


{"id":1870,"date":"2018-07-14T22:36:34","date_gmt":"2018-07-14T20:36:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1870"},"modified":"2018-07-14T22:36:34","modified_gmt":"2018-07-14T20:36:34","slug":"illusions-et-amour-reciproque","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/illusions-et-amour-reciproque\/","title":{"rendered":"Illusions et amour r\u00e9ciproque"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Yannick Butel\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur2\">Yannick Butel<\/a>\u00a0&#8211; 14 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center>Par Yannick Butel<i>. Illusions<\/i>\u00a0de Ivan Viripa\u00efev, mise en sc\u00e8ne Olivier Maurin,<br \/>\nGilgamesh Belleville, Avignon Off 2018.<\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nC\u2019est au 11 Gilgamesch Belleville, th\u00e9\u00e2tre de la rue Raspail, que le metteur en sc\u00e8ne Olivier Maurin reprend Illusions, texte d\u2019Ivan Viripaev. Un peu moins d\u2019une heure trente o\u00f9, dans une pratique th\u00e9\u00e2trale qui emprunte aux formes immersives (on dit aussi participatives), les interpr\u00e8tes de cette com\u00e9die-dramatique excellent \u00e0 raconter une histoire\u2026 d\u2019AMOUR RECIPROQUE.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_695 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L446xH531\/spectacle_22019-18b8c.jpg?1531658816\" alt=\"\" width=\"446\" height=\"531\" \/><\/span><br \/>\n<strong>Les dramatuges en col\u00e8re<\/strong><br \/>\nIvan Viripaev fait partie de ces \u00ab\u00a0dramaturges en col\u00e8re\u00a0\u00bb russes qui sont apparus avec l\u2019effondrement du th\u00e9\u00e2tre institutionnel. Dans l\u2019ombre des auteurs Elena Gremina et Mixha\u00efl Ougarov qui d\u00e9claraient \u00ab\u00a0devoir faire un th\u00e9\u00e2tre contestataire, un th\u00e9\u00e2tre qui menace ne serait-ce qu\u2019un petit peu le monde, soi-m\u00eame [\u2026]\u00a0\u00bb, Viripaev est n\u00e9anmoins \u00e0 part. Si comme les \u00ab\u00a0jeunes hommes en col\u00e8re\u00a0\u00bb du th\u00e9\u00e2tre anglais, sous la gouvernance de Thatcher, il peut \u00e9crire et mettre en sc\u00e8ne des formes documentaires (cf. sa pi\u00e8ce Kislorod (Oxyg\u00e8nes) consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00ab\u00a0Manifeste de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb), c\u2019est aussi l\u2019auteur de pi\u00e8ces plus intimistes comme Illusions qui le singularise par rapport au mouvement \u00ab\u00a0Teatr.doc\u00a0\u00bb. Comme le rapportent les r\u00e9dacteurs du site theatre-russe.info, Viripaev est davantage tourn\u00e9, aujourd\u2019hui, vers une recherche esth\u00e9tique et po\u00e9tique. Un th\u00e9\u00e2tre du \u00ab\u00a0Verbe\u00a0\u00bb comme il l\u2019\u00e9crit, non \u00ab\u00a0plomb\u00e9 par la psychologie\u00a0\u00bb, mais \u00e9galement \u00ab\u00a0un th\u00e9\u00e2tre qui interroge la place du spectateur\u00a0\u00bb.<br \/>\n<span class=\"spip_document_691 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L300xH200\/illusions-come_diens-300x200-2-be62a.jpg?1531656402\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" \/><\/span><br \/>\n<strong><i>Illusions<\/i>\u00a0d\u2019Olivier Maurin<\/strong><br \/>\nEntrant dans la salle 2 du Gilgamesh, c\u2019est au milieu d\u2019une salle avec une table partiellement dress\u00e9e que l\u2019on s\u2019enhardit \u00e0 s\u2019installer. L\u00e0, sur les nappes blanches, sont dispos\u00e9s des verres de toutes