


{"id":1857,"date":"2018-07-13T22:28:39","date_gmt":"2018-07-13T20:28:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1857"},"modified":"2018-07-13T22:28:39","modified_gmt":"2018-07-13T20:28:39","slug":"le-sacre-immanent-dun-rituel-sm","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/le-sacre-immanent-dun-rituel-sm\/","title":{"rendered":"Le sacr\u00e9 immanent d\u2019un rituel SM"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Arnaud Ma\u00efsetti\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur1\">Arnaud Ma\u00efsetti<\/a>\u00a0&#8211; 13 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center><small><i>L\u2019invocation \u00e0 la muse<\/i>, de Caritia Abell et Vanasay Khamphommala (Sujet \u00e0 Vif A),<br \/>\nJardin de la Vierge du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, Festival d\u2019Avignon In 2018<\/small><\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nC\u2019est en face de la \u00ab\u00a0Chapelle du Verbe Incarn\u00e9e\u00a0\u00bb, dont le nom pourrait sembler le sous-titre du Festival, puisque, para\u00eet-il, la chair est triste (h\u00e9las). Justement, le Jardin de la Vierge du lyc\u00e9e Saint-Joseph accueille\u00a0<i>l\u2019Invocation \u00e0 la Muse<\/i>\u00a0: tant de signes convergent vers tant d\u2019espoirs de sacril\u00e8ges. Les Sujets \u00e0 Vif proposent depuis pr\u00e8s de dix ans d\u2019associer pour des formes br\u00e8ves deux artistes\u00a0: ce midi, sous le vent, Caritia Abell \u2014\u00a0\u00ab\u00a0praticienne du BDSM (bondage, domination, sadism, masochism)\u00a0\u00bb \u2014\u00a0et Vanasay Khamphommala \u2014\u00a0\u00ab\u00a0Linguiste, performeur, auteur, traducteur, [\u2026] il est \u00e9galement chanteuse\u00a0\u00bb \u2014\u00a0s\u2019allient pour une puissante messe noire, un pur d\u00e9sir d\u2019op\u00e9rer vivant le corps pour s\u2019en lib\u00e9rer. \u00ab\u00a0On peut dire maintenant que toute vraie libert\u00e9 est noire et se confond immanquablement avec la libert\u00e9 du sexe qui est noire elle aussi sans que l\u2019on sache tr\u00e8s bien pourquoi.\u00a0\u00bb (Artaud). C\u2019est une courte demi-heure qui saisit ce non-savoir troublant, de la libert\u00e9 du sexe, de la noirceur terrible des renversements quand ils s\u2019op\u00e8rent en plein jour de midi. C\u2019est un rituel qui va prendre au\u00a0<i>s\u00e9rieux<\/i>\u00a0(c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: avec un humour cruel) le conseil de Socrate\u00a0: pour invoquer la muse, il faut se mettre la t\u00eate dans un sac. Rituel sacr\u00e9, \u00e9rotique, chamanique, l\u2019invocation est surtout le pr\u00e9texte \u00e0 une puissante exploration du corps qui viserait \u00e0 l\u2019ent\u00eatant d\u00e9sir de s\u2019inventer d\u2019autres corps comme on \u00e9crirait sur la peau le po\u00e8me de son propre devenir.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_673 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH434\/180706_rdl_1802-c4a0c.jpg?1531477808\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"434\" \/><\/span><br \/>\n<i><strong>\u00a0\u00ab\u00a0Je\u00a0pense comme une fille se d\u00e9shabille\u00a0\u00bb (G. Bataille)<\/strong><\/i><br \/>\nHabill\u00e9 en costume d\u2019homme, le corps surgit depuis le fond de sc\u00e8ne\u00a0: lentement, respectueusement, scrupuleusement, il \u00f4te ses chaussures comme avant de p\u00e9n\u00e9trer un espace sacr\u00e9. Il l\u2019est. Mais sacr\u00e9 comme on dit au Qu\u00e9bec pour insulter.