


{"id":1639,"date":"2017-07-26T16:04:16","date_gmt":"2017-07-26T14:04:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1639"},"modified":"2022-09-11T17:55:50","modified_gmt":"2022-09-11T15:55:50","slug":"tout-entiere-de-lombre-a-la-flamboyance","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/tout-entiere-de-lombre-a-la-flamboyance\/","title":{"rendered":"Tout Enti\u00e8re, de l\u2019ombre \u00e0 la flamboyance"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><em>article propos\u00e9 par Valentin Marie<\/em><\/p><\/blockquote>\n<hr \/>\n<p>Guillaume Poix signe l\u2019\u00e9criture et la mise en sc\u00e8ne de Tout Enti\u00e8re \u2013 Vivian Maier, qui \u00eates-vous ?, commande du th\u00e9\u00e2tre du Pr\u00e9au, Centre Dramatique National de Vire en Normandie, pour la saison 2016-2017. Aur\u00e9lie \u00c9dline, com\u00e9dienne permanente du Pr\u00e9au, porte ce texte sur sc\u00e8ne. N\u00e9 d\u2019un d\u00e9sir commun, les deux artistes ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019explorer les m\u00e9andres qui entourent Vivian Maier, gouvernante de New York et de Chicago n\u00e9 en 1926, qui a laiss\u00e9 apr\u00e8s sa mort en 2009 plus de 150 000 n\u00e9gatifs, dans le plus grand des secrets.<br \/>\nL\u2019histoire est des plus improbables.<br \/>\nVivian Dorothy MAIER, gouvernante am\u00e9ricaine mais aussi collectionneuse compulsive et photographe fant\u00f4me. Ses n\u00e9gatifs, elle ne les a presque pas d\u00e9velopp\u00e9s, si ce n\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 ses d\u00e9buts dans la photographie. Plus de 150 000. Amass\u00e9s, pendant environ trente-cinq ans, des ann\u00e9es cinquante aux ann\u00e9es quatre-vingt, \u00e0 raison de douze clich\u00e9s par jour, entrepos\u00e9s dans le plus grand des secrets dans des cartons \u00e0 l\u2019abri des regards, mais aussi du regard de leur propre auteure. Tout cela pendant qu\u2019elle \u00e9tait nourrice.<br \/>\nC\u2019est en 2007 que les premiers n\u00e9gatifs de cette artiste fant\u00f4me ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts dans un garde-meuble, et que l\u2019\u0153uvre de cette femme a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre expos\u00e9e au grand jour, pour arriver \u00e0 l\u2019\u0153uvre qu\u2019on lui conna\u00eet aujourd\u2019hui.<br \/>\nCette nounou \u00ab atypique \u00bb a de quoi intriguer. Cette \u00ab nounou borderline \u00bb comme le dit Aur\u00e9lie \u00c9DELINE dans le spectacle a cr\u00e9\u00e9, peut-\u00eatre malgr\u00e9 elle, tout un myst\u00e8re autour d\u2019elle. Ne pas d\u00e9velopper ses clich\u00e9s, n\u2019en parler \u00e0 personne, amasser des tickets de bus, des cassettes audio de sa propre voix, des articles de faits divers plus lugubres les uns que les autres, et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, \u00eatre gouvernante. Cette vie trouble, myst\u00e9rieuse, \u00e9trange, atypique, la com\u00e9dienne va essayer de la comprendre de fa\u00e7on rationnelle, et tout son parcours va \u00eatre un jeu de piste, entre incarnation d\u2019une femme fant\u00f4me dont on ne sait d\u2019elle uniquement ses clich\u00e9s, et de questionnements qui vont embarquer la com\u00e9dienne dans un p\u00e9riple grandiose, \u00e0 ses risques et p\u00e9rils.<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne est neutre, d\u00e9nu\u00e9e de toute fioriture, et permet un d\u00e9ploiement de l\u2019imagination au-del\u00e0 de l\u2019espace et du temps de la salle de spectacle.<br \/>\nV\u00e9ritable bo\u00eete noire, la mise en sc\u00e8ne focalise d\u00e8s le d\u00e9but l\u2019attention sur l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par Aur\u00e9lie. Des habits de femme des ann\u00e9es cinquante sont m\u00e9ticuleusement pos\u00e9s sur les grandes dalles noires de la sc\u00e9nographie. Une jupe longue, une chemise large, un grand imperm\u00e9able, des derbies et des bas couleur chair. La com\u00e9dienne gravite autour de ces v\u00eatements. Peut-\u00eatre tente-t-elle de se projeter dans ces habits. Elle les regarde, les touche, les palpe fr\u00e9quemment, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un leitmotiv pour elle, de rentrer dans ce corps invisible \u00e9clat\u00e9 et de tenter de le reconstituer en Vivian Dorothy MAIER.