tailles et volume. Un peu d\u2019eau les remplit. Et d\u2019ajouter qu\u2019\u00e0 travers ce motif que d\u2019aucuns prendraient pour un d\u00e9cor, il y a un geste d\u2019hospitalit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 par la sc\u00e9nographe Guillemine Burin des Roziers. Soit, et pour le formuler maintenant (ce qui sera valid\u00e9 ult\u00e9rieurement), un geste d\u2019intimit\u00e9 aussi. Aussi, alors que tout le monde ne peut pas prendre place \u00e0 la table et que les spectateurs se sont install\u00e9s dans les gradins habituels, le jeu commence.<br class=\"autobr\" \/>Et de voir appara\u00eetre alors les uns apr\u00e8s les autres quatre com\u00e9diens\/com\u00e9diennes. Les voir appara\u00eetre non d\u2019une sc\u00e8ne ou d\u2019un plateau qui leur serait r\u00e9serv\u00e9, mais les voir se lever alors qu\u2019ils \u00e9taient dans le public. Ils s\u2019appellent Cl\u00e9mentine Allain, Fanny Chiressi, Arthur Fourcade, Mickael Pinelli. Et d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre d\u2019Illusions, ils seront tout simplement attentifs, g\u00e9n\u00e9reux, comme heureux d\u2019\u00eatre l\u00e0, et de pouvoir nous renseigner sur le conte qu\u2019ils vont interpr\u00e9ter et qui parle de \u00ab\u00a0l\u2019amour r\u00e9ciproque\u00a0\u00bb \u00e0 travers l\u2019histoire de deux couples qui \u00e9taient soud\u00e9s. L\u2019un, Sandra\/Dennis. L\u2019autre, Margaret et Albert. Et tout commence, comme dans la tradition du Cunto italien, par une pr\u00e9vention et une adresse o\u00f9 le \u00ab\u00a0bonjour\u00a0\u00bb est un embrayeur (en linguistique) d\u2019histoire\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour, je veux vous parler d\u2019un couple mari\u00e9\u2026\u00a0\u00bb.<br class=\"autobr\" \/>Histoire d\u2019amour, histoire de mort pour ces deux couples qui ont v\u00e9cu chacun cinquante-deux ans ensemble. \u00c0 partir de l\u00e0, on ne saura pas si ce qui nous est racont\u00e9 est vrai ou pas, si de fait, alors que Dennis est sur son lit de mort, il n\u2019a jamais tromp\u00e9 (comme il le dit) Sandra. Si Sandra n\u2019a jamais tromp\u00e9 Dennis avec Albert, alors qu\u2019elle pense qu\u2019elle va bient\u00f4t mourir et qu\u2019elle avoue \u00e0 Albert son amour pour lui, d\u00e8s le premier jour de leur rencontre alors qu\u2019elle va \u00e9pouser Dennis. Si Albert n\u2019a jamais aim\u00e9 que Sandra tout en vivant un amour sinc\u00e8re avec Margaret. Mais, et quand Albert l\u2019avouera \u00e0 Margaret, la mort par pendaison de Margaret \u00e0 la suite de l\u2019aveu est elle bien r\u00e9elle\u2026 tout aussi r\u00e9elle que son amour pour Dennis qu\u2019elle avoue \u00e0 Albert, avec lequel elle aurait eu une liaison de 52 ans. Ainsi en est-il de cette curieuse histoire faite de rebondissements, de bivouacs, de non-dits, de silences qui courent tout au long d\u2019une vie qui, comme trop lourds \u00e0 porter, finissent par se r\u00e9v\u00e9ler, avant de passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<br \/>\n<span class=\"spip_document_692 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L125xH125\/illusions-photo-jeanne-garraud-4.jpg-nggid041804-ngg0dyn-125x125x100-00f0w010c011r110f110r010t010-2-10219.jpg?1531656402\" alt=\"\" width=\"125\" height=\"125\" \/><\/span><br \/>\nHistoire d\u2019amours, histoire de couple, histoire d\u2019amiti\u00e9s fortes o\u00f9 personne ne sort indemne de l\u2019attention qu\u2019il porte \u00e0 l\u2019autre, car, et c\u2019est ce qui s\u2019entend tout au long de Illusions, c\u2019est l\u2019amiti\u00e9 absolue qui aura garanti \u00e0 chacun des 4 composants de ce quatuor, cette vie paisible, sereine, heureuse et ce tout en leur garantissant l\u2019\u00e9motion de passions inavouables.