


{"id":1602,"date":"2017-07-12T19:54:49","date_gmt":"2017-07-12T17:54:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/wordpress\/?p=1602"},"modified":"2017-07-12T19:54:49","modified_gmt":"2017-07-12T17:54:49","slug":"cogne","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/cogne\/","title":{"rendered":"Cogne"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\n<em><strong>Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Herrn de Moli\u00e8re, derni\u00e8re pi\u00e8ce de Frank Castorf \u00e0 la Volksb\u00fchne, est pr\u00e9sent\u00e9 du 8 au 13 juillet au Festival d\u2019Avignon. Un th\u00e9\u00e2tre qui cogne.<\/strong><\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe laisserai l\u2019analyse s\u00e9miologique, dramaturgique et autres ique aux professeurs et experts de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral. Je laisserai le fait de juger si Castorf a vieilli aux vieux et vieilles qui ont d\u00e9j\u00e0 tant vu. Je laisserai la question de l\u2019accessibilit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre \u00e0 celles et ceux dont c\u2019est le m\u00e9tier de juger l\u2019accessibilit\u00e9 d\u2019un \u0153uvre. Je laisserai la lecture aux camarades de l\u2019insens\u00e9 (v.ici, d\u2019autres vont suivre). Je dirais qu\u2019il faudrait d\u2019abord \u00ab\u00a0jouer\u00a0\u00bb, qu\u2019il s\u2019agisse \u00ab\u00a0de la banane sur laquelle on glisse, et la t\u00eate qui se fracasse sur le trottoir\u00a0\u00bb. On est du moins en droit de dire que c\u2019est jusqu\u2019ici le seul spectacle du festival qui n\u2019avance pas timidement vers une bancale reproduction des id\u00e9es dramaturgiques pr\u00e9existantes, reproduction si ador\u00e9e de celles et ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent lire et comprendre et pouvoir dire qu\u2019ils ont compris et discuter vivement avec les autres de leurs compr\u00e9hensions r\u00e9ciproques et se glorifier dans leur compr\u00e9hension que les autres n\u2019ont pas compris et qui les rend meilleurs et qui le rend plus intelligents que n\u2019importe qui d\u2019autres, compr\u00e9hension intelligente et \u00e9clair\u00e9e, vif et tout \u00e0 fait perspicace qui les \u00e9l\u00e8ve et qui leur permet de dire\u00a0: je suis\u00a0; reproduction qui semble faire si souvent l\u2019affaire des idol\u00e2tres d\u2019un ordre et de sa stabilit\u00e9 et de son autorit\u00e9. Et de rajouter Castorf qui nous fait entendre Meyerhold qui \u00e9crit sur son chevet de mort, tortur\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 force de faire la chasse au formalisme, vous avez tuer l\u2019art.\u00a0\u00bb Si vous tenez \u00e0 votre respectabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, avant donc de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai rien compris\u00a0\u00bb, il vaut encore mieux dire aujourd\u2019hui\u00a0: \u00ab\u00a0Il y avait des choses \u00e0 comprendre, mais la lisibilit\u00e9 \u00e9tait difficile.\u00a0\u00bb Si vous tenez \u00e0 votre respectabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, il vaut encore mieux s\u2019accrocher bravement aux surtitrages pour pouvoir d\u00e9tailler, en sortant, quelques id\u00e9es, r\u00e9f\u00e9rences, pens\u00e9es, faits historiques, liens dramaturgiques, etc. Si vous tenez \u00e0 votre respectabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, il vaut mieux parler, savoir et parler, que de pleurer. Par exemple au changement du d\u00e9cors, o\u00f9 une vingtaine de techniciens poussent, tournent, triment, tirent, marchent, frappent, retournent, orientent, roulent, d\u00e9marrent, s\u2019arr\u00eatent, reculent, avancent, accrochent, d\u00e9crochent afin que la cal\u00e8che de 10 m\u00e8tres de haut avec ses goupilles et ses plateaux, ses c\u00e2bles et ses guindes se meut lentement du point A au point B accompagn\u00e9 d\u2019une musique baroque, o\u00f9 l\u2019aventure humaine devient semblable \u00e0 celle des fourmis, mais qui lui rend toute sa beaut\u00e9 si cela veut encore dire quelque chose. O\u00f9 la conqu\u00eate de l\u2019inutile comme dirait l\u2019autre est la seule conqu\u00eate qui vaille. C\u2019est que Castorf, pour moi comme pour celle et ceux qui ne l\u2019ont jamais vu auparavant, fait une sorte de d\u00e9claration d\u2019amour pour le th\u00e9\u00e2tre, pour son th\u00e9\u00e2tre aussi peut-\u00eatre, mais je laisserai aux juges des cabotins de juger le cabotinage. Une sorte de d\u00e9claration pour la peau de banane et la t\u00eate, pour ce qu\u2019on pourrait appeler le corps, sa fragilit\u00e9 et la puissance de cette fragilit\u00e9, et son impuissance. Plus qu\u2019une d\u00e9claration \u2013 ce n\u2019est pas une d\u00e9claration du tout &#8211; c\u2019est une d\u00e9monstration. C\u2019est une d\u00e9monstration de ce que peut un corps. Ce que peut un corps \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et face \u00e0 l\u2019\u00e9cran, face aux \u00e9crans et leurs images. Et c\u2019est pas simple, c\u2019est pas facile. C\u2019est qu\u2019un corps sue, et sa voix est un muscle, et