


{"id":1696,"date":"2017-07-19T16:21:47","date_gmt":"2017-07-19T14:21:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1696"},"modified":"2017-07-19T16:21:47","modified_gmt":"2017-07-19T14:21:47","slug":"le-paradoxe-cassiers-le-pladec","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/le-paradoxe-cassiers-le-pladec\/","title":{"rendered":"Le paradoxe Cassiers-Le Pladec"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSeWvpKwDXEQizsU9La\/59D7tZn6r8i98GTzuNv9yCFQTAKSK6LwlyqZnbNRWjlmvTudS7\/J\/\/30GG8EeAFNcwbRm9GnGxE+z0+242K7IdotBzz4v0\/2ZFNI6TMThIHX8OOwVshEcmLRlMfIJTSnYy9wUl+iZTtAHPtMcd4E0uIMQIjPMtMc4vK\/mW\/uZ1nsDMynGlOeOQ==\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=537\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\nLe grand metteur en sc\u00e8ne flamand et la chor\u00e9graphe montante de la danse contemporaine en France s\u2019inspirent de la dramaturge autrichienne prix Nobel 2004 pour aborder la crise europ\u00e9enne des r\u00e9fugi\u00e9s dans le gigantesque Parc des expositions d\u2019Avignon&#8230; en une heure quinze.\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<span class=\"spip_document_529 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH333\/170717_rdl_0467-97081.jpg?1527601973\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/><\/span><br \/>\nPas de musique envahissante, de chor\u00e9graphie virtuose, d\u2019effets gratuits, de militantisme culpabilisant, de moralisme d\u00e9moralisant, de didactisme condescendant, de traitement obsc\u00e8ne du sujet, d\u2019enqu\u00eate documentaire&#8230;\u00a0: rien de tout ceci, aucune illusion, ce spectacle ne changera pas quoi que ce soit \u00e0 la situation des r\u00e9fugi\u00e9s et il n\u2019en a pas la pr\u00e9tention. Il nous parle sans doute \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame de ce commun d\u00e9sarroi. Et pourtant, pas de r\u00e9signation ni de complaisance ni de nihilisme d\u00e9politisant. Comment rendre compte de ce paradoxe\u00a0?<br \/>\nLe choix d\u2019une courte dur\u00e9e est ici d\u00e9cisif. Dans\u00a0<i>Les Suppliants<\/i>, Elfriede Jelinek fait entendre sur plus d\u2019une centaine de pages un soliloque \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re personne du pluriel, stri\u00e9 d\u2019histoires sordides dans le ressac violent des mythes grecs.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Voir Elfriede Jelinek, Les Suppliants, traduit de l\u2019allemand (autrichien)\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0Il y avait donc de la mati\u00e8re. Cassiers et Le Pladec en expriment le suc \u2013 un suc astringent, non dig\u00e9rable, la bile jaune d\u2019une col\u00e8re raval\u00e9e. Leur petite forme peut certes d\u00e9cevoir les attentes d\u2019\u00e9pop\u00e9es contemporaines. Mais cette petite forme est resserr\u00e9e comme une main \u2013 avant de cogner, d\u2019\u00e9treindre ou d\u2019agonir. Cette petite forme tient par son refus de d\u00e9plier le spectacle possible qu\u2019elle contient \u2013 comme on contient sa rage ou ses larmes. Cette petite forme est une bombe qui n\u2019explose pas, agit\u00e9e seulement de sursauts inqui\u00e9tants, de quelques effets sonores ou visuels frappants.<br \/>\nTrois moments, nettement d\u00e9marqu\u00e9s, suffisent. Chacun est organis\u00e9 selon une composition singuli\u00e8re et rigoureuse. Cassiers pr\u00e9cise avoir repris la structure du drame \u00e0 stations.