


{"id":1663,"date":"2017-07-21T16:12:06","date_gmt":"2017-07-21T14:12:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1663"},"modified":"2017-07-21T16:12:06","modified_gmt":"2017-07-21T14:12:06","slug":"on-aura-tout-ou-le-partage-du-commun","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/on-aura-tout-ou-le-partage-du-commun\/","title":{"rendered":"On aura tout, ou le partage du commun"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSesutKwDbEQqzuiTgcj\/dIe0Ue+KfxgyTZqWu26iqll6v2nUS50k9VrQyIzoKcWmzk2LTYelCnL+lwbZtDyvEwsD4WfB15BWpFWCL2ynDsc3nFtiBnjSPGx1JQA+3TkEMfDdkUQkMvFln24Ri4FU0e+E3ugTfw0IsnuTkOvT5ZDsSaKx+Di+K28DCcxkKiCqdxjXEHa4Ok=\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=550\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\n\u00c0 midi, les jardins de Ceccano sont le d\u00e9cor du feuilleton th\u00e9\u00e2tral de cette 71e \u00e9dition. Apr\u00e8s\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/spip.php?article381&amp;var_mode=calcul\" rel=\"external\"><i>La R\u00e9publique<\/i>\u00a0de Platon \/ Badiou<\/a>il y a deux ans<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Occasion de rappeler le bel ouvrage publi\u00e9 aux Solitaires Intempestifs\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=550#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>, et les Chroniques de l\u2019histoire du Festival par la Piccola Familial l\u2019an dernier, ce sont cette ann\u00e9e des textes d\u2019\u00e9mancipation que jeunes acteurs et amateurs font entendre devant une large foule, attentive et fervente.\u00a0<i>On aura tout<\/i>\u00a0est un spectacle qui vibre d\u2019une singuli\u00e8re \u00e9nergie, d\u2019une \u00e9coute dense et sensible. Le spectacle \u2013 ou la c\u00e9r\u00e9monie th\u00e9\u00e2trale en jeu \u2013 con\u00e7u par Anne-Laure Li\u00e9gois fait entendre des textes choisis par Christiane Taubira\u00a0: chaque jour, un th\u00e8me est travers\u00e9 et nourri par les grandes \u00e9critures, les langues puissantes \u2013 on entend Hugo et C\u00e9saire, Senghor, Chamoiseau, Darwich, Jaur\u00e8s ou Barbusse, les auteurs du panth\u00e9on personnel de l\u2019ancienne ministre de la Justice, mais qui sont aussi ceux d\u2019un certain horizon politique. Lequel\u00a0? Celui qui lie les hommes ensemble, fait le pari de l\u2019\u00e9mancipation au nom d\u2019hier et pour demain. D\u00e8s lors, ce qui se joue tient autant dans le travail, puissant et d\u00e9licat, de l\u2019adresse, que dans l\u2019\u00e9coute, dense et tenue\u00a0: une exp\u00e9rience commune, qui prend le risque du commun, choisit l\u2019audace de l\u2019\u00e9motion comme politique, et puisque rien n\u2019est jamais acquis ni donn\u00e9e, fait de cette travers\u00e9e un recommencement de chaque jour.\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<span class=\"spip_document_565 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/170711_rdl_0039-13cef.jpg?1527601963\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/><small><small><\/small><\/small><br \/>\n<center>\u00a9 Christophe Raynaud de Lage<\/center>Il faut venir t\u00f4t chaque jour pour trouver une place, sur les bancs ou \u00e0 m\u00eame le sol, voire suspendu aux branches des oliviers du jardin de Ceccano. Ce jour-l\u00e0, une jeune femme me demande si la place est libre\u00a0: quelle place\u00a0? Nous sommes d\u00e9j\u00e0 serr\u00e9s sur ce banc. Mais nous ferons de la place. Cette jeune femme (Guyanaise) me confie un proverbe en cr\u00e9ole\u00a0: \u00ab\u00a0a ban court ki f\u00e9 gogo kontr\u00e9\u00a0\u00bb. Ce sont les bancs courts, qui produisent les rencontres. Un proverbe qu\u2019aime sans doute Christiane Taubira, me glisse la jeune femme.