courir 50 m\u00e8tres avant de pouvoir commencer le dialogue du fait que les loges soient \u00e0 50 m\u00e8tres du public est un long chemin \u00e0 parcourir. Et plus que ce que peut un corps, c\u2019est un questionnement sur ce que peut le th\u00e9\u00e2tre avec ses papiers peints et ses rideaux, ses cal\u00e8ches qui ici roulent, fonctionnement pour de vrai comme dit le camarade, m\u00eame si c\u2019est pour de faux. Et ce n\u2019est pas un questionnement, mais c\u2019est une affirmation que cette th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 ou que le fait m\u00eame de venir dire un texte que quelqu\u2019un d\u2019autre a \u00e9crit en faisant semblant que quelqu\u2019un d\u2019autre le dit, que ces mots dans un espace faux, peints, adress\u00e9s \u00e0 un public, peuvent encore quelque chose. Les moments deviennent rares et quand par un heureux hasard Balibar ou Scheer ou n\u2019importe quel autre com\u00e9dien ou com\u00e9dienne dont aucuns n\u2019a besoin de prouver sa virtuosit\u00e9 et dont chacun et chacune peut se moquer de la virtuosit\u00e9, la d\u00e9truire, la mener par le bout du nez, car il s\u2019agit d\u2019autre chose ici que de bien faire, quand par un heureux hasard, dis-je, l\u2019un ou l\u2019une de ces b\u00eates sortent de l\u2019\u00e9cran et arrivent devant nous et que les corps s\u2019affaissent ou se roulent dans le foin ou font semblant de se taper comme les grands guignols et que Ph\u00e8dre se lamente alors qu\u2019Hypolite boit du cuba libre, eh bien, on peut encore se dire que le th\u00e9\u00e2tre existe pour quelque chose. Il nous rappelle quelque part qu\u2019il y ait une vie au-del\u00e0 et en de\u00e7\u00e0 des images, que cette vie est certainement insuffisante, que m\u00eame \u00e0 hurler \u00e0 ne plus en pouvoir, d\u2019\u00eatre d\u00e9bout sur cette terre avec deux pieds et deux jambes et une ventre et le reste et tout ce que vous savez et de se mettre d\u00e9bout autrement pour \u00eatre sur ces deux jambes autrement, cela n\u2019est pas suffisant. Mais cela prouve que la d\u00e9livrance ne peut pas \u00eatre dans l\u2019\u00e9cran. Pas seulement. Le plateau est vide devant nous, les actrices et acteurs jouent au fond \u00e0 50 m\u00e8tres devant une cam\u00e9ra sans se soucier de notre pr\u00e9sence physiques sans plus que nous nous soucions de leur pr\u00e9sence physique puisque nous regardons b\u00eatement l\u2019\u00e9cran \u00e0 la place de regarder les corps lointains et petits qui produisent cet image sur l\u2019\u00e9cran, on est si \u00e9loign\u00e9s, si \u00e9trangers parce que cet interm\u00e9diaire s\u2019est pos\u00e9 entre nous. Interm\u00e9diaire d\u2019une virtuosit\u00e9, d\u2019une ma\u00eetrise technique hallucinante. Des champs et contre-champs, des travellings, des panoramiques, des cadrages en directe d\u2019une pr\u00e9cisions \u00e9tonnante. Il est clair que le gros plan manque au th\u00e9\u00e2tre. Il est clair que cet interm\u00e9diaire nous peut faire croire des choses o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre nous ferait rire de le tenter. Ce n\u2019est pas ici le th\u00e9\u00e2tre contre le reste du monde qui en ferait un lieu reclus, sacr\u00e9, qui serait le porteur d\u2019une promesse de bonheur &#8211; l\u2019id\u00e9e m\u00eame que certains peuvent le croire fait rire si elle ne fait pas pleurer \u2013 mais un th\u00e9\u00e2tre ancr\u00e9 dans les forces terrestres. Un th\u00e9\u00e2tre qui cogne. Et \u00e0 repenser \u00e0 Artaud. Artaud qui a l\u2019honneur que la rue d\u2019une zone commerciale dans le banlieue avignonnaise soit nomm\u00e9e d\u2019apr\u00e8s lui, rue compl\u00e8tement bouch\u00e9e qui nous menait au Parc des Expositions. Artaud, donc, qui \u00e9crivait\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Cogne et foutre,\u2028dans l\u2019infernal brasier o\u00f9 plus jamais la question de la parole ne se pose ni de l\u2019id\u00e9e.\u2028Cogne \u00e0 mort et foutre la gueule, foutre sur la gueule, est la derni\u00e8re langue, la derni\u00e8re musique\u2028que je connais,\u2028et je vous jure qu\u2019il en sort des corps\u2028et que ce sont des CORPS anim\u00e9s.\u00a0\u00bb<br \/>\nQuelque part, au milieu de ce bordel, se dresse une d\u00e9chirure qui ne nous laisse pas indemne. Elle nous pousse \u00e0 faire quelque chose. Elle nous pousse \u00e0 faire n\u2019importe quoi plut\u00f4t que rien du tout. Quelque chose pour que la vie a la chance de devenir, peut-\u00eatre, un peu plus \u00ab\u00a0supportable\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Herrn de Moli\u00e8re, derni\u00e8re pi\u00e8ce de Frank Castorf \u00e0 la Volksb\u00fchne, est pr\u00e9sent\u00e9 du 8 au 13 juillet au Festival d\u2019Avignon. Un th\u00e9\u00e2tre qui cogne. &nbsp; Je laisserai l\u2019analyse s\u00e9miologique, dramaturgique et autres ique aux professeurs et experts de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral. Je laisserai le fait de juger si Castorf a vieilli aux vieux et vieilles qui ont d\u00e9j\u00e0 tant vu. 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