


{"id":1873,"date":"2018-07-14T22:37:45","date_gmt":"2018-07-14T20:37:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1873"},"modified":"2018-07-14T22:37:45","modified_gmt":"2018-07-14T20:37:45","slug":"trans-quest-ce-qui-ne-va-pas-visage","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/trans-quest-ce-qui-ne-va-pas-visage\/","title":{"rendered":"Trans\u2026 qu\u2019est-ce qui ne va pas visage\u00a0?"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Yannick Butel\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur2\">Yannick Butel<\/a>\u00a0&#8211; 14 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center>Par Yannick Butel.<i> Trans (M\u00e9s Enll\u00e0)<\/i>, de Didier Ruiz,<br \/>\nGymnase du Lyc\u00e9e Mistral, Avignon In 2018.<\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nDans une \u00e9dition d\u2019Avignon o\u00f9 l\u2019une des th\u00e9matiques r\u00e9currentes installe le spectateur dans une r\u00e9flexion sur le genre, sur le sexe, sur les enjeux d\u2019identit\u00e9 sociale via l\u2019apparence, les questions sur le transgenre, Trans (m\u00e9s enll\u00e0) de Didier Ruiz est donn\u00e9 \u00e0 voir au gymnase du Lyc\u00e9e Mistral. Un travail sc\u00e9nique de la Compagnie des hommes qui se per\u00e7oit comme une contribution artistique aux \u00e9tudes qui couvrent les \u00ab\u00a0gender studies\u00a0\u00bb. Un travail th\u00e9\u00e2tral qui probl\u00e9matise notre rapport \u00e0 l\u2019art du th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 l\u2019art\u2026 Ce que Chris Marker se permettait de r\u00e9sumer par une phrase \u00ab\u00a0Les hommes ont invent\u00e9 la napthaline de la beaut\u00e9, cela s\u2019appelle l\u2019art\u00a0\u00bb dans une 72\u00e8me \u00e9dition qui pourrait parfois y ressembler, dont Trans (mes enll\u00e0) s\u2019\u00e9loigne radicalement\u2026\n<\/div>\n<hr \/>\n<div>\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.theatre-contemporain.net\/embed\/s8IgxYWE\" width=\"300\" height=\"150\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>\u00ab\u00a0On ne na\u00eet pas femme, on le devient\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\n\u00c9crivait Simone de Beauvoir dans l\u2019un des livres les plus importants du XX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0:\u00a0<i>Le Deuxi\u00e8me sexe<\/i>. C\u2019\u00e9tait en 1949, et le Castor, comme l\u2019appelait le\/son tr\u00e8s proche et tr\u00e8s lointain Jean-Paul Sartre, marquait l\u2019histoire de la pens\u00e9e parce qu\u2019il mettait en d\u00e9bat la question de l\u2019assignation. Le conflit entre \u00ab\u00a0assignation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0devenir\u00a0\u00bb chez le sujet sur et pr\u00e9-d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019environnement social, familial, institutionnel et, parfois, lui-m\u00eame. C\u2019est-\u00e0-dire cette mani\u00e8re dont le champ social et ses appareils de contr\u00f4le (que stigmatiseront des penseurs comme Foucault, Althusser, Deleuze, Derrida, Lyotard, Castoriadis\u2026) maintiennent un ordre h\u00e9rit\u00e9 b\u00e2ti sur des lois immuables et arbitraires, se fondant sur le dogme religieux qui nourrit la la\u00efcit\u00e9.<br \/>\nEt plus loin de continuer dans une langue vive, incisive et tellement juste\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u00ab\u00a0Aucun destin biologique, psychique, \u00e9conomique ne d\u00e9finit la figure que rev\u00eat au sein de la soci\u00e9t\u00e9 la femelle humaine\u00a0; c\u2019est l\u2019ensemble de la civilisation qui \u00e9labore ce produit interm\u00e9diaire entre le m\u00e2le et le castrat qu\u2019on qualifie de f\u00e9minin [\u2026] Chez les filles et les gar\u00e7ons, le corps est d\u2019abord le rayonnement d\u2019une subjectivit\u00e9, l\u2019instrument qui effectue la