<br \/>\nSur les bancs de l\u2019Assembl\u00e9e qui produisent moins des rencontres que des invectives, elle avait su faire entendre sa voix\u00a0: les voix des po\u00e8tes et des langues, l\u2019art de faire de la rh\u00e9torique politique autre chose que des slogans de la communication, mais une fa\u00e7on d\u2019envelopper l\u2019action dans la col\u00e8re, ou la beaut\u00e9. Anne-Laure Li\u00e9gois a lev\u00e9 une estrade, plut\u00f4t qu\u2019une tribune, pour faire entendre les textes qu\u2019elle aime et qui la portent\u00a0: quatorze \u00e9pisodes, quatorze midis pour traverser ces paroles et ce qu\u2019elles soul\u00e8vent.<br \/>\nLe projet est g\u00e9n\u00e9reux, et risqu\u00e9. \u00c0 dresser ainsi un th\u00e9\u00e2tre pour les textes d\u2019\u00e9mancipation, qu\u2019est-ce qui emp\u00eacherait l\u2019action politique d\u2019\u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un patrimoine, soit un monument \u00e0 saluer, et non plus \u00e0 d\u00e9fendre ou \u00e0 conqu\u00e9rir\u00a0? Puis, en choisissant de faire de la lecture frontale la sc\u00e9nographie essentielle de l\u2019adresse et du jeu \u2013 sans affectation, sans action sc\u00e9nique, sans protocole spectaculaire \u2013, le risque est grand aussi d\u2019escamoter la port\u00e9e de ces textes, de lisser les dissensus, de fabriquer l\u2019\u00eatre-ensemble sans asp\u00e9rit\u00e9 d\u2019un vivre-ensemble sans contenu, et d\u00e9vitalis\u00e9. Enfin, en confiant la parole \u00e0 de jeunes acteurs du Conservatoire de Paris et \u00e0 des amateurs volontaires, c\u2019est un troisi\u00e8me p\u00e9ril qu\u2019affronte le spectacle\u00a0: \u00e9tablir des in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 vue, partager l\u2019espace entre ceux qui seraient ma\u00eetres de la parole et ceux qui seraient domin\u00e9s par elle. Trois dangers \u2013 culturel, politique, et esth\u00e9tique \u2013 que le\u00a0<i>projet<\/i>\u00a0n\u2019\u00e9vite pas, mais affronte avec franchise, et traverse, et renverse.<br \/>\nCela tient au travail g\u00e9n\u00e9reux fait avec les acteurs, jeunes d\u00e9j\u00e0 presque professionnels, ou amateurs\u00a0: des r\u00e9partitions claires, des soutiens, des scansions, des \u00e9changes nets\u00a0\u2013 chacun est en appui l\u2019un sur l\u2019autre. En tout, refus des moments de bravoure, et soin d\u2019exposer la fragilit\u00e9 de tous sans impudeur. Cela tient aussi \u00e0 la dramaturgie construite par chacune des journ\u00e9es\u00a0: tissage des textes de fiction et des discours, des po\u00e8mes anciens et contemporains, des langues et des voix, des territoires de prise de parole. Ce qui est cherch\u00e9, ce sont des articulations, des ponts, des r\u00e9seaux. La parole po\u00e9tique n\u2019est pas rel\u00e9gu\u00e9e au rang d\u2019ornement ou d\u2019illustration, et le discours politique n\u2019est pas le centre vecteur d\u2019une v\u00e9rit\u00e9. Ce qu\u2019on entend, c\u2019est que l\u2019\u00e9mancipation joue dans la langue parce qu\u2019elle est le lieu o\u00f9 elle ouvre \u00e0 l\u2019action, o\u00f9 elle appelle en nommant, en d\u00e9signant, en donnant \u00e0 voir. Mais la politique n\u2019est pas la po\u00e9sie, et c\u2019est la grande \u00e9l\u00e9gance, l\u2019\u00e9vidente force du travail, sa dignit\u00e9. Ce qui importe, c\u2019est le geste de soulever \u00e0 soi dans les mots des forces qui appellent \u00e0 l\u2019action ou la conduisent.<br \/>\nD\u00e8s lors, une question\u00a0: les tr\u00e9teaux sont-ils tribunes ou th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Ni l\u2019un ni l\u2019autre, mais on regarde ce qui nous entoure\u00a0: place, bord\u00e9e d\u2019arbres, entour\u00e9e par deux murs, mais ouverte sur la rue, la ville qui souffle sa respiration chaude, bat tout pr\u00e8s. On est au milieu de quelque part, et en dehors. On est au centre de ce qui entoure, on est envelopp\u00e9. C\u2019est la position de la parole, de ce th\u00e9\u00e2tre, de ces textes, qui rappellent \u00e0 chaque nouveau commencement le prix de la lutte et ses enjeux, et comme elle n\u2019est jamais achev\u00e9e pour arracher des droits que personne ni rien ne c\u00e8de\u00a0<i>pour rien<\/i>.