<br \/>\n<strong><i>Du soleil noir<\/i>\u00a0\u2026 aux acteurs \u00e9clatants<\/strong><br class=\"autobr\" \/>Le lecteur nous pardonnera d\u2019emprunter ici, dans la premi\u00e8re partie de ce titre, le nom de l\u2019un des essais les plus r\u00e9ussis de Julia Kristeva. Essai sur l\u2019amour, la jalousie, l\u2019infid\u00e9lit\u00e9, le remords, le deuil, etc. Ce qui dans nombre de cas de couples qui vivent une \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb conduit \u00e0 des formes de perversit\u00e9 et de vengeance qui s\u2019incarnent dans \u00ab\u00a0le cannibalisme m\u00e9lancolique\u00a0\u00bb. Du soleil noir, il aura \u00e9t\u00e9 partiellement question dans Illusions. Celles que l\u2019on perd, celles que l\u2019on entretient, celles qu\u2019on cultive\u2026 aveuglement amoureux, sans doute. Endurance aussi et mort par suicide, aux limites d\u2019une vie, \u00e0 plus de quatre-vingt ans. Et ce qui est triste dans le texte de Viripaev, ce qui est trait\u00e9 avec r\u00e9alisme, ce qui est douloureux, est dit au plateau par les quatre interpr\u00e8tes avec une telle douceur, une telle distance aussi, que ces histoires de vie cach\u00e9e, gagnent une sorte de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Sur le mode de l\u2019intervention, dans une sc\u00e9nographie qui rappelle celle de Festen, les com\u00e9diens et les com\u00e9diennes gardent leurs personnages \u00e0 distance du pathos. Leur donnant vie, ou rappelant leur vie, en pr\u00e9f\u00e9rant les installer dans une sorte de comique retenu.<br class=\"autobr\" \/>En dialogue avec les spectateurs, mais sans insistance, pour autant qu\u2019ils rapportent des vies complexes, leur connivence et leur jeu les conduisent \u00e0 \u00eatre une forme chorale qui se substituent ou rappellent les liens des couples qu\u2019ils \u00e9voquent. Ils forment un groupe de t\u00e9moins agiles, bavards, enjou\u00e9s\u2026 parce que Dennis, Sandra, Margaret et Albert (personnages dont ils parlent sans s\u2019arroger un r\u00f4le en particulier) ont, plus que tout, aim\u00e9 la vie, leur amiti\u00e9, et le monde o\u00f9 la seule question \u00e9tait \u00ab\u00a0Il doit bien y avoir un minimum de constance dans ce cosmos changeant\u00a0?\u00a0\u00bb. Question ou doute qui ne trouve dans le ciel aucune r\u00e9ponse alors qu\u2019Albert meurt en interrogeant le ciel.<br class=\"autobr\" \/>Et d\u2019entendre les interpr\u00e8tes de ce conte dire, sereinement, \u00ab\u00a0c\u2019est fini\u00a0\u00bb. Avec la m\u00eame douceur que le \u00ab\u00a0bonjour\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019ouverture du jeu. Et de les regarder heureux de voir le public partager avec eux, cette fabuleuse histoire sans fin de l\u2019amour r\u00e9ciproque dont on ne sera jamais certain. Merci.\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yannick Butel\u00a0&#8211; 14 juillet 2018 Par Yannick Butel. Illusions\u00a0de Ivan Viripa\u00efev, mise en sc\u00e8ne Olivier Maurin, Gilgamesh Belleville, Avignon Off 2018. C\u2019est au 11 Gilgamesch Belleville, th\u00e9\u00e2tre de la rue Raspail, que le metteur en sc\u00e8ne Olivier Maurin reprend Illusions, texte d\u2019Ivan Viripaev. 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