


{"id":1693,"date":"2017-07-19T16:21:17","date_gmt":"2017-07-19T14:21:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1693"},"modified":"2017-07-19T16:21:17","modified_gmt":"2017-07-19T14:21:17","slug":"jai-28-ans-et-je-memmerde-claire-anton-et-eux","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/jai-28-ans-et-je-memmerde-claire-anton-et-eux\/","title":{"rendered":"Claire, Anton et eux : J\u2019ai 28 ans et je m\u2019emmerde"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><small><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Claire, Anton, et eux<\/em>, Mise en sc\u00e8ne\u00a0Fran\u00e7ois Cervantes<br \/>\nAvignon 2017, Gymnase du lyc\u00e9e Saint-Joseph<br \/>\nAvec\u00a0Gabriel Acremant, Th\u00e9o Ch\u00e9deville, Louise Chevillotte, Milena Csergo, Salom\u00e9 Dienis Meulien, Lucie Grunstein, Roman Jean-Elie, Jean Joude, Kenza Lagnaoui, Sipan Mouradian, Solal Perret-Forte, Maroussia Pourpoint, L\u00e9a Tissier, S\u00e9lim Zahrani<\/p>\n<p><\/small><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><strong>Fran\u00e7ois Cervantes met en sc\u00e8ne une partie de la promotion 2017 du Conservatoire National Sup\u00e9rieur d\u2019Art Dramatique avec\u00a0Claire, Anton et eux, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Avignon au Gymnase du Lyc\u00e9e Saint-Joseph. Un spectacle qui donne la part belle au biographique et \u00e0 la famille de sang, au d\u00e9triment d\u2019une famille po\u00e9tique \u00e0 construire.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<em><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2561\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Cervantes_170714_rdl_0183-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" \/><span class=\"spip_document_531 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/170714_rdl_0183-b46a1.jpg?1527601972\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><\/strong><\/em><br \/>\nMettre en sc\u00e8ne une promotion de jeunes acteurs \u00e0 la sortie de leur \u00e9cole est une entreprise difficile et codifi\u00e9e. Les consignes sont donn\u00e9es d\u2019avance\u00a0: chacun doit pouvoir \u00eatre vu et avoir l\u2019opportunit\u00e9 de faire \u00e9talage de ses talents pour assurer un avenir potentiel sur le march\u00e9 du travail de l\u2019art \u2013 si tant est qu\u2019une telle chose existe bel et bien. Sur ce point, Fran\u00e7ois Cervantes peut \u00eatre satisfait, la consigne est respect\u00e9e. Avec\u00a0Claire, Anton et eux, le metteur en sc\u00e8ne offre \u00e0 chacun des 14 \u00e9l\u00e8ves de la promotion 2017 du Conservatoire National Sup\u00e9rieur d\u2019Art Dramatique la possibilit\u00e9 de se montrer sous tous les angles, de prouver qu\u2019ils peuvent faire rire, \u00e9mouvoir parfois, qu\u2019il savent courir, rester immobile face au public avec un sourire aux l\u00e8vres, qu\u2019ils savent aussi tomber avec gr\u00e2ce sans se faire mal, qu\u2019ils savent courir et s\u2019arr\u00eater soudainement, qu\u2019ils savent marcher au ralenti, se battre au ralenti toujours, qu\u2019ils sont beaux de face, de dos, de profil, assis, debout, en costume ou au naturel, dans la lumi\u00e8re ou dans l\u2019ombre. Chacun y va de sa sp\u00e9cificit\u00e9, de son talent, de son emploi privil\u00e9gi\u00e9\u00a0: un tel excelle dans le grotesque, l\u2019autre d\u00e9gage une beaut\u00e9 \u00e9trange, une telle a la voix \u00e9raill\u00e9e, l\u2019autre un bagout ind\u00e9niable, l\u2019une fait du piano, l\u2019autre parle syrien, espagnol, arabe. Mission r\u00e9ussie donc. Et apr\u00e8s\u00a0?