


{"id":1867,"date":"2018-07-13T22:33:51","date_gmt":"2018-07-13T20:33:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1867"},"modified":"2018-07-13T22:33:51","modified_gmt":"2018-07-13T20:33:51","slug":"autogestion-des-puits-de-la-vie-du-paysage-de-murs-et-des-debats","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/autogestion-des-puits-de-la-vie-du-paysage-de-murs-et-des-debats\/","title":{"rendered":"Autogestion des puits \u2013 de la vie, du paysage, de murs, et des d\u00e9bats"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Malte Schwind\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur4\">Malte Schwind<\/a>\u00a0&#8211; 13 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\">\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Premiers jours \u00e0 Avignon cette ann\u00e9e, mais sans th\u00e9\u00e2tre. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Par contre, avec la vie, la collection Lambert et des d\u00e9bats.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>Aux clowns, aux sorciers et sorci\u00e8res, aux hobereaux et cochers ivres,<br class=\"autobr\" \/>\u00c0 mes ami.e.s<\/p>\n<h3 class=\"spip\">PROLOGUE<\/h3>\n<p>Il s\u2019agirait quand m\u00eame de lib\u00e9rer la vie et le d\u00e9sir. Et il faut dire que le th\u00e9\u00e2tre peut quelque chose \u00e0 cet endroit-l\u00e0. Encore faut-il \u00eatre \u00e0 la hauteur de la vie, ou au dessus, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il faut qu\u2019il s\u2019est au moins lib\u00e9r\u00e9 de la sociabilit\u00e9 et de la rentabilit\u00e9, peut-\u00eatre deux principes que la bourgeoisie a sophistiqu\u00e9 comme personne d\u2019autre. Et elle a r\u00e9ussi d\u2019\u00e9touffer la vie avec, au point que nous ne pouvons nous emp\u00eacher de regarder ce monde et s\u2019\u00e9crier\u00a0: quel ennui\u00a0! Inutile de dire que dans le cadre de ce festival de la marchandisation de l\u2019art, le th\u00e9\u00e2tre n\u2019a \u00e9videmment aucun espace pour cette lib\u00e9ration. Il y est contraint par tous les moyens, ali\u00e9n\u00e9.<br \/>\nNon, les gens ne sont pas dr\u00f4les. Ils sont s\u00e9rieux pour sauver leur sociabilit\u00e9 et la rentabilit\u00e9 de leurs produits. On pourrait avoir l\u2019impression qu\u2019ils ne vivent que pour cela et on pourrait se jeter dans une tristesse ou une violence sans nom \u00e0 force d\u2019\u00eatre assoiff\u00e9 de vie et de voir les autres \u00e0 vous tendre du sable et de la poussi\u00e8re \u00e0 boire. Ils vous tiennent un verre, mais il est vide. Pourquoi vous tiennent-ils encore un verre\u00a0? C\u2019est que quelque part tout le monde doit se douter de quelque chose. Tout le monde a encore un vague souvenir de ce que pourrait \u00eatre la vie. Les plus intelligents d\u2019entre eux ont rationalis\u00e9, intellectualis\u00e9 leur di\u00e8te. Ils disent par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0On ne rencontre pas des gens dans la vie. On les rencontre dans le travail.