


{"id":1732,"date":"2017-07-13T16:32:43","date_gmt":"2017-07-13T14:32:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1732"},"modified":"2017-07-13T16:32:43","modified_gmt":"2017-07-13T14:32:43","slug":"casser-les-murs-focus-afrique","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/casser-les-murs-focus-afrique\/","title":{"rendered":"Casser les murs \u2013 Focus Afrique"},"content":{"rendered":"<div id=\"wysiwyg\">\n<div class=\"ajaxbloc ajax-id-wysiwyg bind-ajaxReload\" data-ajax-env=\"LSeWvtKgDXEQ+zVu9vq651DSZZIqjWyIRbmgjsohV4mzYwNweAkLhj0syAlF5AUOscokcrvZEoR9wVwc9YqS9dMQSnfp4Q0SwDPNXtEjE2JfMpl4H1\/lGvZJlX3nc7JtGMfDdkUQkMuFlj1ZIcojJXymgNc8MPi7RTmkTkuvT8OhpTipuSfNDLLIAjS8NeepLdZCbxDFyfE=\" data-origin=\".\/?exec=article&amp;id_article=517\" aria-live=\"polite\" aria-atomic=\"true\">\n<div class=\"champ contenu_chapo\">\n<div class=\"chapo\" dir=\"ltr\">\nUn travail que nous demande un autre regard, d\u2019autres param\u00e8tres&#8230; Des corps puissants qui expriment surtout le plaisir de jouer, d\u2019\u00eatre ensemble.\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"champ contenu_texte\">\n<div class=\"texte\" dir=\"ltr\">\n<span class=\"spip_document_477 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/focus-a796d.jpg?1527601993\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><br \/>\nMoi je suis toute pr\u00eate pour acc\u00e9der \u00e0 la salle du th\u00e9\u00e2tre avec mon ticket. Je le donne \u00e0 l\u2019agent d\u2019accueil pour qu\u2019elle le scanne. Trois seconds apr\u00e8s\u2026 Bip sonore n\u00e9gatif\u00a0: pour des raisons inconnues le PDA ne lit pas le codes-barre de mon ticket. Elle essaie encore 1 fois. En vain. Elle appelle donc sa responsable qui vient vers moi pour m\u2019inviter \u00e0 patienter un peu. Tous les spectateurs passent et entrent en salle, sauf moi. Je suis encore dans le hall du th\u00e9\u00e2tre. J\u2019attends. Ensuite elle me demande le nom de la personne ou de la structure qui a command\u00e9 le ticket&#8230; Elle me demande comment j\u2019ai achet\u00e9 mon ticket&#8230; Elle me demande quelle \u00e9tait la quantit\u00e9 de billets de ma commande&#8230; Enfin elle ne sait plus quelle question me poser&#8230; L\u2019interrogatoire ne finit pas. Ensuite elle me prie de passer \u00e0 la billetterie. M\u00eames questions, m\u00eames r\u00e9ponses. Ils trouvent enfin dans une liste d\u2019acheteurs de places pour ce spectacle le nom de l\u2019association qui a command\u00e9 le ticket. Ils scannent le code-barres qui se trouve dans cette liste. Trois seconds apr\u00e8s\u2026 Bip sonore n\u00e9gatif. Ils d\u00e9cident de v\u00e9rifier s\u2019il y a quelqu\u2019un assis \u00e0 la place marqu\u00e9e pour mon ticket. Il n\u2019y a personne. Ils me demandent encore 1 fois les m\u00eames questions. Ils me prennent pour une menteuse&#8230; \u00ab\u00a0Menteuse\u00a0\u00bb \u00e9videmment, car ce qui est per\u00e7u comme diff\u00e9rent n\u2019est jamais honn\u00eate, fiable\u2026 Une minute avant que le spectacle d\u00e9marre, ils se mettent d\u2019accord pour me permettre d\u2019entrer. J\u2019entre. Je vois sur le plateau un mur.<br \/>\nAlors je pense au MUR, celui qui divise, celui qui s\u00e9pare, cela qui prot\u00e8ge certains contre les autres, celui qui marque la fronti\u00e8re entre les espaces pour certains consid\u00e9r\u00e9s comme prestigieux, ceux qui marquent le territoire, en apparence, des espaces r\u00e9put\u00e9s\u00a0; et ceux qui tiennent \u00e0 distance ceux qui sont diff\u00e9rents par leurs cheveux, leurs accents, leurs peaux\u2026 Mur qui manifeste la distinction, le diff\u00e9rent dont il faut se m\u00e9fier.