compr\u00e9hension du monde\u00a0: c\u2019est \u00e0 travers les yeux, les mains, non par les parties sexuelles qu\u2019ils appr\u00e9hendent l\u2019univers\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>En 1949, dans une France gaulliste imperturbablement tourn\u00e9e vers l\u2019ordre, la reconstruction, le redressement \u00e9conomique, la voix de Simone de Beauvoir est sans doute celle qui incarne essentiellement, un appel \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation. \u00c0 l\u2019\u00e9mancipation g\u00e9n\u00e9rale, et pas simplement f\u00e9minine, car de la m\u00eame mani\u00e8re, et dans le prolongement de Beauvoir, tous les travaux qui portent sur les gender studies, et notamment entre autres, ceux de Judith Butler, nous inscrivent dans ce questionnement qui concerne, non \u00ab\u00a0ce que nous sommes\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0ce que nous voulons devenir\u00a0\u00bb. Entre les deux formulations, si la premi\u00e8re renvoie \u00e0 un essentialisme vain, la seconde inscrit le sujet dans le mouvement de l\u2019Histoire, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle il doit construire et habiter la sienne. Et pour filer et en finir avec la m\u00e9taphore architecturale en m\u00e9moire le texte de Martin Heidegger \u00ab\u00a0B\u00e2tir, Habiter, Penser\u00a0\u00bb, gageons que lib\u00e9r\u00e9s de tous les conservatismes, et conscient que nous sommes des organismes vivants (tant qu\u2019il y a de la vie, il y a du d\u00e9sespoir\u00a0!), nous ne serons jamais autre chose que les locataires de nos vies, exil\u00e9s \u00e0 travers elles, toujours en d\u00e9placement, primo-arrivant (pour ne pas dire migrant), soumis aux migrations qui nous portent vers les lignes de fuite et d\u2019horizon inattendues, entretenant des \u00ab\u00a0dialogues d\u2019exil\u00e9s\u00a0\u00bb avec celui\/celle que nous rencontrerons.<br \/>\nEt ce jusque dans la critique, comme le rappelle mon camarade Jean-Pierre L\u00e9onardini dans ce petit opus g\u00e9n\u00e9reux (<i>Qu\u2019ils cr\u00e8vent les critiques<\/i>, \u00e9d. Solitaires intempestifs, p. 9) que je remercie encore pour sa \u00ab\u00a0facepr\u00e9\u00a0\u00bb. Je le cite\u00a0: \u00ab\u00a0on ne na\u00eet pas critique. On le devient au hasard des rencontres, par la force des choses\u00a0\u00bb. On serait presque d\u2019accord.<br \/>\n<strong>Trans-sc\u00e8ne<\/strong><br \/>\nSeul, devant la salle, raul et laura, (un palindrome presque parfait) l\u2019un et l\u2019autre de l\u2019un, le m\u00eame donc, vient raconter l\u2019histoire du vilain petit canard\u2026 une histoire simple comme on la raconte aux enfants, le soir, parce que tout commence avec l\u2019enfance et l\u2019infans. L\u2019histoire du vilain petit canard qui met en jeu, non pas un destin malheureux (chacun sait qu\u2019un jour le vilain petit canard d\u00e9couvrira qu\u2019il est un cygne), mais bien l\u2019histoire de ce besoin irr\u00e9pressible (et incompr\u00e9hensible) d\u2019\u00eatre reconnu, d\u2019appartenir \u00e0 une communaut\u00e9, de vivre dans le regard des autres. Et tout le temps que ce besoin de reconnaissance durera, tout le temps que ce regard d\u00e9visageant durera (relire Levinas, l\u00e0-dessus), alors le monde n\u2019ira pas mieux, il n\u2019ira pas du tout. Et de regretter d\u00e9finitivement qu\u2019il n\u2019y ait pas plus de Zarathoustra et de solitude bien v\u00e9cue, souhait\u00e9e, voulue.