\u00a0\u00bb Quelle tristesse et quelle conception cynique de la vie\u00a0! Quelle id\u00e9ologie du travail avec laquelle on nous a baratin\u00e9 depuis le d\u00e9but. Parce que certains pr\u00eatres et certains flics et certains rois ne veulent absolument pas que nous vivons. Ils pr\u00e9f\u00e8rent que nous travaillons et que nous pensons que la vie se r\u00e9sume au travail. L\u2019actuel pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ne pr\u00eache d\u2019ailleurs rien d\u2019autre. Mais un doute plane donc encore au dessus de tout le monde, elle nous guette et quand nous voyons que quelque chose de la vie se manifeste \u00e0 nous avec cette \u00e9vidence de l\u2019in\u00e9luctable, tout fout le camp, tout peut encore foutre le camp, et alors on d\u00e9serte, on d\u00e9chire cet emballage mensonger et naus\u00e9abond de la vie et on peut encore s\u2019y jeter comme dans un gouffre et boire \u00e0 plus pouvoir \u00e9tancher notre soif. Quand on a ainsi touch\u00e9 ce qui n\u2019a plus besoin d\u2019\u00eatre nomm\u00e9, on ne peut plus se satisfaire de la sociabilit\u00e9 et de la rentabilit\u00e9, mais on veut retourner dans ce paysage et voir et rencontrer tous les paysages possibles. La vie, mesquine, du monde nous devient absolument impossible. Et nous avons donc le choix entre la r\u00e9volution, le suicide ou la m\u00e9lancolie.<br \/>\nLe th\u00e9\u00e2tre y peut donc quelque chose. Le th\u00e9\u00e2tre peut nous pousser en direction vers ces trois solutions qui sont une et la m\u00eame chose. Elles sont la possibilit\u00e9 d\u2019existence dans ce monde une fois bu l\u2019eau de la vie. Et si le th\u00e9\u00e2tre faisait son boulot, on n\u2019aurait bient\u00f4t plus besoin de ces trois solutions, car ce monde sera plein d\u2019assoiff\u00e9s de la vie qui se tendront des verres d\u2019eau rempli jusqu\u2019au bord. Tous ces gens ensorcelleraient ce monde et en ferait un d\u00e9luge afin que tout le monde boive et boive encore jusqu\u2019\u00e0 ce que ce monde n\u2019aurait plus rien \u00e0 voir avec ce monde, mais serait la vie, pleine et souveraine, cruelle et joyeuse, infiniment joyeuse. On se r\u00e9jouirait d\u2019autant plus que nous saurons qu\u2019il n\u2019y aura plus de ma\u00eetre \u00e0 venir. Nous apprendrons \u00e0 nager dans les torrents de la vie et crierons\u00a0: Oui\u00a0!<br \/>\nOui\u00a0!<br \/>\nOui\u00a0! Cela est possible. Je l\u2019affirmerai jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019aurai bu le calice jusqu\u2019\u00e0 la lie. Oui\u00a0! Une autre vie est possible, lib\u00e9r\u00e9e. Oui\u00a0! Le th\u00e9\u00e2tre y peut quelque chose. Mais, oui, il faut inventer des mani\u00e8res qui permettent de travailler \u00e0 cela. Car, ne nous trompons pas, ce monde est fait pour \u00eatre perp\u00e9tu\u00e9. Tout est fait pour que rien n\u2019y change et pour que nous oublions notre soif, pour que nous la d\u00e9guisons et que nous buvons de la poussi\u00e8re en croyant qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019eau fra\u00eeche. Construisons donc des sources in\u00e9puisables \u00e0 partir des paysages partag\u00e9s. Une puissance en y \u00e9mane qui peut ensemencer des puits dans ce monde o\u00f9 les assoiff\u00e9s de la vie pourrons trouver de quoi boire. Ces puits sont peu nombreux et fragiles, et longs \u00e0 construire, mais nous savons que l\u2019on ne fait pas un jardin au milieu du d\u00e9sert en un jour. Nous savons qu\u2019un nouveau printemps est \u00e0 venir. Et nous savons que nous ne sommes pas seuls.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">DE MURS ET DE PAYSAGES<\/h3>\n<p>Pour cet eni\u00e8me festival d\u2019Avignon (je crois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019arr\u00eater de compter un jour, comme les vieillards moribonds cessent un moment de compter les ann\u00e9es), la collection Lambert propose des expositions \u00e9galement. Si je comprends bien, festival in et off s\u2019y m\u00e9lange.