<br \/>\nSur le visage, un sac, rouge sang \u2013\u00a0\u00e9trange image qui rel\u00e8ve autant du rituel SM que de l\u2019imagerie p\u00e9nitentiaire type Guantanamo. Mais c\u2019est ici la le\u00e7on de Socrate prise au pied de la lettre\u00a0: on ne saurait invoquer la Muse sans se cacher la t\u00eate. Parce qu\u2019elle est indigne\u00a0? Ou pour ne rien voir des myst\u00e8res\u00a0? Pour mieux voir peut-\u00eatre, avec le regard int\u00e9rieur, celui de l\u2019imaginaire qui d\u00e9cuple les sensations\u00a0?<br \/>\nSaisie du sacr\u00e9 par le th\u00e9\u00e2tre\u00a0: par le regard, mais un regard d\u00e9rob\u00e9, outr\u00e9, rendu visible par son retrait. Et ce regard qui sera tout au long du rituel (on n\u2019ose pas dire\u00a0: spectacle\u00a0: il faudrait dire spectacle dans la mesure du rituel) plonge en nous son \u0153il noir\u00a0: son \u0153il mort.<br \/>\nNous qui voyons tout de l\u2019homme qui ne voit rien, nous ne voyons rien de ce qui agit autour de lui et en lui. \u0152il aveugle\u00a0: g\u00e9n\u00e9alogie d\u2019une vision retourn\u00e9e. Se souvenir que le p\u00e8re de Bataille \u00e9tait aveugle quand il con\u00e7ut son fils\u00a0: et que l\u2019\u0153il mort du P\u00e8re sera pour toujours aux yeux de Georges Bataille au principe de la vie. L\u2019histoire de l\u2019\u0152il est un contre-r\u00e9cit \u00e9rotique du visible.<br \/>\n<span class=\"spip_document_671 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L409xH613\/180706_rdl_1764-72431.jpg?1531477808\" alt=\"\" width=\"409\" height=\"613\" \/><\/span><br \/>\nRetour \u00e0 ce qu\u2019on voit\u00a0: l\u2019homme qui s\u2019avance vers nous suit le fil d\u2019Ariane\u00a0d\u2019un micro pos\u00e9 sur le sol\u00a0: pas \u00e0 pas, le fil l\u2019entra\u00eene\u00a0<i>fatalement<\/i>\u00a0jusqu\u2019\u00e0 ce micro \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la naissance de sa voix, de son corps sorti de lui \u2014 o\u00f9 il essaiera sa belle voix grave\u00a0: des mots, des sons, des soupirs. \u00c0 Jardin une femme est entr\u00e9e qui a travers\u00e9 le plateau pour s\u2019installer \u00e0 Cour grignoter des chips qu\u2019elle tire de son panier\u00a0: on est dans Eden, peut-\u00eatre, quelque part dans la campagne riante et st\u00e9rile de la vie sociale. Elle, elle le regarde. Puis elle va s\u2019approchant de lui prolonger son regard de ses gestes\u00a0: posant une main sur l\u2019\u00e9paule, sur le dos, sur le torse. Chaque geste qu\u2019elle fait arrache tendrement un son de lui, qui r\u00e9pond \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 du mouvement, \u00e0 sa dur\u00e9e. C\u2019est la syntaxe du rituel, donn\u00e9e dans ses premi\u00e8res lois. Le corps prend corps sous les mains de celle qui le stimule\u00a0: un corps n\u2019existe \u00e0 proprement parler que par l\u2019autre.<br \/>\nOui, on est peut-\u00eatre devant une all\u00e9gorie litt\u00e9rale \u2014\u00a0et \u00e9mouvante comme l\u2019enfance \u2014 de la po\u00e9sie\u00a0: le po\u00e8te aveugle livr\u00e9 au bon d\u00e9sir de la Muse qui l\u2019habite, le visite, le touche. C\u2019est touchant, oui, une Muse qui fait parler le po\u00e8te. La dr\u00f4lerie de ce premier moment est grave aussi, parce qu\u2019on voit le corps vuln\u00e9rable livr\u00e9 au bon vouloir d\u2019un autre, et qu\u2019on pourrait croire qu\u2019il subit de la Muse les caprices auxquels il est\u00a0<i>soumis<\/i>. Il y a une autre lecture, qui renverse le pr\u00e9jug\u00e9 de la domination (sexuelle et politique)\u00a0: les deux corps s\u2019associent pour ce chant am\u00e9b\u00e9e o\u00f9 l\u2019un\u2022e a besoin de l\u2019autre pour\u00a0<i>s\u2019exprimer<\/i>\u00a0(dont l\u2019\u00e9tymologie prend tout son sens ici, \u00e9rotique et physique\u00a0: tirer le jus d\u2019un fruit en le pressant). La Muse \u2014\u00a0silencieuse \u2014\u00a0prend la parole dans la voix de l\u2019autre, et l\u2019autre\/le po\u00e8te \u2014 immobile \u2014 active son \u00eatre par les gestes de la Muse. Ce pourrait \u00eatre beau\u00a0: ce sera pire.