


{"id":1803,"date":"2018-07-12T07:00:27","date_gmt":"2018-07-12T05:00:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1803"},"modified":"2018-07-12T07:00:27","modified_gmt":"2018-07-12T05:00:27","slug":"warlikowski-danse-macabre-entre-israel-et-europe","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/warlikowski-danse-macabre-entre-israel-et-europe\/","title":{"rendered":"Warlikowski, Danse macabre entre Isra\u00ebl et Europe"},"content":{"rendered":"<div id=\"chapo\">\n<strong>Le titre du spectacle ne doit pas \u00e9garer\u00a0: il s\u2019agit du retour de Warlikowski \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019un texte dramatique,\u00a0<i>Sur les valises<\/i>\u00a0(1983) d\u2019Hanokh Levin en l\u2019occurrence, lui qui avait mont\u00e9 au Festival d\u2019Avignon 2005\u00a0<i>Kroum l\u2019ectoplasme<\/i>\u00a0(1975) du m\u00eame dramaturge isra\u00e9lien, retour command\u00e9 par les tourments de l\u2019histoire pr\u00e9sente, o\u00f9 la politique isra\u00e9lienne en Palestine croise ironiquement la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite en Pologne et en Europe.<\/strong>\n<\/div>\n<hr \/>\n<dl class=\"spip_document_642 spip_documents spip_documents_center\">\n<dt><\/dt>\n<\/dl>\n<p>Le sous-titre de la pi\u00e8ce, \u00ab\u00a0com\u00e9die en huit enterrements\u00a0\u00bb, r\u00e9sume parfaitement la trajectoire de ces femmes d\u2019un quartier de Tel-Aviv qui perdent maris, amants, enfants, meurent \u00e0 leur tour, points n\u00e9vralgiques des envies d\u2019ailleurs et des d\u00e9chirements communautaires de leur entourage, points d\u2019incandescence ou de d\u00e9liquescence des clich\u00e9s tenaces et des non-dits asphyxiants que draine le quartier, la ville, le pays, sa repr\u00e9sentation \u00e0 travers le monde. On n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l\u2019emprise du politique sur les vies individuelles dans certaines conjonctures historiques, y compris et surtout lorsqu\u2019un personnage se doit de pr\u00e9ciser qu\u2019il part d\u2019Isra\u00ebl non pour des \u00ab\u00a0raisons politiques\u00a0\u00bb mais apr\u00e8s avoir trouv\u00e9 le bonheur, manifestant \u00e0 son corps d\u00e9fendant qu\u2019on ne s\u2019exon\u00e8re pas si facilement de ces \u00ab\u00a0raisons\u00a0\u00bb-l\u00e0.<br \/>\nC\u2019est par le comique, la satire \u2012\u00a0<i>Sur les valises<\/i>, comme\u00a0<i>Kroum l\u2019ectoplasme<\/i>, fait partie des \u00ab\u00a0com\u00e9dies grin\u00e7antes\u00a0\u00bb de Levin, mais dans une veine plus m\u00e9lancolique<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Voir la traduction de Laurence Sendrowicz et Jacqueline Carnaud ainsi que\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/spip.php?article586&amp;var_mode=calcul#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0\u2012 que Warlikowski choisit de r\u00e9pondre \u2012 qu\u2019on entende dans ce verbe une responsabilit\u00e9, au risque de l\u2019irresponsabilit\u00e9 \u2012 \u00e0 la situation actuelle, et ce comique, cette satire, tels que mani\u00e9s par le metteur en sc\u00e8ne, le plus souvent ne trahit pas l\u2019ouverture du sens, le malaise, l\u2019inconfort du rire suscit\u00e9 par le dramaturge\u00a0: il l\u2019accro\u00eet, l\u2019\u00e9cart\u00e8le jusqu\u2019au rictus. Warlikowski perd un peu en subtilit\u00e9 en faisant de la \u00ab\u00a0jeune touriste am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, pr\u00e9sence \u00e9pisodique dans la pi\u00e8ce de Levin, un avatar d\u2019Ivana Trump ou de Paris Hilton, ce qu\u2019elle filme avec sa perche \u00e0 selfie \u00e9tant diffus\u00e9 au lointain, m\u00eame si le personnage gagne\u00a0<i>in extremis<\/i>\u00a0en \u00e9paisseur en r\u00e9v\u00e9lant s\u2019\u00eatre rendue en Isra\u00ebl pour retrouver la trace de ses parents disparus, qu\u00eate inachev\u00e9e qui la m\u00e8ne en Pologne \u00e0 la toute fin.