


{"id":1685,"date":"2017-07-19T16:18:54","date_gmt":"2017-07-19T14:18:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1685"},"modified":"2017-07-19T16:18:54","modified_gmt":"2017-07-19T14:18:54","slug":"gabriel-dufay-et-les-spectres-vifs-de-desnos","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/gabriel-dufay-et-les-spectres-vifs-de-desnos\/","title":{"rendered":"Gabriel Dufay et les spectres vifs de Desnos"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSeWutKwDXEQqzuymrEVX9BekEe+KfyrYN3yq9rPV4mzd1VFgVNr+Yn\/KC66C3WA2DRZW+yP9RGGEzT02nr1vFvOBPHPBufLHZBiCYWybL\/Kty5Y1gHjyPoFy58A+3LkFOfDdkVSkMvFln2ARi4FE1eUJDusTPw0XBns99iPNGLRj1zeLdfJMLRP1\/0RZyikktx8XEHa4Ok=\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=543\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\n<strong>La vie et l\u2019\u0153uvre de Desnos semblent se briser l\u2019une sur l\u2019autre. \u00c0 la vie revient la part d\u2019\u00e9chec, de douleurs, de ruptures successives \u2013 avec Breton en 1929, avec la litt\u00e9rature en raison de la guerre et l\u2019engagement dans la R\u00e9sistance, avec l\u2019amour et ses liens tranch\u00e9es, avec l\u2019existence, achev\u00e9e cruellement dans le Camp de Terezin en 1945 \u2013, mais \u00e0 l\u2019\u0153uvre, la part lumineuse et incandescente, qui traque o\u00f9 qu\u2019elle le peut les forces vives, les beaut\u00e9s, ce qui exc\u00e8de, ce qui outrepasse. La vie et l\u2019\u0153uvre dialoguent pourtant et se jettent l\u2019une sur l\u2019autre pour finir par former ce nom de Robert Desnos dans l\u2019histoire de la po\u00e9sie. Comment lever ce dialogue autrement et ailleurs qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Dans\u00a0<i>Journal d\u2019une apparition<\/i>, Gabriel Dufay, metteur en sc\u00e8ne et com\u00e9dien, l\u00e8ve la pr\u00e9sence de ce dialogue, et plut\u00f4t que de raconter la vie de Desnos \u00e0 travers son \u0153uvre, ou de t\u00e9moigner de l\u2019\u0153uvre dans la vie (cette paresse biographique qui est celle de l\u2019\u00e9poque), il tente de danser entre les ombres de l\u2019une et de l\u2019autre, et choisit de prendre le parti du spectre, ce qui double la vie et l\u2019\u00e9criture, spectre comme on parle du spectre de lumi\u00e8re, ou de revenance \u2013\u00a0apparition de ce qui a disparu. C\u2019est une heure et demi dans la voix de Desnos qui sculpte l\u2019acquiescement terrible, profond et simple, de la vie confi\u00e9e \u00e0 l\u2019amour, c\u2019est-\u00e0-dire au d\u00e9sir sans cesse rejou\u00e9 du possible.<\/strong>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<span class=\"spip_document_542 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH375\/2017-07-19_17.50.43-ae01d.jpg?1527601975\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"375\" \/><\/span><br \/>\n<strong>Parvis et plus de ciel<\/strong><br \/>\nLe Parvis d\u2019Avignon est de ces lieux nouveaux que le festival\u00a0<i>Off<\/i>\u00a0ouvre pour nous, tandis que le\u00a0<i>In<\/i>\u00a0organise m\u00e9thodiquement la fermeture des espaces (cette ann\u00e9e la Carri\u00e8re Boulbon, et demain\u00a0?). Rue Paul Sa\u00efn, une \u00e9glise d\u00e9sacralis\u00e9e fait office de th\u00e9\u00e2tre. Elle est son propre d\u00e9cor\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est vrai, disait Brecht, l\u2019origine du th\u00e9\u00e2tre c\u2019est le rituel\u00a0; mais le th\u00e9\u00e2tre commence l\u00e0 o\u00f9 le rituel n\u2019existe plus\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Phrase qu\u2019\u00e9voque Grotowski, cit\u00e9 par Peter Brook, Avec Grotowski, pr\u00e9face de\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0Dans la nef de la Chapelle Italienne s\u2019ouvre un lieu. Et pour cette ouverture, le Fr\u00e8re Samuel Rouvillois, fondateur du Parvis d\u2019Avignon a confi\u00e9 la responsabilit\u00e9 de la programmation le temps du Festival \u00e0 une jeune metteur en sc\u00e8ne et actrice, Pauline Masson.