<br \/>\nPour \u00ab\u00a0ne pas \u00eatre asservi \u00e0 une histoire\u00a0\u00bb, Cervantes fait le choix dans ce spectacle de \u00ab\u00a0partir des acteurs et de leur pr\u00e9sent\u00a0\u00bb. Pas de texte donc, mais des paroles biographiques. Voire g\u00e9n\u00e9alogiques. Chacun d\u00e9cline son identit\u00e9, comme on se construirait un profil sur le net\u00a0: j\u2019ai 28 ans, je mesure 1m71 et p\u00e8se 56kg. Mon grand-p\u00e8re faisait du th\u00e9\u00e2tre. Moi aussi, d\u2019une certaine mani\u00e8re. Voil\u00e0. Et apr\u00e8s\u00a0?\u00a0<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/cervantes_170714_rdl_0238-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2569\" \/><br \/>\nPlut\u00f4t que de s\u2019interroger sur ce que d\u00e9sire cette jeunesse, sur ses envies et ses r\u00eaves d\u2019avenir, tous sont tourn\u00e9s vers le pass\u00e9. Dis moi d\u2019o\u00f9 tu viens et je te dirais qui tu es. On a du mal \u00e0 croire que cela puisse \u00eatre aussi simple, et pourtant le doute existe au vu du spectacle propos\u00e9 en ce festival d\u2019Avignon au gymnase Saint Joseph. Le plateau est laiss\u00e9 nu pour privil\u00e9gier un espace libre de jeu\u00a0: \u00e0 cour et \u00e0 jardin des chaises align\u00e9es, au fond un portant qui d\u00e9borde de costumes, des ampoules qui tombent des cintres et donnent un discret air de f\u00eate foraine de village. On y reconna\u00eet la sc\u00e9nographie donn\u00e9e par les salles du CNSAD\u00a0: des chaises, un grand espace de jeu, un piano (parce que tout bon acteur est, bien entendu, toujours aussi un peu un musicien). C\u2019est dans cet espace que Cervantes entend proposer un \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre d\u2019apparition\u00a0\u00bb (on aimerait bien, d\u2019ailleurs, savoir ce que cela signifie exactement), comprendre un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 sont convoqu\u00e9es les figures qui ont compt\u00e9 pour chacun des acteurs, les personnes qui les ont marqu\u00e9s et les ont men\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 ils se trouvent\u00a0: sur un plateau.<br \/>\n\u00ab\u00a0Car tout est histoire de groupes sanguins et de m\u00e9tissages qui existaient de fait. Mais avec la question de la transmission, de l\u2019\u00e9cole, du passage entre les g\u00e9n\u00e9rations et de la famille de sang, on aborde tr\u00e8s vite la notion de famille po\u00e9tique. Les questions redeviennent essentielles et nattent l\u2019intime et le politique\u00a0\u00bb. Cet extrait de l\u2019entretien avec Fran\u00e7ois Cervantes qui figure dans le programme vaut le coup de s\u2019attarder un peu. \u00ab\u00a0Histoire de groupes sanguins\u00a0\u00bb, qu\u2019est-ce \u00e0 dire\u00a0? Moi je suis B+, toi A-, lui AB, on va bien s\u2019entendre\u00a0? La famille de sang, qu\u2019est-elle\u00a0? En quoi natte-t-elle intime et politique\u00a0? Si mon grand-p\u00e8re a pris le maquis, cela signifie-t-il qu\u2019en moi existe quelque chose comme un g\u00e8ne de la r\u00e9bellion, de la r\u00e9sistance\u00a0? Que faire de cet h\u00e9ritage\u00a0? Ce sont toutes ces questions, justement, que le spectacle ne pose pas. On se contente d\u2019\u00e9grener des souvenirs d\u2019enfance, de faire le r\u00e9cit de tel ou tel anc\u00eatre et d\u2019expliquer pourquoi on se retrouve \u00e0 faire du th\u00e9\u00e2tre. S\u00e9ance diapo de familles sanguines qui, parfois, se rencontrent mais sans que le dialogue ne se construise