<br \/>\nLE MUR est, encore ici, ce qui repr\u00e9sente le\u00a0<i>Focus Afrique<\/i>, puisque normalement ou habituellement, on ne voit pas les artistes de l\u2019Afrique subsaharienne sur un plateau du Festival. Plus pr\u00e9cis\u00e9men, on ne voit ni de l\u2019Afrique, ni de l\u2019Am\u00e9rique Latine, ni l\u2019Asie, sauf exceptions, toujours des exceptions rel\u00e8vent des quotas \u00ab\u00a0exotiques\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0th\u00e9matique\u00a0\u00bb du Festival, sauf quand c\u2019est encore une \u00e9norme production\u2026<br \/>\nLE MUR qui est \u00e9galement ce qui s\u00e9pare le centre d\u2019Avignon, du reste de la ville\u00a0: intra-muros\/extra-muros \u00ab\u00a0zone\u00a0\u00bb qui abrite les habitants qui n\u2019ont pas les moyens financiers d\u2019acc\u00e9der aux spectacles du In. LE MUR m\u00e9di\u00e9val est encore l\u00e0. Il est devant nous et il marque la difficult\u00e9 pour certains, comme moi, d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9. Il souligne la mani\u00e8re de regarder les choses, la mani\u00e8re dont on porte un regard sur les choses. Regard qui se con\u00e7oit en d\u00e9finitive comme un ensemble de param\u00e8tres\u00a0: narratif, historique, jeu du signifiant et du signifi\u00e9\u2026 Mais qui pourrait ignorer que le signifi\u00e9 est conceptuel et qu\u2019il rel\u00e8ve d\u2019une conception mentale, qu\u2019il proc\u00e8de du cerveau lequel, parfois, est ferm\u00e9 aux diverses exp\u00e9riences. Comme par exemple, la fa\u00e7on de bouger son corps, de se mettre en mouvement dans l\u2019espace. Comme danser, le fait de voir juste danser et bouger un corps, le voir marquer sa puissance en tant que corps qui n\u2019exprime que lui-m\u00eame. Et je songe qu\u2019il faut, de fa\u00e7on urgente, r\u00e9inventer le regard, r\u00e9inventer la fa\u00e7on de rencontrer l\u2019autre\u00a0: l\u2019autrui.<br \/>\nVoici donc les trois propositions de danse, contemporaine, du\u00a0<i>Focus Afrique<\/i>\u00a0qui correspondraient \u00e0 la seule id\u00e9e de faire bouger les murs, de d\u00e9placer les fronti\u00e8res et d\u2019esp\u00e9rer les abolir\u2026 Les murs qui sont toujours l\u00e0\u00a0:<br \/>\n<span class=\"spip_document_479 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH334\/170708_rdl_1697-24b55.jpg?1527601993\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"334\" \/><\/span><br \/>\n<i>Tich\u00e8lb\u00e8<\/i>, chor\u00e9ographie de Kettly No\u00ebl, avec Ibrahima Camara et Ouma\u00efna Mana\u00ef, d\u00e9veloppe une th\u00e9matique plut\u00f4t f\u00e9minine o\u00f9 on voit d\u2019abord une femme toute seule sur une sorte de fil invisible entre \u00e9quilibre-d\u00e9s\u00e9quilibre comportemental en raison de cette pression qui s\u2019exerce toujours sur impos\u00e9e la femme. Elle maintient un jeu rythmique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 avec ses soutiens-gorges, ses longs cheveux, son corps. Elle se per\u00e7oit comme un contraste corporel entre l\u2019envie d\u2019\u00eatre ferm\u00e9e dans son monde et le d\u00e9sir de fuite. Ensuite un homme la retrouve, et tous les deux entretiennent un jeu de s\u00e9duction-domination o\u00f9 le plus important n\u2019est pas de gagner ou de perdre, mais plut\u00f4t d\u2019\u00eatre en relation avec soi-m\u00eame, avec l\u2019autre, avec l\u2019espace, avec les sons que cet espace produit, avec le mur\u2026 Le petit mur chez Tich\u00e8lb\u00e8 est l\u00e0-bas, il est tap\u00e9, il fait du bruit&#8230;<br \/>\n<span class=\"spip_document_480 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH333\/170708_rdl_1927_sans_repr-34fe8.jpg?1527601993\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/><\/span><br \/>\nPuis il y a\u00a0<i>Sans Rep\u00e8res<\/i>, chor\u00e9ographie de B\u00e9atrice Komb\u00e9, reprise par Nadia Beugr\u00e9 et Nina Kipr\u00e9, avec Gbahi Rachelle Goualy, D\u00e9sir\u00e9e Larissa Koffi, Eloi Hortence N\u2019Da et Yvonne Binta N\u2019Da. L\u00e0, on voit quatre femmes qui, d\u2019abord, portent de gros chapeaux et de grosses tenues, qui dissimulent en cachant leurs visages, leurs corps. Si au d\u00e9but l\u2019ambiance est plut\u00f4t myst\u00e9rieuse (notamment par le recours aux ombres), on comprend que cette chor\u00e9graphie