<br \/>\nSa proposition fait la part belle aux langues et \u00e0 la radicalit\u00e9 tenue des \u00e9critures\u00a0: Pauline Masson et trois metteurs en sc\u00e8nes qu\u2019elle a invit\u00e9s donne la parole \u00e0 quatre auteurs\u00a0: Jon Kalman Stefansson (pour\u00a0<i>Entre ciel et terre<\/i>, que monte justement Pauline Masson), Fernando Pessoa (pour\u00a0<i>Ode Maritime<\/i>, que monte Stanislas Roquette), le jeune dramaturge Rapha\u00ebl Sarlin-Joly (pour son propre texte\u00a0<i>Nous irons pieds nus comme l\u2019ire des volcans<\/i>), et Robert Desnos, pour un montage de textes mis en sc\u00e8ne par Gabirel Dufay. L\u2019ensemble forme\u00a0<i>Un peu plus de ciel<\/i>, une respiration dans la touffeur d\u2019Avignon.<br \/>\n<span class=\"spip_document_543 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/desnos-journal-dune-apparition-00-940x627-bb767.jpg?1527601976\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><br \/>\n<strong>\u00ab\u00a0Heureux l\u2019homme soumis \u00e0 ses fant\u00f4mes\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\nLe spectacle de Gabriel Dufay joue sur le fil, tenant de la plus grande simplicit\u00e9 d\u2019expositio, et de la plus belle complexit\u00e9 dans les profondeurs qu\u2019elle remue. Un dispositif tri-frontale au centre duquel est pos\u00e9 n\u00e9gligeamment un lit, un bureau d\u2019\u00e9criture, un fauteuil \u2013 recouvert de draps blancs, comme des linceuls. Trois espaces de regard et trois espaces de vie qui disposent les signes d\u2019une existence vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture et \u00e0 l\u2019amour\u00a0: puisque \u00ab\u00a0la po\u00e9sie comme l\u2019amour se fait dans un lit, et ses draps d\u00e9faits sont l\u2019aurore des choses\u00a0\u00bb (Breton). Dans les draps que Gabriel Dufay \u00f4tera simplement au d\u00e9but, l\u2019acteur ne cessera de s\u2019envelopper, de se draper, de se voiler, de danser\u00a0: avec la minceur de ces signes, on voudrait ne surtout pas jouer \u00e0 Desnos, ou avec lui, rejoindre sa figure ou redonner son visage. Seulement lever la vie, agiter son ombre, son spectre, l\u2019appeler \u00e0 soi peut-\u00eatre.<br \/>\nL\u2019autre \u00e9vidence myst\u00e9rieuse du spectacle, c\u2019est le lien tiss\u00e9 avec audace entre les \u00e9critures de Desnos. On entendra po\u00e8mes, lettres, extraits de son journal, et la correspondance priv\u00e9e viendra contaminer l\u2019\u0153uvre publique pour produire \u2013\u00a0plut\u00f4t que la fusion de l\u2019\u0153uvre et de la vie \u2013 l\u2019inqui\u00e9tude qui ne cesse de faire vibrer l\u2019une et l\u2019autre, d\u2019attaquer l\u2019une par l\u2019autre. \u00c9l\u00e9gance du geste\u00a0: le surr\u00e9alisme, c\u2019\u00e9tait bien ce d\u00e9sir non de d\u00e9passer le r\u00e9el par l\u2019\u0153uvre, mais bien au contraire de traquer dans la vie ce qui en exc\u00e8de la force et la soul\u00e8ve. Ces soul\u00e8vements, le spectacle se donnera la t\u00e2che d\u2019en produire infiniment, jusqu\u2019\u00e0 la fin, et m\u00eame au-del\u00e0 de la vie de Desnos, en donnant la derni\u00e8re parole \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<br \/>\nLa vie de Desnos est connue \u2013 mais le spectacle ne prend pas le scrupule de la reconstituer. Au contraire. C\u2019est dans les plis de la vie que l\u2019\u0153uvre se dit. \u00c0 l\u2019automne 1926, Desnos fait la rencontre d\u2019une jeune femme, Yvonne George. L\u2019amour est impossible\u00a0: c\u2019est un mirage, un pur r\u00eave. Alors autant le r\u00eaver.