<br \/>\nCe nouveau spectacle n\u2019est pas seulement un retour aux sources, il fait tr\u00e8s exactement le lien entre\u00a0<i>Contes africains<\/i>\u00a0(2012, Chaillot) et\u00a0<i>Cabaret Varsovie<\/i>(Avignon 2013). La sc\u00e9nographie aseptis\u00e9e, les moments de revue \u2012 dont une r\u00e9interpr\u00e9tation du morceau\u00a0<i>Party Girl<\/i>\u00a0de la troublante Michelle Gurevitch \u2012 et un final dans\u00e9 rappellent fortement ces deux spectacles ant\u00e9rieurs, eux r\u00e9solument ax\u00e9s sur des montages de textes et de formes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 jardin se trouve une sorte de club de football \u00e0 l\u2019abandon, avec ses coupes et troph\u00e9es, drapeau d\u2019Isra\u00ebl exhib\u00e9 au tout d\u00e9but\u00a0; au lointain, derri\u00e8re une s\u00e9rie de portes vitr\u00e9es qui refl\u00e8tent le public, une chambre fun\u00e9raire\u00a0; c\u00f4t\u00e9 cour, un bar et des toilettes o\u00f9 officie une prostitu\u00e9e. Mais l\u2019ensemble \u00e9voque avant tout un hall d\u2019a\u00e9roport, et si beaucoup ont des vell\u00e9it\u00e9s de d\u00e9part, d\u2019autres reviennent encore plus d\u00e9sorient\u00e9s qu\u2019avant \u2012 \u00e0 l\u2019instar de la prostitu\u00e9e dont un monologue qui n\u2019est pas dans la pi\u00e8ce de Levin cl\u00f4t presque le spectacle, monologue ambigu qu\u2019on peut entendre de fa\u00e7ons diverses, o\u00f9 de retour en Isra\u00ebl elle confond Suisse, France, Angleterre dans une m\u00eame omnipr\u00e9sence d\u2019\u00e9glises. Selon les effets de lumi\u00e8re et la musique diffus\u00e9e, le reste du plateau, c\u2019est-\u00e0-dire presque tout, peut sugg\u00e9rer tour \u00e0 tour une discoth\u00e8que, un music-hall, le r\u00eave d\u2019un personnage, voire l\u2019au-del\u00e0 o\u00f9 se retrouvent les d\u00e9funts.<br \/>\nIsra\u00ebl c\u2019est donc cela, dans ce spectacle, en une all\u00e9gorie qui peut susciter des interpr\u00e9tations plurielles l\u00e0 encore, et peut-\u00eatre par un cran suppl\u00e9mentaire un questionnement sur l\u2019aporie o\u00f9 m\u00e8ne le plus souvent toute discussion \u00e0 ce sujet\u00a0: un hall d\u2019a\u00e9roport, le non-lieu par excellence qui englobe \u00e0 lui seul tous les autres non-lieux que je viens d\u2019\u00e9grener, espace du dedans et espace du dehors, espace mental et monde ext\u00e9rieur, interface entre vie et mort, salle d\u2019attente, \u00e9vacuation des d\u00e9jections, lieux impossibles \u00e0 quitter, \u00e0 occuper, planches de th\u00e9\u00e2tre et de cercueils&#8230;<br \/>\nFinalement, loin de l\u2019image que l\u2019on donne de Warlikowski ou qu\u2019il se donne \u2012 \u00ab\u00a0fuir le th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb (beau num\u00e9ro que la revue\u00a0<i>Alternatives th\u00e9\u00e2trales<\/i>\u00a0lui avait consacr\u00e9 en 2011) ou \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre \u00e9corch\u00e9\u00a0\u00bb (recueil d\u2019entretiens paru en 2007 chez Actes Sud) \u2012 c\u2019est une confiance infinie en la capacit\u00e9 d\u2019accueil, d\u2019utopie, du th\u00e9\u00e2tre, comme seul lieu qui reste quand tout devient non-lieu, dont t\u00e9moigne ce spectacle, et ce n\u2019est pas un hasard s\u2019il est le premier \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement con\u00e7u au Nowy Teatr<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Sc\u00e9nographie et costumes : Malgorzata Szczesniak. Lumi\u00e8res : Felice Ross.