\u00a0<i>Anatomies du pouvoir<\/i>\u00a0en est une. Il s\u2019agit de photographies du suisse Christian Lutz, d\u2019ailleurs membre de la \u00ab\u00a0s\u00e9lection suisse \u00e0 Avignon\u00a0\u00bb, programme \u00e9tabli par Pro Helvetia et donc artistes soutenus par Pro Helvetia. J\u2019y reviendrai.<br class=\"autobr\" \/>Une autre est une exposition des \u0153uvres de la collection Lambert. Et comme la rencontre ne peut \u00eatre programm\u00e9e (je ne sais pas comment la m\u00e9diation culturelle pense ce probl\u00e8me), je m\u2019arr\u00eate devant un dessin ou plut\u00f4t un dessin m\u2019arr\u00eate. Il s\u2019agit d\u2019un paysage qui est travers\u00e9 par un mur.\u00a0<i>Running Fence<\/i>. Il faut dire que je rentrais dans cette salle avec une attention particuli\u00e8re puisqu\u2019elle \u00e9tait titr\u00e9 de \u00ab\u00a0au-del\u00e0 du paysage\u00a0\u00bb ou quelque chose du genre. Le texte introducteur commence avec une citation, dont une partie va ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026 contrairement \u00e0 eux [aux animaux], il [l\u2019Homme] n\u2019est pas une figure dans le paysage, mais un modeleur du paysage.\u00a0\u00bb Et moi qui ai tout de suite envie de r\u00e9pondre\u00a0: \u00ab\u00a0Il est un paysage.\u00a0\u00bb<br \/>\n<span class=\"spip_document_683 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH494\/christo_running_fence-2b099.jpg?1531515805\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"494\" \/><\/span><br \/>\n<span class=\"spip_document_684 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/IMG\/jpg\/christo_running_fence2.jpg?1531513635\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"488\" \/><\/span><br \/>\nBref, le mur sur ce dessin sur papier \u00e9tait en tissu. Comme une mati\u00e8re \u00e9trang\u00e8re, introduite, dans ce paysage. Mais pas non plus une mati\u00e8re oppos\u00e9e, qui ferait violence \u00e0 la fragilit\u00e9 du papier. Une mati\u00e8re proche, mais diff\u00e9rente\u00a0; induisant d\u2019autres usages et d\u2019autres fonctions.\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Il est inutile de r\u00e9p\u00e9ter la violence des murs dans la r\u00e9alit\u00e9 de nos mondes. Des murs de fronti\u00e8res. En b\u00e9ton arm\u00e9. Avec du barbel\u00e9. M\u00eame si nous n\u2019avons pas l\u2019exp\u00e9rience directe de ces murs, que nos corps ou les corps de nos ami.e.s ne se sont pas fait d\u00e9chiquet\u00e9s en tentant de faire fi \u00e0 cette s\u00e9paration, chacun.e comprendra du moins de mani\u00e8re rationnelle son insupportable violence. Il est peut-\u00eatre aussi inutile de r\u00e9p\u00e9ter son caract\u00e8re arbitraire, si souvent arbitraire, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9cid\u00e9 par un pouvoir \u00e9tranger \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du paysage. Mais nous pouvons peut-\u00eatre se demander avec ce dessin de Christo et Jeanne-Claude quel est cet \u00e9trange besoin que nous avons \u00e0 hisser des murs entre nous, nos paysages intimes et propres\u00a0? Quel danger r\u00e9side dans le d\u00e9sir de l\u2019autre\u00a0? Que tentons-nous de prot\u00e9ger avec nos murs\u00a0?