<br \/>\nDans le passionnant entretien qu\u2019accorde Anne-Laure Li\u00e9gois et Christiane Taubira, cette derni\u00e8re a cette phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Au jardin de Ceccano, nous ne sommes pas dans l\u2019ar\u00e8ne politique, nous ne sommes pas dans le moment du combat\u00a0: nous en partageons les traces.\u00a0\u00bb Lucidit\u00e9 de la femme politique qui sait que le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas l\u2019espace central o\u00f9 les droits se conqui\u00e8rent, mais le lieu d\u2019un d\u00e9p\u00f4t, ou d\u2019un appui.<br \/>\nAinsi, ces midis sont souvent le temps de la m\u00e9moire, mais d\u2019une m\u00e9moire active, activ\u00e9e par le flux des textes qui se r\u00e9pondent d\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre. Enjeu m\u00e9moriel\u00a0? Peut-\u00eatre\u00a0: mais sans ostentation, et qui \u00e9chappe \u00e0 la pesanteur du devoir moral de la m\u00e9moire \u00e0 laquelle \u00eatre fid\u00e8le. D\u2019ailleurs, les textes font alterner immenses morceaux du socle culturel et auteurs m\u00e9connus, grands tissus de prose, et d\u00e9licats po\u00e8mes oubli\u00e9s. Ces derniers ne sont pas sans force, sans violence.<br \/>\nLe 20 juillet \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019esclavage, et la dramaturgie de la s\u00e9quence a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par le jeune metteur en sc\u00e8ne Nelson-Rafaell Madel. Elle s\u2019ouvrait sur un texte de Franz Fanon et donnait le ton du jour, de la semaine, de l\u2019ensemble du projet\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><small>N\u2019ai-je donc pas sur cette terre autre chose \u00e0 faire qu\u2019\u00e0 venger les Noirs du XVIIe si\u00e8cle\u00a0? Dois-je sur cette terre, qui d\u00e9j\u00e0 tente de se d\u00e9rober, me poser le probl\u00e8me de la v\u00e9rit\u00e9 noire\u00a0? Dois-je me confiner dans la justification d\u2019un angle facial\u00a0? Je n\u2019ai pas le droit, moi homme de couleur, de rechercher en quoi ma race est sup\u00e9rieure ou inf\u00e9rieure \u00e0 une autre race. Je n\u2019ai pas le droit, moi homme de couleur de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d\u2019une culpabilit\u00e9 envers le pass\u00e9 de ma race. Je n\u2019ai pas le droit, moi homme de couleur, de me pr\u00e9occuper des moyens qui me permettraient de pi\u00e9tiner la fiert\u00e9 de l\u2019ancien ma\u00eetre. Je n\u2019ai pas le droit ni le devoir d\u2019exiger r\u00e9paration pour mes anc\u00eatres domestiqu\u00e9s. Il n\u2019y a pas de mission n\u00e8gre\u00a0; il n\u2019y a pas de fardeau blanc.<\/small><br \/>\n&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p>Point de textes de la James Baldwin ici, ou des Black Panthers, du PIR (on peut le regretter, aussi, m\u00eame si on le comprend)\u00a0: l\u2019horizon politique de la r\u00e9conciliation est clairement port\u00e9 comme un pr\u00e9alable \u00e0 tous les partages.<br \/>\nCe n\u2019est pas ici l\u2019enjeu du spectacle de faire de la politique, ou d\u2019\u00eatre politique, c\u2019est-\u00e0-dire de construire les tensions \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019histoire et entre les hommes. Spectacle en amont de la politique, il dit plut\u00f4t le socle \u00e9thique des relations. Il s\u2019agit avant de construire un monde de le dire\u00a0: et de trouver les hommes capables de l\u2019habiter. Comment\u00a0? Ce sera au politique de le dire, justement. \u00ab\u00a0Trouver l\u2019homme o\u00f9 qu\u2019il se