\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/spip.php?article586&amp;var_mode=calcul#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>, o\u00f9 s\u2019est install\u00e9e la troupe depuis 2008, friche et ilot de r\u00e9sistance \u00e0 Varsovie dont l\u2019avenir reste tout sauf assur\u00e9.<br \/>\nAutre d\u00e9calage par rapport \u00e0 la tournure qu\u2019a pu prendre le travail de Warlikowski \u2012 sc\u00e9nographie et utilisation de la vid\u00e9o sur un mode glac\u00e9, clinique, chirurgical, non sans cr\u00e9er une mode, justement, chez des metteurs en sc\u00e8ne des g\u00e9n\u00e9rations suivantes \u2012 quelque chose de kantorien vient hanter ce spectacle, une impression diffuse suscit\u00e9e par des musiques lancinantes, ritournelles accompagnant le bal fun\u00e8bre des enterrements et des revenants, par le b\u00e9gaiement du jeune Zigui Globtshik, par les valises comme accessoire sc\u00e9nique principal, et ces \u00eatres aux valises, on aurait envie d\u2019\u00e9crire \u00ab\u00a0\u00eatres-aux-valises\u00a0\u00bb, ont quelque chose des \u00ab\u00a0v\u00eatements-emballages\u00a0\u00bb du ma\u00eetre polonais, mais aussi du Beckett de Maguy Marin (<i>May B<\/i>), dans une esth\u00e9tique qui semble certes aux antipodes (m\u00eame dans l\u2019apparent go\u00fbt partag\u00e9 pour le music-hall), et enfin par un mannequin de femme t\u00eate nue ou le jeu d\u2019une com\u00e9dienne (la prostitu\u00e9e) qui se fait par instant mannequin inerte, une vid\u00e9o de cr\u00e9mation d\u2019un cercueil et des photographies projet\u00e9es au lointain \u00e0 chaque acte de d\u00e9c\u00e8s, qui \u00e9meuvent par contraste, difficile de ne pas l\u2019avoir \u00e0 l\u2019esprit, avec la masse anonyme des morts dans les camps, \u00e9motion aussi suscit\u00e9e par leur provenance \u2012 sans doute des photographies personnelles des acteurs du Nowy Teatr eux-m\u00eames, prises \u00e0 diff\u00e9rents \u00e2ges de leur vie. De\u00a0<i>Wielopole, Wielopole<\/i>\u00a0(1980) de Kantor, une part infime peut-\u00eatre mais ind\u00e9niable \u00e0 mes yeux, habitait le spectacle de Warlikowski, pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le titre du spectacle ne doit pas \u00e9garer\u00a0: il s\u2019agit du retour de Warlikowski \u00e0 la mise en sc\u00e8ne d\u2019un texte dramatique,\u00a0Sur les valises\u00a0(1983) d\u2019Hanokh Levin en l\u2019occurrence, lui qui avait mont\u00e9 au Festival d\u2019Avignon 2005\u00a0Kroum l\u2019ectoplasme\u00a0(1975) du m\u00eame dramaturge isra\u00e9lien, retour command\u00e9 par les tourments de l\u2019histoire pr\u00e9sente, o\u00f9 la politique isra\u00e9lienne en Palestine croise ironiquement la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite en Pologne et en Europe. Le sous-titre de la pi\u00e8ce, \u00ab\u00a0com\u00e9die en huit enterrements\u00a0\u00bb, r\u00e9sume parfaitement la trajectoire<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":1806,"menu_order":0,"template":"","categorie_article":[27],"class_list":["post-1803","article","type-article","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","categorie_article-critique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article\/1803","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1806"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1803"}],"wp:term":[{"taxonomy":"categorie_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_article?post=1803"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}