


{"id":1615,"date":"2018-01-19T15:56:40","date_gmt":"2018-01-19T14:56:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1615"},"modified":"2018-01-19T15:56:40","modified_gmt":"2018-01-19T14:56:40","slug":"la-quatrieme-dimension-volodine-joris-mathieu","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-quatrieme-dimension-volodine-joris-mathieu\/","title":{"rendered":"La quatri\u00e8me dimension : Volodine &#038; Joris Mathieu"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSecutKwEXAQuzX+Mru6G3nb7AMaaf3enSKmunYwiMkzYHNL33w+mFHlFiy0JkizE7p3W9fb9bntfVzrvq\/JbLC7vrUPHoaT4rMG0lUMYcaT5Ndq3GSygPficZP4YirtvjxZdpR+EOVCgGUohFPbP2Z5aXhf4dNvcAr0Ye8rm4FNSLisGbtKZptf\/WXqsur38KAqKqWGMQ==\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=578\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\n\u00ab\u00a0La grammaire, l\u2019aride grammaire elle-m\u00eame, devient quelque chose comme une sorcellerie \u00e9vocatoire\u00a0; les mots ressuscitent rev\u00eatus de chair et d\u2019os, le substantif, dans sa majest\u00e9 substantielle, l\u2019adjectif, v\u00eatement transparent qui l\u2019habille et le colore comme un glacis, et le verbe, ange du mouvement, qui donne le branle \u00e0 la phrase.\u00a0\u00bb (Baudelaire)\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<dl class=\"spip_document_628 spip_documents spip_documents_center\">\n<dt><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH250\/FreCC80res-Sb122-04b54.jpg?1527600692\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"250\" \/><\/dt>\n<\/dl>\n<p>On n\u2019enferme pas le multivers d\u2019Antoine Volodine, alias Elli Kronauer, alias Manuela Draeger, alias Lutz Bassmann, inventeur et promoteur du \u00ab\u00a0post-exotisme\u00a0\u00bb, dans une bo\u00eete. Aussi Joris Mathieu, qui c\u00f4toie l\u2019\u00e9crivain depuis plus de dix ans, multiplie les bo\u00eetes, fa\u00e7on poup\u00e9es gigognes\u00a0: le cadre de sc\u00e8ne ouvre sur un autre cadre de sc\u00e8ne qui ouvre sur un autre cadre de sc\u00e8ne, etc. Comme si on regardait \u00e0 travers un appareil photographique en accord\u00e9on des premiers temps. Chaque bo\u00eete noire peut \u00e9voquer tour \u00e0 tour caverne platonicienne, hi\u00e9ratisme du n\u00f4 japonais, c\u00e9r\u00e9monies vaudou, dioramas du 19e si\u00e8cle, man\u00e8ges et auto-tamponneuses des f\u00eates foraines, num\u00e9ros de magie, th\u00e9\u00e2tre de marionnettes, phylact\u00e8res de bande-dessin\u00e9, films de science-fiction, nouvelles technologies du th\u00e9\u00e2tre contemporain\u2026 Une rhapsodie sc\u00e9nique \u00e9pouse une rhapsodie romanesque. Il faudrait ici mentionner chaque collaborateur artistique de cette cr\u00e9ation v\u00e9ritablement collective.<br \/>\nLes quatre \u00ab\u00a0interpr\u00e8tes\u00a0\u00bb (Philippe Chareyron, Vincent Hermano, R\u00e9mi Rauzier et Marion Talotti) naviguent d\u2019une dimension \u00e0 l\u2019autre du plateau, seule fa\u00e7on de suivre les m\u00e9andres fictionnels du romancier, en l\u2019occurrence une phrase d\u00e9mesur\u00e9e de quatre-vingt pages. Leur diction tend vers une apathie poignante en contraste total avec des exp\u00e9riences radicales de corps et de pens\u00e9e\u00a0: la p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des cheveux \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des orteils d\u2019un corps par un autre corps de sexe diff\u00e9rent, deux vert\u00e8bres soustraites abruptement, un squelette converti en marionnette&#8230;<br \/>\nL\u2019ambiance sonore aux tonalit\u00e9s tib\u00e9taines qui baigne la salle contribue \u00e0 faire perdre la mesure des une heure