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"J\u2019ai tant r\u00eav\u00e9 de toi, tant march\u00e9, parl\u00e9, couch\u00e9 avec ton fant\u00f4me\u2028qu\u2019il ne me\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span><br \/>\nChaque soir, Desnos r\u00eave qu\u2019elle vient lui rendre visite, et qu\u2019il s\u2019endort en sa pr\u00e9sence. Chaque matin, il \u00e9crit le journal de la nuit\u00a0: le r\u00eave, la pr\u00e9sence de cette femme, de cet amour. Du fant\u00f4me de la nuit, Desnos consigne les moindres gestes, scrute les mouvements, t\u00e9moigne des paroles et des traces laiss\u00e9es sur le lit, sur la peau \u2013\u00a0jusqu\u2019au jour o\u00f9 le fant\u00f4me s\u2019estompe, puis s\u2019efface, avant de s\u2019\u00e9vanouir \u00e0 jamais. La br\u00fblure reste. Et on comprend, dans ce commencement, ce qui va fabriquer peu \u00e0 peu le spectacle\u00a0: si le th\u00e9\u00e2tre est l\u2019espace des ombres et du jeu avec elles, c\u2019est donc le lieu du fant\u00f4me, de ce qui a eu lieu et revient, l\u2019espace de la r\u00e9p\u00e9tition quand elle recommence sans cesse, le territoire \u00e9l\u00e9giaque o\u00f9 naissent au retour du silence les langues que la vie ne peut accepter. Le pays du spectre.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Dans la nuit, il y a toi. [\u2026] \/ Toi qui es \u00e0 la base de mes r\u00eaves et qui\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span><br \/>\nCe qui commence alors, pr\u00e8s d\u2019une heure et demi, c\u2019est cette danse avec les fant\u00f4mes\u00a0: fant\u00f4mes de la vie de Desnos, plus vifs que morts\u00a0; fant\u00f4mes de l\u2019\u0153uvre qui double la vie et de la vie qui recouvre l\u2019\u0153uvre et l\u2019appelle\u00a0: fant\u00f4me du th\u00e9\u00e2tre qui l\u00e8ve la voix de Desnos sous le spectre d\u2019un acteur qui joue \u00e0 quelques m\u00e8tres de nous mais dont la voix est sonoris\u00e9e dans des enceintes qui nous entourent\u00a0: nous enveloppent, d\u00e9r\u00e9alisent le corps. Quelque chose parle en lui.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Si tu savais. Si tu savais comme je t\u2019aime et, bien que tu ne m\u2019aimes pas,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span><br \/>\nOu plut\u00f4t\u00a0: le corps est devant nous, et la voix nous parvient derri\u00e8re nous. Et dans le trembl\u00e9 des lumi\u00e8res (beaut\u00e9 des noirs de plateau, si rare d\u00e9sormais dans nos th\u00e9\u00e2tres o\u00f9 les issues de secours crient les couleurs vertes qui emp\u00eachent toute solitude), ce qu\u2019on per\u00e7oit est la surface doubl\u00e9e des apparences, le possible d\u2019hier, le retour au pr\u00e9sent de ce qui toujours aura lieu\u00a0: la po\u00e9sie de Desnos.<br \/>\nLe spectacle dansera autour des fant\u00f4mes dans une valse \u00e0 trois temps\u00a0: l\u2019\u00c9toile (le journal du spectre d\u2019Yvonne, l\u2019amour impossible)\u00a0; la Sir\u00e8ne (autour de la rencontre avec Youki, l\u2019amour re\u00e7u et donn\u00e9)\u00a0; la Po\u00e9sie (retra\u00e7ant les derni\u00e8res ann\u00e9es, dans la R\u00e9sistance ou dans le Camps, s\u00e9par\u00e9 de son amour, ou li\u00e9 \u00e0 elle par l\u2019\u00e9criture des lettres). Dramaturgie du d\u00e9pli amoureux, de l\u2019invention permanente de l\u2019amour, le spectacle ne perd jamais le fil du fantasme, du fantomatique\u00a0: si Desnos comme Breton tombait amoureux pour la vie tous les quinze jours, c\u2019est aussi parce que l\u2019amour devait sans cesse exiger tout de la vie, et devait rabattre les cartes sans cesse. D\u2019o\u00f9 cette vie fragile et provisoire \u00e0 chaque instant, ces moments de trouble dans les accords, et ces moments d\u2019accord \u00e0 travers les troubles.<br \/>\nGabriel Dufay sait les mouvements du texte comme on conna\u00eet son ombre\u00a0: comme on s\u2019en m\u00e9fie, comme on se r\u00e9tablit en lui apr\u00e8s s\u2019y \u00eatre jet\u00e9, comme on l\u2019esquive parfois, comme on la met dans le dos pour mieux avancer. Jeu avec la lumi\u00e8re, un cr\u00e9puscule qui dit aussi bien l\u2019aube que le soir.