vraiment. Absence de dialogue que l\u2019on retrouve entre les acteurs eux-m\u00eames\u00a0: la parole est certes d\u00e9mocratiquement r\u00e9partie, chacun a sa part de texte et ce dernier est audible, mais aucune \u00e9coute entre eux. Preuve qu\u2019il ne suffit pas que les r\u00e9pliques soient dites par l\u2019un puis par l\u2019autre pour qu\u2019il y ait choralit\u00e9. Aucun regard non plus, puisque tout est dit face public \u00ab\u00a0pour que les acteurs soient vus jusque dans leurs pulsions profondes\u00a0\u00bb. Et l\u2019on sait bien que les pulsions profondes se voient mieux sous les projecteurs. Ce face public serait une fa\u00e7on, toujours d\u2019apr\u00e8s Fran\u00e7ois Cervantes, \u00ab\u00a0de ne pas accepter l\u2019existence du quatri\u00e8me mur\u00a0\u00bb. Et de fait, pas de 4\u00e8me mur invisible faisant que les acteurs jouent \u00ab\u00a0comme s\u2019il n\u2019y avait pas de public\u00a0\u00bb \u2013 ce qui \u00e9tait, historiquement et pour Antoine par exemple, le moyen de lutter contre le vedettariat des acteurs \u00e0 la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle \u2013 ni de personnage derri\u00e8re lequel se cacher mais un miroir, tendu en lieu et place du public et dans lequel les acteurs se regardent jouer. Car entendons-nous bien. Si abattre le quatri\u00e8me mur \u00e9tait pour Brecht le moyen de d\u00e9noncer la convention th\u00e9\u00e2trale naturaliste, ce geste s\u2019accompagnait d\u2019un possible essentiel et r\u00e9solument politique\u00a0: celui pour le spectateur de devenir un partenaire de jeu et d\u2019avoir une pens\u00e9e authentique. Rien de tout cela ici. Le spectateur reste bien assis dans son fauteuil et observe. Cette rencontre tant d\u00e9sir\u00e9e par Cervantes entre les acteurs et les spectateurs n\u2019a pas lieu, sauf \u00e0 consid\u00e9rer le speed-recruiting ou le speed-dating comme une rencontre. Et m\u00eame \u00e0 admettre cela, l\u2019enjeu de ces modalit\u00e9s de rencontre consiste \u00e0 donner un aper\u00e7u de sa personnalit\u00e9 sans en d\u00e9voiler l\u2019int\u00e9gralit\u00e9. Sinon tout est d\u00e9j\u00e0 dit, su, consomm\u00e9, alors \u00e0 quoi bon continuer\u00a0? C\u2019est cette part de myst\u00e8re qui manque ici, ces possibles que l\u2019on aurait aim\u00e9 projeter ou imaginer \u00e0 partir de ces jeunes acteurs que le dispositif mis en place par Cervantes pr\u00e9sente comme des vedettes plut\u00f4t que comme des \u00ab\u00a0citoyens de th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb.<br \/>\nVoil\u00e0 pour la famille de sang. Mais que dire alors de cette \u00ab\u00a0notion de famille po\u00e9tique\u00a0\u00bb qu\u2019\u00e9voque le metteur en sc\u00e8ne et que les histoires de groupe sanguin aborderaient comme par un \u00e9vident lien logique\u00a0? On peut la chercher du c\u00f4t\u00e9 du titre\u00a0:\u00a0Claire\u00a0(Lasne Darcueil) pour l\u2019\u00e9cole\u00a0: c\u2019est ce plateau reconstituant une salle du conservatoire, c\u2019est leur identit\u00e9 d\u2019acteur, leurs savoirs-faire appris et valoris\u00e9s.\u00a0Anton\u00a0(Tchekhov) comme seul futur th\u00e9\u00e2tral \u00e9voqu\u00e9\u00a0: dans un avenir fantasm\u00e9, quelques acteurs, encore, font du th\u00e9\u00e2tre (quel optimisme, au passage, pour cette promotion th\u00e9\u00e2trale 2017) et jouent devant un d\u00e9cor fait de bric et de broc une sc\u00e8ne de\u00a0La Mouette. Le texte est remplac\u00e9 par quelques bribes de mots lanc\u00e9s avec un flegme d\u00e9sarmant et grotesque, on part du principe que les spectateurs reconna\u00eetront ce monument du th\u00e9\u00e2tre et on s\u2019arr\u00eate l\u00e0.