00e7a, c\u2019est autre chose\u2026<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; C\u2019est un \u00e9t\u00e9 o\u00f9 il y a des \u00e9v\u00e8nements culturelles \u00e0 en avoir ras le bol. La Dokumenta 14 \u00e0 Kassel, la SkulpturenProjekte \u00e0 M\u00fcnster, en ne pas oubliant la Biennale de Venise et bien \u00e9videmment notre annuel Festival d\u2019Avignon. On peut y trouver, comme \u00e0 chaque ann\u00e9e, une (au moins) mise en sc\u00e8ne du directeur. Cela ne change pas. Des Parisiens\u2014 et autres notes. 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