


{"id":1860,"date":"2018-07-13T22:30:10","date_gmt":"2018-07-13T20:30:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1860"},"modified":"2018-07-13T22:30:10","modified_gmt":"2018-07-13T20:30:10","slug":"karl-valentin-noch-einmal","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/karl-valentin-noch-einmal\/","title":{"rendered":"Karl Valentin\u2026 noch einmal"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Yannick Butel\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur2\">Yannick Butel<\/a>\u00a0&#8211; 13 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><small><\/small><center><small>Par Yannick Butel<i>. Lili Kabaret<\/i>, texte de Karl Valentin, musique de Friedrich Holl\u00e4nder<br \/>\nmise en sc\u00e8ne Elisabeth Piron,<br \/>\nTh\u00e9\u00e2tre Barretta, Avignon Off 2018<\/small><\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nProgramm\u00e9 dans l\u2019un des nouveaux lieux du Off d\u2019Avignon, au Th\u00e9\u00e2tre Barreta, Lili Kabarett emprunte \u00e0 Karl Valentin ses textes et \u00e0 Friedrich Holl\u00e4nder sa musique. Sur sc\u00e8ne, Maria Laurila Lili, Nicolas Houssin et Aude Giuliano avec son accord\u00e9on jouent et chante pendant une petite heure des sc\u00e8nes absurdes de la vie quotidienne ou extraordinaire.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_693 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L446xH531\/spectacle_22283-f520e.jpg?1531658816\" alt=\"\" width=\"446\" height=\"531\" \/><\/span><br \/>\n<strong>De Karl Valentin,<\/strong><br \/>\nle clown m\u00e9taphysique de Munich, la critique allemande dit exactement ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Valentin war ein Philosoph und ein gro\u00dfer Sprachwissenschaftler des Absurden, des von Menschen selbst geschaffenen Absurden, &#8211; manche sagen, er habe das absurde Theater eines Samuel Beckett vorweg genommen\u00a0\u00bb. Ce qui, traduit en fran\u00e7ais donne\u00a0: \u00ab\u00a0Valentin \u00e9tait un philosophe et un grand linguiste de l\u2019absurde, de l\u2019absurde cr\u00e9\u00e9 par l\u2019homme lui-m\u00eame &#8211; certains disent qu\u2019il a anticip\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre absurde de Samuel Beckett\u00a0\u00bb.<br class=\"autobr\" \/>Tout est dit avec ces quelques phrases qui mettent au panth\u00e9on celui dont on disait encore qu\u2019il \u00e9tait le \u00ab\u00a0ersten deutschen Popk\u00fcnstler\u00a0\u00bb. Comprenez \u00ab\u00a0le dernier artiste allemand de la culture populaire\u00a0\u00bb.<br \/>\nTout est dit ou presque, et si nous avions un peu de temps dans un festival qui multiplie les propositions et nous en prive, nous pourrions d\u00e9velopper en soulignant encore que les choix esth\u00e9tiques, po\u00e9tiques et th\u00e9\u00e2traux de Karl Valentin rel\u00e8vent d\u2019un engagement politique dans l\u2019entre-deux guerre. Son go\u00fbt pour le sketch, le fragment, la performance\u2026 s\u2019inscrivant dans une pratique politique du th\u00e9\u00e2tre en rupture avec les genres pris\u00e9s par la bourgeoisie et l\u2019aristocratie prussienne et germanique\u00a0: l\u2019op\u00e9ra, le drame, la trag\u00e9die\u2026<br \/>\nComparer Karl Valentin \u00e0 Charlie Chaplin comme il est commun\u00e9ment admis de le faire est ainsi tout \u00e0 la fois juste (par la nature du jeu physique et l\u2019allure ou la silhouette que lui imprime le costume)\u00a0; et faux puisque Chaplin, lui, n\u2019est que le mis\u00e9reux ou le reflet de l\u2019Am\u00e9rique de Steinbeck alors que Karl Valentin est un penseur de son art inscrit dans l\u2019Histoire, ami de Joseph Beuys, de Brecht, proche du dada\u00efsme\u2026 qui ont, les uns comme les autres, pens\u00e9 un \u00ab\u00a0tournant esth\u00e9tique\u00a0\u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 son \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale, traduite