trouve\u00a0\u00bb, dira Fanon, \u00e9galement, ou le jeune homme qui dira le texte \u2013 qui sera justement Nelson-Rafael Madel, et avec lui, les jeunes hommes noirs et les vieillards blancs, les femmes et les enfants. Sur sc\u00e8ne alterneront des corps qui feront ce travail de prendre la parole et de la donner toute \u00e0 la fois, refusant \u00e0 parts \u00e9gales l\u2019incarnation d\u2019un autre et l\u2019interpr\u00e9tation de soi. \u00ab\u00a0Nous proclamons l\u2019unit\u00e9 des souffrants et des r\u00e9volt\u00e9s\u00a0\u00bb, dira plus tard un texte de Jacques Roumain.<br \/>\nVers la fin, on entendra un texte en cr\u00e9ole, comme on entendra le lendemain un chant arabe\u00a0; comme on entendra une femme chilienne porter son accent d\u2019\u00e9trang\u00e8re pour dire l\u2019autre et l\u2019ensemble.<br \/>\nParole du consensus, mais qui n\u2019abolit pas l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0: c\u2019est la tension, fragile et forte, de ce spectacle, de ces spectacles, puisque chaque jour tout est remis en jeu.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><small>Nous chantons les fleurs v\u00e9n\u00e9neuses \u00e9clatant dans des prairies furibondes\u00a0; les ciels d\u2019amour coup\u00e9s d\u2019embolie\u00a0; les matins \u00e9pileptiques\u00a0; le blanc embrasement des sables abyssaux, les descentes d\u00a0\u2018\u00e9paves dans les nuits foudroy\u00e9es d\u2019odeurs fauves.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/>Qu\u2019y puis-je\u00a0? \/ Il faut bien commencer.\/ Commencer quoi\u00a0? \/ La seule chose du monde qu\u2019il vaille la peine de commencer. \/ La\u00a0Fin du monde, parbleu\u00a0!<\/small><br \/>\n<center>Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/center><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019hostilit\u00e9 n\u2019est jamais absente de ces textes de lutte, mais elle est pos\u00e9e \u00e0 chaque fois comme un commun, comme un partage\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><small><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/>\u2026 nous sommes des marmonneurs de mots.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/>Des mots\u00a0! quand nous manions des quartiers de ce monde, quand nous \u00e9pousons des continents en d\u00e9lire, quand nous for\u00e7ons de fumantes portes, des mots\u00a0! ah oui, des mots, mais des mots de sang frais, des mots qui sont des raz de mar\u00e9e et des \u00e9r\u00e9sip\u00e8les et des paludismes, et des laves, et des feux de brousse, et des flamb\u00e9es de chair, et des flamb\u00e9es de villes\u2026<\/small><br \/>\n<center>Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/center><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans le Jardin, l\u2019\u00e9coute est souvent d\u2019une extr\u00eame tension, et rares sont les moments o\u00f9 des applaudissements interrompent les lecteurs, les lectures\u00a0: lors du midi consacr\u00e9 aux violences faites aux femmes, de longs applaudissements ont accompagn\u00e9 la fin, comme pour demander un rappel. La fin suit d\u2019ailleurs toujours le m\u00eame rituel\u00a0: les lecteurs du jour remontent sur l\u2019estrade, bras lev\u00e9 avec les textes en main qu\u2019on tend comme une force, comme une chose vive et r\u00e9elle, et concr\u00e8te, et qu\u2019on donne ensuite aux spectateurs.<br \/>\n<span class=\"spip_document_567 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/170708_rdl_1448-cf00c.jpg?1527601963\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/><small><small><\/small><\/small><br \/>\n<center>\u00a9 Christophe Raynaud de Lage<\/center>Dans un entretien r\u00e9cent,\u00a0<i>En quel temps vivons-nous\u00a0?