


{"id":1840,"date":"2018-07-12T07:23:32","date_gmt":"2018-07-12T05:23:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1840"},"modified":"2018-07-12T07:23:32","modified_gmt":"2018-07-12T05:23:32","slug":"o-ma-memoire-la-poesie-de-salon","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/o-ma-memoire-la-poesie-de-salon\/","title":{"rendered":"\u00d4 ma m\u00e9moire-La po\u00e9sie : de salon"},"content":{"rendered":"<div id=\"chapo\"><center><small>Par Yannick Butel<i>. \u00d4 ma m\u00e9moire-La po\u00e9sie. Portrait de St\u00e9phane Hessel<\/i><br \/>\nmis en sc\u00e8ne de Kevin Keiss, avec Sarah Lecarpentier, Simon Barzilay<br \/>\nCom\u00e9die de Caen<br \/>\nLa Manufacture, Avignon Off 2018<\/small><\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<strong>Au plateau, comme Madame au salon, Sarah Lecarpentier reprend\u00a0<i><a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/m%C3%A9moire-po%C3%A9sie-n%C3%A9cessit%C3%A9-Stephane-Hessel\/dp\/2757823647\" rel=\"external\">\u00d4 ma m\u00e9moire-la po\u00e9sie, une n\u00e9cessit\u00e9<\/a><\/i>\u00a0de St\u00e9phane Hessel dans la mise en sc\u00e8ne de Kevin Keiss. Une petite heure o\u00f9 la petite fille de St\u00e9phane Hessel (comme elle se pr\u00e9sente), sur le mode autobiographique, raconte son illustre grand-p\u00e8re \u00e0 la premi\u00e8re personne, depuis qu\u2019un jour de 2010, il livra Indignez-vous aux \u00e9ditions Indig\u00e8nes. Opus moins vivace que le\u00a0<i>Que faire\u00a0?<\/i>\u00a0de Tchernychevski, mais qui, les m\u00e9dias aidant, a connu son heure de gloire. C\u2019est \u00e0 la Manufacture, produit par la Com\u00e9die de Caen-CDN de Normandie, et \u00e7a s\u2019inscrit dans la s\u00e9rie des portraits (4), de personnes m\u00e9diatiques ou c\u00e9l\u00e8bres, ou produit de l\u2019industrie culturelle.<\/strong>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>19H35. Les rues avignonnaises se vident sensiblement comme on dit quand c\u2019est manifeste. Et comme les rues, les lieux de diffusion vont souffrir du match France-Belgique. M\u00eame la buvette de la Manufacture, qui a dispos\u00e9 un grand \u00e9cran pour la retransmission de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, semble faire concurrence \u00e0 sa programmation. Effet imm\u00e9diat, la salle sera partiellement vide, peupl\u00e9 par une bonne trentaine de spectateurs venus voir, en curieux, O ma m\u00e9moire-la po\u00e9sie\u00a0: une n\u00e9cessit\u00e9, ou quelques extraits des 88 po\u00e8mes trilingues publi\u00e9s au Seuil en 2005. Un cadeau qu\u2019Hessel se fit \u00e0 lui-m\u00eame pour ses 88 ans, en quelque sorte, pour celui qui est n\u00e9 en 1917 et a connu, avant la notori\u00e9t\u00e9 engag\u00e9e, une histoire europ\u00e9enne violente et chaotique (guerre, d\u00e9portation, r\u00e9sistance, vie d\u2019ambassadeur et de diplomate, proche collaborateur de Mendes France, de Rocard, membre du \u00ab\u00a0coll\u00e8ge des m\u00e9diateurs pour les sans-papiers de Saint Bernard, auteur \u00e0 succ\u00e8s\u2026 ). Mais laissons-l\u00e0 la vie d\u2019Hessel que le public d\u00e9couvrit sur le tard en figure de sage qui s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e des D\u2019Ormesson et autres \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb qu\u2019une certaine France prise, comme si elle accomplissait, en \u00e9coutant, en lisant ces p\u00e9p\u00e8res litt\u00e9raires, son voyage initiatique vers un humanisme bon chic, une spiritualit\u00e9 bon genre qu\u2019elle d\u00e9couvre. Et si ces lignes taquines peuvent choquer, tant mieux. La vie d\u2019Hessel ne lui appartient pas, c\u2019est l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui l\u2019a d\u00e9termin\u00e9e. En revanche, on peut s\u2019incliner sur les choix historiques qu\u2019il a fait, qui l\u2019ont fait.<br \/>\nMais revenons \u00e0 la petite fille Sarah Lecarpentier, \u00e0 la \u00ab\u00a0petite fille de\u2026\u00a0\u00bb qui rentabilise l\u2019h\u00e9ritage et la gloriole d\u2019Hessel. Intermittente qui ach\u00e8vera son spectacle en rappelant tous les lieux o\u00f9 elle joue cet \u00e9t\u00e9 dans le festival, plut\u00f4t qu\u2019elle ne rappelle la fragilit\u00e9 du statut des intermittents toujours menac\u00e9 (ce que fit Caroline Arrouas dans\u00a0<i>Portrait Bourdieu<\/i>, lui aussi produit par la Com\u00e9die de Caen<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Voir la critique insens\u00e9e sur ce spectacle.