<\/p>\n<dl class=\"spip_document_685 spip_documents spip_documents_center\">\n<dt><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH501\/christian-lutz-protokoll-3-d93f3.jpg?1531515805\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"501\" \/><\/dt>\n<\/dl>\n<p>La r\u00e9ponse \u00e0 la question des murs que nous pouvons d\u00e9celer dans l\u2019exposition de Christian Lutz est la r\u00e9ponse du pouvoir qui a peur. Le pouvoir doit se cacher, tourner le dos aux regards des autres, s\u2019armer de luxurieuses colonnes et tableaux, se cacher derri\u00e8res des lunettes de soleil, des vitres teint\u00e9s. Il doit se prot\u00e9ger parce que m\u00e9fiant. M\u00e9fiant et m\u00e9chant parce qu\u2019il sait ou il pense qu\u2019il est toujours convoit\u00e9. Il est m\u00e2le, toujours, sur les photos de Lutz. M\u00e2le et en costard. Entour\u00e9s de bouffons qui trahissent leurs amis pour \u00eatre mieux vus par l\u2019aura du pouvoir, pour y briller un peu plus, enfin, \u2026 ils pensent briller un peu plus. Ce sont peut-\u00eatre les plus m\u00e9chants et les plus b\u00eates. Les Polonius, toujours au service du pouvoir, sans ancrage, pench\u00e9 sur un pied, d\u00e9montrant au tyran avec un regard et un sourire sournois qui sera le suivant qui devra \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9.\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Nous comprenons pourquoi le pouvoir a besoin de murs. Il se prot\u00e8ge derri\u00e8re, d\u00e9lirant qu\u2019il l\u2019est, parano\u00efaque, convaincu de son importance \u00e9vidente\u2026 mais nous\u00a0? Nous\u00a0? Sans pouvoir. Sans rien. Nous qui n\u2019avons \u00e0 d\u00e9fendre que notre vie, et notre joie. Nous qui n\u2019avons pas besoin d\u2019\u00eatre m\u00e9fiant puisque personne nous veux quelque chose\u00a0? Nous qui ne cherchons pas \u00e0 briller dans la lumi\u00e8re terrifiante du pouvoir\u00a0; celle qui \u00e9claire les pilotis de la nuit, celle qui \u00e9claire les salles sans fen\u00eatres, celle qui illumine le tr\u00f4ne\u2026\u00a0? Nous, hommes, femmes et enfants, et ce qui existe entre, qui aimons les yeux et regarder les yeux\u00a0? Nous qui ne cherchons qu\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 nos ami.e.s et qu\u2019\u00e0 agrandir nos amiti\u00e9s \u00e0 toute personne qui ne nous veut pas du mal\u00a0? Pourquoi, nous aussi, nous avons tant de mal \u00e0 ne pas construire de mur\u00a0? Des murs l\u00e0 o\u00f9 tout mur semble si superficiel, tellement de trop et inutile et moche\u2026<br \/>\nEt peut-\u00eatre la r\u00e9ponse du pouvoir vaut comme r\u00e9ponse ici aussi. Nous pensons encore devoir d\u00e9fendre quelque chose. Nos petits pouvoirs et les petits privil\u00e8ges qui viennent avec. Nous nous sommes attach\u00e9s \u00e0 la forme que nous avons fait de nous-m\u00eame et par laquelle nous avons encore une prise dans le monde. Nous n\u2019arrivons pas encore \u00e0 d\u00e9serter enti\u00e8rement pour enfin \u00eatre en face de l\u2019autre, ouvert, confiant, sans crainte pour pouvoir r\u00e9sonner avec. Et peut-\u00eatre m\u00eame, s\u2019y loge l\u00e0, dans ces cercles d\u2019hommes qui cachent quelque chose, derri\u00e8res ces fen\u00eatres obstru\u00e9es, devant les pilotis dans la nuit, une \u00e9rotique particuli\u00e8re. Sombre et violente, glaciale\u2026 une sorte d\u2019\u00e9rotique de la mort. Il y a quelque chose de cet ordre dans les photographies de Lutz.