nous rappelle la tradition africaine des contes et des histoires. C\u2019est un moyen de revendiquer leur ancestralit\u00e9. Ensuite les danseuses seront habill\u00e9es d\u2019un v\u00eatement basiquement beige et continuent de produire des mouvements corporels inspir\u00e9s des danses traditionnelles africaines, tout en les amalgamant au son de musiques \u00e9rudites. Le contraste entre le geste physique et la musique met en \u00e9vidence la force gestuelle de ces quatre femmes, peut-\u00eatre aussi comme une fa\u00e7on de nous rappeler le geste de r\u00e9sistance vis-\u00e0-vis du processus de massification politico-\u00e9conomique et culturel impos\u00e9 par la globalisation. Comme une bande, elles deviennent, durant leur performance de plus en plus forte justement parce que, comme un ensemble puissant de textures, de couleurs, de sons, d\u2019\u00e9nergies, leur rapport est d\u2019une complicit\u00e9 qui traverse toute la sc\u00e8ne. Le petit mur pr\u00e9sent \u00e9galement dans\u00a0<i>Sans Rep\u00e8res<\/i>\u00a0est aussi percut\u00e9. C\u2019est une surface battue\u2026 et ce bruit s\u2019entend comme un bruit de revendication qui exige l\u2019\u00e9coute de la pluralit\u00e9 des identit\u00e9s, des couleurs de peau et des cheveux.<br \/>\n<span class=\"spip_document_481 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH333\/170708_rdl_2271_oeil_troue_-85052.jpg?1527601994\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/><\/span><br \/>\nDans\u00a0<i>Figninto \u2013 L\u2019\u0153il Trou\u00e9<\/i>, chor\u00e9ographie de Seydou Boro et Salia Sanou, avec Ouss\u00e9ni Dabare, Jean Robert Kiki Koudogbo, Ibrahim Zongo, trois hommes jouent corporellement la condition humaine dans le monde contemporain. \u00c0 partir de mouvements de matrice africaine o\u00f9 les bras et les jambes sont la base principale de leur proposition chor\u00e9graphique, ils entretiennent un rapport avec le sol, avec la mati\u00e8re naturelle, notamment avec le sable, comme une sorte de contreproposition au monde artificiel des grandes villes. C\u2019est du sol que toute la vie naturelle na\u00eet, et c\u2019est peut-\u00eatre pour cette raison que les danseurs cherchent des gestuels plut\u00f4t rampantes. Dans\u00a0<i>Figninto<\/i>\u00a0le mur n\u2019est plus l\u00e0-bas\u00a0: il est devenu sable. Les fronti\u00e8res ainsi sont devenues plus souples, jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre.<br \/>\nEt l\u2019on regarde ces trois propositions en songeant \u00e0 ce que Jean-Fran\u00e7ois Lyotard \u00e9crit dans Les dispositifs pulsionnels\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019enjeu du ou des si\u00e8cles \u00e0 venir para\u00eet d\u00e9fini\u00a0: r\u00e9organiser les dispositifs de canalisation des forces, lever les inhibitions, pr\u00e9parer le syst\u00e8me \u00e0 admettre beaucoup plus d\u2019\u00e9nergies que celles dont il dispose \u00e0 pr\u00e9sent, et pour cela, accepter de d\u00e9penser une part de celles-ci afin de rendre celles-l\u00e0 utiles. Question d\u2019\u00e9ducation, encore une fois, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019esp\u00e8ce, question d\u2019\u00e9conomie politique et culturelle. Il faudra d\u00e9truire ce qui reste des cultures non capitalistes, consid\u00e9r\u00e9es in\u00e9vitablement comme des \u201cth\u00e9ories infantiles\u201d et des pratiques sauvages ou barbares, et incorporer les peuples d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s dans le march\u00e9 mondial.\u00a0\u00bb\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un travail que nous demande un autre regard, d\u2019autres param\u00e8tres&#8230; Des corps puissants qui expriment surtout le plaisir de jouer, d\u2019\u00eatre ensemble. Moi je suis toute pr\u00eate pour acc\u00e9der \u00e0 la salle du th\u00e9\u00e2tre avec mon ticket. Je le donne \u00e0 l\u2019agent d\u2019accueil pour qu\u2019elle le scanne. 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