


{"id":1891,"date":"2018-07-16T22:47:09","date_gmt":"2018-07-16T20:47:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.insense-scenes.net\/?p=1891"},"modified":"2018-07-16T22:47:09","modified_gmt":"2018-07-16T20:47:09","slug":"taken-for-granted","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/juliechaumard.paris\/winsense\/article\/taken-for-granted\/","title":{"rendered":"Taken For Granted"},"content":{"rendered":"<div id=\"contenu\">\n<div class=\"auteur\"><a class=\"lienAuteur\" title=\"Envoyer un maiaral \u00e0 Yannick Butel\" href=\"http:\/\/insense-scenes.net\/spip.php?auteur2\">Yannick Butel<\/a>\u00a0&#8211; 16 juillet 2018<\/div>\n<hr \/>\n<div id=\"chapo\"><center><small>Par Yannick Butel<i>. Taken for Granted<\/i>, chor\u00e9graphie de Paola Stella Minni, Konstantinos Rizos,<br \/>\nmis en sc\u00e8ne Ondina Quadri,<br \/>\nLa Scierie, Avignon Off 2018.<br \/>\n<\/small><\/center><\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\nQue faisiez-vous le 15 juillet \u00e0 22H00\u00a0? \u00c0 la scierie, il y avait un truc improbable, loin de toute actualit\u00e9, loin de l\u2019instrumentalisation de l\u2019art\u2026\u00a0quelque chose comme un coup de vent, un\u00a0<i>tabula rasa\u2026<\/i>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><span class=\"spip_document_706 spip_documents spip_documents_center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/insense-scenes.net\/local\/cache-vignettes\/L446xH531\/spectacle_24035-18f0a.jpg?1531760935\" alt=\"\" width=\"446\" height=\"531\" \/><\/span><br \/>\n<strong>Au coup final<\/strong><br \/>\nPar o\u00f9 commencer ou comment en parler\u00a0?<br class=\"autobr\" \/>Ce 15 juillet 2018, l\u2019\u00e9quipe de France bat la Croatie par 4 buts \u00e0 deux en finale de la coupe du monde. Aux dires de certains, ces 90 minutes semblent pouvoir effacer ce que souffrent plusieurs millions de citoyens (pr\u00e9carit\u00e9, ch\u00f4mage, restriction de toutes sortes, l\u2019application de la loi travail, la r\u00e9forme de la SNCF, la fausse bonne id\u00e9e de Parcoursup, la future r\u00e9forme des retraites, l\u2019absence de politique de la ville, l\u2019absence de politique \u00e9cologique, la pauvret\u00e9\u2026). Le temps d\u2019un match, la France oublierait donc les violences faites \u00e0 son peuple par un gouvernement lib\u00e9ral qui s\u2019est fix\u00e9 pour mission de garantir \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat providence du XXI\u00a0\u00bb. En tribune, \u00e0 Moscou, Macron exulte, donne \u00e0 filmer un enthousiasme incontr\u00f4l\u00e9 (?), et finira sur la pelouse en enserrant sur son \u00ab\u00a0sein protecteur\u00a0\u00bb les nouvelles l\u00e9gendes du foot fran\u00e7ais. Yeux ferm\u00e9s, d\u2019E.M., chaque joueur qui passe lui permet de r\u00e9it\u00e9rer ce mouvement du Pater de la nation en communion avec les \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb. Il adore les h\u00e9ros Macron. C\u2019est connu.<br \/>\nL\u2019image sera mondialis\u00e9e. Le fran\u00e7ais est champion du monde et le premier d\u2019entre eux les repr\u00e9sente. Premier supporter Macron, boutons de manchette tricolore, bracelet \u00e0 l\u2019identique, douch\u00e9 comme Hollande un 14 juillet (seul point commun, la douche, sauf \u00e0 \u00e9tendre la m\u00e9taphore aux sondages qui vont se lire \u00e0 l\u2019automne).