cinquante que dure environ le spectacle\u00a0: entre bercement et fulgurance, \u00e9coulement tranquille et stase du temps. On s\u2019enfonce dans une r\u00eaverie qui se n\u00e9crose ou dans un cauchemar qui rec\u00e8le son antidote lumineux. Et les hantises se nomment\u00a0: capitalisme, exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme\u2026<br \/>\nJ\u2019ai v\u00e9cu une troublante exp\u00e9rience \u00e0 plusieurs reprises\u00a0: la diplopie. Une discordance de mes yeux provoquait la sensation \u00e9trange de voir double. C\u2019est normalement la fatigue qui provoque un \u00e9pisode diplopique. Ce n\u2019\u00e9tait pas mon cas. J\u2019y vois comme le signe de mon abandon \u00e0 cette proposition sc\u00e9nique apr\u00e8s un certain temps de r\u00e9sistance d\u00fb au labyrinthe fictionnel. Le corps r\u00e9el de l\u2019acteur ou de l\u2019actrice qui arpentait le plateau m\u2019apparaissait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de son double spectral. Ce que mes yeux divergeant produisaient dans mon esprit et ce qui se passait concr\u00e8tement sur sc\u00e8ne allaient finalement de pair.<br \/>\nPour peu qu\u2019on s\u2019y abandonne, on vit ainsi comme rarement la plong\u00e9e dans l\u2019\u00e9paisseur d\u2019une langue et son inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9\u00a0: les noms propres des personnages fa\u00e7onn\u00e9s par Volodine, adepte des h\u00e9t\u00e9ronymes, sont autant de mol\u00e9cules fictionnelles qui s\u2019amalgament, qui se composent et se d\u00e9composent en corpuscules, en corps astraux, en corps organiques, en corps sans organes, dont on peut malaxer la mati\u00e8re sonore et imaginaire. Le d\u00e9dale narratif de Volodine peut soudainement se d\u00e9plier en une ligne aussi \u00e9pur\u00e9e que d\u00e9rangeante dans une s\u00e9quence de viol acharn\u00e9 sur une femme-viande. Un cri lib\u00e9rateur peut \u00e9galement strier la blancheur atone des voix.<br \/>\nVia l\u2019\u0153uvre de Volodine, Joris Mathieu ressuscite moins le quatri\u00e8me mur, auquel il rend hommage malgr\u00e9 tout, qu\u2019il n\u2019\u00e9rige une quatri\u00e8me dimension, celle de la science-fiction certes, ou du \u00ab\u00a0post-exotisme\u00a0\u00bb comme pr\u00e9f\u00e8re dire Volodine, un th\u00e9\u00e2tre engouffr\u00e9 dans la nuit habit\u00e9e du lointain. En esp\u00e9rant que la bouche d\u2019ombre m\u00e9nage un reflux, que le flottement dans les cauchemars de l\u2019Histoire ne soit pas irr\u00e9versible, que ce th\u00e9\u00e2tre et cette \u00e9criture se raccordent aux luttes du pr\u00e9sent \u2012 elles ne se gagnent pas seulement avec l\u2019\u00e9nergie du d\u00e9sespoir.\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La grammaire, l\u2019aride grammaire elle-m\u00eame, devient quelque chose comme une sorcellerie \u00e9vocatoire\u00a0; les mots ressuscitent rev\u00eatus de chair et d\u2019os, le substantif, dans sa majest\u00e9 substantielle, l\u2019adjectif, v\u00eatement transparent qui l\u2019habille et le colore comme un glacis, et le verbe, ange du mouvement, qui donne le branle \u00e0 la phrase.\u00a0\u00bb (Baudelaire) On n\u2019enferme pas le multivers d\u2019Antoine Volodine, alias Elli Kronauer, alias Manuela Draeger, alias Lutz Bassmann, inventeur et promoteur du \u00ab\u00a0post-exotisme\u00a0\u00bb, dans une bo\u00eete. Aussi Joris Mathieu, qui c\u00f4toie<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":1751,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1615","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1751"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}