


{"id":1718,"date":"2017-07-16T16:29:03","date_gmt":"2017-07-16T14:29:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1718"},"modified":"2017-07-16T16:29:03","modified_gmt":"2017-07-16T14:29:03","slug":"la-justesse-du-faux-lecon-dequilibrisme-par-pascal-kirsch","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/la-justesse-du-faux-lecon-dequilibrisme-par-pascal-kirsch\/","title":{"rendered":"La justesse du faux. Le\u00e7on d\u2019\u00e9quilibrisme par Pascal Kirsch"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSesutKwDbEQqzta9Zuikysb0Ue+KfxgyTZqWu26iqll6v2nUcp0aX+sVwWNeFv87bQ+4AQ2WoAnO6Mo9BvrgVvsOPGbB14B2p78krRP8ywcFHNtiBnjyH4FS8dxp5OgZPXkGuZ1S4sbk69PI8qjJPK+O+88MPu7VRu0T0OvT5ZDsSaKx5DcxbGyhLgq52i5bwNCXxDFyfE=\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=525\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\nLe spectacle propos\u00e9 par Pascal Kirsch se joue de la beaut\u00e9 de la langue de Maeterlinck en proposant un jeu justement faux. Entre retenue et lyrisme,\u00a0<i>La Princesse Maleine<\/i>\u00a0d\u00e9s\u00e9quilibre l\u2019\u00e9coute du spectateur de fa\u00e7on grisante et ludique et fait sentir, par instant, une beaut\u00e9 \u00e0 la gravit\u00e9 fragile.\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<span class=\"spip_document_493 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/170708_rdl_3441-3-99cf6.jpg?1527601986\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><br \/>\nLe mistral \u00e9tait \u00e0 l\u2019honneur pour nos retrouvailles avec Avignon. Retrouvailles avec les insens\u00e9s au calme et les rues bond\u00e9es du centre, avec le chant de cigales infatigables et, surtout, avec le th\u00e9\u00e2tre apr\u00e8s plusieurs semaines de jach\u00e8re sc\u00e9nique. Retrouver Avignon et d\u00e9couvrir (pour nous) le clo\u00eetre des C\u00e9lestins en compagnie de Pascal Kirsch. Sa mise en sc\u00e8ne de\u00a0<i>Pauvret\u00e9, Richesse, Homme et B\u00eate<\/i>\u00a0de Hans Henny Jahnn, pr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Echangeur \u00e0 l\u2019automne 2015, avait d\u00e9j\u00e0 intrigu\u00e9 par la force et la beaut\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit th\u00e9\u00e2tral magistral n\u00e9 d\u2019une maquette plac\u00e9e au centre du plateau. Souvenir du regard d\u2019alors qui devait, pour d\u00e9buter, se frayer un passage entre les \u00e9paules des spectateurs amass\u00e9s tels des abeilles autour d\u2019une ruche.<br \/>\nCette fois, nul besoin de se d\u00e9placer ou de se tordre\u00a0: la sc\u00e9nographie explore la largeur entre les deux platanes du clo\u00eetre et propose un espace de regard frontal allant par instant se perdre sous les arcades sombres que d\u00e9couvrent et recouvrent des \u00e9crans mobiles. \u00c9crans qui, malgr\u00e9 quelques utilisations trop illustratives, permettent par instant de faire appara\u00eetre en contre-jour les corps des acteurs aux contours soudain pixelis\u00e9s et irr\u00e9els et qui ouvrent un espace pour des mati\u00e8res r\u00eav\u00e9es \u2013 l\u2019eau, le feu, les nuages. Rassembl\u00e9s autour d\u2019une grande tabl\u00e9e juch\u00e9e de blocs de glaces, les 10 acteurs de La Princesse Maleine vont, pendant plus de 2h40, faire entendre et jouer la langue \u00ab\u00a0pulv\u00e9ris\u00e9e\u00a0\u00bb de Maurice Maeterlinck dans une mise en sc\u00e8ne de Pascal Kirsch qui m\u00eale po\u00e9sie grotesque et ironie tragique. Une mise en sc\u00e8ne et un jeu, surtout, qui suit un fil t\u00e9nu sur lequel les acteurs marchent tels des \u00e9quilibristes, au risque, parfois, de chuter.