


{"id":1628,"date":"2017-10-01T16:01:02","date_gmt":"2017-10-01T14:01:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1628"},"modified":"2017-10-01T16:01:02","modified_gmt":"2017-10-01T14:01:02","slug":"lame-de-fond-east-shadow-de-jiri-kylian","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/lame-de-fond-east-shadow-de-jiri-kylian\/","title":{"rendered":"Lame de fond : East Shadow de Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSesutKwDbEQqzsiS5Z4GyFLkEe+KfxgyTZqWu26iqll6v2nUfliYU9vb96qypRbGXuyVOhwzJologBRWLyXoKnaFT1jCIlycyGAXOGB\/KUPtE6vdmrq8U28+0qO5z8s8JBpugpyA5xcWIeHcB90RUB68Nv\/yakG6eQnI6kBrwSdX8bEWbd8bhue54hB\/J5EyGxPiJjUAQ==\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=572\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\nD\u2019une commande de la Triennale de Nagoya en 2012 autour de l\u2019\u0153uvre de Beckett et de la catastrophe de Fukushima \u00e9tait n\u00e9 ce spectacle de danse de 45 minutes\u00a0: \u00ab\u00a0<i>to and fro in shadow from inner to outer shadow \/ from impenetrable self to impenetrable unself by way of neither \/ as between two lit refuges whose doors once neared gently close, once away turned from gently part again \/ beckoned back and forth and turned away \/ heedless of the way, intent on the one gleam or the other \/ unheard footfalls only sound \/ till at last halt for good, absent for good from self and other \/ then no sound \/ then gently light unfading on that unheeded neither \/ unspeakable home<\/i>\u00a0\u00bb (<i>Neither<\/i>, Beckett, 1977).\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<span class=\"spip_document_618 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH282\/east-shadow-800-3-61337.jpg?1527601938\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"282\" \/><\/span><br \/>\nUne fa\u00e7ade de bois occupe la longueur du plateau. C\u00f4t\u00e9 jardin, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9es une petite fen\u00eatre carr\u00e9e donnant sur le noir des coulisses et une porte entrouverte travers\u00e9e d\u2019un rais de lumi\u00e8re. Devant est pos\u00e9e une petite table carr\u00e9e avec deux chaises. Sur la petite table reposent deux chapeaux noirs, l\u2019un caboss\u00e9, l\u2019autre cloch\u00e9. Une femme et un homme sortis du cin\u00e9ma burlesque am\u00e9ricain des ann\u00e9es 1940 vont esquisser quelques gestes quotidiens presque aussit\u00f4t fig\u00e9s sur le seuil de leur r\u00e9alisation. C\u2019est Gary Chryst \u2012 chor\u00e9graphe de la com\u00e9die musicale\u00a0<i>Chicago<\/i>\u00a0\u2012, et Sabine Kupferberger \u2012 trente-huit ann\u00e9es \u00e0 danser derri\u00e8re elle. Dans cette \u00ab\u00a0chor\u00e9graphie gel\u00e9e\u00a0\u00bb d\u2019un couple, chaque geste est cryog\u00e9nis\u00e9 par la m\u00e9lancolie, comme si la danse \u00e9tait le ressac d\u2019un arr\u00eat sur image. Costumes et chapeaux noirs font rayonner leur visage. Ils sont immobiles comme personne.<br \/>\nLe c\u00f4t\u00e9 cour duplique la m\u00eame sc\u00e9nographie mais sous forme de projection vid\u00e9o en trompe l\u2019\u0153il, avec le m\u00eame duo, mais cette fois enregistr\u00e9, rediffus\u00e9, saisi dans des vues qui rappellent parfois celles des fr\u00e8res Lumi\u00e8re, parfois celles de gouttes d\u2019encre au microscope. Le montage produit discontinuit\u00e9 et vitesse, que ce soit entre les plans ou \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des plans quand le duo se d\u00e9place. Dans le petit carr\u00e9 de la fen\u00eatre \u2012 celle peut-\u00eatre de\u00a0<i>Fin de partie<\/i>\u00a0\u2012 de gros nuages passent, puis une lame de fond, qui finit par d\u00e9border du cadre trop \u00e9troit, comme le train arrivant en gare de la Ciotat qui aurait provoqu\u00e9 une l\u00e9g\u00e8re panique chez les spectateurs de l\u2019invention Lumi\u00e8re. La lame de fond n\u2019est pas visible sur un mode documentaire mais stylis\u00e9e, retravaill\u00e9e \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une estampe d\u2019Hokusai. Ce film virevoltant o\u00f9 corps, \u00e9l\u00e9ments et objets d\u00e9fient l\u2019espace contraste avec la performance sc\u00e9nique mitoyenne o\u00f9 les deux danseurs peuvent tout \u00e0 coup se r\u00e9ifier et avoir la m\u00eame pesanteur mate qu\u2019une table et deux chaises.