<br \/>\n\u00c0 nouveau s\u2019\u00e9crit UN GRAND R\u00c9CIT se diront certains qui sont en manque de sens et d\u2019Histoire. Et d\u2019aucuns penseront que c\u2019est l\u2019\u00e9pisode qui manquait \u00e0 l\u2019\u00e9criture brouillonne de l\u2019Histoire que le pr\u00e9sident tente de l\u00e9gitimer (\u00e9chec de sa politique europ\u00e9enne, entre autres), et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9chec<br class=\"autobr\" \/>Dans les rues, la folie heureuse, et violente monte d\u2019un cran. P\u00e9tard, drapeau, bagnoles en surpoids, hordes de citoyens qui chantent la Marseillaise et alternent avec des \u00ab\u00a0on a gagn\u00e9\u00a0\u00bb. Et tout cela sous l\u2019\u0153il vigilant de la police et des CRS. Il devient difficile de franchir un boulevard\u2026<br \/>\n<i>Avignon In, Avignon Off\u2026 les trois coups<\/i><br \/>\nLe tableau n\u2019est pas diff\u00e9rent dans la cit\u00e9 des papes. Mais quelque chose se met en place qui raconte ce qu\u2019est Avignon, en juillet, comme chaque mois de juillet. Ce n\u2019est ni le In, ni le Off qui se distinguent ici. Non, ici, ce qui est palpable, c\u2019est la coupure entre intra et extra muros. Le mur qui entoure la ville ressemble davantage \u00e0 un cordon sanitaire qui prot\u00e8ge partiellement le festival des \u00ab\u00a0invasions barbares\u00a0\u00bb. Sur le boulevard, les caisses passent \u00e0 fond et les publics sont en liesse. Contenus \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des remparts, ils tournent autour de la ville comme \u00ab\u00a0des indiens autour d\u2019une caravane de conquistadors\u00a0\u00bb. Comparaison int\u00e9ressante que celle-l\u00e0, qui nous raconte que l\u2019indien s\u2019est fait spolier de son territoire, amput\u00e9 de sa culture, etc. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019imaginer un instant que les bagnoles pourraient d\u00e9bouler dans la ville\u2026 mais juste de relever qu\u2019un peuple, s\u00e9par\u00e9 en deux, puis s\u00e9par\u00e9 par un mur, se c\u00f4toient le temps du th\u00e9\u00e2tre. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le festivalier privil\u00e9gi\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 (m\u00eame hors coupe du monde, les rues sont partiellement inaccessibles, sauf pour les riverains et les livreurs)\u00a0; de l\u2019autre la population d\u2019Avignon\u00a0: 102\u00e8me ville la plus pauvre de France, ch\u00f4mage 17,4% (8,9% en France), 9 897 ch\u00f4meurs, taux de pauvret\u00e9 31%&#8230; Dr\u00f4le de monde, que ces \u00ab\u00a0deux mondes\u00a0\u00bb, o\u00f9 l\u2019un des deux est spectateur des spectateurs. O\u00f9 ce monde met en proximit\u00e9 le monde de la mis\u00e8re et celui de la culture, au point que l\u2019on peut difficilement imaginer que la \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb ne s\u2019invite pas.<br \/>\nQuand Olivier Py soutenait l\u2019\u00e9quipe de Belgique (\u00ab\u00a0Pourvu que les Belges gagnent\u00a0\u00bb\u00a0! disait-il au Forum des \u00e9critures dramatiques europ\u00e9ennes), avait-il en t\u00eate de se rapprocher de ce que les murs du Palais des papes d\u00e9robent \u00e0 la population marginalis\u00e9e d\u2019Avignon\u00a0?<br \/>\nQuand Macron soutient l\u2019\u00e9quipe de France, a-t-il en t\u00eate d\u2019\u00eatre plus proche, un instant, d\u2019une population fran\u00e7aise qui vit mal les r\u00e9formes qui doivent conduire \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat providence du XXI\u00a0\u00bb\u00a0? De quelle Providence parle-t-on d\u2019ailleurs\u00a0? s\u2019appliquant \u00e0 qui\u00a0? \u00e0 hauteur de quel pourcentage apr\u00e8s qu\u2019un rond de cuir aura calcul\u00e9 un quotient, un param\u00e8tre, un indicateur\u2026\u00a0?