<br \/>\n<span class=\"spip_document_674 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH434\/180706_rdl_1810-c1ff2.jpg?1531477808\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"434\" \/><\/span><br \/>\n<i><strong>\u00ab\u00a0Plus grande est la beaut\u00e9, plus profonde est la souillure.\u00a0\u00bb (Bataille)<\/strong><\/i><br \/>\nPeu \u00e0 peu, les pressions de la paume de la main ne suffisent pas\u00a0; comme ne suffit pas le corps du po\u00e8te\u00a0: la Muse d\u00e9shabille l\u2019homme (lui laisse le sac sur la t\u00eate) et va puiser dans son panier les outils propres \u00e0 sophistiquer les murmures et les sons, pour les intensifier, les raffiner. Une plume, une rose, un couteau. \u00c0 chaque nouvel objet, on franchit un saut\u00a0: chaque objet poss\u00e8de son imaginaire propre, l\u2019all\u00e9gorie de toute une tradition litt\u00e9rale. L\u2019\u00e9criture, l\u2019amour, la mort. \u00c0 chaque objet, le seuil franchi est d\u00e9finitif. \u00c0 chaque mouvement, la douceur se renverse en cruaut\u00e9\u00a0: la rose pass\u00e9e lentement sur le sexe, la pointe du couteau sur l\u2019\u00e9paule. La ceinture frapp\u00e9e soigneusement sur le ventre, les cuisses.<br \/>\nD\u00e8s lors, ce qui n\u2019\u00e9tait que soupir et murmure de l\u2019homme se complexifie en \u00e9cho, en r\u00e9ponse. Des mots, puis des phrases\u00a0: un long po\u00e8me soudain prend forme devant nous, au-dessus de nous. En fran\u00e7ais, en anglais, les deux langues s\u2019\u00e9changent comme dans les bouches des amants\u00a0: s\u2019enlacent lentement sous le po\u00e8me qui chante un arbre pris de d\u00e9sir de s\u2019envoler.<br \/>\nLe corps devient alors la surface d\u2019\u00e9criture de la Muse\u00a0: \u00e9pingles \u00e0 linge \u00ab\u00a0plant\u00e9es\u00a0\u00bb le long d\u2019une art\u00e8re sur le bras, marques rouges des coups de ceinture\u2026 La c\u00e9r\u00e9monie de domination est litt\u00e9ralement (et puissamment) obsc\u00e8ne en ce qu\u2019elle\u00a0<i>jette sur sc\u00e8ne<\/i>\u00a0un corps qui consent \u00e0 sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, et qui y puise, par l\u00e0, la facult\u00e9 de nommer sa propre lib\u00e9ration, la conqu\u00eate de ses mots. Souffrant son corps, il l\u2019\u00e9prouve alors\u00a0: comme tel souffrant, comme tel existant sur lui comme son propre corps.<br \/>\n<span class=\"spip_document_678 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L409xH613\/180706_rdl_1883-a77c9.jpg?1531478002\" alt=\"\" width=\"409\" height=\"613\" \/><\/span><br \/>\n<strong>\u00c0 la vie \u00e0 la mort<\/strong><br \/>\nL\u2019interdit fonde le d\u00e9sir parce que \u00ab\u00a0l\u2019interdit est l\u00e0 pour \u00eatre viol\u00e9\u00a0\u00bb (Bataille)<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Georges Bataille, L\u2019\u00c9rotisme, Paris, Minuit, 1957, p. 72.\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article596#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0: les \u00e9tapes qu\u2019on franchit sont toutes celles qui attaquent aux normes de la sexualit\u00e9 (la reconnaissance des corps, l\u2019intimit\u00e9 secr\u00e8te, l\u2019\u00e9change). Ici, en plein midi, et livr\u00e9 autant \u00e0 la Muse qu\u2019\u00e0 nos regards, debout, criant, l\u2019\u00eatre qui explore par son chant le possible de son corps s\u2019arrache aux lois de l\u2019offre et de la demande sexuelle pour enfin s\u2019accomplir. Ailleurs, Bataille dira que le d\u00e9sir est violent en tant qu\u2019il est aussi d\u00e9sir de violence\u00a0: \u00ab\u00a0essentiellement, le domaine de l\u2019\u00e9rotisme est le domaine de la violence, le domaine de violation\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Ibid., p. 23.