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Voir l\u2019entretien avec Cassiers et Le Pladec dans le programme du\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0Le premier temps (\u00ab\u00a0\u201fchemin de croix\u201d\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0p\u00e9riple en bateau\u00a0\u00bb) place au centre de la sc\u00e8ne une quinzaine de jeunes danseurs<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Samuel Baidoo, Machias Bosschaerts, Pieter Desmet, Sarah Fife, Berta\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>, chauss\u00e9s de baskets hip-hop et rev\u00eatus de toges noires. Ils sont allong\u00e9s sur le sol, ils semblent nager avec peine, ils portent sur leur dos d\u2019\u00e9normes poutres en bois dans un fragile \u00e9quilibre. Les poutres tanguent, se balancent, s\u2019immobilisent, elles proviennent peut-\u00eatre d\u2019un radeau d\u00e9mantibul\u00e9, d\u2019un fr\u00eale esquif qui navigue entre antiquit\u00e9 et contemporan\u00e9it\u00e9. Chacun doit porter sa croix, affronter un calvaire. C\u00f4t\u00e9 cour, quatre acteurs d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration ant\u00e9rieure<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Katelijne Damen, Abke Haring, Han Kerckhoffs, Lukas Smolders.\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>\u00a0discutent autour de tables comme discutent des Grecs ou des Italiens lambda directement touch\u00e9s par la vague des r\u00e9fugi\u00e9s et ses cons\u00e9quences sur leur vie quotidienne\u00a0: entre tentations x\u00e9nophobes et aspirations humanitaires. Au lointain, une immense projection vid\u00e9o restitue le visage de ces quatre acteurs au fil de la discussion. Selon que l\u2019on regarde c\u00f4t\u00e9 cour ou au lointain, ils changent donc de statut. Ce sont peut-\u00eatre \u00e9galement des dieux, d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration cette fois imm\u00e9moriale, ces dieux grecs auxquels il a fallu qu\u2019Agamemnon sacrifie sa fille Iphig\u00e9nie afin que les vents soient favorables et que ses troupes embarquent vers Troie pour y mener une guerre absurde. Iphig\u00e9nie ce serait en l\u2019occurrence une petite fille qui dessine, \u00e0 moiti\u00e9 asphyxi\u00e9e par le moteur d\u00e9fectueux d\u2019une embarcation de fortune, surcharg\u00e9e, vou\u00e9e au naufrage. Les visages immenses sont d\u00e9doubl\u00e9s, changeants comme des tests de Rorschach, ils semblent observer et commenter, et m\u00eame ordonner, ce qui se passe en bas, au centre du plateau o\u00f9 de la masse grouillante se d\u00e9tache parfois la singularit\u00e9 d\u2019un corps et d\u2019une histoire. Sur l\u2019\u00e9cran, un verre d\u2019eau aval\u00e9 dans un gargouillis immonde para\u00eet r\u00e9sumer la facilit\u00e9 de la m\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 engloutir ces h\u00e9catombes anonymes.<br \/>\nDeuxi\u00e8me moment (\u00ab\u00a0\u201fl\u2019agonie\u201d\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0la longue marche en Europe\u00a0\u00bb). La fa\u00e7ade du lointain se rel\u00e8ve et laisse appara\u00eetre une mosa\u00efque d\u2019\u00e9crans t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s derri\u00e8re des grilles. Les danseurs se mettent debout et sont rejoints ponctuellement par les quatre acteurs. Ils forment un groupe indistinct, soulev\u00e9 par des vagues et des hal\u00e8tements, tandis que la mosa\u00efque se d\u00e9traque, laisse appara\u00eetre de fa\u00e7on syncop\u00e9e des bouts de \u00ab\u00a0reportages\u00a0\u00bb comme il s\u2019en diffuse\u00a0<i>ad nauseam<\/i>\u00a0sur les cha\u00eenes d\u2019\u00ab\u00a0informations\u00a0\u00bb en continu. Des bruits parasitaires interviennent violemment puis disparaissent aussi vite qu\u2019ils surgissent. D\u00e9sorientation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e o\u00f9 les effets visuels et sonores, pour \u00eatre coup\u00e9s dans leur \u00e9lan juste \u00e0 temps, ne tombent pas dans la gratuit\u00e9 spectaculaire.