<br \/>\nMais nous pouvons encore lire autre chose dans le dessin\u00a0<i>Running Fence<\/i>\u00a0de Christo et Jeanne-Claude. Nous voyons les calculs, les \u00e9tudes et analyses scientifiques, les hauteurs et longueurs n\u00e9cessaires, un plan, des lettres et des chiffres \u00e9crits sur le paysage, dans le paysage. Et peut-\u00eatre n\u2019est-ce au final pas ce mur en tissu qui est la plus grande violence faite \u00e0 ce paysage, mais cette planification technique.\u00a0<i>State of California<\/i>. Am\u00e9nagement. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette entreprise technocrate, ce mur en tissu se dessine presque comme un voile blanc. Un voile qui prot\u00e8ge \u00e9galement quelque chose, mais diff\u00e9remment d\u2019un mur. On peut soulever un voile. Il ne suffit que d\u2019une brise l\u00e9g\u00e8re. Et cette brise l\u00e9g\u00e8re est inscrite intrins\u00e8quement dans chaque voile. Ainsi serait notre premier pas vers notre lib\u00e9ration la transformation de nos murs en voiles. D\u00e8s lors, nous n\u2019aurions plus besoin de marteaux piqueurs, nous n\u2019aurions plus non plus de gravats \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser, nous nous ouvririons \u00e0 un jeu l\u00e9ger et \u00e0 une \u00e9rotique lumineuse. Il serait ais\u00e9 d\u2019apercevoir le paysage derri\u00e8re. Non plus exclusion de l\u2019autre, mais invitation \u00e0 nous d\u00e9voiler, \u00e0 nous r\u00e9v\u00e9ler mutuellement \u00e0 nous-m\u00eame. Le voile ne cache pas qu\u2019il cache un secret. Le mur s\u2019en fou du secret. Il d\u00e9fend. Il est guerrier. Il est et met en guerre. Fait pour emp\u00eacher, il appelle \u00e0 sa destruction. Le voile invite au regard et la curiosit\u00e9 de l\u2019autre.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">INTERMEZZO<\/h3>\n<p>\u201c<br class=\"autobr\" \/><strong>Clown<\/strong><br class=\"autobr\" \/>Un jour.<br class=\"autobr\" \/>Un jour, bient\u00f4t peut-\u00eatre.<br class=\"autobr\" \/>Un jour j\u2019arracherai l\u2019ancre qui tient mon navire loin des mers.<br class=\"autobr\" \/>Avec la sorte de courage qu\u2019il faut pour \u00eatre rien et rien que rien, je l\u00e2cherai ce qui paraissait m\u2019\u00eatre indissolublement proche.<br class=\"autobr\" \/>Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai d\u00e9gringoler.<br class=\"autobr\" \/>D\u2019un coup d\u00e9gorgeant ma mis\u00e9rable pudeur, mes mis\u00e9rables combinaisons et encha\u00eenement \u00ab\u00a0de fil en aiguille\u00a0\u00bb.<br class=\"autobr\" \/>Vid\u00e9 de l\u2019abc\u00e8s d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un, je boirai \u00e0 nouveau l\u2019espace nourricier.<br class=\"autobr\" \/>A coup de ridicules, de d\u00e9ch\u00e9ances (qu\u2019est-ce que la d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0?), par \u00e9clatement, par vide, par une totale dissipation-d\u00e9rision-purgation, j\u2019expulserai de moi la forme qu\u2019on croyait si bien attach\u00e9e, compos\u00e9e, coordonn\u00e9e, assortie \u00e0 mon entourage et \u00e0 mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.<br class=\"autobr\" \/>R\u00e9duit \u00e0 une humilit\u00e9 de catastrophe, \u00e0 un nivellement parfait comme apr\u00e8s une intense trouille.<br class=\"autobr\" \/>Ramen\u00e9 au-dessous de toute mesure \u00e0 mon rang r\u00e9el, au rang infime que je ne sais quelle id\u00e9e-ambition m\u2019avait fait d\u00e9serter.<br class=\"autobr\" \/>An\u00e9anti quant \u00e0 la hauteur, quant \u00e0 l\u2019estime.<br class=\"autobr\" \/>Perdu en un endroit lointain (ou m\u00eame pas), sans nom, sans identit\u00e9.