<br \/>\nEt c\u2019est l\u00e0 que la sc\u00e9nographie et la mise en sc\u00e8ne sont de v\u00e9ritables atouts. L\u2019incarnation et la projection de l\u2019imagination sont rendues possibles gr\u00e2ce \u00e0 la bo\u00eete noire qui permet d\u2019\u00e9tendre et d\u2019\u00e9largir l\u2019espace temps gr\u00e2ce \u00e0 la projection mentale qu\u2019investit tout enti\u00e8re Aur\u00e9lie \u00c9DELINE. L\u2019absence de fronti\u00e8re sc\u00e9nique, de d\u00e9cor d\u2019\u00e9poque, permet \u00e0 la seule force de l\u2019investissement de la com\u00e9dienne \u00e0 travers son corps, son mental et les mots de l\u2019auteur d\u2019entrer dans un nouveau monde, celui du fantasme d\u2019Aur\u00e9lie qui tente de rationaliser le comportement de la gouvernante, photographe fant\u00f4me dans les rues de Chicago et de New-York. Le fait de ne pas chercher \u00e0 imposer une image de ces villes dans les ann\u00e9es cinquante, leurs rues et leurs automobiles est un atout majeure dans la mise en sc\u00e8ne : on ne donne pas de r\u00e9ponses, rien n\u2019est fix\u00e9 ni impos\u00e9, l\u2019\u00e9nigme n\u2019est jamais r\u00e9solue car d\u2019humaine \u00e0 humaine, de surcro\u00eet disparue, seul le fantasme demeure, l\u2019imagination, et l\u2019incarnation sublime d\u2019Aur\u00e9lie \u00c9DELINE qui tente de trouver une explication \u00e0 des gestes et des comportements effectu\u00e9s par un autre \u00eatre humain. Et conforte le fait que l\u2019Homme est un \u00eatre de possibles, et que Vivian MAIER aurait tr\u00e8s bien pu agir comme ce que nous pr\u00e9sente Aur\u00e9lie lors des prises de clich\u00e9s, mais que cela a peut-\u00eatre eu lieu d\u2019une tout autre mani\u00e8re, spontan\u00e9e et impr\u00e9vue. Le son et la lumi\u00e8re sublime la com\u00e9dienne dans son jeu, en restituant des ambiances sonores (rue avec des v\u00e9hicules motoris\u00e9s, pluie) et lumineuses (\u00e9clairage jaune chaud, rappelant une ambiance s\u00e9pia, lointaine mais \u00e9galement intimiste qui contraste avec le blanc franc et froid du d\u00e9but de la pi\u00e8ce o\u00f9 Aur\u00e9lie se pose tout un tas de questions sur la gouvernante). En revanche, pour ce qui est du traitement du son dans la pi\u00e8ce, il y aurait quelque r\u00e9glages \u00e0 revoir. Certes, des ambiances sonores simples comme celle d\u2019une rue ou de la pluie qui tombe permettent de donner des rep\u00e8res au spectateur, et de plonger encore plus avec la com\u00e9dienne dans sa qu\u00eate, mais les sons sont tr\u00e8s \u2013 trop \u2013 forts, trop agressifs, comme pourraient en t\u00e9moigner les personnes qui \u00e0 chaque fois se bouchaient les oreilles. Cela est utile pour cr\u00e9er des ruptures, des moments de tension, mais quand c\u2019est trop agressif et que cela semble trop se r\u00e9verb\u00e9rer, ou bien trop r\u00e9sonner, les oreilles pleurent.<br \/>\nEt c\u2019est encore le m\u00eame probl\u00e8me lors du traitement des photographies de Vivian MAIER. On regrette les l\u00e9gendes trop souvent peu \u2013 voir pas \u2013 compr\u00e9hensibles, d\u00fb \u00e0 un son trop fort qui parfois forme un brouhaha alors qu\u2019alli\u00e9es au travail d\u2019Aur\u00e9lie \u00c9DELINE, elles sont d\u2019une beaut\u00e9 qui d\u00e9tonne dans le c\u0153ur et qui remue, bouleverse et transporte dans un univers sublime : celui des clich\u00e9s de Vivian Dorothy MAIRER.<br \/>\nCar oui, le travail sur le corps de la com\u00e9dienne est sublime. C\u2019est avec une pr\u00e9cision magistrale du corps et certainement gr\u00e2ce \u00e0 un travail de projection mentale qu\u2019Aur\u00e9lie incarne les photographies. Et ce dans un encha\u00eenement d\u2019une douceur, d\u2019une d\u00e9licatesse mais en m\u00eame temps d\u2019une force et d\u00e9gageant une puissance telle que cette fluidit\u00e9 et cet \u00e9quilibre parfait qui restitue la puissance que d\u00e9gagent les \u0153uvres de Vivian MAIER ferait p\u00e2lir les plus beaux ballets classiques. Le travail men\u00e9 conjointement par le chor\u00e9graphe Thierry Thie\u00fb Niang et Aur\u00e9lie \u00c9DELINE est d\u2019une \u00e9l\u00e9gance, d\u2019une puissance et d\u2019une beaut\u00e9 rare, v\u00e9ritable joyau que renferme ce spectacle.<br \/>\nTout enti\u00e8re, Aur\u00e9lie se donne vraiment et signe une v\u00e9ritable performance entre perdition et questionnements, incarnation et fantasme, don de soi et retours de flamme, car cette enqu\u00eate n\u2019est pas sans risques. Le spectateur aura peut-\u00eatre le sentiment de quelques longueurs parfois, mais cela est r\u00e9v\u00e9lateur de failles beaucoup plus profondes que l\u2019auteur explore et qui emm\u00e8ne la com\u00e9dienne dans des endroits insoup\u00e7onnables de l\u2019\u00eatre et parvient m\u00eame \u00e0 interroger le m\u00e9tier d\u2019acteur et \u00e0 sonder ce qui peut-\u00eatre est insondable, dans un tour de force final puissant et poignant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>article propos\u00e9 par Valentin Marie Guillaume Poix signe l\u2019\u00e9criture et la mise en sc\u00e8ne de Tout Enti\u00e8re \u2013 Vivian Maier, qui \u00eates-vous ?, commande du th\u00e9\u00e2tre du Pr\u00e9au, Centre Dramatique National de Vire en Normandie, pour la saison 2016-2017. Aur\u00e9lie \u00c9dline, com\u00e9dienne permanente du Pr\u00e9au, porte ce texte sur sc\u00e8ne. 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