<br \/>\nMacron-Py, Py-Macron\u2026 chacun \u00e0 leur endroit, l\u2019un promouvant une politique, entretenant une culture politique n\u00e9o-lib\u00e9ral de la r\u00e9ussite, l\u2019autre n\u2019ignorant rien du rapport de l\u2019esth\u00e9tique au politique, ou plus simplement connaissant l\u2019enjeu qu\u2019est la culture pour la politique\u00a0; chacun \u00e0 leur endroit, donc, un pr\u00e9sident et un directeur ont d\u00fb, en ce mois de juillet, prendre en compte quelque chose qui s\u2019est manifest\u00e9 \u00e0 travers l\u2019engouement de plusieurs pour un \u00e9v\u00e9nement mondial\u2026<br \/>\n<strong>23 :30 Taken For Granted<\/strong><br \/>\nIl est presque dangereux de traverser le boulevard qui s\u00e9pare le lieu-dit \u00ab\u00a0La Scierie\u00a0\u00bb de la Porte Saint-Lazare, \u00e0 Avignon. La voix publique est devenue dangereuse et les voitures sont d\u00e9sormais des bolides qui z\u00e8brent la ville. Drapeau, cris, hurlements, passagers heureux, parfois avin\u00e9s, sur les toits, etc. l\u2019ensemble ne se contient plus. Et de souligner que ce n\u2019est pas partout et m\u00eame que ce tintamarre n\u2019est pas partag\u00e9 par tous.<br \/>\nDans la petite salle de la Scierie, il y a Paola Stella Minni, Ondina Quadri, Konstantinos Rizos\u2026 ou trois interpr\u00e8tes totalement lib\u00e9r\u00e9s des enjeux commerciaux du spectacle vivant. Dans une salle de 50 m\u00e8tres carr\u00e9 au mieux, un gradin qui contient 20 personnes au plus (il est plein), un carr\u00e9 beige au sol figure l\u2019ar\u00e8ne sc\u00e9nique (scotch sur les c\u00f4t\u00e9s). Eux sont allong\u00e9s, silencieux, presque sans vie et plus tard ils se mettront \u00e0 \u00e9voluer sans but, sans connaissance particuli\u00e8re de l\u2019orientation qu\u2019ils doivent prendre. C\u2019est un autre monde, monde ralenti, monde ext\u00e9rieur, monde d\u2019un au-del\u00e0 qui ne dit pas son nom, qui ne renseigne sur rien. Ult\u00e9rieurement, apr\u00e8s qu\u2019ils auront disparu, il y aura un bruit de tron\u00e7onneuse, de la fum\u00e9e \u00e0 gogo, plein de fum\u00e9e, oui, qui envahit la salle. On aper\u00e7oit alors deux formes curieuses, mutantes. Plus tard, un souffleur mettra \u00e0 vue quelques plugs anals. \u00c7a bouge de mani\u00e8re \u00e9nigmatique, c\u2019est d\u00e9guis\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re, le visage serr\u00e9 dans des masques de catcheurs, ou costume de bondage\u2026 Plus tard encore, le tout devient plus rugueux quand la musique rock, in life, r\u00e9sonne dans la petite salle. Un cul est exhib\u00e9 qui rappelle qu\u2019ici on tourne d\u00e9finitivement le dos au public, ou qu\u2019on a fait exploser le quatri\u00e8me mur\u2026<br \/>\nSans qu\u2019il soit possible de dire ce qui aura \u00e9t\u00e9 pendant une petite heure, sans pr\u00eater plus d\u2019attention que \u00e7a aux textes qui s\u2019impriment sur un bandeau de sc\u00e8ne et qui \u00e9voque le Trans, Taken For Granted s\u2019inscrit dans les lign\u00e9es des travaux de Bruno Meyssat et Philippe Quesne. Il s\u2019agit de regarder.<br \/>\nD\u2019accepter de regarder quelque chose auquel on peut demeurer \u00e9tranger. Habituer le regard \u00e0 l\u2019inattendu\u2026 ou plus simplement lui redonner une forme de libert\u00e9 en l\u2019\u00e9cartant de l\u2019actualit\u00e9\u2026\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yannick Butel\u00a0&#8211; 16 juillet 2018 Par Yannick Butel. 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