<br \/>\nclown, abattant dans la ris\u00e9e, dans le grotesque, dans l\u2019esclaffement, le sens que contre toute lumi\u00e8re je m\u2019\u00e9tais fait de mon importance.<br class=\"autobr\" \/>Je plongerai.<br class=\"autobr\" \/>Sans bourse dans l\u2019infini-esprit sous-jacent ouvert<br class=\"autobr\" \/>\u00e0 tous<br class=\"autobr\" \/>ouvert \u00e0 moi-m\u00eame \u00e0 une nouvelle et incroyable ros\u00e9e<br class=\"autobr\" \/>\u00e0 force d\u2019\u00eatre nul<br class=\"autobr\" \/>et ras\u2026<br class=\"autobr\" \/>et risible\u2026<br \/>\nHenri Michaux, \u00ab\u00a0Peintures\u00a0\u00bb (1939,) in L\u2019espace du dedans, Pages choisies, Po\u00e9sie \/ Gallimard, 1966, p.249\u201d<\/p>\n<h3 class=\"spip\">DE \u00ab\u00a0D\u00c9BATS\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Par contre le monde r\u00e9siste et ne cesse de nous rappeler \u00e0 lui. Les d\u00e9bats ont lieu et tout ce que j\u2019ai nomm\u00e9 plus haut r\u00e9appara\u00eet. Non plus jeu \u00e9rotique, mais jeu social. Garder ou gagner une position sociale. Au pire, un jeu corporatiste\u00a0: \u00e9crivains contre metteurs en sc\u00e8ne, dramaturges contre romanciers\u2026. C\u2019est ainsi que la table ronde\u00a0<i>Th\u00e9\u00e2tre politique \/ th\u00e9\u00e2tre social\u00a0?<\/i>\u00a0avec Alain Badiou, Arnaud Maisetti, Alexandra Badea, Samuel Gallet et Christophe Tostain proc\u00e8de malgr\u00e9 la volont\u00e9 et la tentative de Badiou et Maisetti de probl\u00e9matiser certains points. Rares sont les tables rondes o\u00f9 les r\u00e9elles oppositions sont nomm\u00e9s et deviennent dispute. Ce ne sera pas non plus le cas ici. Une courtoisie y r\u00e8gne, chacun.e flipp\u00e9.e de se planter, de sortir K.O. Jeu d\u00e9fensif en g\u00e9n\u00e9ral. Le groupe se divise en deux camps. Un camp plus radical et engag\u00e9 de l\u2019autre, plus construit \u00e9galement. L\u2019autre plut\u00f4t consensuel, plus l\u00e2che donc. Le camp consensuel adopte toutes les attaques du camp adversaire en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes d\u2019accord.\u00a0\u00bb m\u00eame si effectivement ils fabriquent des objets contraires aux mots \u00e9nonc\u00e9s par le camp engag\u00e9. Ils d\u00e9sarment toute attaque. Toute dispute est \u00e9vit\u00e9e et ce qui est le pire, c\u2019est que la position engag\u00e9e est rattrap\u00e9e par le consensus, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par la majorit\u00e9 molle, puisque ses mots sont vid\u00e9s de leurs sens. \u00ab\u00a0Si tel est d\u2019accord avec ces mots, ces mots voulaient donc dire cela aussi.\u00a0\u00bb Polys\u00e9mie des mots. Quelle bataille \u00e0 mener\u00a0! On a envie que cela devienne plus violent, que chacun.e ose dire les contradictions qu\u2019il ou elle voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Finissons une fois pour toute avec la courtoisie. Par exemple, Alexandra Badea r\u00e9pondant \u00e0 Arnaud Maisetti. Je paraphrase\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois que personne d\u2019entre nous calcule l\u2019effet que nos \u00e9critures ont sur le spectateur. On n\u2019en est plus l\u00e0. Tout ce que j\u2019essaie, c\u2019est de changer le regard, essayer de faire en sorte que le spectateur se pose des questions.\u00a0\u00bb Si ce n\u2019est pas pr\u00e9voir un effet, c\u2019est m\u00eame pire\u00a0: pr\u00e9tendre qu\u2019elle conna\u00eet les questions que les spectateurs se posent.