\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article596#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>. Il est surtout illimitation des fronti\u00e8res des corps et des langages\u00a0: \u00ab\u00a0il y a dans la nature et il subsiste dans l\u2019homme un mouvement qui toujours exc\u00e8de les limites, et qui jamais ne peut \u00eatre r\u00e9duit que partiellement\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Ibid., p. 46.\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article596#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>. Franchir les limites rel\u00e8ve de la mort ou de la folie\u00a0: par l\u00e0 les deux se tiennent la main comme des amants. Une mort vitaliste, puisque l\u2019\u00e9rotisme est \u00ab\u00a0l\u2019approbation de la vie jusque dans la mort.\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Georges Bataille, L\u2019Au-del\u00e0 du s\u00e9rieux, p. 112.\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article596#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>. Cet exc\u00e8s qu\u2019on entend \u00e0 chaque syllabe, qu\u2019on per\u00e7oit dans chaque mouvement est la loi de cette troublante c\u00e9r\u00e9monie, et la condition politique de sa r\u00e9alisation \u2014 l\u2019exc\u00e8s, peut-\u00eatre la traduction la moins maladroite de l\u2019hybris, sorte de r\u00e9alisation manifeste de l\u2019\u00e9ros et de l\u2019epithumia (le d\u00e9sir sensible, celui qui na\u00eet dans le bas ventre)<br \/>\nRituel\u00a0: entre la ma\u00eetresse (de c\u00e9r\u00e9monie) et l\u2019\u00eatre (c\u00e9r\u00e9monial), l\u2019espace du rite est non seulement le corps de chacun, mais l\u2019espace entre les deux \u2014 le th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Ou la vie qui nous s\u00e9pare d\u2019eux\u00a0? Entre un \u00eatre est un autre, qui y-a-t-il, si ce n\u2019est le gouffre, l\u2019ab\u00eeme\u00a0? Et comment rendre visible ce gouffre si ce n\u2019est dans la discontinuit\u00e9 rendue palpable qui nous d\u00e9chire\u00a0? C\u2019est l\u00e0 le lieu de l\u2019\u00e9rotisme\u00a0: non pas se reproduire, mais produire les liens qui nous d\u00e9sunissent, et par l\u00e0 se produire. Donner corps \u00e0 son corps.<br \/>\n<span class=\"spip_document_676 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L409xH613\/180706_rdl_1863-9456f.jpg?1531478002\" alt=\"\" width=\"409\" height=\"613\" \/><\/span><br \/>\nC\u2019est tout le trajet de ce rituel. Un trajet d\u2019autant plus c\u00e9r\u00e9monial que chaque midi reprend le trajet l\u00e0 o\u00f9 la veille on l\u2019avait laiss\u00e9 \u2013 le spectateur ne peut assister qu\u2019\u00e0 une \u00e9tape d\u2019un long processus, d\u2019une procession cheminant sur six jours comme un drame \u00e0 station.<br \/>\n<span class=\"spip_document_677 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L409xH613\/180706_rdl_1876-f0e10.jpg?1531478002\" alt=\"\" width=\"409\" height=\"613\" \/><\/span><br \/>\n\u00c0 la fin de chaque \u00e9tape, l\u2019\u00eatre enl\u00e8ve le sac sur la t\u00eate\u00a0: son visage appara\u00eet comme un pur ph\u00e9nom\u00e8ne, cheveux tombant longuement sur les \u00e9paules, maquillage sur les l\u00e8vres et regard franc d\u2019un \u00e9puisement lib\u00e9rateur. Oui, soudain, \u00ab\u00a0La proximit\u00e9 de l\u2019autre est signifiance du visage [\u2026] Le visage parle\u00a0\u00bb (Levinas). Visage d\u2019une beaut\u00e9 troublante, purement autre\u00a0: les expressions de genre s\u2019effacent comme leur r\u00e9partition binaire. Ce qui rel\u00e8ve de l\u2019homme et de la femme s\u2019effondre pour le jeu librement consenti du d\u00e9sir avec lui-m\u00eame.