


{"id":1636,"date":"2017-07-26T16:03:45","date_gmt":"2017-07-26T14:03:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1636"},"modified":"2017-07-26T16:03:45","modified_gmt":"2017-07-26T14:03:45","slug":"face-a-la-mer-devant-soi-lexil-du-moi","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/face-a-la-mer-devant-soi-lexil-du-moi\/","title":{"rendered":"Face \u00e0 la mer, devant soi l\u2019exil du Moi"},"content":{"rendered":"<p>Dire ce qui n\u2019est pas nommable, approcher les \u00e9tats int\u00e9rieurs, se regarder et donner \u00e0 se voir\u2026 dans Face \u00e0 la mer pour que les larmes deviennent un \u00e9clat de rire, Radouhanne El Meddeb esquisse au Clo\u00eetre des Carmes un chant chor\u00e9graphique et lyrique o\u00f9 ce qui est en jeu semble reposer sur la tentative de mettre en commun un ressenti.<br \/>\nRetour ligne automatique<br \/>\n\u00a9 Christophe Raynaud de Lage<br \/>\nDe l\u2019exil, nombreux sont les r\u00e9cits qui disent le p\u00e9riple, la solitude, le doute et la joie au moment de franchir la fronti\u00e8re, les fronti\u00e8res, l\u2019inqui\u00e9tude du nouveau, le souvenir du pass\u00e9. De l\u2019exil, il faut se r\u00e9soudre \u00e0 penser qu\u2019il participe du d\u00e9chirement \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019\u00eatre qui fait le choix de quitter des proches, des paysages, une langue, une odeur, des couleurs\u2026 A la diff\u00e9rence du voyage initiatique qui est le plus souvent de la volont\u00e9 du sujet, l\u2019exil\u00e9 lui est le plus souvent contraint. Il faut partir, fuir de partir\u2026 De l\u00e0, aussi, et parfois, le sentiment d\u2019une l\u00e2chet\u00e9, quand au d\u00e9part vers le lointain correspond l\u2019abandon des siens.Retour ligne automatique<br \/>\nC\u2019est, peut-on l\u2019imaginer, ce flot de sensations que Radouhanne El Meddeb a pu vivre au moment o\u00f9 il quitte la Tunisie pour se rendre en France. Et c\u2019est, on le devine, ce qui fait son histoire singuli\u00e8re d\u2019homme priv\u00e9 de sa terre, priv\u00e9 de l\u2019espace qui l\u2019a vu na\u00eetre et qui nourrit le sentiment de perte et de nostalgie, de tristesse et d\u2019errance de celui qui n\u2019appartient plus ni au sol, ni au pr\u00e9sent de la terre qu\u2019il foule. En ce sens, c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019une des raisons qui le conduit \u00e0 investir l\u2019espace chor\u00e9graphique : cette langue de terre o\u00f9 il \u00ab parle \u00bb de l\u2019histoire qui l\u2019a travers\u00e9.<br \/>\nAu piano, un interpr\u00e8te dans une tenue blanche digne d\u2019un concert de la roche d\u2019Antheron est chauss\u00e9 d\u2019une paire de basket \u00e0 paillette. A son c\u00f4t\u00e9, le chanteur en complet veston se tient debout et chante. Il restitue les accents d\u2019une langue arabe qui raconte une histoire sans qu\u2019on saisisse laquelle. Seuls les variations nous renseignent sur cet hymne \u00e0, peut-\u00eatre, une douleur rentr\u00e9e, un d\u00e9sir lointain&#8230;. Basket, pour lui aussi, \u00e9tonnantes, aux couleurs kitsch. Sur le plateau, un groupe de marcheurs, danseurs, arpente la sc\u00e8ne et d\u00e9visage la salle. Ils s\u2019arr\u00eatent, ils observent, ils s\u2019observent avec intensit\u00e9. En tenue de ville, ils ne pr\u00e9tendent \u00e0 rien, sinon qu\u2019\u00e0 marcher, plus tard, l\u2019un d\u2019entre eux se lancera dans des contorsions. Plus tard encore, les hommes formeront une ligne ou se d\u00e9ploieront en tournoyant tel des derviches tourneurs.Retour ligne automatique<br \/>\nEntre les deux, une femme, prise dans un tiraillement, ira le long d\u2019une diagonale invisible d\u2019un point \u00e0 un autre. On entendra quelque chose d\u2019une plainte ou d\u2019une h\u00e9sitation entre le \u00ab Ici \u00bb et le \u00ab l\u00e0 \u00bb, jusqu\u2019\u00e0 ce que le calme la retienne dans les bras d\u2019un trio qu\u2019elle a assembl\u00e9.Retour ligne automatique<br \/>\nC\u2019est une \u00e9nigme que Face \u00e0 la mer. Une \u00e9nigme qui se lit sur les visages muets, au travers les gestes d\u2019ailleurs mais, et c\u2019est le silence profond qui le murmure, c\u2019est quelque chose de \u00ab lourd \u00bb qui est port\u00e9 en chacun d\u2019eux. Si lourd que le secret semble partag\u00e9 quand ils se portent les uns et les autres. C\u2019est une \u00e9nigme o\u00f9 la mer, le front de sc\u00e8ne, est un horizon. Quand au final, les interpr\u00e8tes font entendre un rire, alors quelque chose met fin \u00e0 la travers\u00e9e. L\u2019exil, pour autant, n\u2019est pas termin\u00e9. Simplement, \u00e0 ce moment terminal, appara\u00eet sans doute la r\u00e9conciliation avec soi-m\u00eame.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dire ce qui n\u2019est pas nommable, approcher les \u00e9tats int\u00e9rieurs, se regarder et donner \u00e0 se voir\u2026 dans Face \u00e0 la mer pour que les larmes deviennent un \u00e9clat de rire, Radouhanne El Meddeb esquisse au Clo\u00eetre des Carmes un chant chor\u00e9graphique et lyrique o\u00f9 ce qui est en jeu semble reposer sur la tentative de mettre en commun un ressenti. 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