


{"id":1883,"date":"2018-07-15T22:43:14","date_gmt":"2018-07-15T20:43:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1883"},"modified":"2018-07-15T22:43:14","modified_gmt":"2018-07-15T20:43:14","slug":"may-he-rise-incantation-pour-une-resurrection","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/may-he-rise-incantation-pour-une-resurrection\/","title":{"rendered":"May he rise, Incantation pour une r\u00e9surrection"},"content":{"rendered":"<p><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Malte Schwind\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur4\">Malte Schwind<\/a>\u00a0&#8211; 15 juillet 2018<\/p>\n<div id=\"contenu\">\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center><i>May he rise and smell the fragrance<\/i>, chor\u00e9graphie Ali Chahrour,<br \/>\nth\u00e9\u00e2tre Beno\u00eet-XII, Avignon In 2018<\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nAli Chahrour pr\u00e9sente\u00a0<i>May he rise and smell the fragrance<\/i>\u00a0au Festival d\u2019Avignon du 14 au 17 juillet. Sa pi\u00e8ce se joue au Th\u00e9\u00e2tre Benoit-XII. C\u2019est la troisi\u00e8me partie d\u2019une trilogie sur le deuil, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par\u00a0<i>Fatmeh<\/i>\u00a0et\u00a0<i>Leila se meurt<\/i>, pr\u00e9sent\u00e9s l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re au Festival. Une sorte de rituel.\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_697 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L650xH434\/180713_rdl_0245_1_-3f697.jpg?1531659456\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"434\" \/><\/span><br \/>\nUne 20aines de PAR \u00e9clairent le public. Un l\u00e9ger brume enveloppe la sc\u00e8ne. Olivier Py est dans la salle avec un drapeau fran\u00e7ais \u00e9pingl\u00e9 sur le ch\u0153ur. On ne sait si, retourn\u00e9 sa veste, il pr\u00e9f\u00e8re finalement les Belges aux Croates ou si c\u2019est pour le jour de la c\u00e9l\u00e9bration de la nation. Inqui\u00e9tudes.<br \/>\nUne voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve. Une voix puissante, f\u00e9minine. Elle s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans ces m\u00eames lumi\u00e8res. \u00ab\u00a0Non\u00a0!\u00a0\u00bb \u0644\u0627\u00a0La\u00a0! Tenu longtemps. \u00ab\u00a0Non\u00a0!\u00a0\u00bb Une incantation pour une r\u00e9surrection. Un fils est mort. Une m\u00e8re pleure et cri. Plus tard, le cri se transforme en chant et vice-versa. Elle chante donc sans qu\u2019on la voie et un bruit, un vrombissement terrible se l\u00e8ve doucement, grandit, et mappent \u00e0 fur et \u00e0 mesure le chant. Trois hommes se l\u00e8ve dans le premier rang et se tournent vers le public, le regard fixe, une sorte de pr\u00e9sence de fant\u00f4me. Le vrombissement se transforme en une sorte de bruit terrifiant de h\u00e9licopt\u00e8re qui est pr\u00eat \u00e0 lancer la prochaine bombe. Ils se rassoient et puis une femme, celle qui avait chant\u00e9 auparavant surgit du noir et avance vers nous, la salle. Toute la fragilit\u00e9 de la figure humaine \u00e9clate l\u00e0, face \u00e0 cette violence affreuse. Dans les bruits de ce monde, une femme d\u00e9bout et qui avance lentement. Comme tant de femmes et hommes et enfants qui tiennent debout malgr\u00e9 toutes les horreurs. Quand elle l\u00e8vera le regard, le vrombissement s\u2019arr\u00eate d\u2019un coup.<br \/>\nC\u2019est d\u2019ailleurs \u00e0 plusieurs reprises que Ali Chahrour opte pour une \u00e9criture de ruptures. Parfois il reste encore en dessous d\u2019une musique qui est coup\u00e9, une autre musique plus bas qu\u2019on n\u2019avait pas entendu. Il opte \u00e9galement pour des traitements tr\u00e8s diff\u00e9rents de la musique. Parfois amplifi\u00e9, magnifi\u00e9, la voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve avec une divine puissance et ouvre un espace sur-terrestre. Et puis, on dirait que l\u2019ampli a cass\u00e9 et nous voyons ces \u00eatres humains avec leurs fragilit\u00e9s, deux jeunes hommes et une femme sur ce plateau comme au bord d\u2019une route de Beyrouth, chanter, incanter. L\u2019espace est radicalement transform\u00e9. La verticalit\u00e9 absolue est remplac\u00e9 par un rapport horizontal avec la salle. On peut presque trouver que ce soit ridicule au moment o\u00f9 cet ampli casse, mais d\u00e8s lors nous voyons surgir de l\u00e0 une nouvelle force. Une force terrestre, humaine, immanente. Cette force terrestre est en directe parent\u00e9 avec le corps. Un corps brute, presque de la viande, ou disons de la viande qui chante, qui danse, enfin qui bouge encore, et devient chair. Un corps soumis \u00e0 la gravitation, tir\u00e9 vers le bas et o\u00f9 la marche demeure un miracle. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cela qu\u2019on incante. Qu\u2019il se redresse, ce jeune homme, et qu\u2019il marche \u00e0 nouveau\u00a0! La lamentation, sa production musicale et sa danse, tiennent d\u2019ailleurs principalement \u00e0 une forme performative. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il semble plus important que le corps soit donn\u00e9 enti\u00e8rement, livr\u00e9 en exc\u00e8s, pouss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 son extr\u00eame limite, que les formes musicales que ce corps produit.<br \/>\nUne communaut\u00e9 se cr\u00e9e entre ces quatre personnes et tout \u00e0 coup, une nouvelle scission s\u2019y fait. Invers\u00e9, c\u2019est la femme, la d\u00e9esse, la m\u00e8re qui se trouve hors du plateau, dans la salle, comme dans un royaume de morts, \u00e0 nouveau s\u00e9par\u00e9e de ces trois jeunes hommes. Un nouveau rituel, des tambours, des cris. Yallah, yallah\u00a0! Pour sauver \u00e0 nouveau cette femme. \u00c0 la fin, un sourire. Peut-\u00eatre la vie continue.<br \/>\nAli Chahrour fait donc de la sc\u00e8ne un espace transcendantal et de la repr\u00e9sentation un rituel convoquant les morts. Certes, \u00ab\u00a0le public ne partage peut-\u00eatre pas les m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences, croyances et pratiques quotidiennes, mais peut pourtant ressentir les \u00e9motions livr\u00e9es sur sc\u00e8ne.\u00a0\u00bb D\u00e8s lors on peut cependant se demander l\u2019efficacit\u00e9 de ce rituel. Est-ce qu\u2019une repr\u00e9sentation de rituel ne passe pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa fonction propre\u00a0? Est-ce qu\u2019il n\u2019est pas d\u00e9pendant d\u2019une communaut\u00e9 qui partage justement les m\u00eames croyances, etc.\u00a0? Est-ce que \u00ab\u00a0ressentir les \u00e9motions\u00a0\u00bb suffit pour faire la travers\u00e9e et travailler \u00e0 une certaine cathartique\u00a0? Si la salle ne participe pas \u00e0 ce rituel, mais le regarde, un peu comme un t\u00e9moin, est-ce que la sc\u00e8ne transcendantale ne devient-elle pas impuissante\u00a0? Il demeure qu\u2019Ali Chahrour a le m\u00e9rite d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019un regard touristique sur ce qu\u2019il fabrique. Sa forme ne r\u00e9pond pas \u00e0 un d\u00e9sir d\u2019exotisme, cela est certain. Mais comment \u00ab\u00a0convier un public \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie\u00a0\u00bb dont il est \u00e0 priori \u00e9tranger et faire en sorte que le rituel ne se fige pas dans une repr\u00e9sentation\u00a0? Son travail sur ces espaces diff\u00e9rents, entre transcendance et immanence si j\u2019ose dire, immanence qui glisse vite \u00e0 nouveau dans une transcendance ou est au service de, va quand m\u00eame dans cette direction. C\u2019est-\u00e0-dire quand le spectateur peut faire l\u2019exp\u00e9rience de la fabrication d\u2019une transcendance. Mais ne s\u2019agirait-il pas \u00e9ventuellement de trouver des dispositifs sc\u00e9niques propres pour que la repr\u00e9sentation de cette c\u00e9r\u00e9monie puisse rester ou devenir une exp\u00e9rience enti\u00e8re pour le spectateur. Ce serait l\u00e0 trouver un th\u00e9\u00e2tre qui soit un nouveau rituel.<br \/>\nDemeure de savoir si nous voulons cela.\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malte Schwind\u00a0&#8211; 15 juillet 2018 May he rise and smell the fragrance, chor\u00e9graphie Ali Chahrour, th\u00e9\u00e2tre Beno\u00eet-XII, Avignon In 2018 Ali Chahrour pr\u00e9sente\u00a0May he rise and smell the fragrance\u00a0au Festival d\u2019Avignon du 14 au 17 juillet. Sa pi\u00e8ce se joue au Th\u00e9\u00e2tre Benoit-XII. C\u2019est la troisi\u00e8me partie d\u2019une trilogie sur le deuil, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par\u00a0Fatmeh\u00a0et\u00a0Leila se meurt, pr\u00e9sent\u00e9s l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re au Festival. Une sorte de rituel. 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