<br \/>\nOn pourrait chercher aussi la famille po\u00e9tique dans la mise en sc\u00e8ne. On retrouve des exercices de clowns et d\u2019improvisation, cette id\u00e9e que des tr\u00e9teaux nus suffisent pour que naisse et vive une fiction. Et cela fonctionne, est efficace et parfois plaisant. Par instants aussi on entraper\u00e7oit des traces de Pina Bausch\u00a0: dans ces gestes du quotidien minimaux que les acteurs esquissent et r\u00e9p\u00e8tent, dans ces mouvements de r\u00e9confort qu\u2019ils ex\u00e9cutent soudain lorsque l\u2019un d\u2019entre eux ne va pas bien (revoir cette sc\u00e8ne de\u00a0Kontakthof\u00a0avec Nazareth Panadero), ou encore dans ces courses arr\u00eat\u00e9es et dans cette exhibition de soi face au regard du public. Mais toute la provocation, toute l\u2019impertinence et la violence des sc\u00e8nes de Pina ont \u00e9t\u00e9 assagies et liss\u00e9es pour n\u2019\u00eatre plus que des indices formels d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence po\u00e9tique que certains spectateurs liront. Manque surtout cette complicit\u00e9 des membres du Tanztheater et qui semble ici faire d\u00e9faut. Les acteurs du CNSAD ont beau se dire \u00ab\u00a0je t\u2019aime\u00a0\u00bb, lorsqu\u2019ils imaginent ce qu\u2019ils seront dans quelques ann\u00e9es peu d\u2019entre eux sont encore en contact, certains sont retourn\u00e9s au pays, d\u2019autres persistent \u00e0 faire du th\u00e9\u00e2tre, l\u2019un est peut-\u00eatre mort.<br \/>\nOn se dit alors que cette jeunesse, \u00e0 laquelle on est bien forc\u00e9 d\u2019admettre que l\u2019on appartient, est bien d\u00e9sillusionn\u00e9e et que pour contrer l\u2019ennui et\/ou l\u2019absence d\u2019avenir, elle fait \u00e9talage de ce qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 construire. J\u2019ai 28 ans, je m\u2019emmerde, mais je sais qui je suis, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 construite. Voil\u00e0. Comme si tout \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fini alors que cela ne fait que commencer, alors que tout reste \u00e0 inventer, alors que je reste \u00e0 m\u2019inventer, \u00e0 \u00eatre invent\u00e9e par les autres, par les rencontres, par les illusions et d\u00e9sillusions, par des r\u00eaves de th\u00e9\u00e2tre possibles. Esp\u00e9rons que ces jeunes acteurs, talentueux sans nul doute, sauront se d\u00e9tacher de leurs savoirs-faire et oseront se mettre en danger.<br \/>\nEsp\u00e9rons qu\u2019alors, nous pourrons les rencontrer.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/cervantes170714_rdl_0113-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2570\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claire, Anton, et eux, Mise en sc\u00e8ne\u00a0Fran\u00e7ois Cervantes Avignon 2017, Gymnase du lyc\u00e9e Saint-Joseph Avec\u00a0Gabriel Acremant, Th\u00e9o Ch\u00e9deville, Louise Chevillotte, Milena Csergo, Salom\u00e9 Dienis Meulien, Lucie Grunstein, Roman Jean-Elie, Jean Joude, Kenza Lagnaoui, Sipan Mouradian, Solal Perret-Forte, Maroussia Pourpoint, L\u00e9a Tissier, S\u00e9lim Zahrani Fran\u00e7ois Cervantes met en sc\u00e8ne une partie de la promotion 2017 du Conservatoire National Sup\u00e9rieur d\u2019Art Dramatique avec\u00a0Claire, Anton et eux, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Avignon au Gymnase du Lyc\u00e9e Saint-Joseph. 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