<br \/>\nAu pli du spectacle, l\u2019apparition (c\u2019en est une) de Pauline Masson est spectrale et lumineuse\u00a0: dans le contre-jour, elle s\u2019avance depuis le fond de sc\u00e8ne en robe blanche, traverse le plateau, s\u2019efface. Cette travers\u00e9e marquera la fin du spectacle comme une br\u00fblure l\u2019\u0153il, sa persistance r\u00e9tinienne. Elle sera pr\u00e9sente comme une absence, comme un phantasme. Elle jouera Youki, elle jouera le d\u00e9sir, l\u2019amour, soit pour Char \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture r\u00e9alis\u00e9 du d\u00e9sir demeur\u00e9 d\u00e9sir\u00a0\u00bb. Au fond, Susanna Tiertant posera d\u00e9licatement ses mains sur le piano ou fera courir ses doigts sur l\u2019accord\u00e9on, dans l\u2019ombre et dans le silence \u2013 sauf \u00e0 la fin, quand elle dira la date de la mort de Desnos.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Dis-toi qu\u2019il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi\u2028 et\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span><br \/>\nEt cette annonce est le spectacle m\u00eame\u00a0: son spectre. Le destin de Desnos est pr\u00e9sent comme une fatalit\u00e9 \u00e0 chaque instant de sa vie v\u00e9cue au bord de l\u2019abime. Dans les affres de la solitude parisienne en marge du groupe des surr\u00e9alistes (et m\u00eame pendant la p\u00e9riode surr\u00e9aliste\u00a0: Desnos \u00e9tait le plus dou\u00e9 pour plonger dans des \u00e9tats de conscience au confins de la folie \u2013 on cessera les s\u00e9ances d\u2019hypnose parce qu\u2019elles devenaient trop dangereuses pour lui\u2026)\u00a0; dans les remous de l\u2019amour perdu apr\u00e8s la mort de Yvonne, \u00e0 31 ans\u00a0; dans les combats de la R\u00e9sistance qui l\u2019engagent pleinement \u2013 au sein du journal\u00a0<i>Aujourd\u2019hui<\/i>, puis dans le r\u00e9seau\u00a0<i>Agir<\/i>\u00a0; dans les Camps enfin, \u00e0 Auschwitz d\u2019abord, puis rapidement \u00e0 Fl\u00f6ha en Saxe, \u00e0 Terezin en Tch\u00e9koslovaquie enfin. Il marchera toujours avec la mort, aupr\u00e8s d\u2019elle comme un soutien ferme qui l\u2019emp\u00eache de tomber.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"j\u2019appelle \u00e0 moi les amours et les amoureux \/ j\u2019appelle \u00e0 moi les vivants et les\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span><br \/>\nCependant, sur toute cette vie plane l\u2019intraitable sourire de l\u2019acquiescement, le terrible regard d\u2019Eros qu\u2019enlace Thanatos. Quelques mois avant sa mort, Desnos, confin\u00e9 dans les baraquements et atteint du typhus sait-il qu\u2019il va mourir\u00a0? Il \u00e9crit une lettre \u00e0 Youki pour lui demander d\u2019avertir Gallimard\u00a0: il br\u00fble de composer \u00ab\u00a0un roman d\u2019amour d\u2019un genre nouveau.\u00a0\u00bb Il demande des nouvelles des amis. Il supplie Youki de prendre soin d\u2019elle. Il dit qu\u2019on ne se souvient pas du pr\u00e9sent, et que le pass\u00e9 ne compte pas\u00a0: seul importe l\u2019avenir, et l\u2019avenir sera aupr\u00e8s d\u2019elle, c\u2019est certain. Certitude qui irradie dans chacun de ces textes, comme s\u2019ils \u00e9taient tous une promesse engag\u00e9e en regard de l\u2019existence, celle de l\u2019accomplir pleinement.<br \/>\nGabriel Dufay lance le merveilleux \u00ab\u00a0Jamais d\u2019autre que toi\u00a0\u00bb, et revient en souvenir \u00e9videmment la voix de Bashung qui l\u2019aura port\u00e9 aussi au lieu m\u00eame o\u00f9 Desnos l\u2019aura \u00e9crit\u00a0: dans la d\u00e9chirure, la simple beaut\u00e9 de mettre la mort derri\u00e8re soi.