essentiellement par Besson et Jourdheuil, publi\u00e9e aux \u00c9ditions Th\u00e9\u00e2trales, on peut mesurer le Dichter und Denker qu\u2019il \u00e9tait. Et ce, d\u2019abord, dans la langue et les th\u00e8mes qu\u2019il traitait. Langue vulgaire, soumise \u00e0 une inflammation de la logique (d\u2019aucuns parleront b\u00eatement d\u2019absurde), \u00e0 un rapport lexical pauvre. Langue qui met en perspective les sc\u00e8nes de la vie quotidienne ou d\u00e9veloppe, au contraire, des situations extravagantes en rupture avec la vraisemblance ou le faire vrai (ce qui est encore une mani\u00e8re de courcircuiter la pens\u00e9e bourgeoise de l\u2019art). Rien de ce que proposa Karl Valentin au th\u00e9\u00e2tre ne peut donc s\u2019\u00e9carter du trait n\u00e9cessaire \u00e0 son jeu, \u00e0 a pratique\u00a0: la d\u00e9mesure. Et si une chose est \u00e0 \u00e9viter, c\u2019est le figuratif auquel il pr\u00e9f\u00e9rait la caricature, et donc le clown. Clown et d\u00e9mesure\u2026 soit les deux ingr\u00e9dients d\u2019un tragique moderne, dans une Histoire europ\u00e9enne o\u00f9 se pr\u00e9pare le chaos.<br \/>\n<strong>Lili Kabarett<\/strong><br \/>\nDes com\u00e9diens au plateau, dans un d\u00e9cor aux formes enfantines proches de l\u2019univers de Chagall (un peu \u00e9pur\u00e9 ici), o\u00f9 un ballon de montgolfi\u00e8re en surplomb du plateau voisine avec une \u00e9chelle tendue vers le ciel et des malles qui disent les voyages imaginaires, les interpr\u00e8tes de Lili Kabarett oeuvrent \u00e0 rendre l\u2019univers de Karl Valentin. Les s\u00e9quences se suivent, les sketchs s\u2019encha\u00eenent alternant chants et sc\u00e8nes cocasses, grandiloquentes, jouant sur des quiproquos insolites\u2026 le jeu de mots est ma\u00eetre de l\u2019ar\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale, et trouve dans le geste caricatur\u00e9, le mime, le soutien n\u00e9cessaire \u00e0 rendre le tout curieux, voire \u00e9tranges. Leurs costumes rench\u00e9rissent cette \u00e9tranget\u00e9 qui se donne sous la forme de la paillette, du col papillon surdimensionn\u00e9, du chapeau qui ne convient pas et couvre la t\u00eate. On y reconna\u00eet le texte chez le Chapelier, celui de La Pharmacie, celui de Vol en piqu\u00e9 dans la salle, etc. Et \u00e0 chaque fois, c\u2019est le monde \u00e0 l\u2019envers qui fait tourner l\u2019autre en bourrique qui est propos\u00e9.<br \/>\nTout cela est, de fait, une restitution assez juste de l\u2019univers de Karl Valentin, mais \u00e0 regarder ces athl\u00e8tes affectifs (expression qu\u2019Artaud employait pour d\u00e9signer les acteurs), on ne peut s\u2019emp\u00eacher de trouver parfois peut-\u00eatre le temps un peu long. Comme si l\u2019effet de r\u00e9p\u00e9tition, qui est ici r\u00e9current \u00e0 chaque sc\u00e8ne, plut\u00f4t qu\u2019il ne d\u00e9veloppe un temps dramatique, venait \u00e0 le figer. Et de voir alors dans cette forme \u00ab\u00a0Kabarett\u00a0\u00bb comme le souligne le titre, un \u00ab\u00a0T\u00a0\u00bb de trop. Un \u00ab\u00a0T\u00a0\u00bb it\u00e9ratif, et non pas intensif, qui met le spectacle \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une pure imitation. Ce qui n\u2019est pas sans charme et convient \u00e0 la restitution, mais ne suffit pas \u00e0 faire cr\u00e9ation.\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yannick Butel\u00a0&#8211; 13 juillet 2018 Par Yannick Butel. Lili Kabaret, texte de Karl Valentin, musique de Friedrich Holl\u00e4nder mise en sc\u00e8ne Elisabeth Piron, Th\u00e9\u00e2tre Barretta, Avignon Off 2018 Programm\u00e9 dans l\u2019un des nouveaux lieux du Off d\u2019Avignon, au Th\u00e9\u00e2tre Barreta, Lili Kabarett emprunte \u00e0 Karl Valentin ses textes et \u00e0 Friedrich Holl\u00e4nder sa musique. 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