<\/i>, Jacques Ranci\u00e8re r\u00e9clame l\u2019existence d\u2019oasis de paroles, de discours pos\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et au milieu des actions\u00a0: c\u2019est le franchissement d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre qui importe, les passages, les travers\u00e9es.<br \/>\nLe 21 juillet, s\u00e9quence autour de la guerre. Discours de Jaur\u00e8s, de Barbusse\u00a0: la paix est\u00a0<i>\u00e9videmment<\/i>\u00a0l\u2019horizon commun de ce territoire. Mais quand surgit le texte de Delbo sur les convois vers les Camps\u00a0; celui de Genet sur les cadavres de Sabra et Chatila, celui d\u2019Artaud \u2013 qu\u2019on recopie ici, pleinement, pour trouer ce texte comme il troua l\u2019air de ce midi, au Jardin de Ceccano\u00a0:<br \/>\n<span class=\"spip_document_566 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH375\/2017-07-21_12.29.06-6b401.jpg?1527601967\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"375\" \/><\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/><small><small><\/small><\/small><br \/>\n<center>\u00a9 AM<\/center><\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><small><\/small><small>Je ne crois plus aux mots des po\u00e8mes, \/ car ils ne soul\u00e8vent rien \/ et ne font rien. \/ Autrefois il y avait des po\u00e8mes qui envoyaient un guerrier se faire trouer la gueule, \/ mais la gueule trou\u00e9e \/ le guerrier \u00e9tait mort, \/ et que lui restait-il de sa gloire \u00e0 lui\u00a0? \/ Je veux dire de son transport\u00a0? \/ Rien. \/ Il \u00e9tait mort, \/ cela servait \u00e0 \u00e9duquer dans les classes les cons et les fils de cons qui viendraient apr\u00e8s lui et sont all\u00e9s \u00e0 de nouvelles guerres \/ atomiquement r\u00e9glement\u00e9es, \/ je crois qu\u2019il y a un \u00e9tat o\u00f9 le guerrier \/ la gueule trou\u00e9e \/ et mort, reste l\u00e0 \/ il continue \u00e0 se battre \/ et \u00e0 avancer, \/ il n\u2019est pas mort, \/ il avance pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. \/ Mais qui en voudrait \/ sauf moi\u00a0? \/ Et moi, qu\u2019il vienne celui qui me trouera la gueule \/ je l\u2019attends.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/><\/small><\/p><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p>\u2026 quelque chose se rompt dans l\u2019ordre des choses, et on comprend qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de nous convaincre de la paix, ou de la chanter pour conjurer la guerre\u00a0: mais d\u2019en appeler \u00e0 l\u2019histoire, plut\u00f4t, et de faire levier sur l\u2019\u00e9motion, cet affect politique.<br \/>\nCe serait finalement l\u00e0 que puiserait le spectacle et qui constituerait sa force\u00a0: poser que l\u2019\u00e9motion nous anime, et agite encore le cours des id\u00e9es et des forces, et des hommes et des lois, que la po\u00e9sie n\u2019est pas une langue \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des choses, mais ce qui dans les choses les conduit et les soul\u00e8ve, ou les \u00e9teint, les absorbe, les annule. Qu\u2019elle n\u2019est pas \u00e9mancipation par essence, mais que l\u2019\u00e9mancipation tient \u00e0 l\u2019adresse qui la saisit. Ainsi se r\u00e9pondent discours et po\u00e8mes, et r\u00e9cits, fictions et t\u00e9moignages\u00a0: dans le soul\u00e8vement contenu en eux, qui peuvent rester lettres mortes, ou pierres vives.<br \/>\nPierres vives\u00a0? C\u2019est-\u00e0-dire le contraire de la monumentalisation de la culture, de la mise en murs des textes pour objet de v\u00e9n\u00e9ration. Corps qui ici s\u2019appuient de toutes leurs forces sur ces textes pour les porter, \u00e0 bout de bras.<br \/>\nDans Sabra et Chatila, Genet marche au milieu des cadavres. Il les compte puis renonce. Les regarde, scrute les couleurs, les horreurs, les terreurs. Et puis, quelque chose se brise en lui.