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Jamais d\u2019autre que toi en d\u00e9pit des \u00e9toiles et des solitudes \/ En d\u00e9pit des\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nb7\" rel=\"appendix\">7<\/a>]<\/span><br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/YRSeWErCh4Q\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe>Dans le tissage des lettres et des \u0153uvres, le miracle op\u00e8re d\u2019une \u0153uvre accomplie au nom de la vie, mais qui n\u2019en est jamais ni l\u2019alibi ni le refuge. Seulement une fa\u00e7on de la nommer, et d\u2019en intensifier en retour l\u2019exp\u00e9rience. Car quand on \u00e9crit ainsi, ce n\u2019est pas pour l\u2019\u00e9criture, mais pour armer la vie et se donner la force d\u2019exister \u00e0 cette hauteur l\u00e0.<br \/>\nLe dernier texte qu\u2019on entend est une lettre de Youki, qui esp\u00e8re que Desnos est en train de la lire debout, \u00e0 Moscou ou en Allemagne, en pleine sant\u00e9. Elle ne savait pas qu\u2019il \u00e9tait mort quelques jours auparavant, \u00e9puis\u00e9 par les marches forc\u00e9es. Destin de l\u2019\u00e9criture de poser la vie au-del\u00e0 de la mort. Et gr\u00e2ce de ce th\u00e9\u00e2tre d\u2019en lever les possibles, de soulever les fant\u00f4mes intacts et vivants. Et toujours \u00e0 venir.<br \/>\n<span class=\"spip_document_544 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/desnos-journal-dune-apparition-10-940x627-94119.jpg?1527601976\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_notes\">\n<div class=\"label\">Notes<\/div>\n<div class=\"notes\" dir=\"ltr\">\n<div id=\"nb1\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Phrase qu\u2019\u00e9voque Grotowski, cit\u00e9 par Peter Brook,\u00a0<i>Avec Grotowski<\/i>, pr\u00e9face de Georges Banu, Arles, Actes-Sud, 2009, p. 119.\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>J\u2019ai tant r\u00eav\u00e9 de toi, tant march\u00e9, parl\u00e9, couch\u00e9 avec ton fant\u00f4me\u2028qu\u2019il ne me reste plus peut-\u00eatre, et pourtant,\u2028qu\u2019\u00e0 \u00eatre fant\u00f4me parmi les fant\u00f4mes et plus ombre cent fois\u2028que l\u2019ombre qui se prom\u00e8ne et se prom\u00e8nera all\u00e8grement\u2028sur le cadran solaire de ta vie.<br \/>\nRobert Desnos, \u00ab\u00a0J\u2019ai tant r\u00eav\u00e9 de toi\u00a0\u00bb, in\u00a0<i>\u00c0 la Myst\u00e9rieuse<\/i>.\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Dans la nuit, il y a toi. [\u2026] \/ Toi qui es \u00e0 la base de mes r\u00eaves et qui secoues mon esprit plein de m\u00e9tamorphoses\u2028et qui me laisses ton gant quand je baise ta main. \u2028Dans la nuit, il y a les \u00e9toiles et le mouvement t\u00e9n\u00e9breux de la mer,\u2028 des fleuves, des for\u00eats, des villes, des herbes,\u2028des poumons de millions et millions d\u2019\u00eatres.\u2028 Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.\u2028 Dans la nuit il n\u2019y a pas d\u2019anges gardiens mais il y a le sommeil.\u2028 Dans la nuit il y a toi. \u2028Dans le jour aussi.<br \/>\nRobert Desnos, \u00ab\u00a0Les Espaces du sommeil\u00a0\u00bb,\u00a0<i>\u00c0 la Myst\u00e9rieuse<\/i>.\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Si tu savais. Si tu savais comme je t\u2019aime et, bien que tu ne m\u2019aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en t\u00eate, de sortir de l\u2019univers. Comme je suis joyeux \u00e0 en mourir. Si tu savais comme le monde m\u2019est soumis. Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonni\u00e8re. \u00d4 toi, loin-de-moi, \u00e0 qui je suis soumis. Si tu savais.<br \/>\nRobert Desnos, \u00ab\u00a0Si tu savais\u00a0\u00bb, in\u00a0<i>\u00c0 la Myst\u00e9rieuse<\/i>.