


{"id":1722,"date":"2017-07-16T16:30:26","date_gmt":"2017-07-16T14:30:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1722"},"modified":"2017-07-16T16:30:26","modified_gmt":"2017-07-16T14:30:26","slug":"de-la-carapace-des-heros","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/de-la-carapace-des-heros\/","title":{"rendered":"De la carapace des h\u00e9ros"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSesutKwDbEQqztyS0KikyubKMz1qP4cYN3yq9rPV0koYajqekfX4dT6r0IT4s3vtxlZ4xb79ftEmrQReQk7qg6JHGxA2mUwSMrJceEfORjQ+gzC8++yskmTauDEvdCLN+prDgZy4gFQCbUCl84CnRVwUmACpJiFTkCtVxZauH5GcdTqRgMbA26BIVSkceW+1DXkO4UWPg==\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=523\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\nYvan-Joel Collin monte Roberto Zucco de Bernard-Marie Kolt\u00e8s avec les \u00e9l\u00e8ves du Conservatoire national sup\u00e9rieur d\u2019art dramatique \u2013 Paris. C\u2019est l\u2019une des quatre cr\u00e9ations avec cette \u00e9cole au Festival d\u2019Avignon. On aurait esp\u00e9rer que les \u00e9coles nationales participent \u00e0 former autre chose que des h\u00e9ros. On voudrait qu\u2019ils ne participent pas \u00e0 la production d\u2019\u00ab\u00a0habits tremp\u00e9s de sang\u00a0\u00bb. On voudrait qu\u2019ils fassent des jeunes com\u00e9diens autre chose que des tueurs en puissance. Mais la promotion oblige.\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<span class=\"spip_document_489 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L409xH613\/170710_rdl_0969-2-6bc52.jpg?1527601986\" alt=\"\" width=\"409\" height=\"613\" \/><\/span><br \/>\nOn est peut-\u00eatre en droit de penser que l\u2019id\u00e9e de programmation de projets avec les \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles nationales sup\u00e9rieures dans le cadre du Festival d\u2019Avignon rel\u00e8ve d\u2019abord d\u2019une politique promotionnelle \u00e0 la fois pour les institutions comme pour leurs \u00e9l\u00e8ves, ce qui comptera en retour pour les institutions. Un bon lancement sur le march\u00e9 de l\u2019art est toujours b\u00e9n\u00e9fique pour la tant recherch\u00e9e insertion professionnelle. Ou pas. Ce n\u2019est du moins pas aussi b\u00e9n\u00e9fique pour l\u2019art, ni pour le festival et peut-\u00eatre, au final, pas plus pour les jeunes com\u00e9diens et com\u00e9diennes sortant d\u2019\u00e9cole.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"br-auto\" title=\"Retour ligne automatique\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L10xH10\/br-auto-10-8beb9.png?1527587285\" alt=\"Retour ligne automatique\" width=\"10\" height=\"10\" \/><br class=\"autobr\" \/>\u00c0 regarder Roberto Zucco (voir un autre regard\u00a0<a href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article516\">ici<\/a>) et \u00e0 jouer le jeu promotionnelle, il faut peut-\u00eatre dire qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une com\u00e9dienne de la promotion (!) 2017 du CNSAD qui r\u00e9ussie \u00e0 proposer radicalement une ouverture, profondeur, h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9,\u2026 comment le dire\u00a0? Quelque chose qui \u00e9chapperait \u00e0 un jeu monolithique qui joue une chose, et rien qu\u2019une chose. Les com\u00e9diens masculins semblent \u00eatre les ma\u00eetres de cet art, ou peut-\u00eatre les victimes de la domination du mod\u00e8le masculin, viril, plat. Ils font des aplats. Ce qui peut d\u2019ailleurs participer \u00e0 des formalismes rigoureux et des bouleversements esth\u00e9tiques, mais non pas quand ces aplats font mine de profondeur, sinc\u00e9rit\u00e9, authenticit\u00e9, et croient en leur sinc\u00e9rit\u00e9. Cela reste alors toujours \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une ennuyeuse incr\u00e9dibilit\u00e9 et, \u00e0 un cri qui se voudrait terrifi\u00e9 et terrifiant, on a envie de r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0Mollo, mollo\u00a0! Il n\u2019y a pas de quoi s\u2019\u00e9nerver.