


{"id":1647,"date":"2017-07-24T16:06:36","date_gmt":"2017-07-24T14:06:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1647"},"modified":"2017-07-24T16:06:36","modified_gmt":"2017-07-24T14:06:36","slug":"the-great-tamer-lode-a-se-retamer","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/the-great-tamer-lode-a-se-retamer\/","title":{"rendered":"The Great Tamer, l\u2019ode \u00e0 se r\u00e9tamer"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre sans paroles de presque deux heures, The Great Tamer du grec Dimitris Papaioannou fait se lever la salle de la Fabrica au terme d\u2019un voyage onirico-magique qui semble investir le champ de la recherche scientifique o\u00f9 la question de l\u2019origine de l\u2019homme serait \u00e0 l\u2019ordre du jour. Un spectacle conseill\u00e9 pour les 7 et 77 ans, et l\u2019entre-deux qui ne fait pas son \u00e2ge, et qui est l\u00e9gion. Ou quand la virtuosit\u00e9 prend le pas sur le propos ou en masque le visage.<br \/>\nCela ressemble \u00e0 une toile de Nicolas de Sta\u00ebl et \u00e7a serait \u00ab les pav\u00e9s gris \u00bb, ce plan inclin\u00e9 presque vide. Ce pourrait \u00eatre le toit du monde sous lequel la charpente ploie sous plusieurs milliers d\u2019ann\u00e9es. Le toit d\u2019ardoises serait gondol\u00e9. La premi\u00e8re image, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la Fabrica qu\u2019ont laiss\u00e9 Vincent Baudriller et Hortense Archembault, est tout simplement impressionnante de simplicit\u00e9 plastique. Elle appelle une \u00e9motion pure que l\u2019acteur qui d\u00e9visage le public augmente. Sa nudit\u00e9 \u00e0 venir n\u2019entamera pas la justesse de cette image et le suaire qui le recouvrira et s\u2019envolera alors qu\u2019il est allong\u00e9, dans le jeu de r\u00e9p\u00e9tition qui se met en place, donne au Great Tamer la puissance d\u2019un surplomb vertigineux. Retour ligne automatique<br \/>\n\u00ab De quoi sera-t-il question ? \u00bb est alors une interrogative qui donne au th\u00e9\u00e2tre sa force et sa puissance. Sans parole, on demeure avec ses pens\u00e9es et l\u2019on voit \u00e0 travers ces images, celle d\u2019un gisant qui n\u2019en finit plus d\u2019\u00eatre d\u00e9fait. Alors s\u2019esquisse les conjectures que seule la pens\u00e9e est \u00e0 m\u00eame d\u2019inventer. The Great Tamer est un monde, un autre monde comme seuls les arts peuvent les former, les imaginer et leur donner vie. Le flot d\u2019images \u00e0 venir sert cette premi\u00e8re impression o\u00f9 un centaure f\u00e9minin, r\u00e9sultat de contorsions de trois athl\u00e8tes, invite quelques figures de la mythologie. Plus loin viendra Atlas qui porte la terre. Entre deux des cosmonautes viendront fouiller \u00ab la terre \u00bb, et se pr\u00e9sentent comme des \u00e9nigmes dans leur combinaison. Un homme serait enterrer sur la lune ou ailleurs ? La terre serait devenue inhospitali\u00e8re au point d\u2019exiger une combinaison\u2026. On passe sans plus attendre, mais il y a l\u00e0 un premier accroc. The show must gon on\u2026 Retour ligne automatique<br \/>\nAlors un homme \u00e0 la figure et au corps de christ, bient\u00f4t perch\u00e9 sur des \u00e9chasses qui affirmera sa hauteur est \u00ab d\u00e9terr\u00e9 \u00bb. Dans les bras du cosmonaute qui enl\u00e8ve sa protection et se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une femme, c\u2019est une figure de Pieta qui appara\u00eet. Ce n\u2019est pas l\u2019homme mais le fils de Dieu qui est \u00e0 contempler tout proche de ce sein nourricier. Alors le souffle de vestales imaginaires viennent animer son corps, souffle ou Esprit peut-\u00eatre\u2026 Bient\u00f4t, une autre image le verra autopsier par des m\u00e9decins de Rembrandt, \u00e9clair\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Vermeer\u2026 Et ses tripes, d\u00e9ball\u00e9es sur la table d\u2019op\u00e9ration qui devient une table de banquet, s\u2019apparentent alors \u00e0 un met. \u00ab Mangez, ceci est mon corps \u00bb pense-ton tout bas. Mais c\u2019est trop t\u00f4t pour d\u00e9lib\u00e9rer, on songe encore, dans la nudit\u00e9 qui s\u2019expose et ses figures qui apparaissent \u00e0 une \u0153uvre m\u00e9taphysique\u2026 On regarde le grand livre ouvert en front de sc\u00e8ne comme celui de la connaissance encyclop\u00e9dique, malgr\u00e9 la pomme qui renvoie in\u00e9luctablement \u00e0 celle de l\u2019Eden\u2026 Viendra ensuite le m\u00eame \u00ab christ \u00bb, pl\u00e2tr\u00e9, peut-\u00eatre malmen\u00e9 par les hommes\u2026 Et un samaritain l\u2019aidera \u00e0 sortir de cette coquille sculpt\u00e9e. Et toujours, toujours du plateau, des chausses trappes et autre ouvertures soulev\u00e9es, s\u2019extraient la ribambelle de figures qui reviennent sous une forme ou une autre, et souvent la m\u00eame comme si le questionnement qu\u2019est The Great Tamer n\u2019avait d\u2019autres r\u00e9ponses que celle d\u2019une \u00e9nigme dont il faut se satisfaire. Quand au final, apr\u00e8s une nu\u00e9e de fl\u00e8che qui deviennent un champ de bl\u00e9 (une c\u00e9r\u00e9ale sacr\u00e9e), l\u2019homme du d\u00e9but reste seul et continue de fouiller le plateau en extrayant la terre pour dispara\u00eetre sous elle, on s\u2019inqui\u00e8te de cette derni\u00e8re image o\u00f9 pour la \u00e9ni\u00e8me fois, la sc\u00e8ne semble nous enseigner qu\u2019il est des myst\u00e8res qui demeureront insondables. Le geste de l\u2019homme, qu\u2019il soit scientifique, technique, li\u00e9 aux Humanit\u00e9s\u2026 ne serviraient donc \u00e0 rien. Et cette pens\u00e9e s\u2019ancre d\u2019autant quand pour en finir, un squelette humain finit en tas d\u2019os\u2026 retournant \u00e0 la poussi\u00e8re quand l\u2019esprit sans doute trouve des chemins a\u00e9riens.<br \/>\n\u00a9 Julian Mommert<br \/>\nIl n\u2019y a rien \u00e0 reprocher \u00e0 Dimitri Papaioannou qui signe l\u00e0 une mise en sc\u00e8ne reposant sur l\u2019illusion, la magie, l\u2019art parfait d\u2019athl\u00e8tes contorsionniste et acrobates qui se mettent \u00e0 son service. Rien sinon \u00e0 applaudir \u00e0 la virtuosit\u00e9 d\u2019un geste qui entretient le go\u00fbt du spectaculaire. Rien, sauf peut-\u00eatre que toutes ces images finissent par \u00eatre un peu redondantes et que la r\u00e9p\u00e9tition, si elle est l\u2019apanage de l\u2019enseignement, peut aussi tourner au matraquage\u2026 Donc, The Great Tamer matraque ou nous traque \u00e0 l\u2019endroit de ce que l\u2019on fuit obstin\u00e9ment : une sc\u00e8ne qui, sans mot dire, devient c\u00e8ne. Et celle-l\u00e0, elle \u00e9tait l\u00e0, fragment\u00e9e, analogique, m\u00e9taphorique\u2026 mais bien l\u00e0 !Retour ligne automatique<br \/>\nAussi, The Great Tamer n\u2019est pas autre chose qu\u2019un spectacle pour paroissiens et autres enfants (brebis \u00e9gar\u00e9s) ou adultes qui aiment l\u2019illusion et les grands r\u00e9cits. De ceux qui aiment \u00e0 se reconna\u00eetre dans l\u2019illusion que l\u2019on confond \u00e0 la pratique du th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est-\u00e0-dire quand le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est plus qu\u2019un terrain de jeu o\u00f9 il s\u2019agit de fasciner et d\u2019aveugler par l\u2019artifice, voire l\u2019artificieux. A l\u2019endroit o\u00f9 la sc\u00e8ne entretient l\u2019hypnose ; et l\u00e0 o\u00f9 l\u2019hypnose qu\u2019entretient The Great Tamer est \u00e0 l\u2019origine de ceux qui iront se r\u00e9tamer.Retour ligne automatique<br \/>\n2h00 plus tard, un homme derri\u00e8re moi crie BRAVO, MERCI\u2026 Il est l\u2019ambassadeur de la salle qui est debout (comme le directeur du festival). Il me faut quitter ce taudis et admettre que ce qui n\u2019est pas r\u00e9alisable par la dialectique a trouv\u00e9 une voie via l\u2019univers onirique. Comme \u00e9crivait Nietzsche dans Le Gai Savoir, on pourra toujours dire aux hommes que Dieu est mort, ils demanderont qu\u2019on en apporte la preuve. C\u2019est le th\u00e9\u00e2tre, ici, qui la sert sur un plateau.Retour ligne automatique<br \/>\nMe reste le vin, pas m\u00eame coup\u00e9 avec le sang de quelques vampires qui nous privent de la raison, pour avoir enfin mal aux cheveux, et recouvrer l\u2019ivresse et mes esprits (au pluriel svp)\u2026 Vin que je pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 ceux qui boivent du petit lait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre sans paroles de presque deux heures, The Great Tamer du grec Dimitris Papaioannou fait se lever la salle de la Fabrica au terme d\u2019un voyage onirico-magique qui semble investir le champ de la recherche scientifique o\u00f9 la question de l\u2019origine de l\u2019homme serait \u00e0 l\u2019ordre du jour. Un spectacle conseill\u00e9 pour les 7 et 77 ans, et l\u2019entre-deux qui ne fait pas son \u00e2ge, et qui est l\u00e9gion. 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