\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Dis-toi qu\u2019il ne faut pas regretter les choses\u00a0: Ronsard avant moi\u2028 et Baudelaire ont chant\u00e9 le regret des vieilles et des mortes \u2028qui m\u00e9pris\u00e8rent le plus pur amour. \u2028Toi quand tu seras morte\u2028 Tu seras belle et toujours d\u00e9sirable. \u2028Je serai mort d\u00e9j\u00e0, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image \u00e9tonnante \u2028pr\u00e9sente \u00e0 jamais parmi les merveilles perp\u00e9tuelles de la vie et de l\u2019\u00e9ternit\u00e9,\u2028 mais si je vis\u2028 Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons, \u2028L\u2019odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d\u2019autres choses encore vivront en moi,\u2028 Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire, \u2028Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t\u2019avoir connue et aim\u00e9e, \u2028Les vaux bien\u00a0;\u2028 Moi qui suis Robert Desnos, pour t\u2019aimer\u2028 Et qui ne veux pas attacher d\u2019autre r\u00e9putation \u00e0 ma m\u00e9moire sur la terre m\u00e9prisable.<br \/>\n. Robert Desnos, \u00ab\u00a0Non, l\u2019amour n\u2019est pas mort\u00a0\u00bb, in\u00a0<i>\u00c0 la Myst\u00e9rieuse<\/i>.\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span>j\u2019appelle \u00e0 moi les amours et les amoureux \/ j\u2019appelle \u00e0 moi les vivants et les morts \/ j\u2019appelle les fossoyeurs j\u2019appelle les assassins \/ j\u2019appelle les bourreaux j\u2019appelle les pilotes les ma\u00e7ons et \/ les architectes \/les assassins \/ j\u2019appelle la chair \/ j\u2019appelle celle que j\u2019aime \/ j\u2019appelle celle que j\u2019aime \/ j\u2019appelle celle que j\u2019aime \/ le minuit triomphant d\u00e9ploie ses ailes de satin [\u2026] \/ les assassins me saluent \/ les bourreaux invoquent la r\u00e9volution \/ invoquent ma voix \/ invoquent mon nom \/ les pilotes se guident sur mes yeux \/ les ma\u00e7ons ont le vertige en m\u2019\u00e9coutant \/ les assassins me b\u00e9nissent \/ la chair palpite \u00e0 mon appel \/ celle que j\u2019aime ne m\u2019\u00e9coute pas \/ celle que j\u2019aime ne m\u2019entend pas \/ celle que j\u2019aime ne me r\u00e9pond pas<br \/>\nRobert Desnos, \u00ab\u00a0La voix de Robert Desnos\u00a0\u00bb, in\u00a0<i>Les T\u00e9n\u00e8bres<\/i>.\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=543#nh7\" rev=\"appendix\">7<\/a>]\u00a0<\/span>Jamais d\u2019autre que toi en d\u00e9pit des \u00e9toiles et des solitudes \/ En d\u00e9pit des mutilations d\u2019arbre \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit \/ Jamais d\u2019autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien \/ Plus tu t\u2019\u00e9loignes et plus ton ombre s\u2019agrandit \/ Jamais d\u2019autre que toi ne saluera la mer \u00e0 l\u2019aube \/ quand fatigu\u00e9 d\u2019errer moi sorti des for\u00eats t\u00e9n\u00e9breuses \/ et des buissons d\u2019orties je marcherai vers l\u2019\u00e9cume\u2026<br \/>\nRobert Desnos, \u00ab\u00a0Jamais d\u2019autre que toi\u00a0\u00bb, in\u00a0<i>Les T\u00e9n\u00e8bres<\/i>.\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vie et l\u2019\u0153uvre de Desnos semblent se briser l\u2019une sur l\u2019autre. \u00c0 la vie revient la part d\u2019\u00e9chec, de douleurs, de ruptures successives \u2013 avec Breton en 1929, avec la litt\u00e9rature en raison de la guerre et l\u2019engagement dans la R\u00e9sistance, avec l\u2019amour et ses liens tranch\u00e9es, avec l\u2019existence, achev\u00e9e cruellement dans le Camp de Terezin en 1945 \u2013, mais \u00e0 l\u2019\u0153uvre, la part lumineuse et incandescente, qui traque o\u00f9 qu\u2019elle le peut les forces vives, les beaut\u00e9s, ce<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1685","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1685","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1685"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1685"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}