\u00a0\u00bb Et il est \u00e9tonnant, \u00e0 regarder ces jeunes com\u00e9diennes et com\u00e9diens, que les \u00ab\u00a0femelles\u00a0\u00bb, comme dit le fr\u00e8re de sa s\u0153ur viol\u00e9e par Roberto Zucco, que ces \u00ab\u00a0femelles\u00a0\u00bb n\u2019ont rien \u00e0 avoir avec leurs camarades \u00ab\u00a0m\u00e2les\u00a0\u00bb. Et on doit alors s\u2019effrayer de la domination et de l\u2019ali\u00e9nation du mod\u00e8le social des genres qui font des com\u00e9diens \u00ab\u00a0m\u00e2les\u00a0\u00bb des sortes de carapaces qui ne laissent rien passer. Qui sont encore puissant quand ils sont bless\u00e9s et presque d\u00e9truits. M\u00eame mort, on se dit encore \u00ab\u00a0quelle virilit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb C\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: quelle ma\u00eetrise qui emp\u00eache qu\u2019autre chose ne s\u2019\u00e9chappe. C\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: quelle ma\u00eetrise d\u2019emp\u00eacher l\u2019acc\u00e8s de ce qui serait derri\u00e8re la carapace\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire ce qui fait de quelqu\u2019un un \u00eatre vivant. Une telle ma\u00eetrise de la carapace, qu\u2019on est \u00e0 m\u00eame de croire qu\u2019il n\u2019y a rien derri\u00e8re. Et \u00e0 regarder ces \u00ab\u00a0femelles\u00a0\u00bb qui jouent des putes, des gamines viol\u00e9es, des m\u00e8res tu\u00e9es, des Oph\u00e9lies (nom donn\u00e9 \u00e0 un chapitre par Kolt\u00e8s c\u2019est-\u00e0-dire des objets de manipulation, ali\u00e9n\u00e9es \u00e0 leur instrumentalisation et incapable d\u2019en sortir), comment chez ces com\u00e9diennes une blessure est donn\u00e9e \u00e0 voir par o\u00f9 l\u2019on puisse acc\u00e9der \u00e0 la complexit\u00e9 d\u2019un \u00eatre vivant, \u00e0 sa profondeur ou son pliage, ses couches, ses contradictions. Il faudrait renverser la tradition \u00e9lisab\u00e9thaine et interdire aux \u00ab\u00a0m\u00e2les\u00a0\u00bb d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la sc\u00e8ne, non pas pour quelconque projet politique mais par pur amour pour l\u2019art th\u00e9\u00e2tral\u00a0! On aurait esp\u00e9r\u00e9 qu\u2019une \u00e9cole d\u2019art en fasse quelque chose pour emp\u00eacher d\u2019en arriver l\u00e0, mais elle semble impuissante ou sans volont\u00e9 de d\u00e9construire les sch\u00e9mas sociaux existants. Et parmi ces jeunes femmes, cette Roxanne Roux qui jouant une pute un peu d\u00e9bile \u2013 que le texte ou le metteur en sc\u00e8ne le demande, ou si c\u2019est elle qui le propose, peu importe \u2013 mais qui malgr\u00e9 sa d\u00e9bilit\u00e9 un peu caricatural ne l\u2019abandonne pas enti\u00e8rement \u00e0 sa caricature, qui y trouve une tension, un ressort pour le jeu, comme si dans le fond de sa d\u00e9bilit\u00e9 on percevais la cause et toutes les causes de son \u00eatre-l\u00e0. C\u2019est que quelque part elle ne se contente pas de donner les signes d\u2019une pute un peu d\u00e9bile, mais elle doit la comprendre. Elle \u00ab\u00a0accouche\u00a0\u00bb aussi comme le dit Yann-Joel Collin avec les mots de Gabily, le dernier monologue, \u00ab\u00a0prologue\u00a0\u00bb de Gabily, de la femme infanticide. Si \u00e7\u2019avait \u00e9t\u00e9 un aplat, on ne saurait dire de quelle couleur. \u00c7a change. Mais non une chose apr\u00e8s l\u2019autre, mais toutes les couleurs \u00e0 la fois, cela saute, les couches multiples, infinies s\u2019y m\u00ealent. On se demande d\u2019o\u00f9 \u00e7a parle et on serait tent\u00e9 de r\u00e9pondre\u00a0: d\u2019un ab\u00eeme. D\u2019un ab\u00eeme qui nous constitue tous, mais tant que nous la cachons \u00e0 force de carapaces, cela fait de nous tous, comme l\u2019indique la mise en sc\u00e8ne de Collin, des tueurs en puissance.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Car \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas de h\u00e9ros dont les habits ne soient pas tremp\u00e9s de sang, et le sang est la seule chose au monde qui ne puisse pas passer inaper\u00e7ue. C\u2019est la chose la plus visible au monde. Quand tout sera d\u00e9truit, qu\u2019un brouillard de fin du monde recouvrira la terre, il restera toujours les habits tremp\u00e9s de sang des h\u00e9ros.\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yvan-Joel Collin monte Roberto Zucco de Bernard-Marie Kolt\u00e8s avec les \u00e9l\u00e8ves du Conservatoire national sup\u00e9rieur d\u2019art dramatique \u2013 Paris. C\u2019est l\u2019une des quatre cr\u00e9ations avec cette \u00e9cole au Festival d\u2019Avignon. On aurait esp\u00e9rer que les \u00e9coles nationales participent \u00e0 former autre chose que des h\u00e9ros. On voudrait qu\u2019ils ne participent pas \u00e0 la production d\u2019\u00ab\u00a0habits tremp\u00e9s de sang\u00a0\u00bb. On voudrait qu\u2019ils fassent des jeunes com\u00e9diens autre chose que des tueurs en puissance. Mais la promotion oblige. On est peut-\u00eatre en<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1722","article","type-article","status-publish","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1722","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1722"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1722"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}