<br \/>\nCar, disons-le d\u2019embl\u00e9e, les acteurs de<i>\u00a0La Princesse Maleine<\/i>\u00a0jouent faux. L\u2019artificialit\u00e9 de la gestuelle th\u00e9\u00e2trale est mise en avant d\u00e8s les premiers mots du spectacle, avec ce monologue de Godelive, la m\u00e8re de cette princesse Maleine dont le mariage sera emp\u00each\u00e9, inaugurant le drame \u00ab\u00a0non statique\u00a0\u00bb dont elle sera l\u2019h\u00e9ro\u00efne malheureuse. Fran\u00e7ois Tizon, \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne, fait face au public dans une longue jupe sombre et prononce avec un soin affect\u00e9 les mots de Maeterlinck tout en enroulant et d\u00e9roulant sans cesse ses longs doigts qui entra\u00eenent dans leur mouvement son corps filiforme. C\u2019est l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de cette langue impossible \u00e0 dire qui r\u00e9sonne alors\u00a0: une \u00e9tranget\u00e9 que le metteur en sc\u00e8ne rapproche de ce \u00ab\u00a0r\u00e9alisme magique\u00a0\u00bb qu\u2019il cherche \u00e0 faire sentir en refusant la verticalit\u00e9 du symbolisme. \u00ab\u00a0Je m\u2019inqui\u00e8te toujours de trop coller\u00a0\u00bb dit ainsi Pascal Kirsch<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Voir entretien reproduit dans le programme du spectacle.\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=525#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>. Et de fait, on a l\u2019impression que les acteurs cherchent sans cesse \u00e0 d\u00e9coller \u2013 ou du moins \u00e0 entailler \u2013 ce vernis symboliste dont on recouvre trop souvent Maeterlinck, \u00e0 cr\u00e9er un interstice entre ce texte et son \u00e9locution, entre cette langue po\u00e9tique glissante et la m\u00e9canique enray\u00e9e de leur corps. De sorte que si, de fait, ils jouent faux, ils le font avec justesse. Et c\u2019est l\u00e0 toute la difficult\u00e9 et le danger de l\u2019entreprise dans laquelle les entra\u00eene Pascal Kirsch\u00a0: trouver une justesse du faux.<br \/>\nLe vernis, c\u2019est d\u2019abord celui du conte. Une princesse aux cils blancs et \u00e0 l\u2019amour infaillible, un prince encore un peu trop timide, un roi en passe de devenir fou, une belle-m\u00e8re incestueuse et assoiff\u00e9e de pouvoir, une nourrice attentionn\u00e9e, des mal\u00e9dictions \u00e0 lire dans les \u00e9toiles et un bouffon\u00a0: tous les \u00e9l\u00e9ments sont l\u00e0. Et pourtant, Maeterlinck les malm\u00e8ne avec une ironie affectueuse\u00a0: la beaut\u00e9 de la princesse est \u00e9trange et mal assur\u00e9e, le prince ne sauvera pas sa belle faute d\u2019avoir trouv\u00e9 de quoi \u00e9clairer la chambre \u00e0 temps, le roi est un Macbeth manqu\u00e9 et grotesque, la belle-m\u00e8re est \u00e9trangement surprise par la difficult\u00e9 d\u2019\u00e9trangler quelqu\u2019un, et lorsque la nourrice se d\u00e9cide enfin \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la chambre de sa ma\u00eetresse en d\u00e9pit des ordres de la reine, la princesse est d\u00e9j\u00e0 froide depuis de longues heures. Ces quelques exemples pour dire que l\u2019auteur, d\u00e9j\u00e0, \u00e9corne son propre vernis. Et Pascal Kirsch de refuser, justement, de le peindre. Rares sont les \u00e9l\u00e9ments figur\u00e9s et les lumi\u00e8res de Marie-Christine Soma suffisent \u00e0 sugg\u00e9rer l\u2019invisible que la parole d\u00e9crit.<br \/>\nMais c\u2019est surtout avec la direction d\u2019acteur propos\u00e9e par Pascal Kirsch que le vernis Maeterlinck se fissure et laisse apercevoir un drame comique et grave dont les acteurs se jouent. Tout grince et vient \u00e9conduire les bons sentiments du spectateur\u00a0: la d\u00e9f\u00e9rence face \u00e0 la beaut\u00e9 de la langue de Maeterlinck est tourn\u00e9e en r\u00e9p\u00e9titions entrem\u00eal\u00e9es et saccad\u00e9es\u00a0; l\u2019attendrissement devant les retrouvailles des amants du spectateur se prend un seau d\u2019eau jet\u00e9 par un homme au visage blanchi et \u00e0 la couronne retourn\u00e9e \u2013 ce sera le bouffon du roi plus tard\u00a0; \u00e0 la frayeur ou l\u2019effroi du meurtre fait obstacle le grotesque d\u2019un dernier sursaut de Maleine \u00ab\u00a0pas encore morte\u00a0\u00bb\u00a0; autant de fa\u00e7ons pour le metteur en sc\u00e8ne de faire chuter le drame. Car s\u2019il y a bien un plaisir \u00e0 entendre cette langue si souvent c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pour sa beaut\u00e9, c\u2019est encore plus grisant de la faire buter. Telle tirade \u00e0 la longueur infinie sera ainsi tenue en un seul souffle, quitte \u00e0 ce que le corps s\u2019affaisse avec la voix qui doit courir pour atteindre le dernier mot, les \u00ab\u00a0oh\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ah\u00a0\u00bb d\u2019exclamation tragique ou contemplative sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans une \u00e9galit\u00e9 tonique artificielle qui donne l\u2019impression que l\u2019acteur a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un mannequin dont la m\u00e9canique se serait enray\u00e9e, comme un disque ray\u00e9. Ainsi de ces cris de douleurs du roi qui prennent avec le jeu de Vincent Gu\u00e9don des allures irr\u00e9sistibles et magistrales d\u2019un chant de clown \u00e0 l\u2019agonie. Ainsi encore de la r\u00e9p\u00e9tition quasi chant\u00e9e par Florence Val\u00e9ro du mot \u00ab\u00a0Pluton\u00a0\u00bb \u2013 le nom du chien de Maleine \u2013 tout au long du dernier monologue de la princesse en proie \u00e0 une crise hallucinatoire tragique et pr\u00e9monitoire, comme s\u2019il s\u2019agissait pour l\u2019actrice de d\u00e9s\u00e9quilibrer le d\u00e9roulement de son ultime fil narratif par des entailles \u00e9trangement burlesques.<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne de Pascal Kirsch multiplie de tels \u00e9carts de jeu, se rit de la langue de Maeterlinck et, par cette attention ironique, en affirme toute la puissance th\u00e9\u00e2trale. Les acteurs jouent \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un naturalisme d\u00e9saffect\u00e9 et d\u2019une dimension onirique nettoy\u00e9e de tout merveilleux sirupeux. Florence Val\u00e9ro est une Maleine d\u2019une rare justesse, toute en maladresses et engourdissements et son jeu parvient \u00e0 maintenir c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te froideur et sensibilit\u00e9 \u2013 \u00e0 travers les larmes disait Gr\u00fcber. Si les acteurs chutent parfois et que le \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb ne sonne plus juste, c\u2019est que l\u2019exercice est difficile. Et l\u2019on pourrait, certes, trouver dans ce spectacle des facticit\u00e9s moins heureuses renouant avec une tentation illustrative que le metteur en sc\u00e8ne cherche pourtant \u00e0 \u00e9viter. Mais d\u2019autres les ont d\u00e9j\u00e0 not\u00e9es avec ce soup\u00e7on de condescendance de ceux qui ont les deux pieds au sol et se tiennent droit dans leurs bottes. Pascal Kirsch met en danger ses acteurs, avec les risques de chute que cela implique. Ce faisant, il se joue de cette langue impossible de Maeterlinck et on red\u00e9couvre avec lui le plaisir de marcher sur une corde tendue et de c\u00f4toyer les d\u00e9s\u00e9quilibres, quitte \u00e0 se faire quelques \u00e9gratignures.<br \/>\nReste que le plaisir en vaut la peine.\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_notes\">\n<div class=\"label\">Notes<\/div>\n<div class=\"notes\" dir=\"ltr\">\n<div id=\"nb1\">\n<span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/ecrire\/?exec=article&amp;id_article=525#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Voir entretien reproduit dans le programme du spectacle.\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le spectacle propos\u00e9 par Pascal Kirsch se joue de la beaut\u00e9 de la langue de Maeterlinck en proposant un jeu justement faux. 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