<br \/>\nTroisi\u00e8me moment (\u00ab\u00a0\u201fla mise au tombeau\u201d\u00a0\u00bb dans une \u00ab\u00a0\u00e9glise\u00a0\u00bb \u00e0 la fois protectrice et carc\u00e9rale). Des murs immenses se l\u00e8vent sur les trois c\u00f4t\u00e9s de la bo\u00eete sc\u00e9nique \u2013 des murs comme il s\u2019en construit aux fronti\u00e8res de l\u2019Europe depuis quelques ann\u00e9es. Enferm\u00e9s, danseurs et acteurs se dispersent \u00e0 m\u00eame un plateau travers\u00e9 d\u2019une raie de lumi\u00e8re, d\u2019une mince d\u00e9chirure. Les corps se meuvent lentement, se tordent. La parole r\u00e9appara\u00eet. Plus aucun effet vid\u00e9o ou sonore. Simplement un passage du texte de Jelinek r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 sur le mode l\u00e0 encore mineur et assourdi d\u2019une comptine cruelle\u00a0: \u00ab\u00a0laissez les petits venir vers moi, nous les privons adroitement de leur destin\u00e9e quand ils pleurent aupr\u00e8s de leur maman bien-aim\u00e9e, nous les noierons, puis nous mettrons sur le cercueil un joli nounours, oui, et nous en remettons une couche\u00a0! Cinq cercueils, cinq nounours\u00a0! \u00c7a devrait leur suffire. Avant, ils n\u2019en avaient probablement pas. Ils n\u2019avaient pas de cercueil pour jouer et pas d\u2019ourson non plus.\u00a0\u00bb (p. 50) Moment dont on \u00e9prouve la dur\u00e9e et la duret\u00e9, le d\u00e9pouillement et la patience.<br \/>\nJ\u2019avais \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 devant\u00a0<i>May B<\/i>\u00a0o\u00f9 Maguy Marin retra\u00e7ait, avec une pudeur infinie, tous les exodes du vingti\u00e8me si\u00e8cle via l\u2019\u0153uvre de Beckett.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Vu \u00e0 la Maison de la Danse (Lyon) en 2016. Spectacle cr\u00e9\u00e9 en 1981...\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>\u00a0Ce n\u2019est certes pas le m\u00eame \u00e9moi ici mais la petite forme de Cassiers et Le Pladec vaut au moins en creux par ses refus.<br \/>\n<span class=\"spip_document_530 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/170717_rdl_0719-974d1.jpg?1527601974\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_notes\">\n<div class=\"label\">Notes<\/div>\n<div class=\"notes\" dir=\"ltr\">\n<div id=\"nb1\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Voir Elfriede Jelinek,\u00a0<i>Les Suppliants<\/i>, traduit de l\u2019allemand (autrichien) par Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, L\u2019Arche, coll. \u00ab\u00a0Sc\u00e8ne ouverte\u00a0\u00bb, 2016 [2013].\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Voir l\u2019entretien avec Cassiers et Le Pladec dans le programme du Festival.\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Samuel Baidoo, Machias Bosschaerts, Pieter Desmet, Sarah Fife, Berta Fornell Serrat, Julia Godino Llorens, Aki Iwamoto, Daan Jaartsveld, Levente Lukacs, Hernan Mancebo Martinez, Alexa Moya Panksep, Marcus Alexander Roydes, Meike Stevens, Pauline van Nuffel, Sandrine Wouters, Bianca Zueneli.\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Katelijne Damen, Abke Haring, Han Kerckhoffs, Lukas Smolders.\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=537#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Vu \u00e0 la Maison de la Danse (Lyon) en 2016. Spectacle cr\u00e9\u00e9 en 1981&#8230;\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le grand metteur en sc\u00e8ne flamand et la chor\u00e9graphe montante de la danse contemporaine en France s\u2019inspirent de la dramaturge autrichienne prix Nobel 2004 pour aborder la crise europ\u00e9enne des r\u00e9fugi\u00e9s dans le gigantesque Parc des expositions d\u2019Avignon&#8230; en une heure quinze. 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