<br \/>\n\u00c0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 jardin, une femme dont on ne voit que le dos s\u2019est assise depuis le d\u00e9but devant un piano imposant. Elle n\u2019a pas cess\u00e9 de jouer des notes lancinantes, puissantes, par vagues continuelles. On reconna\u00eet notamment la sonate de Schubert qui glace doucement\u00a0<i>Winter Sleep<\/i>\u00a0(2014) de Nuri Bilge Ceylan. On entend parfois des bribes de\u00a0<i>Neither<\/i>\u00a0\u2012 libretto de Beckett pour op\u00e9ra spectral \u2012, mais aussi des grondements sourds, un fracas, une cataracte d\u2019eau, peut-\u00eatre. Moment saisissant du salut\u00a0: la pianiste se retourne, son visage enfin visible para\u00eet se r\u00e9veiller, \u00e9bloui par les projecteurs, les cheveux argent\u00e9s, plus grande qu\u2019elle ne paraissait. Il s\u2019agit de Tomoko Mukaiyama. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, le duo de danseurs prend soin des vieux chapeaux, comme de d\u00e9pouilles encore habit\u00e9es. C\u2019\u00e9tait aussi un peu des partenaires de danse, ces couvres-chefs r\u00e9fractaires \u00e0 la pr\u00e9sence et \u00e0 la parole.<br \/>\nLe spectacle saisit l\u2019instant infini o\u00f9 des corps deviennent des ombres qui se diluent \u00e0 leur tour comme de l\u2019encre et suscitent une \u00e9criture. Des corps vivants aux ombres qu\u2019ils dessinent, des projections vid\u00e9o aux mots de Beckett\u00a0: tel est, d\u2019une vie, le spectre d\u00e9ploy\u00e9.<br \/>\nUne danse ne raconte ni ne donne rien \u00e0 comprendre, ou indirectement. Une danse est d\u2019abord une \u00e9motion, qui peut mettre en mouvement une pens\u00e9e, mais qui se passe de personnages auxquels s\u2019identifier, d\u2019intrigue qu\u2019on pourrait suivre. Il n\u2019y a pas de r\u00e9cit ou de film catastrophe, ici. Une danse va \u00e0 l\u2019essentiel sans passer par le philtre narratif. Tout au plus esquisse-t-elle des fant\u00f4mes de personnages et d\u2019histoire, frustrant la demande de r\u00e9cit et d\u2019intelligible, d\u00e9faisant la fiction pour ouvrir d\u2019autres dimensions\u00a0: une \u00e9criture des corps o\u00f9 le pas de la marche va \u00e0 la rencontre de sa propre n\u00e9gation. Une fa\u00e7ade de bois, plateau vertical, t\u00e9lescope \u00e9poques, dramaticules, foirades et catastrophes.<br \/>\nIl ne s\u2019agit pas d\u2019opposer ce spectacle \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre de type documentaire \u2012 le groupe Berlin par exemple \u2012, mais d\u2019acter la n\u00e9cessit\u00e9 conjointe d\u2019une d\u00e9marche tout enti\u00e8re tourn\u00e9e vers le retentissement apr\u00e8s coup d\u2019un \u00e9v\u00e9nement dans l\u2019imaginaire \u00e0 la fois collectif et intime. Une danse se concentre de nouveau sur ce que le flux \u00e9v\u00e9nementiel en continu depuis 2011 avait d\u00e9j\u00e0 presque dissip\u00e9. Dans la lucidit\u00e9 d\u2019une comm\u00e9moration disloqu\u00e9e, elle ne gu\u00e9rit rien.\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019une commande de la Triennale de Nagoya en 2012 autour de l\u2019\u0153uvre de Beckett et de la catastrophe de Fukushima \u00e9tait n\u00e9 ce spectacle de danse de 45 minutes\u00a0: \u00ab\u00a0to and fro in shadow from inner to outer shadow \/ from impenetrable self to impenetrable unself by way of neither \/ as between two lit refuges whose doors once neared gently close, once away turned from gently part again \/ beckoned back and forth and turned away \/ heedless of<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":1762,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1628","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1628","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1762"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1628"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1628"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}