<br \/>\nEt l\u2019\u00eatre de chanter.<br \/>\n<span class=\"spip_document_679 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L409xH613\/180706_rdl_1944-25918.jpg?1531477808\" alt=\"\" width=\"409\" height=\"613\" \/><\/span><br \/>\nLangage et d\u00e9sir seraient li\u00e9s, para\u00eet-il, au lieu de la jouissance\u00a0: \u00ab\u00a0Rendre cette jouissance possible, c\u2019est la m\u00eame chose que ce que j\u2019\u00e9crirai\u00a0: j\u2019ouis-sens, c\u2019est la m\u00eame chose que d\u2019ou\u00efr un sens\u00a0\u00bb (Lacan)\u00a0<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Jacques Lacan, Le sinthome, s\u00e9ance du 13 janvier 1976\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?article596#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>. Jouissance, extase\u00a0: au-del\u00e0 du langage articul\u00e9, le chant, le po\u00e8me, espace de conqu\u00eate des territoires du sens d\u00e9livr\u00e9 du sens, espace sensible de la sensation qui outrepasse, affranchit, intensifie.<br \/>\nRituel, donc\u00a0: sacr\u00e9\u00a0? Oui, mais sacr\u00e9 immanent d\u2019une chair en prise avec l\u2019exp\u00e9rience de sa propre destruction pour sa r\u00e9invention\u00a0: telle aura \u00e9t\u00e9 la t\u00e2che de l\u2019\u00e9rotisme, cette \u00ab\u00a0substitution de l\u2019instant ou de l\u2019inconnu \u00e0 ce que nous croyions conna\u00eetre\u00a0\u00bb (Bataille), \u00e9rotisme qui rend possible le non-savoir qui nous d\u00e9sarme pour mieux nous livr\u00e9 \u00e0 l\u2019inconnu, illimit\u00e9, illimitant.<br \/>\nDans le Jardin de la Vierge, la matin\u00e9e est ombrag\u00e9e. Fatalement, avec les mots prononc\u00e9s, le temps est pass\u00e9, c\u2019est sa nature\u00a0: et le soleil est mont\u00e9 haut\u00a0; quand il s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 la verticale du sol, il y a eu cette seconde, \u00e0 midi pile \u2014 dans le vent on entendait qu\u2019\u00e0 peine les cloches des \u00e9glises sonner\u00a0\u2014, o\u00f9 le soleil a bascul\u00e9 par-dessus les toits pour venir se planter sur le plateau, et dans les yeux\u00a0: on a d\u00fb fermer les yeux, un peu, pour mieux voir, et ne pas se laisser \u00e9blouir, aveugler, et mieux regarder, par-del\u00e0 l\u2019\u00e9clat mensonger du jour.<br \/>\n<span class=\"spip_document_680 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH434\/180706_rdl_2028-62fed.jpg?1531477808\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"434\" \/><\/span>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arnaud Ma\u00efsetti\u00a0&#8211; 13 juillet 2018 L\u2019invocation \u00e0 la muse, de Caritia Abell et Vanasay Khamphommala (Sujet \u00e0 Vif A), Jardin de la Vierge du Lyc\u00e9e Saint-Joseph, Festival d\u2019Avignon In 2018 C\u2019est en face de la \u00ab\u00a0Chapelle du Verbe Incarn\u00e9e\u00a0\u00bb, dont le nom pourrait sembler le sous-titre du Festival, puisque, para\u00eet-il, la chair est triste (h\u00e9las). Justement, le Jardin de la Vierge du lyc\u00e9e Saint-Joseph accueille\u00a0l\u2019Invocation \u00e0 la Muse\u00a0: tant de signes convergent vers tant d\u2019espoirs de sacril\u00e8ges. 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