\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Alexandra, Samuel et Christophe \u00e9taient attaqu\u00e9s d\u2019\u00e9crire un th\u00e9\u00e2tre correspondant et r\u00e9confortant l\u2019\u00e9tat du monde actuel, de le perp\u00e9tuer avec leur th\u00e9\u00e2tre. Sois ils ne l\u2019ont pas vu, soit ils ont \u00e9vit\u00e9 la dispute par manque de courage ou d\u2019arguments. Peut-\u00eatre pour sauver la valeur de leurs produits que l\u2019on pouvait directement acheter \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<br \/>\nAutre \u00e9tait la parole qui r\u00e9gnait dans un d\u00e9bat dans le village du Off, organis\u00e9 par le SYNAVI\u00a0: et si on remettait l\u2019\u00e9quit\u00e9 au c\u0153ur de la relation cr\u00e9ateurs \/ programmateurs\u00a0? Il n\u2019y avait aucun programmateur dans la salle comme quoi il faut se dire que l\u2019int\u00e9r\u00eat pour cette proposition n\u2019est pas partag\u00e9. Et cela en dit long.\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Il revenait \u00e9videmment sur la table la n\u00e9cessit\u00e9 pour les artistes de reprendre les lieux, qu\u2019ils nous ont \u00e9t\u00e9 \u00f4t\u00e9. Des dispositifs s\u2019inventent comme\u00a0<i>Sc\u00e8ne sur Seine<\/i>. Un regroupement de compagnies qui envisage la diffusion diff\u00e9remment et construit des solidarit\u00e9s entre compagnies tout en essayant de changer la mani\u00e8re qu\u2019ont programmateurs et cr\u00e9ateurs de se parler. Les sentinelles, une f\u00e9d\u00e9ration de compagnies qui militent pour des meilleurs conditions de travail \u00e0 Avignon et accusent le fait que des subventions publiques vont dans la poche de propri\u00e9taires priv\u00e9s qui ne cessent d\u2019augmenter les loyers, alors que les programmateurs, qui ont \u00e9galement de moins en moins d\u2019argent, reste de moins en moins longtemps \u00e0 Avignon. Programmateurs qui vont voir les choses \u00e0 Avignon, mais non pas quand ils se passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez eux. Espoir de diffusion qui justifierait \u00e0 elle seul le d\u00e9ficit dans lequel la majorit\u00e9 des compagnies se mettent en jouant dans le OFF d\u2019Avignon. Diffusion qui se r\u00e9sume en moyenne \u00e0 cinq dates par spectacle.\u00a0<br class=\"autobr\" \/>Et ici cela se dispute. \u00c7a accuse et \u00e7a d\u00e9fend. \u00c7a lutte. L\u2019enjeu n\u2019est pas de se vendre. De toute fa\u00e7on, il n\u2019y a pas d\u2019acheteur. Mais est affirm\u00e9 et se construit un rapport militant \u00e0 notre m\u00e9tier. Ce n\u2019est plus s\u2019assurer une place dans la hi\u00e9rarchie du champ, mais se battre pour attaquer, fragiliser la hi\u00e9rarchie donn\u00e9e. Inventer des dispositifs mat\u00e9riels qui tentent d\u2019inverser le rapport de force. Sortir de l\u2019impuissance et de l\u2019acquiescement. Construction et autogestion.<br \/>\nVoil\u00e0 le chemin qui se dessine&#8230;\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malte Schwind\u00a0&#8211; 13 juillet 2018 Premiers jours \u00e0 Avignon cette ann\u00e9e, mais sans th\u00e9\u00e2tre. Par contre, avec la vie, la collection Lambert et des d\u00e9bats. Aux clowns, aux sorciers et sorci\u00e8res, aux hobereaux et cochers ivres,\u00c0 mes ami.e.s PROLOGUE Il s\u2019agirait quand m\u00eame de lib\u00e9rer la vie et le d\u00e9sir. Et il faut dire que le th\u00e9\u00e2tre peut quelque chose \u00e0 cet endroit-l\u00e0. 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