<br \/>\nSur la sc\u00e8ne am\u00e9nag\u00e9e exclusivement d\u2019une coursive diaphane en demi-cercle qu\u2019un regard en coupe identifierait \u00e0 celle d\u2019un escargot, Clara, Sandra, Leyre, Ian, Dany et Neus sortiront, les uns apr\u00e8s les autres, parfois \u00e0 plusieurs aussi, pour venir parler. N\u00e9es hommes, Clara, Sandra et Leyre ont choisi de devenir femme. Neus, Danny, Raul, eux, n\u00e9s femmes, ont choisi de devenir homme. En v\u00eatement de ville, comme on les verrait sortir de chez eux, ils viennent dire leur histoire sem\u00e9e d\u2019embuches, de violences, de d\u00e9sirs incompris, de moqueries ou d\u2019\u00e9coutes. Ils viennent raconter la difficult\u00e9 de faire entendre et de partager un d\u00e9sir. Celui de ressembler \u00e0 ce que leur esprit leur dicte et de ne pas s\u2019ignorer, au risque d\u2019\u00eatre incompris par les ignorants. La constance, dans leurs voix, sera de mise. Aucun \u00e9cart ne viendra perturber ces corps bless\u00e9s par l\u2019histoire d\u2019un changement radical, l\u2019histoire d\u2019un corps revisit\u00e9 par la chirurgie esth\u00e9tique, le coup de bistouri psychologique.<br \/>\nTous les six \u00e9gr\u00e8nent ainsi les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de leur vie o\u00f9 il a fallu d\u2019abord avouer un d\u00e9sir aux proches, puis passer \u00e0 la r\u00e9alisation de celui-ci, enfin vivre dans le m\u00eame environnement le plus souvent hostile, et le plus souvent ali\u00e9n\u00e9 aux souvenirs. Et d\u2019\u00e9couter ces voix livrer une intimit\u00e9 qui est au-del\u00e0 de toute pudeur, sans jamais qu\u2019elles tombent dans l\u2019extravagance et l\u2019impudence. Tr\u00e8s loin des films d\u2019Almodovar (que l\u2019on aime par ailleurs).<br \/>\nC\u2019est ainsi une histoire terriblement humaine, six histoires terriblement humaines qui sont racont\u00e9es. Et cette humanit\u00e9 est d\u2019autant plus forte qu\u2019elle est rapport\u00e9e au plateau par six non-acteurs. Six pr\u00e9sences, en quelque sorte, d\u00e9plac\u00e9es au plateau, mises en visibilit\u00e9, qui entretiennent avec le public une proximit\u00e9 construite sur l\u2019absence de fard, de faux semblants, de sc\u00e8nes jou\u00e9es\u2026 Certainement pas un th\u00e9\u00e2tre documentaire, mais d\u2019\u00e9vidence un \u00ab\u00a0living the\u00e2tre\u00a0\u00bb comme il y eut, dans les ann\u00e9es soixante un \u00ab\u00a0living cin\u00e9ma\u00a0\u00bb. Ou un th\u00e9\u00e2tre qui probl\u00e9matise un peu plus la sc\u00e8ne, lieu trop souvent marqu\u00e9 et reconnu parce qu\u2019il marque un espace \u00e0 part\u00a0; alors qu\u2019avec Trans, c\u2019est un lieu de passage qui devient sensible.<br \/>\nEt de se souvenir, en sortant de\u00a0<i>Trans (m\u00e9s enll\u00e0)<\/i>\u00a0, de cette question qui court dans le\u00a0<i>Chronique d\u2019un \u00e9t\u00e9<\/i>\u00a0de Jean Rouch et Edgar Morin (futur penseur de la complexit\u00e9) et qui est \u00e0 maintes reprises adress\u00e9e \u00e0 chacun des interview\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Comment tu te d\u00e9brouilles dans la vie\u00a0?\u00a0\u00bb ou ce commentaire de Chris Marker\u00a0: \u00ab\u00a0comment arriver \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 de regard\u00a0?\u00a0\u00bb<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/54909410\" width=\"640\" height=\"445\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe>Et ce parce que regardant \u00e0 l\u2019alentour, on voit dans les gens que quelque chose cloche dans ce monde. Oui, on voit l\u2019un dans l\u2019autre, au point, comme Marker, de faire sien l\u2019inqui\u00e9tude et la phrase qui la condense, si po\u00e9tique, si simple, si terriblement simple\u00a0: \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qui ne va pas visage\u00a0?\u00a0\u00bb (phrase sublime de\u00a0<i>Joli mai<\/i>\u2026)<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/dQixLjUO23w\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yannick Butel\u00a0&#8211; 14 juillet 2018 Par Yannick Butel. Trans (M\u00e9s Enll\u00e0), de Didier Ruiz, Gymnase du Lyc\u00e9e Mistral, Avignon In 2018. 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