\" href=\"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/\/spip.php?article595&amp;var_mode=calcul#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span><br \/>\nDans un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9, tous les \u00e9l\u00e9ments rappellent un salon d\u2019aristo (gu\u00e9ridon, lampe de chevet avec pied en \u00e9tain, tasse \u00e0 caf\u00e9 et soucoupe en porcelaine, fauteuil). Jusqu\u2019au rideau couleur cr\u00e8me tir\u00e9 en demi-cercle qui semble cacher le paysage et l\u2019avanc\u00e9e d\u2019un bow-window, jusqu\u2019au synth\u00e9tiseur qui d\u00e9livrera exclusivement les notes d\u00e9licates d\u2019un piano, tout est symboliquement attach\u00e9 \u00e0 un cadre de vie, celui de l\u2019enfance de Sarah Lecarpentier qu\u2019on imagine sur les genoux de son grand-p\u00e8re, l\u2019\u00e9coutant disserter sur le monde, la mort, la vie\u2026 la po\u00e9sie. C\u2019est presque touchant, et si cette impression devient manifeste, c\u2019est parce que la com\u00e9dienne \u00ab\u00a0re\u00e7oit\u00a0\u00bb. Oui, elle nous re\u00e7oit ou \u00ab\u00a0fait soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, en commen\u00e7ant par offrir un verre de ros\u00e9 \u00e0 chacun des spectateurs qui pourraient croire qu\u2019ils sont ses invit\u00e9s.<br \/>\nL\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re, bien que la dame porte le jean et la marini\u00e8re, se fait sur le mode de la confidence enjou\u00e9e sur le choix de son pr\u00e9nom et nom \u00ab\u00a0Sarah Lecarpentier\u00a0\u00bb, normande qui, de fait, ne rappelle pas grand-chose de St\u00e9phane Hessel. Tout aurait pu s\u2019arr\u00eater-l\u00e0, mais dans les familles cultiv\u00e9es, et peut-\u00eatre m\u00eame initi\u00e9es \u00e0 l\u2019oulipisme, on joue avec la langue. C\u2019est connu. Alors, elle nous livre la cl\u00e9, le c\u00e9same\u00a0: initiales du pr\u00e9nom et du nom forment phon\u00e9tiquement le patronyme du c\u00e9l\u00e9brissime papi. \u00ab\u00a0S.L\u00a0\u00bb, Oh merde alors. S.L, \u00e7a fait Hessel (mais seulement dans cet ordre-l\u00e0). Et Kevin Keiss\u2026 \u00e7a fait quoi\u00a0?<br \/>\nLa suite, la suite est une succession de remarques qui croisent quelques-uns des 88 po\u00e8mes avec la vie d\u2019Hessel et ses commentaires sur les po\u00e8mes qui l\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 traverser une vie. Remarques biographiques et litt\u00e9raires s\u2019entrecroisent autour de Victor Hugo, d\u2019Apollinaire, de Rimbaud, d\u2019un mot de Rilke (en allemand), de Shakespeare (allusion au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 la vie) quand elle cite la temp\u00eate \u00ab\u00a0We are such stuff as dream are made one\u00a0\u00bb, etc. Le \u00ab\u00a0must\u00a0\u00bb, sans doute le moment o\u00f9 \u00e9voquant Edgar Alan Poe, l\u2019interpr\u00e8te qui joue son grand-p\u00e8re, rappelle qu\u2019elle aime cet auteur parce que \u00ab\u00a0POE\u00a0\u00bb cela nous rappelle que c\u2019est les trois premi\u00e8res lettres de POEsie. Oh merde, alors\u00a0! \u00c7a c\u2019est impressionnant. Et Verlaine (y a pas au programme), c\u2019est beau parce que les trois premi\u00e8res lettres rappellent le VERs.<br \/>\nPeut-\u00eatre y avait-il un certain plaisir \u00e0 entendre la lecture de ces auteurs majeurs. Peut-\u00eatre y avait-il aussi, in fine, la volont\u00e9 de faire entendre une intimit\u00e9 de St\u00e9phane Hessel avec la po\u00e9sie (et aussi sa petite fille)\u2026 Peut-\u00eatre, mais les gloses p\u00e9riph\u00e9riques \u00e0 la lecture relevaient bien souvent d\u2019une na\u00efvet\u00e9 pu\u00e9rile, voire parfois \u00e0 ces objets incroyablement fades qu\u2019\u00e9taient les Lagarde et Michard.