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p><small>C\u2019est alors, en sortant de la maison, que j\u2019eus comme un acc\u00e8s de soudaine et l\u00e9g\u00e8re folie qui me fit presque sourire. Je me dis qu\u2019on n\u2019aurait jamais assez de planches ni de menuisiers pour faire des cercueils. Et puis, pourquoi des cercueils\u00a0? Les morts et les mortes \u00e9taient tous musulmans qu\u2019on coud dans des linceuls. Quels m\u00e9trages il faudrait pour ensevelir tant de morts\u00a0? Et combien de pri\u00e8res. Ce qui manquait en ce lieu, je m\u2019en rendis compte, c\u2019\u00e9tait la scansion des pri\u00e8res.<\/small><br \/>\n&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p>On se trompe peut-\u00eatre en en faisant une image, tandis que l\u2019exp\u00e9rience, d\u00e9cisive, terrible, ne rel\u00e8ve que d\u2019elle. Et pourtant, ce midi, elle t\u00e9moignait de ce qui agissait ce lieu\u00a0: autour de nous, on agissait des noms, autant de cadavres de po\u00e8tes morts, d\u2019id\u00e9es d\u00e9fendues, pass\u00e9es dans la loi et oubli\u00e9es, ou perdues, ou n\u00e9glig\u00e9es\u00a0; mais dans l\u2019absence, dans l\u2019\u00e9l\u00e9gie des noms, s\u2019exposait le d\u00e9sir d\u2019un chant qui voulait soulever \u00e0 soi les morts pour appeler la vie en eux, et en nous.<br \/>\n<span class=\"spip_document_568 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/170715_rdl_1307-eafb5.jpg?1527601968\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/><small><small><\/small><\/small><br \/>\n<center>\u00a9 Christophe Raynaud de Lage<\/center><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_notes\">\n<div class=\"label\">Notes<\/div>\n<div class=\"notes\" dir=\"ltr\">\n<div id=\"nb1\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=550#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Occasion de rappeler le bel ouvrage publi\u00e9 aux Solitaires Intempestifs autour du spectacle et de ce dont il a pu t\u00e9moigner\u00a0:\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.solitairesintempestifs.com\/livres\/596-les-carnets-de-la-republique-9782846814928.html\" rel=\"external\"><i>Les Cahiers de la R\u00e9publique (ou l\u2019\u00e9pop\u00e9e\u2026\u00a0d\u2019un th\u00e9\u00e2tre en marche)<\/i><\/a>, sous la direction de Yannick Butel.\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n<p><span class=\"icone s24 verticale right ajax preload article-edit-24\"><a class=\"ajax preload bind-ajax\" title=\"Modifier cet article\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article_edit&amp;id_article=550\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/prive\/themes\/spip\/images\/article-edit-24.png\" alt=\"Modifier cet article\" width=\"24\" height=\"24\" \/><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 midi, les jardins de Ceccano sont le d\u00e9cor du feuilleton th\u00e9\u00e2tral de cette 71e \u00e9dition. Apr\u00e8s\u00a0La R\u00e9publique\u00a0de Platon \/ Badiouil y a deux ans\u00a0[1], et les Chroniques de l\u2019histoire du Festival par la Piccola Familial l\u2019an dernier, ce sont cette ann\u00e9e des textes d\u2019\u00e9mancipation que jeunes acteurs et amateurs font entendre devant une large foule, attentive et fervente.\u00a0On aura tout\u00a0est un spectacle qui vibre d\u2019une singuli\u00e8re \u00e9nergie, d\u2019une \u00e9coute dense et sensible. Le spectacle \u2013 ou la c\u00e9r\u00e9monie th\u00e9\u00e2trale<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1783,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1663","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1663","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1783"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1663"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1663"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}