<br \/>\nEt d\u2019ajouter qu\u2019\u00e0 ces s\u00e9quences po\u00e9tiques mises en voix, parfois chant\u00e9es et accompagn\u00e9es au \u00ab\u00a0piano\u00a0\u00bb par Simon Barzilay, Sarah Lecarpentier ajoute ses propres po\u00e8mes (\u00ab\u00a0no comment\u00a0\u00bb, pas encore grand-p\u00e8re)<br \/>\nAlors c\u2019est presque mignon tout \u00e7a. Presque parce que c\u2019est, comme on dit, pav\u00e9 de \u00ab\u00a0bonnes intentions\u00a0\u00bb. Et puis, c\u2019est presque audacieux aussi.\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Presque, parce que \u00e7a fait entendre de la po\u00e9sie. Mais justement, ce n\u2019est que \u00ab\u00a0presque\u00a0\u00bb.<br \/>\nEt de regarder tout cela, et d\u2019entendre tout cela, aussi, d\u2019un autre point de vue. On dirait un point de vue critique, car en d\u00e9finitive, ce qui ressort de ce travail, c\u2019est aussi l\u2019exposition d\u2019un certain milieu, avec ses codes, avec sa culture classique \u00e9crasante, avec ses jugements nourris de certitudes et de bons go\u00fbts, avec son rapport de surplomb au monde quand on est bien n\u00e9. Ne nous leurrons donc pas sur ce travail qui reconduit et voue une admiration \u00e0 ce monde-l\u00e0. Ce monde auquel appartient S.L..<br \/>\nEt imaginons un instant que l\u2019on change de milieu, qu\u2019on le change. Que l\u2019on s\u2019indigne\u00a0? Non, pas que l\u2019on s\u2019indigne justement, mais que l\u2019on se r\u00e9volte. Imaginons que l\u2019on ne veuille plus que le spectacle vivant promeuve le patrimoine (patrimoine litt\u00e9raire, mus\u00e9ologie des patronymes panth\u00e9onis\u00e9s, etc). Imaginons que la m\u00e9moire est un frein, parfois. Imaginons, par exemple, et une derni\u00e8re fois, que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re ce vers d\u2019Holderlin qui nous mettrait sur la voie \u00ab\u00a0qu\u2019au retour du silence qu\u2019une langue naisse\u00a0\u00bb puisqu\u2019Hessel cite Holderlin, mais ailleurs.<br \/>\nImaginons que l\u2019on rende audible les po\u00e8mes \u00e9crits par la classe ouvri\u00e8re, la litt\u00e9rature du prol\u00e9tariat. Imaginons encore que la po\u00e9sie ne nous conduise pas \u00e0 penser l\u2019art comme un point de r\u00e9sistance. Hessel, par la voix de sa petite fille dit, \u00ab\u00a0R\u00e9sister, c\u2019est cr\u00e9er\u00a0\u00bb. Imaginons autre chose\u2026<br \/>\nImaginons un autre grand p\u00e8re. Le grand-p\u00e8re de la majorit\u00e9 d\u2019entre nous. Le mien \u00e9tait r\u00e9sistant, prolo, et il me lisait Marx \u00ab\u00a0un spectre hante l\u2019Europe\u00a0\u00bb. j\u2019avais 5 ans. Et il me parlait des fant\u00f4mes que nous entretenons aussi. Il me parlait de la pens\u00e9e colonis\u00e9e, de cette mani\u00e8re que la culture a d\u2019\u00eatre un enjeu plus grand que le beau, plus important que le d\u00e9voilement de la v\u00e9rit\u00e9. Il me lisait aussi le journal\u2026 et m\u2019invitait \u00e0 penser que le monde imaginaire \u00e9tait l\u00e0, dans le journal, et que \u00e7a pourrait \u00eatre autrement que ce qui est \u00e9crit.<br \/>\nOui, c\u2019\u00e9tait mignon ton truc Sarah. Mais le plus int\u00e9ressant, finalement, c\u2019est quand tu conduits ton travail vers le cabaret et que tu te mets \u00e0 \u00e9crire ta po\u00e9sie. Parce que, et comme Ren\u00e9 Char l\u2019\u00e9crivait (tu te souviens de Ren\u00e9 Char que tu \u00e9voques et qui nous vaut un commentaire \u00ab\u00a0je n\u2019ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 m\u00e9moriser Ren\u00e9 Char\u00a0\u00bb), bref Ren\u00e9 Char \u00e9crivait \u00ab\u00a0notre h\u00e9ritage n\u2019est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019aucun testament\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe monde est \u00e0 inventer.<br \/>\nB.Y. (Initiales Nom et pr\u00e9nom) de celui qui a tout \u00e9cout\u00e9.<br \/>\nNb\u00a0: nous ne saurions trop recommander la\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/incertainsregards-theatre.net\/spip.php?article109\" rel=\"external\">lecture de la revue Incertains Regards<\/a>, notamment le num\u00e9ro 7, publi\u00e9 aux Presses universitaires de Provence. Il contient un enregistrement (soixante minutes) de Julien Blaine, po\u00e8te et performer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Yannick Butel. \u00d4 ma m\u00e9moire-La po\u00e9sie. 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